Le Premier ministre Sébastien Lecornu a marqué le 40ème dîner du CRIF par des annonces fermes. Face à l'inquiétude des familles juives en France, il a déclaré : « L'antisémitisme a changé de forme, il revient brutalement dans l'espace public ». Pour y répondre, le gouvernement inscrira au Parlement dès avril la loi Caroline Yadan afin de sanctionner les « formes renouvelées » de cette haine, dénonçant l'antisionisme comme le « masque du vieil antisémitisme ».
Placant ce combat au cœur du pacte républicain, il a rappelé que « la haine des Juifs, c’est la haine de la République ». Évoquant l'histoire de France, de 1791 à l'affaire Dreyfus, il a fustigé le « poison du communautarisme » qui tente de diviser la nation. « Soutenir Israël, ce n'est pas soutenir un gouvernement, c'est soutenir l'existence d'un État », a-t-il précisé.
Retrouvez le discours intégral de Sébastien Lecornu au 40e dîner du CRIF
#CRIF #SébastienLecornu #Antisémitisme #République #LoiYadan #France #Politique #Israël
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Placant ce combat au cœur du pacte républicain, il a rappelé que « la haine des Juifs, c’est la haine de la République ». Évoquant l'histoire de France, de 1791 à l'affaire Dreyfus, il a fustigé le « poison du communautarisme » qui tente de diviser la nation. « Soutenir Israël, ce n'est pas soutenir un gouvernement, c'est soutenir l'existence d'un État », a-t-il précisé.
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NewsTranscription
00:00A mon tour l'ensemble de vos invités, Monsieur le Président du Sénat,
00:05Madame la Présidente de l'Assemblée Nationale,
00:09Mesdames et Messieurs les Ministres,
00:10Mesdames et Messieurs les anciens Premiers Ministres,
00:13Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
00:16Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
00:18Madame la Maire de Paris,
00:20Mesdames et Messieurs les Présidents de Conseils Régionaux,
00:23Mesdames et Messieurs les Élus,
00:25Mesdames et Messieurs les représentants des autorités judiciaires et militaires,
00:29Mesdames et Messieurs les Présidents et délégués
00:31de toutes les associations et délégations qui composent le CRIF,
00:36et je veux saluer aussi les anciens membres du Bureau du CRIF,
00:39le Grand Rabbin de France, le Président du Consistoire,
00:44Mesdames et Messieurs, chers amis.
00:48Merci, cher Jonathan, pour cette invitation.
00:52D'autres Premiers Ministres se sont adressés à vous avant moi,
00:57d'autres le feront après moi.
00:59Mais ce dîner a quelque chose, on le sent, de particulier, de singulier.
01:06C'est d'abord un rendez-vous d'amitié.
01:09Toutes celles et ceux qui sont ici sont des amis du CRIF,
01:12des amis personnels, souvent.
01:14On s'y retrouve, on s'y reconnaît,
01:16on y manifeste une fidélité à un moment qui n'a, je le disais, rien d'ordinaire.
01:21Et si cela est vrai pour chacun d'entre vous, cela l'est aussi pour moi.
01:27Nos fonctions, quelles qu'elles soient, sont provisoires.
01:29Les responsabilités passent, les mandats s'achèvent.
01:33Ce qui demeure, c'est la constance de l'amitié.
01:36Et ce qui demeure, c'est surtout la constance de l'engagement.
01:41Face au défi de notre temps, l'engagement personnel n'est pas accessoire.
01:46Il est décisif, le vôtre l'est,
01:49et je tiens à vous en remercier du fond du cœur.
01:54Cet engagement, c'est aussi celui de la République,
01:57et il est celui de la France.
01:58A chaque Premier ministre, cher Jonathan,
02:02vous offrez le même présent.
02:05La copie du décret d'émancipation des Juifs de France en 1791.
02:10C'est un geste fort, un rappel.
02:13La France fut la première nation d'Europe
02:16à reconnaître les Juifs comme citoyens,
02:18mais encore fallait-il inventer le citoyen,
02:20encore fallait-il proclamer les droits de l'homme.
