00:00Europe 1 Soir, 19h-21h, Pierre de Villeneuve
00:06J'hésitais à relancer Maëlle Laurence, petite seconde d'inattention sur mon téléphone portable
00:12puisque la famille de Quentin diffuse enfin la photo de ce jeune homme de 23 ans.
00:19Voilà, c'est très émouvant.
00:22Et on va en parler dans quelques instants.
00:24Je voudrais qu'on revienne quelques instants sur la fin de vie parce que c'est important
00:27et que le texte revient devant les députés tout à l'heure à 21h30.
00:33Écoutez sur ce sujet le député LR des Hauts-de-Seine et, faut-il le rappeler, médecin urgentiste,
00:40chef des urgences de l'hôpital Pompidou, Philippe Juvin.
00:43On nous avait vendu une loi qui s'appliquerait aux gens en fin de vie.
00:48En réalité, les critères qui sont dans la loi sont des critères extrêmement larges
00:52qui pourront concerner des patients qui ont plusieurs années à vivre.
00:55Par exemple, la loi dit qu'il faudra souffrir d'une maladie grave, incurable,
01:01à un stade avancé, un cancer avec des métastases.
01:04Et pourtant, on peut vivre des années aujourd'hui avec les nouvelles thérapeutiques ciblées.
01:07Donc, ce n'est pas une loi de fin de vie.
01:09Et puis moi, je vais vous dire une chose très simple.
01:10Je suis médecin et je ne veux pas, quand j'entre dans une chambre en blouse blanche,
01:14que le patient ait à se poser la question de la nature de ma venue.
01:18Voilà, je ne veux pas qu'il se pose la question de la nature de ma venue.
01:21Mais en attendant, quand vous entendez effectivement les politiques,
01:25quand vous entendez Mme Braun-Pivet, lors de ses voeux à la presse,
01:28qui dit « Je ne doute pas que les parlementaires continuent à affirmer leur souhait d'ouvrir ce nouveau droit.
01:33C'est un texte attendu.
01:34Et moi, je ferai tout pour qu'il soit adopté de façon définitive en l'été 2026. »
01:39Ça veut dire circuler, ne rien à voir.
01:40Il y a Mme Braun-Pivet et Emmanuel Macron, lors de ses voeux pour l'année 2026.
01:44Je ne comprends pas pourquoi la Macronie, effectivement, est si impatiente sur ce sujet.
01:49Et probablement parce qu'en fait, ce sujet, s'il finit par passer,
01:52sera la seule victoire, si je peux dire ça comme ça,
01:55qu'Emmanuel Macron a à son bilan, si vous voulez.
01:59Parce qu'en fait, même la réforme, pas une victoire en l'occurrence,
02:01mais c'est vrai que c'est le seul étendard qu'il pourra donner.
02:03Parce que même la réforme des retraites, si vous voulez, elle a été supprimée.
02:06Donc en fait, aujourd'hui, qu'est-ce qu'on va retenir du bilan d'Emmanuel Macron ?
02:08Qu'il est parvenu à mettre une loi qui, en fait, aide, tout simplement, les personnes à mourir.
02:15Moi, ce qui m'énerve le plus sur ce dossier-là et sur la loi fin de vie,
02:18et je trouve que c'est un argument qui n'est pas assez dit,
02:22on part du principe, si cette loi est votée,
02:24on part du principe qu'on vit, en fait, pardon l'expression,
02:26mais dans un monde de bisounours.
02:28Ça veut dire que toutes les familles sont fonctionnelles,
02:30qu'il n'y a aucune querelle d'héritage,
02:31que tout le monde est vraiment, si vous voulez, très gentil dans le fond,
02:34a vraiment un bon fond.
02:35On part du principe que tous les Français ont un comportement exemplaire en termes de famille
02:38mais ça n'est pas vrai.
02:40Il y a énormément de querelles d'héritage,
02:41il y a des gens qui ne sont pas toujours, si vous voulez, bienveillants.
02:46Donc, en fait, c'est une loi où vraiment la boîte de Pandore est là-dessus.
02:49Il y a des querelles familiales énormes
02:50et c'est vrai qu'on part du principe qu'effectivement tout le monde se comporte bien.
02:53Vous voulez nous en parler ?
02:54Non, non, mais...
02:55Non, mais tout à l'heure, vous parliez, Hélène,
02:57et je donne la parole à Jean-Claude dans un instant,
02:59mais vous parliez des différents pays.
03:00Et moi, j'ai noté cette dépêche de l'AFP qui est parue tout à l'heure
03:06sur les repères quant aux pays européens.
03:10Voilà, où en sont les pays européens.
03:12Alors d'abord, je note que 1, 2, 3, 4, 5...
03:19Alors le Royaume-Uni, ce n'est plus dans l'Europe.
03:216, bon d'accord.
03:23Et donc, ils en ont pris 6.
03:25Donc on est 27.
03:26Il y a le Royaume-Uni et la Suisse.
03:28Alors la Suisse, messieurs et mesdames de l'AFP,
03:30ce n'est pas dans l'Union européenne, mais enfin peu importe.
03:33Donc on nous fait un petit éventail de tours d'horizon en Europe.
03:38Alors les Pays-Bas et la Belgique, pays pionniers, ça on sait.
03:41Suicide assisté en Suisse, ça on sait.
03:45Mais bon, ce n'est pas l'Union européenne.
03:47L'Espagne, le demandeur doit être apte et conscient.
03:50Donc ce qui visiblement, d'après ce qu'on vient de comprendre,
03:53n'est pas le cas.
