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  • il y a 11 heures
Il publie Terre de sang - le temps du désespoir (Ed. Les Arènes), une BD-reportage qui donne la parole à des Palestiniens, des Arabes, des Bédouins et des Israéliens vivant au cœur du conflit.
L'antisémitisme, le régime des mollahs qui massacre son propre peuple, Donald Trump qui menace d'intervenir en Iran... Joann Sfar est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 17 février 2026.

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Transcription
00:00RTL Matin, Olivier Bois.
00:02Et à 8h17, face à Fogiel, interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:05C'est un auteur de bande dessinée engagée.
00:07Il publie Terre de sang, le temps du désespoir aux éditions Les Arènes.
00:12Une BD reportage de rencontres et de témoignages de juifs et de palestiniens
00:16meurtris par la violence du conflit au Proche-Orient.
00:19Johan Sfar est votre invité, Marc-Olivier.
00:21Bonjour, Johan Sfar.
00:22Bonjour.
00:23Après, nous vivrons, que faire des juifs ?
00:25Vous clôturez une trilogie avec cette bande dessinée.
00:28Terre de sang, le temps du désespoir.
00:31On va y venir.
00:31Pour commencer, on a l'impression que c'est très dur pour vous de sortir du 7 octobre.
00:36Vous êtes presque monomaniaque, ce qu'on peut comprendre.
00:38Ce n'est pas une critique.
00:39Si c'était que moi, ce ne serait pas très grave.
00:41Le monde a beaucoup changé, aussi bien au Proche-Orient qu'ici.
00:44Et j'ai commencé une série de reportages.
00:46Après le 7 octobre, je suis allé faire parler des Israéliens très vite.
00:49Et très vite, on m'a dit, il n'y a pas de voix arabes dans ton livre.
00:51En tout cas, il n'y en a pas assez.
00:53Et là, Terre de sang, j'ai voulu faire parler des voix arabes.
00:56Il y a toutes sortes de villes palestiniennes où je suis allé.
00:59Il y a des Bédouins de Cisjordanie qui subissent la violence au quotidien.
01:03Moi, depuis 30 ans, mon métier, depuis le chat du rabbin, c'est de faire parler des juifs et des
01:06arabes.
01:06Je sais bien, oui.
01:07Donc, je vais continuer.
01:08C'est très présent.
01:09Mais là, d'ailleurs, c'est dans le titre Terre de sang.
01:11La majorité sont pessimistes sur l'avenir.
01:14Ni les uns, ni les autres ne croient à une paix, en fait.
01:17Mais moi, c'est ça qui me donne un petit espoir.
01:19Ah bon ?
01:19Oui, parce que je ne suis pas journaliste.
01:20Je ne leur pose pas des questions.
01:21Je m'assieds face aux gens et je les laisse parler.
01:23Et quand je m'aperçois qu'ils ont le même désespoir, je me dis qu'il y a des points
01:26communs.
01:26Et puis, je vais chercher des choses.
01:28Je suis à l'université de Naplouse.
01:30Je vois des étudiants qui ressemblent à mes étudiants à Paris.
01:32Je vais voir un producteur palestinien à Ramallah.
01:35Je m'aperçois qu'il me fait penser à mon père qui venait d'Algérie.
01:37Ça a l'air complètement futile.
01:38Mais je cherche des lieux d'empathie pour éviter la déshumanisation dans les deux camps.
01:42Quand vous voyez la situation internationale, l'Iran qui fait planer le risque d'une guerre
01:47avec l'Ayatollah Khomeini qui met en garde les Etats-Unis.
01:50S'ils interviennent militairement pour libérer le peuple iranien du régime, l'Iran mènera une guerre régionale.
01:54Ça vous inspire quoi, cette actualité-là ?
01:56Moi, je suis près du sol.
01:57Mais par exemple, là, le livre se termine.
01:59Je suis à Paris avec un camarade musicien palestinien qui est coincé à Paris aussi
02:03parce que l'Iran bombarde la région là-bas.
02:06Je vous parlais il y a quelques mois.
02:07Et les premières victimes du bombardement iranien sur Tel Aviv étaient des victimes arabes.
02:11Et dans cette absurdité, il y a des individus qui disent
02:14« Mais où on va être demain ? »
02:15Je pense à tous mes amis iraniens à Paris que je fréquente.
02:17On a l'impression qu'on est broyé par une violence générale.
02:21Il faut répondre par des histoires individuelles.
02:23C'est des histoires individuelles.
02:24C'est ça que j'essaie de faire.
02:25Vous les racontez, c'est plein d'espoir et désespérant.