02:24Napoléon, après le concordat qui autorisa et reconnaîtra la liberté de culte,
02:28institua le consistoire,
02:30et dès lors, une évidence s'imposa,
02:33les Juifs de France sont des citoyens français.
02:37Sauf Vichy.
02:39Mais Vichy n'était pas la République,
02:41Vichy n'était pas la France fidèle à elle-même.
02:44Bien sûr, l'antisémitisme ne disparaissait pas pour autant.
02:49Religieux, politique, de droite, de gauche,
02:53ils traversaient la société.
02:56Mais, et vous l'avez dit, nulle part ailleurs,
02:58l'affaire Dreyfus n'aurait pu être vécue comme elle fut vécue d'ici.
03:03Nulle part ailleurs, il ne se serait trouvé un Zola,
03:06un Clémenceau, des écrivains, des officiers,
03:10des responsables politiques, pour dire non.
03:14L'honneur national n'était pas de couvrir une faute,
03:17il était de rétablir la justice.
03:18Ils n'ont pas défendu Dreyfus parce qu'il était juif,
03:22ils l'ont défendu parce qu'il était innocent,
03:24parce que le droit comptait davantage que l'institution,
03:28et parce que la République valait plus que l'erreur.
03:31Au fond, c'est cela la vocation française,
03:35s'adressait à l'humanité tout entière.
03:39Certes, avec ses contradictions, ses faiblesses,
03:43ses fautes, ses excès,
03:46une audace que certains prennent parfois pour de l'arrogance,
03:49mais cette vocation ne dépend pas seulement de la puissance,
03:52elle dépend avant tout de l'idée que nous nous faisons de l'homme,
03:56et donc de l'humanité tout entière.
03:59Alors, la France est-elle exempte, est-elle exemplaire ?
04:06En France, aujourd'hui, une maman se demande,
04:10lorsqu'elle choisit une nounou,
04:11si celle-ci potentiellement baigne ou non
04:14dans le jus antisémite partout répandu.
04:18Elle s'interroge aussi sur le pédiatre,
04:20le professeur, le policier,
04:22l'animateur, l'éducateur, le voisin.
04:25Au fond, ne suis-je pas en train de confier mon enfant
04:29à celui qui me hait ?
04:32Faudrait-il donc, pour se protéger,
04:34que les citoyens français-juifs ne s'adressent qu'aux français-juifs,
04:38et donc que les citoyens français-catholiques
04:40qu'aux français-catholiques,
04:41et les citoyens français-musulmans qu'aux français-musulmans ?
04:44Le poison du communautarisme est là.
04:48Diviser la France en communautés suspicieuses,
04:51c'est précisément ce que nos ennemis souhaitent,
04:54et ce n'est pas un hasard
04:56si des mains ensanglantées ont été taguées
04:59sur le mur des justes du mémorial de la Shoah,
05:01téléguidés par des services étrangers.
05:04Dans les moments troublés
05:05où certains esprits cherchent à rendre compliquées
05:07les vérités les plus simples,
05:09il nous faut, nous qui tenons ce cap,
05:12dire les choses simplement et fermement,
05:15la haine des Juifs, c'est la haine de la République
05:18et c'est le rabaissement de la France.
05:24Juifs, catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans,
05:29bouddhistes, athées,
05:31en France, on peut être tout cela
05:33parce que la République est laïque
05:36et que nous tous, nous entendons bien préserver cette force,
05:40cette unité, ce destin d'affirmer que la laïcité,
05:42c'est une liberté, une union des esprits et des cœurs,
05:46et c'est ce qui permet la fraternité.
05:48Ce n'est pas la fraternité entre chrétiens,
05:51entre musulmans, entre juifs,
05:53c'est la fraternité entre Français
05:56et même au-delà.
05:59Mesdames et messieurs,
06:00en 25 ans,
06:02l'antisémitisme a changé de forme.
06:05Les générations précédentes
06:06avaient combattu
06:07et réussi dans leur combat.
