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  • há 2 dias
Le 11 mai 1987 s’ouvre à Lyon le procès de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo, premier officier nazi jugé en France pour crime contre l’humanité. Traqué et confondu par Beate et Serge Klarsfeld, il est extradé de Bolivie grâce à des accords entre gouvernements. L’accusation porte sur trois crimes majeurs : les rafles de la rue Sainte-Catherine, la rafle des enfants d’Izieu et le dernier convoi de déportés du 11 août 1944. Durant 37 audiences, filmées en intégralité, les témoignages des survivants révèlent un tortionnaire implacable et cruel. Barbie, absent sur les conseils de son avocat Jacques Vergès, est condamné le 4 juillet 1987 à la réclusion à perpétuité. Ce verdict marque une étape clé contre l’impunité des criminels nazis. Barbie décède en 1991.
Transcrição
00:17O Palais de Justiça de Lyon
00:30Pour la première fois, la justice française va instruire un procès pour crime contre l'humanité.
00:39L'accusé Klaus Barbie.
00:43Le nazi qui dirigea la Gestapo de Lyon entre 1942 et 1944.
00:48Celui que l'on surnomme le boucher de Lyon.
00:51Celui qui est responsable de la déportation de plus de 14 000 juifs et résistants.
00:56C'est un homme qui pratique la terreur.
00:59Klaus Barbie c'est le mal absolu, c'est le diable.
01:03C'était un homme d'une brutalité exceptionnelle, d'un sadisme particulier.
01:07Même si on est estropié, même si on est vieillard, même si on est très jeune enfant,
01:12eh bien on n'échappe pas aux griffes de Klaus Barbie.
01:15Oui, oh ses yeux, oui, c'est lui, c'est lui monsieur le juge.
01:22Des yeux pareils, on ne peut pas oublier ce regard, je vous assure.
01:27Et si je n'entendais plus, si j'étais à bas oubli des coups, je voyais ses yeux cruels, voilà.
01:33Bon, il a fait toute sa carrière au cœur de la machine répressive nazie.
01:39C'est un spécialiste du renseignement politique et c'est un policier politique.
01:44Sa carrière dans les SS a été fulgurante.
01:46Il travaille sur les ennemis politiques.
01:48Les juifs, les résistants, les communistes, les francs-maçons.
01:52Il est le prototype du fanatisme de la Gestapo.
01:58Vous voyez Barbie, c'est un tortionnaire, c'est un sanguinaire cet homme-là.
02:04Des sauvages, ça cognait de tous les côtés.
02:07C'est une peinte humaine à Dieu.
02:09Il faut parler, il faut parler, il faut parler.
02:12Et l'infligé des tortures est pouvantable.
02:19On le nomme dans un endroit qui est celui où il y a sans doute la plus forte activité résistante.
02:28On lui a dit, voilà les cibles, voilà les gens que vous devez éradiquer.
02:32Et il va remplir cette feuille de route avec un zèle tout à fait sanguinaire.
02:37Il a arrêté Jean Moulin, il l'a torturé à mort.
02:43Il a l'intuition, il sait comment traquer les gens, il a de bons informateurs.
02:50Et puis il a arrêté les enfants des yeux qu'il aurait pu ne pas arrêter et qu'il a
02:55envoyé à la mort.
02:58Au-delà des ordres, il y a un pervers absolu qui jouit de son rôle.
03:03Il va montrer une inhumanité absolument totale.
03:06C'est un bourreau en fait, c'est pas juste, c'est un bourreau.
03:11L'accusé, c'est peut-être ce qu'il y a le plus terrible, c'est que c'est un
03:14homme ordinaire.
03:15C'est un homme terriblement ordinaire.
03:19C'est des gens qui n'auraient jamais dû accéder à ce niveau de responsabilité,
03:23qui vont devenir quelqu'un grâce à la guerre.
03:43Après quatre années d'instruction, la justice française va enfin juger Klaus Barbie.
03:52Durant cette procédure, il a fallu identifier les actes commis par le chef de la Gestapo de Lyon,
03:57pouvant entrer dans le cadre juridique du crime contre l'humanité.
04:04Si dans un premier temps ne furent retenus que trois dossiers liés à la déportation de juifs,
04:09l'inculpation s'élargira finalement à la torture et à la déportation de résistants.
04:25L'accusé a 74 ans au moment de l'ouverture de son procès.
04:31C'est la fin d'une cavale de près de 40 ans.
04:35Après la guerre, on le recherche, mais on ne le trouve pas.
04:40Il n'est pas resté en France.
04:42Comme beaucoup de criminels nazis, il a fait retraite vers l'Allemagne.
04:50Quand Klaus Barbie revient clandestinement se cacher en Allemagne vaincue,
04:54le monde découvre l'ampleur des crimes de masse commis par les nazis
04:58et la réalité des camps d'extermination.
05:04Si les Américains traquent un certain nombre de criminels nazis
05:07afin d'engager les premiers procès,
05:09ils vont aussi savoir composer avec certains autres.
05:13Il y a deux catégories, pour aller très vite, qui intéressent les alliés de ce point de vue-là.
05:17Pas pour les juger, mais pour les récupérer.
05:20C'est les scientifiques et les policiers.
05:26On va rechercher des gens qui ont des expertises.
05:31Les principaux ennemis des nazis, c'était les résistants.
05:34Parmi les résistants, il y avait les communistes.
05:36Il a une connaissance de ces réseaux.
05:38Il faut une exception pour lui, parce qu'il est très compétent en matière anticommuniste.
05:43C'est les débuts de la guerre froide.
05:45Et l'anticommunisme est l'enjeu qui domine l'impératif de dénazification.
05:52Les services secrets français identifient Barbie dès 1948,
05:56et la justice lance contre lui plusieurs mandats d'arrêt.
05:59Mais les Américains le protègent et organisent bientôt son exfiltration.
06:05En 1951, Klaus Barbie devient Klaus Altmann et se voit délivrer par la Croix-Rouge un visa légal d'immigration.
06:14Avec sa femme et ses deux enfants, il s'envole pour la Bolivie.
06:20L'ancien nazi se fond dans une ville ceinturée de montagne,
06:23à plus de 3500 mètres d'altitude et 10 000 kilomètres de l'Europe.
06:31Il va renaître en Bolivie.
06:33Et pourquoi en Bolivie ?
06:34Parce que la Bolivie est sous le régime des dictatures militaires successives.
06:41Et qu'en Bolivie, Barbie retrouve des compagnons nazis et va s'exprimer pleinement dans ce régime.
