- il y a 6 mois
Interpol serait devenu une arme pour traquer des opposants politiques et des militants des droits de l'homme. L'accusation est grave, elle émane du Conseil de l'Europe. Ce sont les notices rouges, les avis de recherche internationaux d'Interpol, qui posent un réel problème.
En 2025, il y en aurait près de 70 000 en circulation. Et l'un des principaux pays émetteurs est la Chine. Faute de moyens suffisants pour vérifier que ces notices rouges ne sont pas émises pour des raisons politiques, Interpol les valide. Ce sont ainsi des milliers de vies d'innocents qui se trouvent menacées. En effet, tous les États membres d'Interpol sont censés arrêter quiconque est poursuivi par une notice rouge.
Ce documentaire est allé à la rencontre de ces victimes. Elles sont biélorusses, ouïghoures, bahreïnies, chinoises. A cause des défaillances d'Interpol, ces femmes et ces hommes ont passé des années en prison sans raison ou, pire, ont été renvoyés dans les dictatures qui ont émis ces notices rouges abusives.
En 2025, il y en aurait près de 70 000 en circulation. Et l'un des principaux pays émetteurs est la Chine. Faute de moyens suffisants pour vérifier que ces notices rouges ne sont pas émises pour des raisons politiques, Interpol les valide. Ce sont ainsi des milliers de vies d'innocents qui se trouvent menacées. En effet, tous les États membres d'Interpol sont censés arrêter quiconque est poursuivi par une notice rouge.
Ce documentaire est allé à la rencontre de ces victimes. Elles sont biélorusses, ouïghoures, bahreïnies, chinoises. A cause des défaillances d'Interpol, ces femmes et ces hommes ont passé des années en prison sans raison ou, pire, ont été renvoyés dans les dictatures qui ont émis ces notices rouges abusives.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00...
00:00Aujourd'hui, les menaces sont mondiales.
00:12Vous avez besoin d'un système mondial,
00:14et c'est exactement ce qu'est Interpol.
00:30Interpol, le réseau mondial de toutes les polices.
00:34Une belle idée pour rendre notre monde plus sûr.
00:37Sauf si des dictatures et le grand banditisme s'en emparent,
00:41et que des innocents en payent le prix.
00:43Pour présenter l'épreuve,
00:45vous pouvez bienvenue le journaliste et le directeur André Gnotte.
01:00Je suis un directeur de la Belgique,
01:01un pays où la dictature a mis en place pour la liberté.
01:06En 2023, je suis arrêté à la Belgrade Airport
01:10et j'ai fait un mois en prison,
01:13en prison, en prison, en prison.
01:16En prison, en prison, en prison.
01:18En prison, en prison, en prison.
01:21D'après un ordre d'interpol,
01:22j'ai eu rencontré le danger d'extradition chaque jour.
01:27Due to open letters from European film community I was freed and, oh my god, you cannot imagine
01:39my gratitude, you have to understand that you saved my life, that's why I'm here now.
01:57I'm here now, I'm here now, I'm here now.
02:12I'm here now, I'm here now.
02:31C'est mon dernier jour ainsi que mes dernières heures à Berlin.
03:00Parce que je n'arrive pas à obtenir un statut de protection internationale ou un passeport de réfugiés en Allemagne.
03:09Donc, je souhaite aller en Pologne et tenter ma chance là-bas.
03:15Car les procédures sont bien plus faciles et rapides qu'en Allemagne.
03:22Qu'il semble loin ce moment de grâce sur la scène du festival du film européen. Pourtant, seulement deux mois ont passé.
03:34Six oeufs frais tout juste achetés. Je ne peux pas les prendre avec moi. Je n'ai pas assez de place.
03:43André pensait pouvoir reprendre sa vie d'avant, quand tout allait bien. La vie d'un homme normal, anonyme, libre.
03:55Il s'est trompé. Rien n'a changé. Il continue d'être un fugitif, en danger permanent, à cause d'un clic.
04:04Celui qu'a fait Interpol en validant un avis de recherche contre lui. C'était l'année dernière.
04:10Ça, c'est la référence du document d'Interpol me concernant. Diff, c'est pour diffusion.
04:18Et pour le monde entier. Zone 1, zone 2, zone 3, zone 4, zone 5, zone 6, zone 7, 8.
04:28Toute la planète. Et là, c'est le nom du procureur biélorusse.
04:34Je dispose de documents officiels qui confirment qu'il est placé sous sanction européenne pour persécution politique.
04:43Et Interpol a accepté une requête venant de lui.
04:48Comment est-ce possible ?
04:51Le régime biélorusse a monté un faux dossier de fraude fiscale.
04:55Son objectif était de le capturer et de lui faire payer son activisme pro-démocratie.
04:59Andrei a été l'un des organisateurs des manifestations d'août 2020 à Minsk.
05:10Elles ont éclaté juste après les élections présidentielles truquées.
05:16Contre toute attente, le régime de Loukachenko a tenu bon
05:20et depuis cherche les meneurs où qu'ils se trouvent sur la planète.
05:23Le réseau d'Interpol va les y aider.