06:10L'antisémitisme religieux,
06:12l'antisémitisme de gauche
06:13avait relativement disparu,
06:15l'antisémitisme d'extrême droite
06:17était infamant,
06:18la Seconde Guerre mondiale,
06:20le honteux statut des Juifs,
06:22la Shoah avait à jamais marqué les esprits.
06:26Depuis la guerre,
06:27le devoir de mémoire,
06:29l'enseignement de la Shoah,
06:30le rappel de la destruction des Juifs d'Europe,
06:32le souvenir des rescapés,
06:34leurs paroles,
06:34obligeaient les plus odieux à se taire.
06:38Du moins, le croyait-on.
06:40Mais en une génération,
06:43une seule génération seulement,
06:46l'antisémitisme est revenu.
06:47Pas lentement,
06:48pas à bas bruit,
06:50mais brutalement.
06:51Il est revenu dans l'espace public,
06:54à la télévision,
06:55sur les réseaux sociaux,
06:57dans les débats,
06:58dans la parole politique,
07:00y compris officielle.
07:01Il revient avec des mots,
07:03des expressions que l'on croyait ensevelies
07:06sous les ruines du XXe siècle.
07:09« Ils ne font pas partie
07:11de la même espèce humaine que nous ».
07:15Mais qui peut dire cela ?
07:18Ce ne sont pas des mots maladroits,
07:20ce ne sont pas des excès de langage,
07:22ce sont des mots qui ont une histoire,
07:25une histoire de persécution,
07:27une histoire de déshumanisation,
07:30une histoire de massacre.
07:32Qui peut écrire ces mots
07:34aujourd'hui en France ?
07:37Un chroniqueur médiatique,
07:39devenu député de la République.
07:42Voilà la brutalité du retour.
07:44Ce qui relevait hier
07:45de la marge extrémiste
07:47s'installe désormais
07:48au cœur même du débat public.
07:50Et c'est cela qui nous saisit.
07:53Non pas seulement la violence des mots,
07:55mais leur banalisation.
07:58Alors, qui vise-t-il ?
08:00Leur auteur se retranche
08:02dans une ambiguïté soigneusement entretenue.
08:04Il ne dit jamais tout à fait,
08:06il suggère, il laisse entendre,
08:09il avance, il attaque,
08:10puis se dérobe.
08:12C'est une méthode.
08:13On prononce des mots chargés d'histoire,
08:16puis, lorsque l'indignation monte,
08:18on explique qu'ils ont été mal compris.
08:20D'autres viennent alors plaider.
08:23Ce ne sont pas les juifs
08:25qui sont visés,
08:27mais les sionistes.
08:28Comme si le glissement sémantique
08:31effaçait l'intention,
08:32comme si changer le mot
08:34changeait la cible.
08:35L'ambiguïté n'est pas une maladresse,
08:37c'est devenu une stratégie
08:39à part entière.
08:41Elle permet de frapper
08:43sans assumer,
08:46d'exclure sans le dire,
08:48de désigner sans prononcer le nom,
08:50et c'est précisément ainsi
08:52que prospèrent les vieilles haines
08:54à couvert,
08:55dans le flou,
08:56sous prétexte de nuance,
08:58dans la lâcheté, en somme.
09:00Mais alors,
09:01que signifie cette distinction
09:03que certains veulent introduire
09:05en ce cours
09:06à leur démonstration ?
09:07Sous-entendre que les juifs
09:09ne seraient acceptables
09:10qu'à condition de renier
09:11leur attachement à Israël ?
09:13Qu'ils devraient renoncer
09:14à une part de leur identité,
09:16de leur histoire
09:16pour être considérés
09:17comme pleinement humains ?
09:19Le raisonnement tenu
09:21par ces nouveaux antisémitistes
09:22est au fond assez simple
09:24tout aussi brutal.
09:26Reniez ceux que vous êtes
09:27et vous serez ennemis parmi nous,
09:30refusez et vous serez exclus
09:32de l'humanité commune.
