00:00France 24 en direct de la conférence de Munich sur la sécurité, on vient d'écouter à l'instant le
00:06secrétaire d'état américain Marco Rubio,
00:09discours qui était très très attendu sur les relations entre les Etats-Unis et l'Europe, sur les liens entre
00:19les deux rives de l'Atlantique,
00:23comment sont-ils censés se construire à l'avenir ? Avec nous en duplex de Munich, Anne Corpé, notre envoyée
00:31spéciale.
00:32Anne, vous avez écouté Marco Rubio tout comme nos téléspectateurs. En substance, on est très très loin finalement de ce
00:41qu'a pu dire il y a un an,
00:42le vice-président américain a la même tribune. Aujourd'hui, les liens entre les Etats-Unis et l'Europe sont
00:49restaurés en quelque sorte.
00:54Oui, Marco Rubio a voulu en effet rassurer les Européens. Il s'est livré à un espèce d'exercice de
01:02calinothérapie.
01:04Les Etats-Unis et les Européens sont faits pour être ensemble. Ensemble, nous devons défendre les valeurs occidentales, a-t
01:12-il martelé.
01:14Mais sur le fond, les valeurs que porte le secrétaire d'Etat américain ne diffèrent pas tellement de celles portées
01:23par J.D. Vance l'année dernière
01:26et par celles de l'administration américaine. Il a décrit l'immigration comme une menace. Il a parlé du risque
01:34civilisationnel qui pèse sur l'Europe.
01:38Il a évoqué le réchauffement climatique comme un culte. Autrement dit, les Etats-Unis défendent un modèle axé sur le
01:50repli,
01:50en quelque sorte, sur les valeurs occidentales portées par l'administration américaine.
01:58Et souhaitent que l'Europe se range derrière ces valeurs. Dans son discours, il est à noter que Marco Rubio
02:06n'a par exemple pas dit un mot
02:08sur le conflit qui ensanglante l'Europe depuis bientôt 4 ans en Ukraine.
02:15Il a, au contraire, pointé les échecs de l'ONU, dénoncé en quelque sorte les échecs du multilatéralisme,
02:24et vanté les réussites de Donald Trump, citant par exemple la fin du narcoterrorisme au Venezuela,
02:33alors qu'en réalité le régime n'a pas changé. Donald Trump a simplement fait enlever le dirigeant du Venezuela
02:42en dépit du droit international. Alors certes, Marco Rubio a voulu sonner la réconciliation entre l'Europe et les Etats
02:52-Unis,
02:52mais une réconciliation qui doit se faire selon l'idéologie portée par l'administration américaine.
03:00D'ailleurs, après cette conférence de Munich, le secrétaire d'Etat américain ira rendre visite à la Hongrie et à
03:08la Slovaquie,
03:09deux pays dirigés par l'extrême droite. Et il n'a pas assisté hier à la réunion consacrée à l
03:17'Ukraine,
03:17réunion à laquelle il était attendu.
03:20Dans son discours, Anne Corpé, il a consacré de très très larges pans à l'histoire américano-européenne, si l
03:30'on peut dire.
03:31Nous ne voulons pas que nos alliés soient faibles, au contraire, nous voulons qu'ils soient forts avec nous.
03:37L'Amérique, a-t-il encore dit, veut ouvrir un nouveau cycle de prospérité avec les Européens.
03:45Il a dit également qu'il faut restaurer ce que nous, entre guillemets, nous occidentaux, la civilisation américaine, la civilisation
03:52européenne, ensemble,
03:53ce que nous avons en commun.
03:55Nous serons à jamais les enfants de l'Europe.
03:59Il a été applaudi à un moment, Anne Corpé.
04:03Oui, oui, oui, il a été applaudi parce que nous serons à jamais les enfants de l'Europe.
04:10C'est un message que les Européens avaient envie d'entendre.
04:14Il a en effet entamé son discours par un rappel historique.
04:18Il a sonnait, en quelque sorte, la fin de cette période de libéralisation heureuse,
04:24cette période où l'on a pensé, à l'issue de la chute du mur de Berlin,
04:28que la liberté de commerce allait permettre l'instauration de la démocratie
04:34et que tout le monde, en quelque sorte, allait se plier aux règles, aux valeurs du monde occidental.
04:40Mais certains, a-t-il souligné, ont utilisé la force brute
04:45et ont profité, en quelque sorte, de cette illusion portée par l'Occident.
04:54Marco Rubio a appelé à la réindustrialisation de l'Occident, de l'Europe, des États-Unis
05:01et a finalement prôné le retour au protectionnisme pour lutter contre les velléités chinoises.
05:10sur le plan commercial.
05:12Mais encore une fois, il n'a pas prononcé un seul mot pour dénoncer l'attitude agressive de la Russie
05:20qui attaque sans discontinuer les infrastructures énergétiques ukrainiennes
05:25et cible des civils en Ukraine depuis bientôt 4 ans.
05:31Il a, en fait, appelé ses alliés européens à rejoindre la bataille de l'Amérique
05:38qui défend des valeurs conservatrices et c'est sous ce drapeau conservateur
05:45que les États-Unis entendent reconstruire cette relation transatlantique.
05:52sous un nouvel ordre international, si on a bien suivi Marco Rubio,
05:58un ordre international qui ne doit pas être mis en avant par rapport aux priorités des pays.
06:06En gros, ce sont les peuples qui priment avant même le droit international ou l'ordre international.