02:28En même temps, vous dites « Où on sera demain ? »
02:29Vous illustrez une rencontre à Paris avec l'historien de la Shoah, Tal Brutman.
02:33Vous lui confiez avoir l'impression que les Juifs ne vont plus pouvoir vivre nulle part,
02:36même pas en Israël, qu'ils doivent partir.
02:38Vous pensez aujourd'hui que les Juifs ne trouvent plus refuge dans un État
02:41qui a été créé pour les protéger ?
02:42Ce qui est certain, c'est que cette année, 3000 familles juives ont quitté la France
02:45pour aller vivre en Israël, malgré la guerre là-bas.
02:48Et quand ils arrivent là-bas, tout le monde se dispute
02:50parce que personne n'est d'accord sur ce que devrait être Israël,
02:52ce que devrait devenir cette région.
02:54On rêve tous que cette anxiété s'apaise
02:56et que la vie paisible soit possible.
02:58Moi, je n'ai pas de grande réponse.
02:59Je fais parler des gens.
03:00Oui, mais quand vous les faites parler, encore une fois, ça fait peur.
03:03Par exemple, l'historien de la Shoah, Tal Brutman,
03:06vous lui confiez votre inquiétude d'avoir l'impression d'être à l'orée d'un cataclysme
03:10comme après, notamment Auschwitz.
03:12Vous pensez qu'on est à cette bascule-là ?
03:13Non. Ce que disaient mes grands-parents, c'est qu'ils disaient
03:15qu'on va avoir quelques années de paix après Auschwitz et ça va reprendre.
03:19La haine des Juifs, c'est un truc vieux comme le monde.
03:21Ce n'est pas quelque chose qu'a inventé Netanyahou pour faire passer sa politique.
03:24Aujourd'hui, quand on est un Français de culture juive,
03:26on subit des violences, des agressions,
03:28on a du mal à scolariser nos enfants.
03:30Et la question, c'est l'avenir paisible.
03:32C'est où est-ce qu'on va mettre le gamme ?
03:33Lui, il dit qu'on vit la plus grande vague anti-juive depuis Pétain
03:35que Mélenchon enseigne à la jeunesse l'antisémitisme colonial.
03:38Tal Brutman le décrit.
03:39Il décrit des éléments de langage,
03:41ou des dog-wistle, des appels à la haine,
03:43qu'on décode tout à fait l'idée que les Juifs tiendraient les médias,
03:46l'idée qu'ils auraient un pouvoir occulte.
03:48Et c'est des choses, il y a 20 ans, on ne pouvait pas les dire.
03:50Aujourd'hui, ça passe tous les jours
03:52et on ne s'aperçoit pas que ça a des conséquences,
03:54par exemple sur les gamins juifs qu'on scolarise.
03:57Mais là, ce que j'ai essayé de faire dans ce livre,
03:58c'est de montrer ça,
03:59et de montrer une haine très différente,
04:01mais que subissent les Palestiniens au Proche-Orient,
04:04et je crée des miroirs.
04:05Rien ne se ressemble, rien n'est comparable.
04:07Par contre, quand un être humain est en difficulté,
04:09ou qu'il a du chagrin,
04:10quand un grand producteur palestinien me dit
04:13« Tu te rends compte qu'aujourd'hui,
04:14mon métier, c'est d'essayer de faire envoyer des serviettes hygiéniques
04:17à ma sœur qui est à Gaza,
04:18alors que mon père est mort à Gaza il y a trois mois. »
04:20Et il termine en disant
04:21« Dans ma famille, on aimerait bien ne pas se préoccuper
04:24de l'intimité de sa sœur. »
04:25Et évidemment, ce n'est pas ça le drame.
04:27Le drame, c'est la destruction de vos âmes.
04:28Si vous ramenez ça au quotidien,
04:30vous ramenez ça à hauteur d'homme, d'une certaine manière.
04:32Oui, je vous en raconte une autre,
04:33parce que pour moi, elle résume l'utilité des bandes dessinées.
04:36Je me trouve à Massafariata, dans cette ferme de Cisjordanie,
04:38et un bédouin essaye de me montrer
04:40la violence qu'ont subi les adolescents de son village.
04:43Et comme il n'a pas de caméra, il n'a rien,
04:44il me montre avec ses gestes
04:46les coups qu'ont pris les gamins.
04:47Et moi, je dessine des gestes.
04:49Donc, en réalité, j'ai dessiné un type en survêtement
04:51qui fait des gestes.
04:52Et le lecteur va peut-être être plus ouvert à ça
04:55que s'il voyait un film choquant.
04:56Je trouve que le dessin, ça vient dans l'intime,
04:59parce que c'est très simple.