09:33C'est exactement
09:35ainsi que renaît l'antisémitisme,
09:38en changeant les mots,
09:39en jouant sur les confusions,
09:41la complexité des concepts,
09:42le manque de culture générale
09:44et historique,
09:44mais en gardant toujours,
09:46toujours la même logique
09:48d'exclusion.
09:50Face à cela,
09:52il est une parole
09:53qui, elle,
09:53ne se reniera pas.
09:55C'est son histoire,
09:55c'est celle de la France.
09:57La France a soutenu
09:59la création d'un État
10:00pour les Juifs.
10:00Les peuples français
10:01et israéliens
10:02sont des peuples amis.
10:03Et lorsque l'État d'Israël
10:05est attaqué,
10:06la France est à ses côtés.
10:08Elle l'a été
10:09pour déjouer
10:09les attaques massives
10:10de missiles et de drones
10:11lancés par la République islamique d'Iran
10:13en avril et en octobre 2024
10:15comme en juin 2025.
10:17Son armée a répondu présent
10:19et elle le restera
10:20aussi longtemps
10:21que nécessaire.
10:22Mais il faut redire
10:24une chose élémentaire,
10:27une chose que n'importe quel lycéen
10:29apprenait
10:30et comprenait hier encore
10:32facilement.
10:33Mais qu'une confusion volontaire,
10:36une nouvelle ambiguïté
10:38tente aujourd'hui d'effacer.
10:42Soutenir Israël,
10:43ce n'est pas soutenir
10:44un gouvernement.
10:46Un gouvernement passe,
10:47il est élu,
10:48il est critiqué,
10:49il peut être remplacé.
10:51Un État, lui,
10:52existe au-delà
10:53des majorités du moment.
10:55Soutenir Israël,
10:56c'est soutenir
10:57l'existence d'un État,
10:58sa souveraineté,
10:59sa sécurité
11:00et donc le droit
11:01du peuple juif
11:02à disposer de lui-même.
11:04Cette distinction
11:07n'a rien d'idéologique.
11:09elle relève
11:10du droit international.
11:12Elle relève aussi
11:12tout simplement
11:13du bon sens politique.
11:15Nous savons tous
11:16ici
11:17faire la différence
11:18entre la France
11:19et le gouvernement français,
11:21entre la République
11:22et la majorité politique
11:24du moment.
11:25Personne n'imagine
11:26qu'en critiquant
11:27le gouvernement français,
11:28on appellerait
11:29à la disparition
11:30de la France.
11:31Pourquoi cette évidence
11:32cesserait-elle de valoir
11:33lorsqu'il s'agit d'Israël ?
11:35Mais une fois de plus,
11:38cette confusion
11:39n'est pas une erreur.
11:41Elle est une stratégie
11:42pour certains.
11:44Alors je le dis ici
11:45et non pas
11:46à titre personnel
11:48mais au nom
11:48du gouvernement
11:49de la République.
11:50Nous nous tenons
11:51du côté
11:51de l'existence
11:52d'Israël.
11:53Toujours,
11:54pour hier
11:55comme pour demain,
11:56je m'y tiens
11:57comme tous les gouvernements
11:58français
11:59depuis 1948.
12:01Car aujourd'hui,
12:02se dire anti-sioniste,
12:04ce n'est pas
12:05critiquer une politique.
12:06C'est contester
12:08le droit même
12:09d'Israël
12:09à exister.
12:11On a le droit
12:12et même le devoir
12:14de critiquer
12:15un gouvernement.
12:16Le gouvernement
12:17français
12:17est critiqué.
12:19Le gouvernement
12:20israélien
12:21est critiqué.
12:22Le gouvernement
12:23israélien
12:24critique
12:24le gouvernement
12:25français.
12:26Et le gouvernement
12:27français critique
12:28le gouvernement
12:28israélien.
12:29Tout cela
12:30est normal
12:31et personne
12:32ne doit en être
12:33surpris
12:33et encore moins
12:34en tirer
12:35des conclusions
12:35qui ne seraient
12:36pas les bonnes.
