00:01Générique
00:08Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans l'émission.
00:11Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir pour 12 minutes la ministre française de l'armée et des anciens
00:16combattants, Catherine Vautrin,
00:18pour justement décrypter la défense et la sécurité en Europe.
00:22Une Europe qui se trouve de plus en plus prise en étau entre une Russie agressive et des Etats-Unis
00:29imprévisibles.
00:30Madame la ministre, merci d'être avec nous aujourd'hui.
00:33Bonjour.
00:34Alors commençons par la situation en Ukraine.
00:37Êtes-vous convaincue que les négociations menées sous l'égide des Etats-Unis aboutiront à un accord de paix définitif
00:45?
00:45Alors déjà, je vais peut-être vous parler de la situation en Ukraine parce que j'étais samedi, il y
00:51a donc cinq jours, j'étais en Ukraine,
00:53à l'invitation de mon collègue, le nouveau ministre Michael Fedorov.
00:57Et avec lui, je suis allée sur une base à l'extérieur de Kiev.
01:02J'ai rencontré le président Zelensky, j'ai beaucoup écouté également mon collègue.
01:07Et j'ai surtout mesuré qu'aujourd'hui, il y a trois heures d'électricité par jour à Kiev, qu
01:14'il y a toutes les nuits des missiles, des drones,
01:17et que réellement, il y a une nécessité à apporter des réponses.
01:22Dans un pays dont je veux souligner l'extrême résilience, j'ai aussi visité une entreprise qui fabrique 5000 drones
01:31par mois en pleine situation de guerre.
01:34Donc vous voyez un pays totalement mobilisé que rien n'arrête.
01:38Mais pour répondre à votre question, quand vous assistez à des alertes, comme je l'ai vu, la nuit où
01:45j'ai voyagé entre la Pologne et Kiev,
01:48il y a eu à l'ouest des alertes et il y a eu des attaques pour faire tomber une
01:54fois encore les ressources énergétiques.
01:56Et dans le train du retour à Liv, il y avait là aussi encore des alertes.
02:01Donc c'est une réalité de tous les jours. Et donc, on se dit, est-ce que réellement, les Russes
02:08ont envie d'aller vers la paix quand on voit cette situation ?
02:12Pour autant, je souligne évidemment tous les efforts qui sont conduits par les États-Unis avec l'Ukraine pour parler
02:22avec les Russes.
02:23Et je dis aussi qu'il est important que les Européens soient associés parce que, vous le savez, notamment avec
02:30la coalition des volontaires,
02:32nous serons là pour garantir, dès lors qu'il y aura un arrêt des hostilités, un cessez-le-feu ou
02:39mieux un accord de paix,
02:40nous serons là pour garantir ces conditions de sécurité.
02:42Sur le plan personnel, je pense que c'était votre première visite en Ukraine en tant que ministre.
02:49Quelle était l'ambiance là-bas ? Quelles sont vos impressions ? Les Ukrainiens, ils sont à bout de souffle,
02:54déterminés ?
02:56Ils sont extraordinaires de résilience. C'est-à-dire que, dans la rue d'Ankiv, vous n'avez pas l
03:01'impression, la journée,
03:03vous n'avez pas l'impression d'être dans un pays en guerre tellement ils avancent.
03:09En revanche, la nuit, vous voyez bien des immeubles entiers pas éclairés.
03:14Et là, vous vous rendez compte, vous avez des gens qui vivent chez eux avec 5, 6 degrés.
03:19Il faisait moins froid parce qu'il neigeait. Il a neigé toute la journée.
03:24Il y avait 40 cm de neige d'Ankiv. 3 jours avant, il faisait moins 20.
03:30Et je crois que là, en début de semaine, il a de nouveau fait très froid.
03:33Donc des conditions pour la population très difficiles.
03:36Mais le vice-ministre en charge des relations avec l'Europe me dit,
03:40mais vous savez, l'époque où Napoléon pensait que sans ressources, on fait tomber une population,
03:48c'est terminé. Nous sommes capables d'affronter ça.
03:52Les gens assument cette situation.
03:55Et vraiment, je veux souligner la très grande résilience de la population ukrainienne.
04:00Et au niveau de l'armement, qu'est-ce qui manque le plus aux Ukrainiens ?
04:04Le sujet, c'est vraiment le combat dans le ciel.
04:08Et c'est la première chose que m'a demandé le président Zelensky,
04:12c'était d'être le relais du besoin de missiles.