06:49Le pouvoir bolivien est à travers lui le pouvoir des services américains.
06:56Et on recrutait parmi, on donnait un grâle, etc.
07:02Nous ne savons pas qu'il va constituer ce que l'on appelle un commando des fiancés de la mort,
07:06chargé de faire disparaître en tant que besoin les opposants au régime.
07:11Il est un collaborateur très actif du ministre de l'Intérieur.
07:18Protégé par le gouvernement bolivien et sa nouvelle nationalité,
07:21Barbie va échapper durant près de 30 ans à l'extradition vers la France,
07:25malgré sa condamnation pour crime de guerre en 1952, puis 1954.
07:32Mais au début des années 70, la tranquillité de Klaus Altmann
07:36va rencontrer la détermination d'un couple traquant inlassablement les anciens criminels nazis.
07:45Béat et Serge Klarsfeld ont identifié la présence de Barbie tout d'abord à Lima, au Pérou,
07:51puis à La Paz, en Bolivie.
07:55Béat rejoint l'Amérique du Sud, déterminée à confondre Altmann-Barbie.
08:03Quand je suis arrivée à l'aéroport, il y avait au moins une cinquantaine de journalistes qui m'attendaient,
08:06ce qui était le gouvernement de Banzer, c'était horrible.
08:10Et j'ai eu rendez-vous avec M. Grémenger, qui était le secrétaire d'État pour l'immigré.
08:15Et ce Grémenger m'a dit, écoutez, apportez-moi les preuves,
08:18et puis vous revenez, et puis voilà, c'était quelque chose.
08:27Donc il fallait trouver maintenant que Klaus Barbie et Klaus Altmann aient la même chose.
08:31On avait les photos de sa famille, il y avait sa femme, des enfants,
08:35et c'était identique, sauf quelques petites, je crois que les dates d'un sens étaient changées.
08:42D'abord un long examen anthropométrique, des photos de Barbie sous l'occupation
08:47et des photos de Altmann prises il y a quelques semaines.
08:50Le résultat de l'examen est formel, il s'agit bien d'un seul et même homme.
08:58Même si l'étau se resserre, l'ancien nazi ne semble craindre aucune action judiciaire.
09:04Il accepte même de répondre à un entretien télévisé mené par le journaliste Ladislas de Hoyos
09:10qui accompagne Béat Klaarsfeld.
09:12On peut peut-être prendre monsieur debout en train de marcher jusqu'à la porte.
09:16Les conditions de l'entretien ont été monnayées,
09:19et le tournage se déroule au ministère de l'Intérieur
09:21sous le contrôle de fonctionnaires de police boliviens.
09:27Bien sûr, l'enjeu de cet entretien c'est de le confondre,
09:30c'est de prouver que Altmann s'est Barbie.
09:35Quand on voit les images, j'ai fait à ce moment-là,
09:39un zoom, un gros plan,
09:42et j'étais fasciné par ce regard.
09:47D'ailleurs, ce qui a justifié le zoom.
09:51Je vais présenter monsieur Altmann en français.
09:58Il se pense toujours intouchable.
10:01Il pense qu'il va s'en sortir.
10:05La gente dit que vous appartiez à la Gestapo
10:09et que vous êtes un torturateur,
10:12qui dit un respecte.
10:14Je l'exprime.
10:15Les gens disent que vous êtes en la Gestapo.
10:30Je présente à Klaus Altmann la photo de Jean Moulin.
10:37Je lui demandais s'il le reconnaît.
10:41Déjà, quand il passe de l'espagnol à l'allemand,
10:46moi je suis persuadé que dans les 15 secondes,
10:48les officiels vont arrêter en disant
10:50« Attendez, ce n'est pas du tout ce qui était prévu. »
10:51Ce qui est après, cerise sur le gâteau,
10:54il l'attaque en français
10:57et il répond en français.
10:59Mais c'est surréaliste.
11:00On n'en croit pas à nos yeux.
11:10Je ne suis jamais allé à la Gestapo de Lyon.
11:33Je ne connais pas Jean Moulin.
11:35Je ne connais pas Moulin.
11:40Moulin, Moulin, Moulin.
11:43On se regarde en se disant
11:45« Extraordinaire, inespéré, ce qui vient de se passer. »
11:49Et moi, j'ai qu'une seule idée,
11:51c'est de sortir ces bobines du ministère de l'Intérieur
11:54parce que je suis persuadé qu'il va se passer quelque chose.
12:00Je prends les bobines,
12:02je les mets dans un imperméable
12:03et je les donne à la 10 et au consul.
12:06Et je lui dis « Mais tout de suite,
12:07je me souviens de la phrase
12:08« Tirez-vous, mais tirez-vous tout de suite. »
12:12Alors ça a été formidable
12:13parce que l'ambassadeur s'est rendu compte immédiatement
12:16de la valeur du document
12:18et il est sauté dans un avion
12:20avec sa valise diplomatique
12:21et il a ramené les bobines.
12:25Lorsque j'ai vu l'émission à la télévision,
12:27j'étais frappé directement comme un éclair
12:29qui vient, une personne qu'on revoit devant soi subitement.
12:32Cela a un peu les âges,
12:33ont un peu changé son visage.
12:35« Pensez-vous que Klaus Altmann
12:38puisse être Klaus Barbie ? »
12:40« La façon de regarder cet homme
12:42me rappelle étrangement ce Barbie
12:44que j'ai connu peu de temps, il y a 30 ans. »
12:46« À 13 ans, on se souvient très bien d'un regard.
12:48Pour moi, il n'y a pas de problème. »
12:51Durant les semaines qui suivent
12:52la diffusion de l'interview,
12:54les confirmations de victimes se multiplient.
12:57Les époux Klarsfeld centralisent
12:59les nouveaux dépôts de plainte.
13:00La machine judiciaire est relancée.
13:06Mais face au blocage du gouvernement bolivien,
13:10une autre voie, illégale cette fois-ci,
13:13va être envisagée.
13:18Je m'étais dit qu'on pouvait
13:19réveiller la tension internationale
13:22en enlevant Barbie,
13:25qui était pour moi l'assassin de Jean Moulin.
13:32Régis Debray nous a dit
13:34« J'ai un ami qui est un ami sûr,
13:37et lui pourrait organiser
13:38l'enlèvement de Barbie. »
13:42On a essayé d'organiser quelque chose.
13:45La motivation est, je crois,
13:48établir un parallèle
13:50entre la résistance antifasciste bolivienne
13:53et la résistance anti-nazis française.