12:37Car c'est la vie
12:38normale
12:38des démocraties
12:39et c'est la vie
12:40diplomatique
12:41normale
12:41entre les Etats.
12:43J'ai moi-même
12:44dans mes fonctions
12:45précédentes
12:46comme ministre
12:46des Armées
12:47dit au nom
12:48du gouvernement
12:49français,
12:49aux responsables
12:50politiques israéliens,
12:52droit dans les yeux
12:53ceux qui nous opposaient,
12:54en conscience,
12:56dans la clarté,
12:57en ligne droite.
12:58Les citoyens
12:59sont libres
13:00de choisir
13:00leurs dirigeants.
13:01Ils en sont
13:02même responsables.
13:03Et ces dirigeants
13:04doivent,
13:04tôt ou tard,
13:05rendre des comptes.
13:06Là aussi,
13:07ne feignons pas
13:08de découvrir
13:09la démocratie.
13:11Alors,
13:12au-delà du gouvernement,
13:13on peut aussi
13:14critiquer
13:15un régime.
13:16On a pu espérer
13:17la chute
13:18de l'Empire soviétique.
13:19On peut vouloir
13:20un changement
13:21de régime en Iran.
13:22Mais souhaiter
13:23la disparition
13:24d'un Etat,
13:25de la Russie,
13:26de l'Iran,
13:27de la France,
13:28ce n'est pas une opinion.
13:30C'est encore
13:31un appel
13:31à la destruction.
13:33C'est donc
13:33un appel
13:34au crime.
13:34Et c'est là,
13:35malheureusement,
13:36que la confusion
13:37s'est installée.
13:39Désormais,
13:40dans le débat public,
13:41on mélange
13:42sciemment
13:43ou par inculture
13:45le gouvernement,
13:46le régime,
13:47l'Etat
13:47et, à la fin,
13:49le peuple.
13:50Ce qui relevait hier
13:51de l'éducation civique
13:52élémentaire
13:52est devenu flou.
13:54Nous devons donc
13:55remettre de la clarté
13:56là où certains
13:57cultivent volontairement
13:58l'ambiguïté.
13:59Car le seul Etat
14:00dont on exige
14:01aujourd'hui la disparition,
14:02c'est Israël.
14:04Il faut donc
14:04parler clairement.
14:06Dire
14:07de la mer au Jourdain,
14:08c'est appeler
14:09à l'effacement d'Israël.
14:10C'est accepter l'idée
14:11que les Israéliens
14:12n'auraient plus
14:13leur place.
14:14L'antisionisme
14:16contemporain
14:16est devenu
14:18le masque
14:18du vieil
14:19antisémitisme.
14:21La République
14:22a toujours
14:23su adapter
14:24le droit
14:24pour combattre
14:26la haine.
14:26Vous l'avez rappelé,
14:27Monsieur le Président,
14:28quand certains
14:29niaient le génocide
14:30des Juifs,
14:30elle a adopté
14:31la loi Guesso.
14:32Elle a renforcé
14:33les peines
14:33des infractions
14:34racistes
14:35et antisémites
14:35lors de la refonte
14:36du Code pénal
14:37en 1994
14:38puis en 2003.
14:40Elle a adopté
14:41récemment
14:42une loi
14:42pour mieux lutter
14:43contre l'antisémitisme
14:44dans l'enseignement
14:44supérieur.
14:46A chaque époque,
14:47la République
14:48a su nommer
14:49l'antisémitisme
14:50pour ce qu'il était,
14:51pour le visage
14:52du moment
14:52qu'il prenait
14:53et le sanctionnait.
14:55Mesdames et messieurs,
14:57en conscience,
14:58il faut aujourd'hui
14:59franchir
15:00une étape supplémentaire.
15:02Appeler
15:02à la destruction
15:03de l'État d'Israël,
15:04c'est appeler
15:05à la mise
15:05en danger vitale
15:06d'un peuple.
15:07Et en France,
15:08l'appel au meurtre
15:09est interdit,
15:10l'antisémitisme
15:11est puni.