04:15Là, je sors d'une réunion dans le cadre du rendez-vous netto d'aujourd'hui.
04:22Notre, avec Marc Routteux, le secrétaire général,
04:25ce que nous avons fait aujourd'hui, c'est un tour de table de l'ensemble des ministres présents,
04:30avec une première question qui était,
04:32comment convaincre votre Premier ministre d'aller plus loin ?
04:35Alors moi, mon Premier ministre, c'est l'ancien ministre de la Défense, Sébastien Lecornu.
04:39Donc autant vous dire qu'il connaît les sujets.
04:40C'est lui qui a fait le budget, on est en hausse de 13%.
04:43Mais derrière, il faut que chaque pays européen se rende compte
04:48que la défense de l'Ukraine, c'est notre défense européenne.
04:51Voilà, justement, lors de vos voeux aux armées,
04:55vous avez plaidé pour une mise en place d'une force multinationale pour l'Ukraine.
04:59Qui devait y participer et comment ?
05:02Vous savez, je crois qu'il est important que l'ensemble des Européens comprennent
05:08que la sécurité du continent, elle est incontestablement liée à la sécurité de l'Ukraine.
05:15C'est la première fois depuis 1945 que nous avons une situation de conflit sur notre continent.
05:22À partir de là, c'est tout le sens de ce que l'on fait au sein de l'Alliance,
05:27mais c'est aussi tout le sens de ce que l'on fait au sein de l'Union européenne.
05:31Nous avions une réunion des ministres de la Défense européenne
05:34et notre principal sujet, c'était l'aide à l'Ukraine.
05:38Et quand le président Macron, avec l'année dernière,
05:42le premier ministre Anglais Steinmeier, ont travaillé sur la coalition des volontaires,
05:48c'était bien cette volonté d'apporter des réponses en matière de surveillance aérienne,
05:53de surveillance maritime, de régénération des forces ukrainiennes.
05:57Et ça, ça se fait avec l'ensemble des pays européens
06:00qui s'engagent et qui participent.
06:02Le président de la République ainsi que le chef d'état-major
06:05ont régulièrement évoqué une possible guerre avec la Russie.
06:10Est-ce que vous partagez ces craintes ou est-ce que c'est un peu alarmiste quand même ?
06:14Vous savez, la question qui se pose,
06:16à partir du moment où nous avons un conflit sur le continent européen,
06:20la question, c'est de dire que nous devons nous préparer à un conflit de haute intensité.
06:27Le meilleur moyen d'éviter un conflit, c'est de se préparer à ce conflit.
06:33Et c'est ce que nous faisons.
06:34C'est la raison pour laquelle la France a l'armée d'Europe qui est la plus entraînée.
06:39Nous avons un maintien en condition opérationnelle de l'ensemble de nos armées.
06:44Et vous savez aussi que la France a la particularité.
06:47Et c'est une doctrine constante depuis le début des années 60.
06:51Nous articulons une dissuasion nucléaire aéroportée et navale opérationnelle
06:58avec en parallèle, évidemment, une organisation de défense conventionnelle,
07:05tout aussi opérationnelle.
07:08Et ma responsabilité du ministre des Armées,
07:11c'est que le président de la République française, chef des armées,
07:16est à sa disposition tous les outils dont il a besoin.
07:19Parce que pour être respecté, il faut être craint.
07:22Est-ce que vous êtes pour une armée européenne professionnelle ?
07:26Vous savez, moi, je pense qu'aujourd'hui, nous sommes, nous, un pays
07:30qui a fait le choix d'avoir une armée professionnelle,
07:34qui fait le choix d'élargir son format d'armée avec deux approches nouvelles.
07:39La première, c'est la réserve volontaire.
07:41Nous avons 50 000 volontaires qui viennent périodiquement apporter leurs compétences.
07:48Ça peut être un journaliste qui va faire de la communication,
07:51comme ça peut être un boulanger qui va venir faire du pain,
07:53ou un cyber qui va venir participer à la réflexion sur le conflit de demain.
07:58Et puis, nous venons, c'est tout nouveau,
08:00le président de la République l'a annoncé au mois de novembre,
08:03et j'ai lancé le recrutement au mois de janvier,
08:06nous venons de lancer le service national,
08:09qui est un service volontaire,
08:11qui s'adresse aux jeunes entre 18 et 25 ans,
08:14garçons, filles, uniquement sur du volontariat.