13:56L'organisation, c'était qu'il fallait
13:59que je vienne en Bolivie
14:01et qu'on apporte 5000 dollars
14:04pour l'achat d'une voiture
14:05pour des militaires
14:06qui enlèveraient Klaus Barbie.
14:10L'idée était de le prendre
14:14et de l'amener au Chili
14:16de Salvador Allende
14:17et à partir de là,
14:19demande d'extradition de la France
14:22et expédition du personnage en France.
14:25« Mon ami Gustavo Sanchez
14:29a prêté ses concours
14:32et ses amis,
14:33mais il n'y avait manifestement
14:34pas de moyens. »
14:36« La voiture a été achetée
14:38et a eu un accident.
14:40Rencontre avec un lama. »
14:44Il faudra attendre encore 10 ans
14:46et l'effondrement de la dictature
14:47pour que la Bolivie lâche l'ancien nazi.
14:50« En 1983,
14:53le nouveau vice-ministre de l'Intérieur,
14:55Gustavo Sanchez,
14:56n'est autre que l'ami de Régis Debray
14:58ayant participé à la tentative d'enlèvement.
15:03Le ministre Sanchez
15:04fait arrêter Klaus Barbie
15:06et engage une déchéance de nationalité
15:08ouvrant la voie à l'extradition.
15:12Il informe immédiatement Régis Debray,
15:15désormais conseiller du président de la République,
15:17François Mitterrand.
15:20Mitterrand était hésitant
15:21et j'étais très stupéfait,
15:25ne comprenant pas.
15:28Dans une sorte de soliloque,
15:31dans la voiture,
15:35soliloque qui m'a déconcerté,
15:39il a évoqué
15:40que ce serait peut-être une mauvaise chose
15:43de lever le couvercle.
15:46De lever le couvercle sur
15:48sur ce qu'a été l'occupation française.
15:52Il craignait, disons,
15:54en tant que responsable de l'unité de la République,
15:58il craignait une sorte de...
16:03série de règlement de comptes.
16:07je ne l'ai pas trouvé déterminé.
16:13Maintenant que Barbie est derrière les barreaux
16:15de la prison San Pedro de La Paz,
16:17ce sont les autorités boliviennes
16:19qui attendent le feu vert de la France.
16:22Le 4 février,
16:24Mitterrand finit par prendre sa décision.
16:29Je ne pouvais plus dire non,
16:30les choses étaient très avancées.
16:34Je vous dis tout de suite
16:35que j'étais choqué
16:36sur le moment
16:37de ces hésitations.
16:39Parce qu'enfin,
16:40je lui disais,
16:40écoutez, M. le Président,
16:41il faut donner le top,
16:42là, on ne va pas laisser cet avion,
16:45etc.
16:46Et j'avoue que j'étais...
16:48Mais après,
16:50quand j'ai vu tout ce qui allait survenir
16:53et qu'il avait prévu en quelque sorte,
16:55je me suis dit que...
16:57il investit en tant que président de la République.
17:01Voilà.
17:04Le soir même,
17:05Klaus Barbie est mis dans un avion
17:07à destination de la Guyane française
17:08où un DC-8 de la DGSE
17:11doit le récupérer.
17:16Mais l'ancien nazi ignore tout
17:18de sa véritable destination.
17:22Oui, on n'a pas dit au départ à Barbie
17:24où on l'extradait.
17:25Et Barbie, en effet,
17:26pensait que c'était l'Allemagne
17:27qui le recherchait.
17:29Vous croyez que le passé est déjà...
17:31Le passé est déjà passé.
17:33Il est enterré.
17:35Cependant, ce voyage
17:36est comme un retour vers le passé,
17:38n'est-ce pas ?
17:40Bon, c'est un retour vers l'Allemagne
17:42où je dois vivre normalement.
17:53Mais lorsque Barbie apprend
17:56alors qu'il est dans l'avion
17:57que ce n'est pas en Allemagne
17:58qu'on l'envoie,
17:59mais en France,
18:00Barbie, encore une fois très intelligent,
18:02comprend que là,
18:03c'est tout à fait autre chose.
18:11En France,
18:12le gouvernement suit de près
18:13le retour de Barbie.
18:17Le ministre de la Justice,
18:19Robert Badinter,
18:21va alors prendre une décision
18:22de haute portée symbolique.
18:25C'est Robert qui a l'idée
18:30d'amener le personnage à Lyon,
18:34dans la prison où avaient été
18:38Jean Moulin et d'autres.
18:41C'est moi qui le voulais.
18:43La symbolique était tellement forte
18:47que j'ai voulu,
18:49voulu expressément
18:51qu'il retourne,
18:54je dirais selon la célèbre formule,
18:58sur les lieux de son crime.
19:00C'est ici,
19:01dans la prison de Montluc,
19:03que Klaus Barbie a fait enfermer
19:04plus de 10 000 Juifs
19:05et résistants
19:06entre 1942 et 1944.
19:10C'est là qu'il avait fait construire
19:12la baraque aux Juifs,
19:14anti-chambre de la déportation.
19:23C'était un vœu
19:25du garde des sous Robert Badinter
19:26dont, rappelons-le,
19:28le père,
19:29Simon Badinter,
19:30avait été une victime
19:31de Klaus Barbie.
19:34Entre émotions et réflexions,
19:36les médias et les Français
19:37vont maintenant s'emparer
19:38du procès Barbie,
19:39faisant brutalement remonter
19:41dans le pays
19:41les fractures d'un passé
19:42que certains voudraient oublier.
19:44En effet,
19:4540 ans après la Deuxième Guerre mondiale,
19:4640 ans après la découverte
19:48des massacres et des tortures
19:49des camps de concentration,
19:51beaucoup de questions
19:51restent posées.
19:52La France a pris la décision
19:54de réveiller l'histoire.
19:55La presse internationale
19:56en fait ses gros titres.
19:58Klaus Barbie,
19:59un criminel de guerre nazi
20:00qui s'appelle
20:00« Butcher de Lyon »
20:01qui s'appelle « Butcher de Lyon ».
20:02Les médias berichten breit
20:04sur les affaires
20:04des « Butcher de Lyon ».
20:06Je ne ferais pas grand-chose de lui.
20:07Je ne sais pas ce qu'il a fait.
20:09Moi, je ne vois pas pourquoi
20:10on jugerait un homme
20:11qui a 82 ans
20:12sur les effets
20:12qu'il a fait il y a quelques années.
20:13C'était un être immonde
20:15et si la peine de mort
20:16n'était pas abolie,
20:20je torturerais Klaus Barbie
20:22de la même façon
20:23qu'il avait torturé les gens.