04:59Ce que vous faites ce matin, et c'est important,
05:01et c'est quand on vous lit,
05:02vous mettez tous ces peuples,
05:04les uns avec les autres, pas dos à dos,
05:06chacun avec leurs souffrances,
05:07et vous désintégrez ces souffrances.
05:09Et on a l'impression, depuis le 7 octobre,
05:11que c'est plus possible.
05:11C'est les uns contre les autres.
05:13Si vous parlez d'Israël,
05:15vous prenez sur Twitter
05:17une tonne de vagues de haine
05:19parce que vous oubliez les Gazaouis.
05:21Si vous êtes aux côtés des Gazaouis,
05:24on vous renvoie le 7 octobre
05:25en rappelant que ça a d'abord été un pogrom.
05:27On a l'impression d'un dialogue impossible
05:30ce que vous essayez de faire
05:31en intégrant les souffrances des uns et des autres.
05:33Bien sûr.
05:33Moi, je parle de Palestine depuis 30 ans.
05:35Il y a des gens qui en parlent depuis 2 ans.
05:37Quand ils ont arrêté d'en parler,
05:38je continuerai à en parler.
05:39Là, vous parlez de qui ?
05:40De LFI ?
05:41C'est malheureusement beaucoup plus vaste.
05:42Mais de qui, alors ?
05:43Moi, j'essaye d'être la voix.
05:45Non, ce n'est pas mon métier de faire ça.
05:46Moi, j'essaye d'être la voix
05:48des Israéliens et des Palestiniens
05:49qui se battent pour la paix,
05:50qui le faisaient depuis longtemps
05:51et qui me disent,
05:52il y a des Israéliens qui me disent
05:53« Mais pourquoi tu ne relaies pas ces paroles de paix ? »
05:55Elles existent,
05:56elles sont minoritaires là-bas
05:57et c'est notre métier aussi,
05:58si on tient au bien-être de ces populations,
06:00de relayer ces paroles.
06:01Par exemple,
06:01je parle beaucoup d'associations,
06:03une qui s'appelle Standing Together
06:04et une qui s'appelle Breaking the Silence
06:06qui ont en commun
06:06de mettre ensemble
06:07des Israéliens et des Palestiniens
06:09qui dénoncent ce qui ne leur convient pas.
06:11Ça, ce n'est pas des paroles de guerre.
06:12En revanche,
06:13il y a des gens
06:13au nom de la Palestine ici
06:14depuis deux ans
06:15qui reprennent la dialectique du Hamas.
06:17Tout discours qui va appeler
06:18à l'élimination
06:20ou d'Israël
06:20ou de la Palestine...
06:21C'est bien que ce n'est pas votre métier,
06:22mais ici,
06:23dans une tranche d'infos,
06:24il faut qu'on soit clair.
06:24Là, vous parlez de Rima Hassan,
06:25clairement,
06:26il faut dire les choses.
06:27Je regrette qu'il n'y ait pas
06:27d'autres voix palestiniennes.
06:29Moi, j'ai été très frappé.
06:30Tous les activistes palestiniens
06:31que j'ai rencontrés là-bas
06:32et les universitaires
06:33sont des gens extraordinaires.
06:34Ce qu'ils disent,
06:35je l'entends,
06:36je le comprends.
06:36Et ils n'appellent pas
06:37à la destruction d'Israël.
06:38Ils appellent à la justice,
06:39ils appellent à la fin
06:40de l'occupation en Cisjordanie,
06:41ils appellent à l'arrêt
06:42de la destruction de Gaza.
06:43Ça, ça s'entend.
06:44On voit très bien
06:45que par démagogie,
06:46il y a des gens
06:47qui appellent ici
06:48à la destruction
06:48de l'État d'Israël.
06:49Qu'est-ce que vous voulez ?
06:50Israël, c'est une démocratie.
06:51Les gens, quand on veut
06:51les détruire,
06:51ils vont dire non.
06:52Et Trump, au milieu de tout ça,
06:53puisque depuis maintenant
06:54quelques mois,
06:55c'est quand même lui
06:56qui est au centre de tout
06:58et qui a permis
06:59le retour des otages
07:00malgré tout.
07:01Malgré cette espèce
07:02d'outrance.
07:03Trump, vous,
07:04Johan Svar.
07:04Écoutez, c'est tout
07:05ce qu'on a toujours combattu
07:06et si réussi,
07:07on sera tous face
07:08à un truc très bizarre.
07:10Trump a mis Israël
07:11sous tutelle
07:11et en s'alliant
07:12aux Qataris,
07:13aux Saoudiens,
07:14aux Turcs,
07:15il impose,
07:16j'allais dire,
07:16une paix par le fric.