08:18Ils sont sélectionnés,
08:19et notre volonté, c'est de rapprocher le lien entre la nation et son armée,
08:26expliquer ce qu'est être citoyen,
08:29les valeurs de la République,
08:30et comment on s'engage dans sa République.
08:32Est-ce que vous êtes d'accord avec le secrétaire général Marc Rutte,
08:36qui a dit que la défense en Europe ne sera pas possible sans les États-Unis ?
08:40Moi, je crois que ce qui est important,
08:43c'est qu'incontestablement, l'Europe porte sa sécurité,
08:49c'est ce à quoi nous invitent les États-Unis,
08:52pour autant, les États-Unis sont nos alliés.
08:55Notre histoire en France avec les États-Unis,
08:57elle a 250 ans.
08:59Donc, nous sommes d'abord des alliés,
09:01pas toujours totalement alignés,
09:04mais en aucun cas des alliés,
09:06et des alliés qui ont capacité à travailler ensemble.
09:08Alors, on a beaucoup parlé récemment en Europe
09:11du moteur franco-allemand,
09:13qui est au ralenti, à peu près,
09:16et au niveau d'armement,
09:18le sujet qui fâche,
09:20c'est le fameux SCAF,
09:23le système de combat aérien du futur,
09:25projet phare de la défense européenne.
09:28Alors, récemment, le président Macron a dit
09:30que le projet n'est pas mort,
09:32mais il ne semble pas très vivant non plus.
09:36Alors, où en est ?
09:36Il y a d'abord un sujet extrêmement intéressant,
09:40qui est ce qu'ont voulu, à l'époque,
09:43la chancelière et le président Macron,
09:46qui était cette idée, finalement,
09:48du cloud de combat.
09:49Et vous voyez, on revient sur cette notion
09:51que, finalement, un des enjeux majeurs,
09:53c'est le ciel.
09:54À partir de là,
09:56il y a plusieurs piliers dans ce projet,
09:58et s'il y a un sujet qui pose,
10:01effectivement, des difficultés,
10:03c'est le sujet du porteur,
10:05sur lequel il y a, au moment où nous nous parlons,
10:08des difficultés entre les industriels,
10:11sur ce porteur,
10:13les uns estimant qu'il y a
10:15un secret industriel fort,
10:17les autres considérant qu'il y a nécessité
10:20à pouvoir partager un certain nombre de données.
10:22Ça, c'est le sujet autour du porteur.
10:26Derrière, il y a un travail qui se fait
10:28autour du cloud de combat,
10:30où là, les industriels ont trouvé les voies
10:32et les moyens de travailler ensemble.
10:34Notre responsabilité, ma responsabilité,
10:36comme celle de mon collègue et ami Boris Pistorius,
10:39c'est de regarder comment nous pouvons avancer,
10:42parce que, moi, la certitude que j'ai,
10:44c'est qu'on a besoin d'avancer sur, demain,
10:47une réponse en matière de cloud de combat.
10:50Comment mieux organiser la défense en Europe
10:52sans les États-Unis ?
10:53Alors, on a beaucoup parlé sur la position
10:55de Donald Trump.
10:56Est-ce qu'il va abandonner l'OTAN ?
10:58Est-ce qu'il va se retirer ?
10:59Ou affaiblir sa position au sein de l'OTAN ?
11:04Quel est votre sentiment ?
11:06Vous savez, ce matin, M. Colby était parmi nos travaux.
11:09Son discours, ce matin, n'a pas été de nous dire
11:12qu'il partait.
11:12Son discours a été plutôt de nous dire
11:15qu'il y a une nécessité que les Européens
11:19prennent la responsabilité première de leur défense
11:22et que les États-Unis seraient à leur côté.
11:25Ce qui veut donc dire que nous avons en responsabilité
11:29à assurer notre défense,
11:31ce qui n'empêche que les États-Unis
11:34peuvent encore être à nos côtés
11:36dès lors que nous montrons notre volonté
11:39à porter cette organisation de la défense européenne.
11:43Donc je crois que vraiment, ma conclusion de ces deux jours,
11:47c'est vraiment de dire message reçu
11:49et nous sommes en train de travailler sur le sujet.
11:52Belle conclusion, Mme la Ministre.
11:53Merci beaucoup de nous avoir rejoints.
11:54Merci pour votre accueil.
11:55Sous-titrage Société Radio-Canada
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