20:25Pour le flinguer,
20:26il faut le mettre là
20:27sur la place
20:28et puis les gars
20:28vont s'en occuper.
20:29Il y a eu le procès à Hachemann,
20:30il y a eu d'autres procès,
20:32mais je crois que le procès
20:33que les Français attendent,
20:34c'est bien celui-là.
20:35Le monde nous regarde
20:36dans ce procès.
20:37Il s'agit de savoir
20:38quelle sorte de justice
20:39la France rend.
20:41Alors pour vous,
20:42Barbie,
20:43prisonnier en France,
20:44jugé en France,
20:45est-ce que c'est une bonne chose ?
20:48Oui, je voudrais d'abord vous dire
20:51que j'avais beaucoup hésité
20:52à venir ce soir.
20:53Lorsque j'ai lu
20:54que peut-être
20:55cela donnerait lieu
20:57à des règlements de comptes,
20:58que l'on allait exhumer
21:00des vieilles histoires
21:01franco-françaises.
21:03En France,
21:04les passions se greffent
21:05sur ce français.
21:06Je crois que ce qui serait terrible,
21:07c'est d'en faire
21:07une affaire française
21:08avec l'occasion
21:10de rechercher
21:11des histoires
21:13qui, elles,
21:13sont normalement prescrites
21:14et de remuer
21:16des événements
21:17qui ne s'intègrent pas
21:18dans cette affaire-là
21:19ou qui s'y intègrent,
21:20bien sûr,
21:21mais de façon
21:21tout à fait annexe.
21:24Les propos de Simone Veil
21:27troublent.
21:27Est-ce qu'on ne se sent pas
21:28légitime,
21:29ensuite, nous ?
21:31Cette envie d'amnésie,
21:34elle est très profonde
21:36chez nous,
21:37français.
21:39Simone Veil,
21:40elle a,
21:40de ce point de vue-là,
21:41et ce n'est pas du tout
21:42évidemment une critique,
21:43un double problème.
21:44D'abord,
21:45dans cette posture,
21:46en fait,
21:48très gaullienne,
21:49d'une certaine façon,
21:51Vichy,
21:52ce n'est pas la France,
21:53ce n'est pas la République
21:53et ne réveillons pas
21:55ces vieux démons.
21:56Et puis,
21:57évidemment,
21:57se superpose à ça
21:58sa propre histoire,
22:00son histoire personnelle.
22:02Et Madame Veil,
22:04comme tous les autres
22:05et toutes les autres,
22:06c'est l'histoire
22:07du procès Barbie.
22:09C'est que
22:09ce sont des choses
22:10dont on ne parle pas.
22:12Face à l'importance
22:14du procès qui s'annonce,
22:16Robert Badinter
22:16réfléchit à une loi historique.
22:19Il souhaite que la justice
22:20réalise la captation
22:22audiovisuelle des audiences.
22:23J'étais un grand partisan
22:26de constituer
22:27constitué des archives
22:28cinématographiques
22:30de la justice.
22:33Ne pas filmer
22:33le procès Barbie
22:35serait une atteinte
22:38à l'histoire.
22:39« Les magistrats,
22:43les magistrats,
22:45étaient tout à fait hostiles.
22:48Les avocats plus narcissiques
22:50ou se voyant
22:54en héros du procès,
22:59étaient plus favorables. »
23:03L'installation de caméras,
23:05l'accueil d'une quarantaine
23:07d'avocats,
23:07de plus de 150 parties civiles,
23:10de centaines de journalistes
23:11et d'un public massif,
23:13posent une question pragmatique,
23:14car aucune salle du tribunal
23:16n'est suffisamment vaste.
23:17« Si vous faites un procès
23:22pour l'histoire,
23:23il faut que le lieu
23:24où on juge
23:25soit à la hauteur
23:26de ce que l'on juge.
23:27Et c'était la première fois
23:29qu'on faisait un procès
23:31pour crime contre l'humanité
23:32en France. »
23:35Le choix est donc fait
23:35de transformer
23:36la salle des pas perdus
23:37en salle d'audience.
23:38« Ce palais de justice,
23:48c'est un grand théâtre.
23:50Je restais dans ces codes.
23:52Si vous leviez le nez,
23:54vous avez un grand tympan
23:56entièrement sculpté
23:57et là, vous avez la justice.
24:01Vous êtes là,
24:02au pied de la justice
24:03et la justice,
24:05elle sépare
24:05les innocents des coupables.
24:12Il fallait absolument,
24:13absolument
24:14que ce procès
24:15offre l'image
24:16d'une justice
24:18ordinaire.
24:21Barbie comparaissait
24:22devant la cour d'assises
24:23ordinaire,
24:24jugée par des citoyens
24:25ordinaires,
24:26tirés au sort.
24:28Et ça, c'était
24:29très important
24:30parce que c'était
24:31la représentation
24:32du peuple français
24:33qui allait
24:34rendre la justice
24:36vis-à-vis de Klaus Barbie.
24:41Après quatre années
24:42de procédure,
24:44la justice
24:44est enfin prête.
24:46Tous ceux
24:47qui ont permis
24:47au procès Barbie
24:48d'exister
24:49convergent
24:50vers l'enceinte
24:50du tribunal.
24:52Les témoins,
24:54les magistrats,
24:55les 39 avocats
24:56des partis civils
24:56face à l'unique avocat
24:58de la défense,
24:59le très médiatique
25:00Jacques Vergès.
25:01Et enfin,
25:03l'accusé.
25:05Le rideau
25:06va enfin se lever.
25:13Madame,
25:14Monsieur,
25:14bonjour.
25:15Regardez cette image,
25:17c'est finalement
25:17celle de la démocratie,
25:19celle de la justice.
25:2143 ans
25:22après son départ,
25:23le 30 août
25:241944,
25:26Klaus Barbie
25:26redevient l'homme
25:27que tous
25:28les Lyonnais
25:29regardent.
25:31Toute la presse
25:32mondiale
25:33réunie
25:33dans cette salle
25:35pour juger
25:36un dossier
25:36qui dépasse
25:37de loin
25:38le cadre
25:39général
25:40ordinaire
25:41de ce qui se juge
25:42dans la cour d'assises
25:43de Lyon.
25:44C'est le premier procès
25:45qui a été diffusé
25:46en Mondiovision.
25:47Ce qui fait
25:48qu'il a fallu attendre
25:49le top du réalisateur
25:51pour entrer.
25:52Parce qu'en effet,
25:53on ne commence jamais
25:53à 13 heures
25:54les audiences
25:54de la cour d'assises.