15:12L'appel
15:13à l'anéantissement
15:14d'un État
15:14ne peut donc plus
15:15être toléré.
15:17Le gouvernement
15:17inscrira donc
15:18à l'ordre du jour
15:19des travaux du Parlement
15:20dès ce mois d'avril.
15:21La proposition de loi
15:22portée par la députée
15:23Caroline Yadant,
15:24enrichie des écritures
15:25du Conseil d'État,
15:27saisie par la présidente
15:29de l'Assemblée nationale,
15:30Yael Brown-Pivet.
15:36Mais la réponse
15:37ne peut être seulement pénale,
15:39elle doit être aussi
15:40civique, politique.
15:43Le président de la République
15:44l'a annoncé,
15:45les axes et les propos
15:45antisémites,
15:46racistes et discriminatoires
15:48ne peuvent être compatibles
15:50avec l'exercice
15:51d'un mandat public.
15:53On ne peut pas prétendre
15:54représenter la nation
15:56et propager la haine
15:58d'une partie
15:59de cette nation.
16:00L'inigibilité
16:01pour propos antisémites
16:02devra donc être également
16:04inscrite dans notre droit.
16:06Car la liberté d'expression
16:08n'est pas la liberté
16:09et d'esclure.
16:10Et la République
16:11n'a pas à se laisser
16:12représenter par celles
16:13et ceux qui veulent
16:14la fracturer.
16:15Être élu,
16:16c'est porter l'intérêt général.
16:18Ceux qui attisent
16:19l'antisémitisme
16:20se disqualifient d'eux-mêmes.
16:21La loi doit en tirer
16:23les conséquences
16:24parce que la République
16:25ne plie pas,
16:26parce qu'elle protège
16:27et parce qu'elle ne laisse
16:29jamais la haine
16:29changer de nom
16:30ou de masque
16:31pour mieux prospérer.
16:33Mesdames et messieurs,
16:35appeler à la destruction
16:36d'un État
16:37n'est jamais anodin,
16:38c'est le moins
16:38que l'on puisse dire.
16:40Depuis des décennies,
16:41la France défend
16:42une solution
16:43à deux États,
16:44deux peuples,
16:44deux États
16:46vivant côte à côte
16:47en sécurité.
16:48Je suis convaincu
16:49que c'est la seule voie
16:50réaliste vers la paix.
16:51C'était d'ailleurs
16:51l'esprit des accords
16:52d'Oslo,
16:52des gouvernements israéliens,
16:54de droite comme de gauche
16:55l'ont porté,
16:55vous le savez.
16:56Mais disons-le clairement,
16:58vouloir un État
16:59palestinien
17:00en appelant
17:01en même temps
17:02à la disparition
17:03d'Israël,
17:04ce n'est pas
17:04défendre la paix.
17:05C'est appeler
17:06à l'effacement
17:06d'un peuple,
17:07c'est appeler
17:09Le mot est dur,
17:11mais il faut parfois
17:12employer les mots justes.
17:14Il existe aujourd'hui
17:15une stratégie sémantique,
17:18celle qui consiste
17:19à retourner l'accusation,
17:21à déposséder
17:22les Juifs
17:22de leur histoire,
17:23les faire passer
17:25de victimes
17:26à bourreaux,
17:27parler de génocide
17:29à Gaza
17:30pour leur arracher
17:32la mémoire
17:32de la Shoah,
17:33pour relativiser,
17:35pour inverser.
17:37Vous le savez,
17:38les conventions
17:39de Genève
17:40interdisent
17:41de viser
17:41les populations
17:41civiles.
17:42Il y a une guerre
17:43et il peut donc
17:44y avoir des crimes
17:45de guerre.
17:46Le droit international
17:47s'applique à tous
17:48et ce qui s'est produit
17:49à Gaza
17:49soulève des questions
17:50très graves
17:51au regard du droit
17:52international.
17:53Ce que fait
17:54l'actuel gouvernement
17:54israélien
17:55en Cisjordanie
17:56contrevient aussi
17:56au droit international.