07:17Mais j'en sais rien,
07:18ça va peut-être marcher.
07:19Vous voulez dire
07:20c'est presque un mal nécessaire.
07:21Ah non, non, non,
07:22moi je ne dis pas ça.
07:22Je pense que tout le monde
07:23est comme le lapin
07:24dans les phares d'une voiture
07:25face à ce que fait Trump.
07:26C'est-à-dire,
07:27tout le monde trouve ça abominable
07:28et dans tous les camps,
07:29à commencer par le camp arabe,
07:30j'entends des gens qui disent
07:31ah oui, mais peut-être
07:32ça va marcher.
07:32Tout le monde le trouve abominable,
07:33pas Netanyahou
07:34qui est même avec lui
07:35pour le 31 décembre
07:36à ses côtés,
07:37on dirait presque
07:37que c'est un de ses ministres.
07:38J'espère qu'on ne va pas
07:39me reprocher d'être proche
07:40de Netanyahou.
07:41Non, pas du tout.
07:41Mais je crois que Netanyahou
07:43est coincé entre Trump
07:45qui lui impose des choses
07:46qu'il n'aurait jamais acceptées avant
07:47et son extrême droite
07:48qui menace de faire sécession.
07:49Ce qui est intéressant
07:50en Israël en ce moment,
07:51c'est que pour la première fois,
07:52un des partis arabes d'Israël
07:54accepte des députés juifs
07:55en son sein.
07:56Pour la première fois,
07:57la gauche israélienne
07:58accepte pour les prochaines élections
07:59de s'allier à des partis arabes.
08:01Donc il me semble que
08:02ce camp de la paix,
08:03de la raison,
08:04à tort ou à raison,
08:05on le voit à gauche,
08:06est en train de se réorganiser.
08:08Elie Barnavi a dit
08:09il y a quelques mois,
08:09a dit bon,
08:10c'est la victoire de l'extrême droite
08:11dans le monde entier,
08:12y compris au Proche-Orient.
08:13C'est une phase,
08:14il y a un moment
08:14où on aura notre mot à dire.
08:16Voilà.
08:16Une chose que je voudrais ajouter.
08:18Ici, quand on parle de Proche-Orient,
08:19tout le monde parle de solutions
08:20à un État,
08:21à deux États,
08:22à dix États.
08:22Là-bas, le point commun
08:24et des Palestiniens
08:24et des Israéliens
08:25que j'ai interrogés,
08:26quand ils parlent de paix,
08:27ils parlent de l'arrêt des massacres.
08:28Et je sais que ce sont des drames
08:29qui n'ont rien à voir,
08:30mais la destruction totale de Gaza
08:32d'un côté
08:33et les soldats morts
08:34dans les familles israéliennes,
08:36ce n'est pas des drames comparables,
08:37mais c'est des drames réels.
08:38Et la société israélienne,
08:39aujourd'hui,
08:39c'est une société
08:40où chaque jeune
08:41est allé à des enterrements de copains
08:42ou a vu des morts
08:43parce que c'est une armée
08:45de conscriptions.
08:46Donc, tout le monde est conscrit.
08:47On croise tous les jours
08:48dans la rue
08:48des jeunes gens
08:49à qui il manque un bras,
08:50à qui il manque une jambe
08:50ou qui ont des post-traumatiques syndromes.
08:52Donc, c'est petit Israël.
08:53C'est le Vietnam puissance 1000 pour eux.
08:55Même les gens
08:56qui ne voudraient pas
08:56le bien du voisin,
08:57les gens qui veulent
08:58leur propre bien,
09:05là, le troisième tome,
09:06j'allais dire,
09:07de la trilogie,
09:08c'est Terre de sang,
09:09le temps du désespoir.
09:11Il y en aura un quatrième
09:12avec l'espoir ?
09:13Là, j'ai envie
09:13de refaire des fictions.
09:14Moi, mon métier,
09:15c'est de faire des légendes.
09:15Quand j'ai fait
09:16Le Chat du Rabbin,
09:16c'était vraiment une légende.
09:17Mais ces deux ans
09:18où j'ai fait semblant
09:19d'être un journaliste
09:20que je ne suis pas,
09:21voir le réel,
09:22ça m'a un peu abîmé.
09:23Ça m'a aussi fait du bien
09:24parce que j'ai vu
09:24des gens inoubliables.
09:25Et là, j'ai plus envie
09:26de raconter des histoires imaginaires.
09:28Merci beaucoup,
09:28Johan Swar.
09:29Terre de sang,
09:30le temps du désespoir
09:31aux arènes.
09:32Merci à vous.
09:32Et à demain.
09:33Merci beaucoup,
09:34Marc-Olivier Fogiel.
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