25:55Mais là,
25:56pour l'ouverture du procès,
25:57on s'est plié
25:58à cette volonté
26:00de pouvoir
26:01en direct
26:03présenter
26:03l'ouverture du procès
26:04puisque c'est
26:05le seul moment
26:05où l'on allait voir
26:06Klaus Barbie.
26:10La cour.
26:18Il y a une grande tension.
26:20Vous savez,
26:20à l'ouverture du procès,
26:21il y a une très très grande tension.
26:22Pour faire simple,
26:23je vais vous dire,
26:23j'avais la boule au ventre.
26:26Mesdames, messieurs,
26:26veuillez vous asseoir.
26:32L'audience est couverte.
26:36Je demande au service d'ordre
26:38d'introduire l'accusé,
26:39s'il vous plaît.
26:43Et puis,
26:44faites entrer l'accusé.
26:47Là, vous avez un silence
26:50dans la salle.
27:02Moi, je ne l'avais jamais vu.
27:04Je suis face à lui.
27:05Vraiment,
27:06je le vois rentrer.
27:08Et je sens le poids
27:09de l'histoire
27:09à ce moment-là.
27:10Vraiment.
27:13Veuillez vous asseoir,
27:14monsieur l'accusé.
27:15Asseyez-vous.
27:22La première ligne
27:23de mon article
27:25pour libération
27:26le lendemain,
27:26c'est qu'il entre
27:27vieillard fantomatique
27:29en costume noir.
27:33Il ne baisse pas les yeux.
27:35Il n'est pas gêné.
27:36Il sait pertinemment
27:37qu'il est filmé
27:38dans le monde entier.
27:39Il est d'un calme absolu.
27:41Et ça,
27:41c'est très très désarcevant.
27:43C'est très désarcevant.
27:49Ce n'est pas un monstre
27:50qui est entré
27:50dans le box.
27:51C'est un homme.
27:52Et c'est plus terrifiant
27:53encore de penser
27:54justement que celui
27:55qui vient de rentrer,
27:56c'est un homme.
28:08Je suis happé
28:10par ce visage
28:11et par ses yeux.
28:13Vraiment.
28:14Cet homme avait un regard
28:16et me vient évidemment
28:18immédiatement en mémoire
28:19parce que, évidemment,
28:20je connais mon dossier,
28:22les témoignages des gens
28:23à qui on dit
28:23mais comment on reconnaît
28:25un homme 40 ans après ?
28:27Et tous disent le regard.
28:30Je me souviens d'avoir vu
28:32cet homme avec ce regard
28:34tranchant.
28:35C'est un regard
28:35qui pénètre,
28:37qui traverse les murs.
28:39Et ça, c'est un des premiers
28:41dessins que j'ai fait.
28:42Ce Barbie avec ce regard
28:44totalement terrifiant,
28:45c'est quelque chose
28:46que je n'avais jamais vu avant.
28:52Il avait des yeux
28:54qui couraient très vite.
28:56Et puis, à un moment,
28:57il a regardé les avocats en face
28:59et il les a regardés
29:00les uns après les autres.
29:01Et j'ai ressenti quelque chose
29:03que je n'ai jamais ressenti
29:04ni avant ni après.
29:06Une douche glacée.
29:08Mais une vraie douche glacée.
29:10J'avais l'impression
29:10qu'on m'avait déversé
29:11de l'eau glacée.
29:13Alors, accusé,
29:14veuillez vous lever maintenant.
29:20Quels sont vos noms
29:21et prénoms ?
29:26Altmann Klaus.
29:30Dès le départ,
29:31le procès est biaisé
29:33par un homme qui dit
29:33que celui qui est dans le boxe,
29:34ce n'est pas lui.
29:35Il y a une lâcheté
29:37effroyable chez Barbi.
29:39À faire croire
29:40que peut-être
29:41Klaus Altmann,
29:42Barbi,
29:43je ne sais pas si c'est moi.
29:44Monsieur le Président,
29:45les partis civils
29:46que nous représentons,
29:48Klaus Feld,
29:48Zalmati et moi,
29:49souhaiteraient
29:50un point de précision
29:52en ce qui concerne
29:54l'identité
29:55qu'a énoncée tout à l'heure
29:57Klaus Barbi.
29:59Peut-il répéter
30:01sous quelle identité
30:02il se présente aujourd'hui ?
30:04La vérité vous a répondu.
30:07Monsieur le Président,
30:11si je dois être
30:12interrompu
30:13à longueur d'audience
30:15par l'avocat
30:16de Klaus Barbi,
30:18je pourrais parfaitement
30:19ne poser aucune question.
30:20Il s'agit de l'identité
30:21sous laquelle
30:22se présente Klaus Barbi
30:24qui est une fausse identité.
30:26J'entends l'établir
30:27dès le début des débats.
30:28Il existe des papiers
30:28au nom de Klaus Altmann.
30:30Ce sont les seuls papiers.
30:31Alors nous,
30:32alors monsieur le Président,
30:34laissez mettre...
30:35Monsieur le Président,
30:35pour le moment,
30:36je posais des questions.
30:37Si je suis interrompu
30:39avant que j'ai fini
30:40de poser mes questions,
30:41les débats ne pourront pas
30:41avoir lieu sereinement.
30:42Tout le monde, je pense,
30:43aurait rêvé d'un Barbie
30:45qui dise oui,
30:45je suis Klaus Barbi.
30:47Et alors ?
30:48Ok, maintenant,
30:49on juge,
30:49on discute,
30:50on parle.
30:51Mais non,
30:51il y a quelqu'un
30:51qui dit,
30:52excusez-moi,
30:52je ne suis pas le bon.
30:53Donc tout ce qui va
30:54se dérouler
30:55pendant tout le procès
30:56va être ramené
30:57à je ne suis pas le bon.
30:58C'est comme si
30:59on ne parlait pas de lui.
31:00C'est-à-dire qu'on parlait
31:01d'un autre,
31:02mais pas de lui.
31:03Alors est-ce qu'il était
31:04dans le déni ?
31:05Est-ce qu'il considérait
31:05qu'il avait fait
31:06ce qu'on lui demandait
31:06de faire
31:07et que ce n'était
31:08pas de sa responsabilité ?
31:11Inculpé de crime
31:12contre l'humanité
31:13sous les qualifications
31:14d'arrestations illégales,
31:17détention,
31:18séquestration de personnes
31:18avec torture corporelle,
31:20assassinat et complicité
31:21d'arrestations illégales,
31:23de détention,
31:24de séquestration
31:25de personnes
31:26avec torture corporelle
31:27et d'assassinat,
31:28enlèvement, détournement
31:30et déplacement de mineurs,
31:31de crime contre l'humanité,
31:34par complicité d'assassinat
31:35et par enlèvement de mineurs
31:36et suivi de mort pour certains.