17:57Mais l'instrumentalisation
17:59politique du droit
18:00n'est pas davantage
18:01acceptable.
18:02Lorsque la représentante
18:03spéciale des Nations Unies
18:04tient des propos
18:05en compagnie de représentants
18:07du Hamas
18:07ou de l'Iran,
18:08cela décrédibilise
18:10profondément
18:10la parole internationale.
18:12La France
18:13en tire alors
18:13les conséquences
18:14et demande donc
18:15sa démission.
18:19Rappelons
18:21un fait simple.
18:2320%
18:24de la population
18:25israélienne
18:26est arabe-palestinienne.
18:282 millions
18:29de citoyens,
18:31150 000
18:32en 1948,
18:331 million
18:34en 2000,
18:362 millions
18:37aujourd'hui.
18:39Employer
18:40le mot
18:41génocide
18:41n'est pas neutre,
18:44c'est une arme
18:45politique.
18:45Ce n'est pas
18:46un diagnostic juridique
18:47établi
18:48par une juridiction
18:49internationale.
18:50Et la guerre
18:51des mots
18:51prépare la guerre
18:53contre les personnes.
18:55Elle désigne
18:56les cibles,
18:57elle légitime
18:58l'hostilité
18:58envers tout
18:59sioniste,
19:00donc envers
19:01tout juif.
19:03La guerre
19:04tue au Moyen-Orient,
19:06elle tue aussi
19:07à Sydney,
19:08Madame,
19:09Monsieur,
19:10chers parents,
19:10chères familles.
19:11En Europe,
19:13en France,
19:14il y a l'horreur
19:15des attentats,
19:16les massacres
19:17au Soudan,
19:18en Iran,
19:19en Syrie,
19:20ailleurs encore.
19:22Mais il y a aussi
19:23l'horreur
19:24de celles et ceux
19:24qui dansent
19:25après un massacre,
19:26comme certains ont dansé
19:28après le 9 janvier 2015
19:29ou après le 7 octobre 2023,
19:32comme certains ont profané
19:34des arbres plantés
19:35en mémoire
19:36d'Ilan Halimi.
19:37Il y a celles et ceux
19:38qui feignent d'oublier
19:39qu'en 2012,
19:40à Toulouse,
19:40des enfants ont été
19:42assassinés dans leur école
19:43parce qu'elles étaient
19:43juives
19:44et parce qu'ils étaient
19:45juifs,
19:45et que des militaires français
19:47ont été tués
19:47parce qu'ils portaient
19:48l'uniforme de l'armée
19:49de la République
19:50et qu'ils étaient musulmans.
19:52Ce n'est pas une guerre
19:53entre juifs et musulmans,
19:55c'est un combat
19:56beaucoup plus profond
19:57entre la barbarie
19:59et la fraternité.
20:05Et dans ce combat,
20:07les noms comptent,
20:09la mémoire compte.
20:11Mireille Knoll,
20:13Sarah Halimi,
20:15Ilan Halimi,
20:17Philippe Braham,
20:19Johan Cohen,
20:20Yoav Attab,
20:22François-Michel Saada,
20:23Jonathan Sandler
20:25et ses fils
20:26Harry et Gabriel,
20:27la petite Myriam
20:29Monsonnégo,
20:30et puis
20:31les victimes françaises
20:33du 7 octobre
20:34et des jours suivants.
20:3551 noms
20:36de 12 à 80 ans
20:39assassinés par le Hamas.
20:41Cinq ont été sauvés
20:42derrière chaque nom.
20:44Une famille,
20:45une vie,
20:46un avenir brisé.
20:47Voilà ce que cherchent
20:49nos ennemis.
20:50Activer la haine,
20:51installer la peur
20:52est plus que tout divisée.
20:54Depuis 20 ans,
20:55tous les gouvernements
20:56ont agi.
20:57La police protège,
20:59l'armée patrouille
21:00avec l'opération Sentinelle,
21:01les synagogues,
21:02les écoles,
21:03les radios juives
21:04sont protégées.
