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  • il y a 3 heures
À l’occasion de la sortie en salle, ce mercredi 18 février, de "Maigret ou le mort amoureux" réalisé par Pascal Bonitzer, Denis Podalydès raconte au "Nouvel Obs" comment il a découvert, en famille, le célèbre commissaire imaginé par le romancier belge Georges Simenon, devant la série portée par Jean Richard, dont la silhouette familière hantait le salon.

Dans ces nouvelles aventures, il a tenu à conserver la pipe et le chapeau, totems d’une mémoire collective. Il n’a ni la carrure « massive » de Jean Gabin, Bruno Cremer ou Gérard Depardieu, le dernier en date. Pourtant, par la nuance et l’intériorité, il impose un Maigret dense, habité, d’une profonde humanité.

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Transcription
00:00L'idée de tuer quelqu'un me semble tellement improbable
00:04que je suis toujours sidéré par le fait que quelqu'un puisse passer à l'acte.
00:09Dans Maigret et le mort amoureux, réalisé par Pascal Bonitzer,
00:13en salle mercredi 16 février,
00:15Denis Podalides incarne avec brio le célèbre commissaire créé par Georges Simenon.
00:20Entretien.
00:22Surpris et séduit.
00:24Je trouve l'impression qu'il n'y a aucun acteur qui refuserait Maigret.
00:26Enfant, je regardais en famille religieusement les Maigrets de Jean-Richard
00:30parce que ça passait à la télé, c'était des enquêtes policières
00:33et ça nous plaisait, moi, mon frère, ma famille.
00:35Ça faisait partie de notre vie, comme pour des millions de Français, je pense.
00:38C'est de ce côté-là absolument banal.
00:41Le personnage est entré comme ça dans le paysage culturel, notamment le mien.
00:46Alors d'abord, je ne le dissociais pas du tout de Jean-Richard.
00:49Pour moi, c'était un type qui fume la pipe, qui ne se bouge pas tellement.
00:52Je n'avais pas une affection sans borne pour le personnage.
00:55Pendant des années, je n'ai même pas lu Simenon.
00:58Je pensais que c'était de la littérature pour le cinéma.
01:00Ça ne valait pas le coup d'être lu, il fallait mieux attendre les films.
01:03J'ai vu les films avec Gabin, ça me plaisait bien.
01:05Mais voilà, pas plus que ça.
01:07Avec la proposition, je lis d'abord Maigret et les Vieillards,
01:10puis je trouve ça génial, tout simplement.
01:13Je me mets à dévorer ça.
01:15J'ai adoré les dialogues.
01:16J'adorais le fait d'aller d'un milieu social dans un autre
01:19et que le personnage s'en imprègne totalement,
01:21semble rencontrer des gens sans les juger,
01:24sans agressivité,
01:26sans la panoplie du flic d'action un peu volontariste.
01:31Au contraire, c'était un autre sort de grand rêveur
01:33qui entrait dans ses enquêtes
01:35avec une forme de discrétion, d'élégance.
01:38Mais je n'avais aucune idée de mon Maigret.
01:40Et je faisais entièrement confiance à Pascal.
01:43Maigret, c'est d'abord une silhouette,
01:44c'est une forme vide,
01:45parce que d'abord, il n'est jamais décrit physiquement,
01:47sauf dans un seul des Maigrets, on dit qu'il est massif,
01:50d'où la tradition de faire jouer Maigret par des personnages très costauds,
01:54grands et massifs, ce que je ne suis pas.
01:57Donc voilà, j'avais besoin de deux attributs
01:59qui me permettent de régler la question de la légitimité.
02:02À Pascal, la seule chose que j'ai demandé,
02:05et il en était d'accord, c'était d'avoir le chapeau, la pipe.
02:08Au moins, si j'ai ça, ils sauront que c'est Maigret.
02:10Parce que si rien en moi ne l'indique,
02:12on va pouvoir s'appuyer là-dessus.
02:14Et après, c'est l'enquête, c'est le film qui fait le Maigret.
02:17J'ai l'impression que Maigret, c'est plus le résultat.
02:20C'est un mélange d'atmosphère,
02:21c'est un mélange de regard, d'instant,
02:24mais ce n'est pas l'acteur de décliner de scène en scène
02:27toutes les caractéristiques de Maigret.
02:29Non, peut-être, c'est le côté rêveur, réflexif.
02:33Ce n'est pas un intellectuel,
02:34ce n'est pas quelqu'un qui échafaude des théories,
02:36mais c'est quelqu'un qui, dans son esprit,
02:39à force d'écouter, à force de sentir les choses,
02:42à force d'être poreux à tout ce qui se passe
02:45et à tout ce qu'il peut sentir,
02:46développe une rêverie considérable.
02:48Et cette rêverie, en même temps, elle est policière,
02:51elle est méthodique, ne manque pas d'énergie.
02:53Cette tension d'une personne extrêmement active dans la pensée
02:56est réservée du point de vue physique.
02:59Quand on cuisine quelqu'un,
03:01si on se met en face de lui
03:02et qu'on a toute la patience du monde,
03:04on finit par avoir la vérité.
03:06Parce qu'une personne qui se fait questionner,
03:09c'est comme quand on obtient les aveux.
03:10j'ai l'impression qu'il y a juste besoin de temps.
03:13Il est très, très difficile, je pense.
03:15Ça n'appartient qu'à quelques très, très rares personnes
03:18de pouvoir dissimuler un crime.
03:21La culpabilité, c'est une chose qui est tellement active,
03:24c'est-à-dire tellement corrosif, je pense,
03:25qu'on ne résiste pas à l'enquête, au questionnaire.
03:29Et Maigret, il le sait, ça.
03:31Un homme, une femme,
03:32se rend toujours, à un moment ou l'autre, à la vérité.
03:35Ce qu'il faut, c'est avoir la patience.
03:37Et avoir aussi l'indulgence.
03:39Ne pas juger, même quand il obtient la vérité,
03:41il ne condamne pas Maigret.
03:43À ce moment-là, il rend au coupable une certaine dignité
03:46une fois que celui-ci a avoué.
03:48Ça, c'est très beau.
03:50J'ai eu des périodes où certains faits divers
03:52m'avaient tellement frappé,
03:54mais comme ils frappaient tout le monde.
03:56Mais après, ça dépend de la littérature qui en sort.
04:00L'histoire de Jean-Claude Romand, par exemple,
04:03m'avait beaucoup frappé.
04:04Des grandes histoires policières.
04:06Puis j'étais fasciné par le personnage de Robert Badinter
04:08et de l'abolition de la peine de mort.
04:10Donc tous les cas qu'il a dû défendre
04:11m'intriguaient au plus haut point.
04:14L'idée de tuer quelqu'un
04:16me semble tellement improbable
04:18pour moi que je suis toujours sidéré
04:21par le fait que quelqu'un puisse passer à l'acte.
04:24Tout le monde se dit, celui-là, j'aurais envie de le tuer.
04:27Mais ce sont des mots.
04:28Le passage à l'acte, quelque chose qui m'intrigue énormément.
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