31:40Il tournait la tête
31:42vers les deux greffiers
31:43qui lisaient l'acte d'accusation.
31:45On sait très bien
31:46qu'il comprend très bien
31:47le français
31:48et il écoutait avec attention.
31:50Mais il avait ce sourire
31:52et cet indifférent
31:53comme si ça ne pouvait
31:54pas l'atteindre.
31:55Je crois qu'il ne pensait
31:56jamais à ses victimes.
31:59Comme la plupart
32:00des criminels
32:01qui ont agi
32:03au nom de l'État,
32:05c'est très facile
32:06de se débarrasser
32:06de ces crimes.
32:09Des experts psychiatres
32:11qui ont éclaminé
32:12Klaus Barbie
32:13pendant une année
32:14n'ont pas décelé
32:14de maladie mentale
32:15mais un mode particulier
32:17de fonctionnement psychique.
32:19Il n'est pas en état
32:20de démence
32:21au sens de l'article 64
32:22du code pénal.
32:24Sa structure psychique
32:26a un rôle défensif
32:27et le maintient
32:29dans une représentation
32:30identique de lui-même
32:31exclusive
32:32de toute culpabilité.
32:34Sa structure mentale
32:36d'une logique
32:37sans faille
32:38et sans contradiction
32:39ne laisse apparaître
32:40aucun conflit interne.
32:43Il n'exprime
32:44aucune remise
32:45en question.
32:47Chaque fois que quelque chose
32:49pourrait révéler
32:50une faille,
32:51un manque
32:51ou un conflit
32:52en lui,
32:53il se réfère
32:54à une instance
32:55imaginaire
32:56en dehors de lui.
32:58C'est ainsi
32:59que l'idéologie nazie
33:00a fonctionné
33:01pour lui
33:02comme un appui extérieur
33:04nécessaire
33:04à ses défenses internes.
33:07Fermé à toute altérité,
33:09il ne peut rien tolérer
33:10d'autre
33:10que ce qu'il connaît déjà
33:12ou s'inscrit
33:13dans la logique
33:14de ce qu'il pense.
33:15Barbie,
33:18nazi,
33:18il était,
33:19nazi,
33:19il était toujours.
33:22La doctrine nationale
33:24socialiste,
33:25c'était sa doctrine.
33:27Pour lui,
33:28c'était la meilleure
33:29du monde.
33:30Je suis sûre
33:30que jusqu'à son dernier souffle,
33:31ça a été la meilleure
33:32du monde.
33:33Barbie n'est pas sorti
33:34de ce système
33:35qu'il est resté
33:36à vie,
33:37un nazi,
33:38un authentique nazi,
33:39quasiment
33:40un état chimiquement pur
33:42de ce que pouvait être
33:42un nazi.
33:43Il ne comprenait pas
33:44pourquoi on venait
33:45de lui reprocher
33:45quelque chose.
33:48C'est la meilleure
33:54de ce que j'ai entendu
34:02hier et aujourd'hui,
34:03j'ai vraiment cru
34:04qu'à Lyon,
34:05je m'étais conduit
34:06comme un fou,
34:07que j'avais poursuivi
34:07les Juifs,
34:08que je les avais
34:09arrêtés,
34:10que je les avais
34:10enfermés,
34:11envoyés à Drancy.
34:17Et c'était
34:19le docteur Knapp
34:22qui était responsable,
34:24ainsi que son représentant,
34:25ça n'était pas moi.
34:27Tous les criminels nazis
34:30ont invoqué
34:32la légalité.
34:34Et c'est pour cela
34:34que s'est imposée
34:36la notion
34:37de crime contre l'humanité.
34:38Tu aurais dû voir
34:38plus loin,
34:39voir plus haut.
34:40Il y a quelque chose
34:41aussi qui peut
34:42transcender les ordres.
34:44Tu faisais ton devoir,
34:45non,
34:45ton devoir était
34:46de déséveillir.
34:47C'est ça
34:47que nous répète
34:48la notion
34:49de crime contre l'humanité.
34:51C'est le service
34:51public criminel
34:52dont chacun
34:53a sa tâche.
34:54C'était une tâche.
34:56Donc c'est une perversion
34:57de la notion même
34:58de devoir.
35:01Les premiers jours
35:02du procès
35:02donnent lieu
35:03à une médiatisation
35:04hors du commun.
35:05Plus de 800 journalistes
35:06français et internationaux
35:07sont présents
35:08racontant au monde entier
35:10la dramaturgie quotidienne
35:11du procès.
35:12Le mec qu'ils ont appelé
35:13le butcher de Lyon,
35:14Klaus Barbie,
35:15a été en train
35:16aujourd'hui
35:16dans la ville française.
35:17Barbie a donné son nom
35:18comme Klaus Altmann,
35:19l'alias qu'il a utilisé
35:20dans l'Amérique du Sud.
35:21Bonsoir,
35:22la première audience
35:23du procès
35:23de Klaus Barbie
35:24vient de s'achever
35:25il y a quelques minutes.
35:26On a essayé
35:27de faire de la pédagogie.
35:28Il y avait une possibilité
35:29pour nous
35:29de raconter l'histoire,
35:31de l'expliquer.
35:32Comme c'était une première,
35:34il y a eu
35:35une forme d'emballement aussi.
35:37On s'est demandé
35:39est-ce qu'on risque pas
35:40de transformer
35:42ce moment
35:43qui devrait être
35:43un moment judiciaire
35:45d'apprentissage
35:46de ce qu'on ne nous avait
35:47pas raconté
35:49en une sorte
35:50de happening.
35:52Mais le véritable
35:53coup de théâtre
35:54qui va électriser
35:55les médias
35:55et changer le cours
35:56du procès
35:57va intervenir
35:58à l'issue
35:59de la troisième
35:59journée d'audience.
36:01Alors qu'il est interrogé
36:02sur son passé bolivien,
36:04Klaus Barbie
36:05et son avocat
36:05Jacques Vergès
36:06décident d'abattre
36:07une carte
36:08totalement inattendue.
36:22Moi j'ai l'impression
36:23de revoir
36:24cette image
36:26de Vergès
36:27qui se lève,
36:28qui se tourne,
36:28il est en face de moi
36:29et qui tend un papier
36:31à Barbie
36:32et Barbie
36:33qui demande la parole.