06:12et vous rappeliez tout à l'heure, Anne Corpé, peut-être qu'on peut y revenir,
06:15cette critique assez forte, assez vive vis-à-vis de l'ONU,
06:20qu'il a dit qu'on n'a pas entendu, qu'ils n'ont pas été efficaces,
06:24les Nations Unies qui n'ont pas été efficaces,
06:26s'agissant de Gaza, de l'Ukraine, de l'Iran, du Venezuela,
06:29et qu'au bout du bout, c'est le leadership américain, selon ces mots,
06:35qui a pu faire évoluer ce type de dossier.
06:39En gros, le nouvel ordre international dont a parlé Marco Rubio,
06:42c'est le leadership américain.
06:46C'est ça. Alors, il a dénoncé effectivement les échecs de l'ONU
06:50concernant la guerre à Gaza, la guerre en Ukraine, l'Iran,
06:58à mettre fin au narco-terrorisme au Venezuela.
07:01Mais enfin, il faut rappeler que l'ONU n'est que la somme des pays
07:05qui la composent, et que notamment concernant la guerre à Gaza,
07:09les États-Unis ont à de multiples reprises opposé leur veto
07:14à des résolutions du Conseil de sécurité,
07:17que concernant la guerre en Ukraine, c'est évidemment la Russie
07:21qui s'est à de multiples reprises interposée à des résolutions
07:26du Conseil de sécurité de l'ONU.
07:29Alors, l'impuissance des Nations unies est en effet réelle,
07:33mais elle est due finalement aux divergences,
07:36notamment entre les cinq pays membres permanents
07:40du Conseil de sécurité des Nations unies.
07:44Et Marco Rubio a vanté le succès des États-Unis.
07:50Mais enfin, il faut rappeler qu'à Gaza,
07:52la guerre est loin d'être achevée.
07:56Il continue à y avoir des morts et des bombardements chaque jour.
08:00La situation humanitaire est toujours dramatique.
08:05Quant à l'Ukraine, les négociations menées sous l'égide des États-Unis
08:09patinent.
08:11Les seules propositions concrètes mises sur la table par les Américains
08:16consistent pour l'instant à quasiment une rédition de l'Ukraine,
08:21puisque dans le plan initial qu'ils avaient présenté,
08:24les Américains souhaitaient que l'Ukraine renonce à sa souveraineté
08:29sur le Donbass, y compris sur les territoires que l'armée russe n'a pas encore conquis.
08:34Et Donald Trump met la pression exclusivement sur le pouvoir ukrainien,
08:41se garde bien de la mettre de manière aussi forte sur les Russes.
08:46Sur l'Iran, Donald Trump est sorti de l'accord sur le nucléaire en 2018,
08:51qui pourtant portait ses fruits malgré ses défauts.
08:59Et donc, on ne peut pas dire objectivement que la politique de Donald Trump
09:03soit un succès, que ce soit à Gaza, en Ukraine, en Iran ou au Venezuela,
09:09quoi qu'en dise le secrétaire d'État américain.
09:12Mais Marco Rubio sait qu'il est écouté par l'hôte de la Maison-Blanche
09:17et ne veut pas être discrédité, démenti dans son discours
09:22par un tweet rageur venant de Washington.
09:26D'ailleurs, on est assez curieux, voire dans l'attente de ce que dira plus tard
09:31Donald Trump quand il se réveille, parce que là, il est 9h41 à Washington.
09:36Pour finir, Anne Corpé, avant que vous ne repartiez à la conférence...
09:39Ah non, il est 3h41 à Washington.
09:41Exactement, 3h41 à Washington.
09:43Et il y a tout ce qu'a dit Marco Rubio, il y a aussi tout ce qu'il n
09:47'a pas dit,
09:48finalement, dans tout ce qu'il a rappelé en termes de contexte historique, etc.
09:53Il n'a été question que de la civilisation occidentale,
09:57comme si le reste du monde n'existait pas.
10:03Oui, c'est ça.
10:04Il a plusieurs fois répété que les vagues d'immigration massive conduisaient au déclin,
10:13que c'était une menace civilisationnelle,
10:16comme si d'ailleurs les Etats-Unis ne s'étaient pas construits eux-mêmes
10:21sur des vagues successives d'immigration.
10:24La famille de Marco Rubio elle-même est venue de Cuba.
10:29La famille de Donald Trump lui-même est venue d'Allemagne.
10:34Et ce melting pot a fait le succès des Etats-Unis.
10:39L'Europe elle-même, effectivement, rencontre des problèmes dus à l'immigration.
10:47Il n'est pas question de le nier.
10:50Mais il ne s'agit pas non plus de menaces civilisationnelles,
10:56comme se plaît à le décrire Marco Rubio,
10:59qui dans son discours, finalement, voudrait que l'Europe se rallie
11:03à cette idéologie portée par le camp Mahaga
11:07où les pays occidentaux devraient se renfermer sur eux-mêmes,
11:15se fermer au monde, se fermer aux autres continents
11:20et reconquérir, finalement, leurs forces
11:26à partir de racines un peu mythifiées
11:29qui seraient celles d'un monde blanc et d'un monde chrétien,
11:33également, parce que Marco Rubio a également fait référence
11:38à ses racines chrétiennes de l'Occident.
11:41Et on attend, merci beaucoup Anne Corpe,
11:44les réactions qui ne manqueront pas de tomber
11:47tout au long de la journée.
11:50Et on attend, merci beaucoup Anne Corpe,
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