03:54Portugal, la dépénalisation de l'euthanasie adoptée en 2023
03:57n'est pas rentrée en vigueur après rejet en avril 2025.
04:02Référendum suspend le suicide assisté en Slovénie.
04:05Donc finalement, ça n'y est pas.
04:08Le texte au Royaume-Uni, même s'il ne s'est plus dans l'Union européenne,
04:11est actuellement examiné par la Chambre des lords,
04:13mais probablement pas adopté avant plusieurs années.
04:15C'est assez maigre quand même dans l'Union européenne.
04:18Très intéressant, d'ailleurs le cas des Pays-Bas, vous le citiez en préambule.
04:22Les Pays-Bas, alors c'est Philippe Juvin qui nous l'a appris ce week-end.
04:25Les Hollandais, ils vont se soigner en Allemagne pour éviter la pression de l'euthanasie.
04:29Parce qu'effectivement, c'est exactement ce que Philippe Juvin dit avec la blouse blanche.
04:33En fait, vous ne savez pas pourquoi votre médecin est en train d'entrer dans votre chambre.
04:36Donc pour éviter cette pression-là, il y a aujourd'hui des Hollandais qui vont se faire soigner en Allemagne.
04:40Jean-Claude Dacier.
04:41Moi je vous écoute et j'ai du mal, et j'ai notamment écouté avec beaucoup d'intérêt les arguments
04:46de notre invité,
04:47qui a dit des choses parfaitement sensées.
04:49J'ai du mal à me forger une conviction sur cette question.
04:53Ce qui, je suis un peu à la surface des choses, pardonnez-moi,
04:56mais ce qui me surprend déjà, c'est que cette Assemblée, qui est quand même étrange,
05:01on soit gentil, voilà, et que le Sénat, bon, qui repousse et qui rejette la loi,
05:07soit amené à dire une vérité qui va tous nous concerner, peut-être.
05:14Alors qu'honnêtement, le sujet est d'une complexité telle.
05:19Qu'est-ce que vous voulez ?
05:20Quand j'entends mon ami Bietry, vous avez connu aussi Charles,
05:23l'ancien patron du sport sur canal,
05:27qui a écrit au président de la République,
05:29et que j'ai vu l'autre matin...
05:32Alors, il faut le préciser, qui est atteint de la maladie de Charcot.
05:33Et là, la maladie de Charcot, j'allais en effet le préciser,
05:37et il dit au président, j'ai eu la vie belle,
05:41faite que ma mort soit également belle aussi,
05:44et que ma famille soit là autour de moi, etc.
05:47Et il veut aller se faire faire la piqûre qui tue en Suisse,
05:52où c'est a priori à peu près réglementé.
05:55Mais honnêtement, je...
05:59Alors, je sais que ce ne sera pas simple,
06:00mais je verrai bien, pour une fois,
06:03et le président nous l'avait promis à plusieurs reprises,
06:05les Français dirent ce qu'ils veulent vraiment.
06:07Donc vous voulez un référendum ?
06:08Oui.
06:09Je l'ignore.
06:10Je ne sais pas ce qu'ils pensent, les Français.
06:12Je ne sais pas.
06:13Les sondages, je ne les ai pas vus.
06:14Et puis c'est très compliqué, très délicat.
06:17Donc je pense qu'un référendum sur cette question,
06:19si on était capable d'expliquer, par quelques questions simples,
06:23le problème qui est posé aux Français,
06:26je pense que ce serait bien de les entendre et de les écouter.
06:29En Suisse, puisque vous parlez de la Suisse et de Charles Bietry,
06:33sachez que l'aide au suicide n'est pas punissable,
06:35tant qu'elle n'est pas motivée par un mobile égoïste.
06:38Allez savoir ce que c'est.
06:40Cette pratique est encadrée par des codes de déontologie médicale
06:43et est prise en charge par des associations.
06:46Alors vous parlez de Charles Bietry,
06:47moi je pense très très fort à mon ami Olivier Gouas,
06:50qui est lui-même atteint de la maladie Charcot,
06:54qui est venu ici avec le courage qu'on lui connaît avec son fauteuil,
06:58ne parlant plus, parlant à l'aide d'une assistance vocale par un iPad
07:03qui retranscrit ce qu'il écrit, ce qu'il arrive encore à écrire.
07:08Et il se bat, il est l'auteur de ce film Invincibles l'été
07:13qui raconte les stades de régression de la maladie de Charcot
07:17et il est là, il est sur pied.
07:19Après voilà, personne n'est là pour juger,
07:20lui a décidé de se battre et il est encore en vie
07:23et je le remercie, pardonnez-moi c'est un peu émouvant,
07:26mais je le remercie d'être encore en vie pour nous.
07:28Hélène Rouet.
07:28Un dernier mot, je voulais rebondir sur ce que Jean-Claude a dit.
07:31Effectivement je suis assez d'accord dans le sens où il faudrait demander aux Français ce qu'ils pensent,
07:35parce que pour le coup ça n'est pas un problème politique.
07:37On le voit en fait, tous les partis sont très divisés sur la question
07:39parce que cette question touche tellement au personnel,
07:42c'est d'ailleurs la raison pour laquelle par exemple Marine Le Pen n'a pas donné de consignes de
07:45vote à ses députés.
07:47Et donc c'est vrai que c'est difficile de se placer sur l'échiquier politique
07:50avec ce problème de la fin de vie.
07:51Et donc c'est vrai qu'à ce moment-là, demandons une majorité aux Français,
07:54c'est effectivement une très bonne idée.
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