36:35Monsieur le président,
36:36l'accusé demande
36:39s'il peut faire
36:40une déclaration
36:42à vous-même,
36:43au procureur
36:45ainsi qu'à
36:46mesdames et messieurs
36:47les jurés.
36:48Bien, alors allez-y,
36:49soyez brefs.
36:51Je voudrais dire
36:53à messieurs les juges
36:56du tribunal de Lyon
36:59que je suis détenu ici
37:03de façon illégale.
37:06Je n'ai donc plus
37:08l'intention
37:08de paraître
37:10devant ce tribunal.
37:14je vous demanderai
37:16de bien vouloir
37:18me faire reconduire
37:19à la prison
37:20Saint-Joseph.
37:23Bien,
37:23non je vous en prie,
37:24je vous en prie.
37:26Ça jette un froid.
37:29Ça jette un froid.
37:30On s'attendait
37:31à tous au fait ça.
37:32Ça m'inspire
37:33de la colère,
37:35intérieurement,
37:35de la colère.
37:36Surtout pour les victimes.
37:38Ils ne seront pas confrontés.
37:39Il ne va pas entendre
37:40ce qu'il aura fait.
37:41Tous ces gens
37:42qui sont dans la salle
37:43qui ne rêvent
37:44que d'en découdre
37:45avec lui,
37:46qui veulent absolument
37:48être confrontés à lui
37:49et lui,
37:50il prend la poudre
37:52d'escampette.
37:55Quelqu'un avait demandé
37:56la parole.
37:56Oui, M. le président
37:56Alain Lévy.
37:57Je m'étonne
37:58que dans le cadre
38:00de cet interrogatoire
38:01d'identité,
38:03la cour puisse
38:04laisser lire
38:05un texte
38:06à Klaus Barbie
38:07dont il n'est
38:07manifestablement
38:08pas d'ailleurs l'auteur
38:09puisque c'est son conseil
38:10qu'il lui a remis.
38:12Klaus Barbie
38:13se moque
38:14de la justice
38:15aujourd'hui
38:17en se défilant
38:18comme il l'a fait
38:20pendant des années
38:22et en s'étonnant
38:24que son jugement
38:25n'intervienne
38:26que 45 ans après.
38:29Maître Vergès,
38:30je crois que vous avez
38:30demandé la parole.
38:32C'est l'indignation
38:33des gens
38:34qui sont dans
38:34leur bon droit
38:35et que tout le monde
38:37approuve.
38:38Indignation
38:39d'autant plus facile
38:40à s'exprimer
38:41qu'elle s'exprime
38:42contre un homme seul.
38:44Eh bien,
38:45moi,
38:46je m'honore
38:47de défendre
38:48cet homme seul.
38:51C'est la vraie place
38:52de la défense
38:53ici.
38:54Et je dirais
38:54à un confrère
38:55qui innove
38:57en se faisant
38:58délateur.
38:59C'est nouveau.
39:00Ce procès
39:01innove
39:02dans tous les domaines.
39:03Il vous a dit
39:03que j'avais transmis
39:04un mot à mon client.
39:06Il vous l'a dit.
39:08Vous pouvez en prendre acte.
39:09Je prends
39:10cette responsabilité.
39:12Je ne suis pas
39:13de ceux
39:13qui hurlent
39:14avec les loups.
39:15Je suis aussi
39:16de ceux
39:16qui pensent
39:17que leur robe
39:17est là
39:18pour protéger
39:19un homme seul,
39:20un ennemi
39:20vaincu
39:21du lynchage.
39:24Maître
39:24Jacques Lugot.
39:26Maître Vergès,
39:27vous vous vantez
39:28d'assurer seul
39:29la défense
39:30d'un homme seul.
39:31J'ai la faiblesse
39:32de m'honorer,
39:34de représenter
39:35à cette barre
39:356 millions
39:36de fantômes
39:38qui n'ont pas
39:39la chance
39:39d'avoir la possibilité
39:41d'être présents
39:42à cette barre.
39:44Monsieur le procureur général,
39:46peut-être
39:46voulez-vous intervenir ?
39:50Il y a plusieurs façons
39:51d'interroger.
39:52Il y en a une
39:53qui avait cours
39:54dans cette ville
39:55il y a plus de 40 ans
39:57et celui
39:58qui était soumis
39:59à l'interrogatoire
40:00n'avait aucune possibilité
40:01de s'y soustraire.
40:03Il ne pouvait pas
40:04dire tranquillement
40:06à partir de maintenant
40:08je rentre
40:08dans ma cellule
40:09et puis j'y resterai
40:11tranquillement
40:12faites tout ce que
40:12vous voulez
40:13ça ne m'intéresse pas.
40:14L'intervention
40:15du procureur général
40:16Truch
40:16à ce moment-là
40:18a donné
40:19la dimension
40:20du procès
40:20à sceller
40:22la volonté
40:24de notre institution
40:25judiciaire
40:26d'appliquer
40:28une justice
40:29qui soit
40:30exemplaire
40:31au niveau
40:32de ce qu'elle doit être.
40:32Il s'est adressé
40:34directement à Barbie
40:34qu'il a pensé
40:36qu'il fallait avoir
40:38aussi
40:38l'adhésion
40:40des victimes
40:40et que les victimes
40:41le comprennent
40:42comprennent cette logique
40:43de cette décision.
40:44Pour l'honneur
40:44de la justice française
40:47on a donné à Barbie
40:49la possibilité
40:49de s'expliquer
40:51on lui a donné
40:52la possibilité
40:53de contester
40:53tout ce qui serait dit
40:55on lui a donné
40:56la possibilité
40:57d'interroger
40:57des témoins
40:58on lui donne
40:59la possibilité
41:00de s'exprimer
41:00longuement
41:01complètement
41:02comme toujours
41:03c'est Herr Nein
41:05monsieur non
41:06non à tout
41:07il n'accepte pas
41:09de voir en face
41:10ce qu'il a fait
41:10mais
41:11il en a le droit
41:13il a aussi
41:14le droit
41:14de se défiler
41:16il a aussi
41:16le droit
41:17de n'être pas là
41:18la procédure
41:19est prévue
41:20tout lui sera notifié
41:22il s'interdit
41:22par là même
41:23de poser des questions
41:24à ceux
41:25qui viendront
41:26déposer
41:27calmement
41:28humblement
41:28sur ce qui fut
41:29leur martyr
41:31finalement
41:31c'est lui
41:32qui une fois de plus
41:33se dérobe
41:34c'est lui
41:35qui est un
41:36nazi
41:37triomphant
41:38quand il a quelqu'un
41:39à sa disposition
41:40en face de lui
41:41quelqu'un
41:41qui ne peut pas
41:42se défendre
41:43aujourd'hui
41:44il est un barbie
41:45et un nazi
41:46honteux
41:47qui n'ose même pas
41:48actuellement
41:50se pencher
41:51sur son passé
41:51et dire
41:52ce qui s'est passé
41:53non je vous en prie
41:55je vous en prie
41:56si vous intervenez
41:58si vous intervenez
42:00je vous fais expulser
42:01de la salle
42:04monsieur barbie
42:05vous comptez revenir
42:07nix
42:08ça va ?
