00:01Hier, cité prospère et fière, Mbingu semble aujourd'hui reléguée aux marges du développement.
00:06Entre exode rural, infrastructure délabrée et perte de répères collectifs,
00:10la capitale de la Boumi-Louéti donne le sentiment d'un amendant progressif.
00:14Mais au-delà des responsabilités publiques, la question posée est aussi celle de l'engagement de ses propres fils.
00:19Il fut un temps où Mbingu n'avait rien d'une ville périphérique.
00:23Dans les années 80, il respirait la stabilité, l'harmonie sociale et une certaine idée du vivre ensemble.
00:28Les routes bitumées lui donnaient une allure moderne, l'électricité fonctionnait sans drame quotidien
00:33et l'eau, puisée aux rivières, ne constituait pas une crise existentielle.
00:37On pouvait y vivre, y travailler et s'y projeter sans ressentir l'urgence de monter à Libreville.
00:42Cette époque n'était pas seulement celle d'infrastructures fonctionnelles,
00:45elle était aussi celle d'un tissu social soudé, de familles enracinées et de valeurs transmises sans rupture.
00:51Mbingu était une ville où l'on restait par choix, pas par défaut.
00:55Aujourd'hui, le contraste est brutal.
00:56Les routes sont dégradées, les projets annoncés s'enlisent, les équipements publics se raréfient,
01:01l'exode rural a vidé des quartiers entiers.
01:02Les maisons ferment, les concessions se taisent, les rires d'enfants se font plus rares.
01:06La modernité recherchée ailleurs a déserté le cœur de Libreville,
01:09l'électricité demeure instable, accès à l'eau relève parfois de l'approximation
01:13et les infrastructures structurantes se font attendre.
01:17Mbingu n'est plus ce pôle attractif d'antan,
01:19elle donne le sentiment d'être en retrait du mouvement national.
01:22Plus grave encore, l'envie collective semble s'éroder.
01:25Les jeunes partent, les familles suivent
01:27et la ville s'efface doucement dans l'imaginaire de ses propres enfants.
01:30Il serait commode d'incriminer exclusivement l'État.
01:33Les carences existent, les retards sont visibles et les attentes sont légitimes,
01:37mais réduire le déclin de Mbingu à une seule responsabilité publique serait un raccourci.
01:40Une ville vit aussi par l'engagement de ses habitants,
01:43par l'investissement de sa diaspora,
01:45par la capacité de ses élites locales à porter des projets
01:47et à défendre ses intérêts.
01:48Lorsque les cadres se détournent, lorsque les initiatives privées se raréfient,
01:52lorsque l'on ne revient plus construire, entreprendre ou transmettre,
01:55la ville s'étiole.
01:57Mbingu ne se meurt pas seulement de l'insuffisance d'infrastructures,
02:00elle souffre d'un déficit d'impulsion collective.
02:02Si Mbingu pouvait parler,
02:04elle ne récalnerait pas seulement des routes ou des bâtiments,
02:06elle demanderait une vision,
02:08un sursaut,
02:09une reconquête,
02:10car aucune cité ne renaît sans la volonté de ses propres fils.
02:13Le temps n'est plus à la nostalgie,
02:15il est à la mobilisation,
02:16reconnaître le retard, oui,
02:18mais surtout décider de le combler,
02:20réinvestir, créer, défendre, exiger et participer.
02:23Mbingu n'est pas condamnée à devenir une parenthèse dans l'histoire,
02:26elle peut redevenir un projet,
02:28à condition que ses enfants cessent de la regarder
02:30comme un souvenir
02:31et recommencent à la considérer comme un avenir.
02:34Sous-titrage Société Radio-Canada
02:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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