21:06Et pourtant,
21:07et pourtant,
21:08les actes antisémites
21:09ne disparaissent pas.
21:11La peur s'installe.
21:13Faut-il encore plus
21:15de policiers,
21:16encore plus de militaires,
21:18à chaque mariage,
21:20à chaque bar mitzvah,
21:21?
21:22Oui, probablement.
21:23Mais la vraie question
21:24est ailleurs.
21:25Pourquoi des lieux
21:26de culte juif
21:27doivent-ils encore
21:29de nos jours
21:29être protégés
21:30comme des sites sensibles ?
21:32Pourquoi un enfant
21:33devrait-il dire à son père
21:34« Papa,
21:35je sais qu'un jour,
21:37je devrais peut-être partir » ?
21:39Non,
21:40les Juifs sont en France
21:41depuis l'Antiquité,
21:43à Argan,
21:44à Roum,
21:44à Vence-Frasbourg,
21:46dans la vallée du Rhône
21:47au 1er siècle,
21:48à Arles,
21:49à Marseille ?
21:50Marseille n'est pas seulement
21:51grecque ou romaine,
21:52elle est aussi juive,
21:54arabe,
21:55corse,
21:56elle est tout cela à la fois,
21:57comme la France.
21:59Ce combat n'est pas celui
22:00d'une communauté,
22:01il est celui
22:02de la République,
22:04juif,
22:04chrétien,
22:05musulman,
22:06agnostique,
22:07athée,
22:08pas de liberté
22:09sans égalité
22:09des droits
22:10et des devoirs,
22:11et pas d'égalité
22:12sans fraternité.
22:14L'antisémitisme
22:15est toujours
22:15le signal d'alarme,
22:16il annonce
22:17les autres haines,
22:19les autres malheurs.
22:20Je vous remercie
22:21de lutter,
22:22non pas pour une communauté,
22:23vous l'avez dit,
22:24M. le Président,
22:25mais pour la République,
22:26pour ce qu'elle représente
22:28ici
22:28et pour ce qu'elle représente
22:30dans le monde.
22:31Le 8 septembre 1967,
22:33au camp de Chuit,
22:34le général de Gaulle
22:35écrivait
22:36« Quelle tristesse,
22:38quel dégoût
22:39et malgré tout,
22:41quelle espérance humaine. »
22:43Il rappelait
22:44que l'espérance
22:45avait fini par triompher,
22:47que le cauchemar
22:48avait pris fin,
22:50que les criminels
22:51avaient été vaincus.
22:53Mesdames et messieurs,
22:55à chaque époque,
22:56la France
22:57a connu des fautes,
22:58des faiblesses,
22:59des désespoirs,
23:01mais elle s'est toujours relevée,
23:03quoiqu'en disent certains.
23:04Toujours.
23:05Si nos prédécesseurs
23:07ont su vaincre
23:08l'antisémitisme ancien,
23:10nous saurons donc
23:11affronter
23:12ces formes nouvelles.
23:13Nous leur devons.
23:15Il faudra
23:16de nouvelles armes juridiques,
23:17y compris
23:18pour les réseaux sociaux,
23:19de la fermeté,
23:21du courage.
23:22Nous sommes là
23:23pour cela.
23:23Mais il faudra surtout,
23:25et les événements
23:26des derniers jours
23:27le rappellent durement,
23:29des idées claires.
23:30Oui,
23:31de la clarté,
23:32pour l'engagement,
23:34pour les enfants,
23:35pour que la haine
23:36ne gagne pas.
23:38Peggy écrivait
23:39qu'il y a quelque chose
23:40de pire
23:41qu'une âme perverse,
23:42c'est une âme habituée.
23:44Le combat essentiel,
23:46il est là.
23:46Il est politique,
23:48il est culturel,
23:49il est intellectuel,
23:51il est même civilisationnel.
23:53Ne rien céder,
23:54jamais,
23:56bon dîner du CRIF,
23:57pour l'amitié,
23:58pour la République
23:58et pour la France.
23:59Applaudissements
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