42:0972 heures à peine
42:10après y être entré
42:11Klaus barbie
42:12quitte donc
42:13le tribunal
42:14l'effet recherché
42:16est considérable
42:17les victimes
42:18sont dépités
42:19les avocats
42:20sont en colère
42:20et la presse
42:22s'interroge
42:25beaucoup
42:26pensaient
42:26que le procès
42:27allait être terminé
42:27certains journalistes
42:30d'amérique du sud
42:31notamment
42:31ont dit
42:32mais le procès
42:32barbie
42:32c'est fini
42:33j'entends
42:34des journalistes
42:34notamment
42:35des journalistes
42:36étrangers
42:36dire
42:37barbie
42:37s'en va
42:38ce procès
42:38n'a plus
42:38aucun intérêt
42:39on ne va plus
42:40entendre
42:40Klaus barbie
42:41la bête
42:42a quitté
42:42la reine
42:42et il y a même
42:43des journalistes
42:44qui ont repris
42:44l'avion
42:44et moi je savais
42:45que parce qu'il partait
42:46ce procès
42:47aurait de l'intérêt
42:50cette stratégie
42:51de la chaise vide
42:52porte la marque
42:53d'un homme
42:53habitué à générer
42:54les effets de souffle
42:55et de souffre
42:57son avocat
42:58maître
42:59Jacques Verges
42:59ce procès
43:00n'a jamais eu de sens
43:01dès le départ
43:01il était scandaleux
43:02dérisoire
43:03et minable
43:05barbie
43:05n'a pas été expulsé
43:07vers la France
43:09il a été acheté
43:11et que du coup
43:12la prétendue expulsion
43:13n'est pas une expulsion
43:14mais un rap
43:19Klaus barbie
43:19c'est le mal absolu
43:21c'est le diable
43:22et Jacques Verges
43:23apparaît à l'époque
43:24comme le point extrême
43:27de ce métier
43:28d'avocat
43:29maître
43:29pour vous qui étiez
43:30dans la résistance
43:31est-ce que ça ne vous
43:31pose pas un problème
43:32moral de défendre
43:33quelqu'un
43:33qui a pu tuer
43:34certains de vos amis
43:35du fait même
43:35que j'ai été résistant
43:37je me dis
43:38si je me suis battu
43:39à cette époque
43:40contre l'idéologie
43:41que défendait Barbie
43:42là-dessus
43:43il n'y a pas de doute
43:44j'ai le droit
43:45aujourd'hui d'intervenir
43:47je me battais
43:48c'était la guerre
43:49j'aurais pu le tuer
43:50il aurait pu me tuer
43:52mais je n'ai pas fait
43:53la guerre
43:53pour 40 ans après
43:55assister à un spectacle
43:56aussi répugnant
43:57enfin vous n'allez
43:58quand même pas demander
43:59l'acquittement de Barbie
44:00il n'est pas innocent
44:01il est innocent
44:02de ce qu'on lui reproche
44:03dans ce procès
44:08est-ce que c'est Barbie
44:10qui a choisi Vergès
44:11ou est-ce que c'est Vergès
44:12qui a choisi Barbie
44:12vous pensez bien que
44:14Barbie ne connaissait pas
44:15Vergès
44:18on dit
44:19et je pense que
44:20désormais c'est vrai
44:22qu'en réalité
44:22il y a un intermédiaire
44:24cet intermédiaire
44:25c'est un homme
44:25des milieux
44:26d'extrême droite
44:27néo-nazi
44:28un banquier suisse
44:30qui aurait recommandé
44:32qui aurait recommandé
44:32Jacques Vergès
44:33mais qui va financer
44:34cette défense
44:37parce qu'il faut
44:38quelques moyens
44:39tout cela grenouille autour
44:40de Genoux
44:41qui est François Genoux
44:42qui est un banquier
44:44à Genève
44:45qui a les droits
44:46de Mein Kampf
44:47de Goebbels
44:48un groupe
44:49disons de gens
44:50qui veulent défendre Barbie
44:53et qui choisissent
44:55Vergès
44:56parce que
44:57il leur paraît
44:58apte
45:00à défendre Barbie
45:03est-ce que
45:04vous pouvez ou non
45:05nous confirmer
45:06que vous vous intéressez
45:07à la défense
45:08de Klaus Barbie
45:09vision française
45:09absolument rien à voir
45:10vous pouvez même pas
45:12confirmer
45:12que vous apportez
45:13de l'argent
45:13ou non
45:14à cette défense
45:16vous êtes en relation
45:17avec maître Vergès
45:18l'avocat de Barbie
45:18c'est un vieil ami
45:20voilà c'est tout
45:21merci
45:22vous savez
45:27j'ai une opinion particulière
45:29en ce qui concerne Vergès
45:30je pense que
45:31il s'est toujours
45:32intéressé d'abord
45:33à sa personne
45:34avant de s'occuper
45:35de ses clients
45:37il n'y a pas plus
45:38narcissique
45:39dans ces circonstances là
45:40il était seul
45:41contre les 39 parties civiles
45:43et puis il était très content
45:44d'être David
45:45contre Goliath
45:46il y avait 39 confrères
45:48face à lui
45:49de grandes célébrités parisiennes
45:50et il était très content
45:51d'être la seule
45:55vous voulez frapper
45:56allez-y
45:57les flèches
45:58moi j'ai le cuir dur
45:59j'ai une armure
46:00balancée
46:01laissé mon client tranquille
46:02ça c'est noble
46:03ça c'est limite aussi
46:04parce que
46:05on va voir que
46:07le procès va
46:08rentrer dans une
46:10un moment
46:11c'est
46:13tournure
46:13ce tournant
46:15du procès
46:16il est
46:17à couper le souffle
46:18ce qui va se passer
46:19qui ne se serait pas produit
46:21si Barbie avait été présent
46:22ça c'est limite
46:25c'est limite pour le souffle
46:27c'est limite pour le souffle
46:40O que é isso?
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