05:31Pour Andrei, le piège se refermera en Serbie.
05:34Un pays peu regardant en matière des droits de l'homme.
05:38Il y est jeté en prison fin octobre 2023.
05:41Pendant un an, il sera menacé d'être extradé à tout moment vers la Biélorussie.
05:47Sauf que son cas émeut l'opinion internationale et interpelle jusqu'au Conseil des droits de l'homme à l'ONU.
05:58Je vous demande de considérer avec une extrême prudence toute requête de coopération internationale
06:03avec la police, le pouvoir judiciaire ou l'administration fiscale de la Biélorussie.
06:07J'ai appris que les autorités ont même réussi à tromper Interpol en émettant des notices rouges
06:14afin de capturer des dissidents à l'étranger.
06:16Interpol finira par accepter son erreur et, au bout de 9 mois, annulera la notice rouge.
06:22Ce document officiel, c'est tout ce qu'obtiendra Andrei.
06:27Pas plus d'explications, pas d'excuses, pas un désolé mais la Biélorussie nous a trompés.
06:33Rien.
06:34Si c'est si facile de tromper Interpol, pourquoi cette dictature ne pourrait pas émettre à nouveau des documents contre moi ?
06:45Donc, s'ils diffusent une nouvelle plainte, ça veut dire que je devrais me battre encore une année de plus ?
06:52Je serais une année de plus en prison ?
06:55Non, c'est jouer à la roulette russe.
07:04Votre ma vie, tient dans une seule valise.
07:05Toute ma vie, tient dans une seule valise.
07:23Toute ma vie tient dans une seule valise.
07:39Interpol, manipulé par des dictatures ? Vraiment ?
07:44Slack juste la porte.
07:52Interpol, c'est quoi ?
07:54Interpol est une organisation internationale basée à Lyon, en France,
07:58qui relie entre elles toutes les polices de la planète, à part la Corée du Nord.
08:04Parmi les outils mis à disposition de ces États membres, il y a les notices rouges.
08:12Une notice rouge, on pourrait la définir comme une alerte internationale.
08:15C'est, je crois, le terme qui est tigé dans les règles d'Interpol.
08:18C'est une alerte qui vise à alerter tous les pays membres d'Interpol,
08:22que telle ou telle personne est recherchée par tel pays.
08:27Et toujours avec ces finalités qui sont importantes de retenir, localiser, arrêter, extrader.
08:34Prenons un exemple.
08:38Le Brésil recherche un membre du grand banditisme qui a fui le pays.
08:42Il prévient Lyon pour que soit diffusée une notice rouge.
08:45Si cette demande est jugée conforme aux règles d'Interpol, elle intègre sa base de données.
08:57Toutes les polices du monde sont alors prévenues.
09:01Il y a environ 70 000 notices rouges actuellement en circulation.
09:06Elles permettent chaque année de capturer des milliers de criminels.
09:09Mais aussi des innocents.
09:13Des états ont en effet compris que ce système serait parfait pour cibler des opposants.
09:19Je pense que quoi qu'il arrive, on pourra abuser du système, on trouve une faille.
09:22C'est comme ça.
09:23Puisque sauf parce qu'Interpol se transforme en cours national,
09:28ce qui n'est pas du tout son mandat ni ce que je lui souhaite,
09:30mais on ne pourra jamais vérifier telle ou telle preuve dans tel dossier.
09:36Interpol ne pourra jamais le vérifier.
09:38Donc en fait, il y aura toujours cette faille dans le système
09:40qui est de, si j'arrive à avoir un mandat d'arrêt bidonné par un juge,
09:46ce sera très dur et qu'il n'y ait aucune information publique sur la personne
09:49qui est visée par cette notice injuste,
09:51ce sera très dur de l'identifier comme injuste
09:55et de ne pas la publier pour le secrétaire général d'Interpol.
09:58Ce détournement des outils d'Interpol inquiète
10:01et provoque de plus en plus de critiques partout dans le monde.
10:07Certains États abusent le système Interpol
10:10et émettent des notices rouges juste pour mettre sous pression
10:13les opposants et les défenseurs des droits humains.
10:18Interpol est un réseau mondial essentiel pour l'application de la loi
10:22qui aide les polices de différents pays à coopérer
10:25pour lutter contre la criminalité.
10:28Malheureusement, il est également devenu un outil
10:31entre les mains de despotes et d'escrocs
10:34qui cherchent à punir les dissidents et les opposants politiques.
10:39Des accusations que rejette en bloc le secrétaire général d'Interpol.
10:43Récemment, nous avons vu divers commentaires sur Interpol
10:48dont la plupart étaient malheureusement mal informés ou erronés.
10:55Permettez-moi de commencer par quelques mots
10:57sur l'un des outils les plus connus
10:59et les plus efficaces de cette organisation,
11:03les notices rouges.
11:04Précisons d'abord qu'une notice rouge n'est pas un mandat d'arrêt.
11:10En 2016, j'ai créé un groupe de travail spécialisé
11:14qui examine chaque demande de notice rouge de chaque pays membre
11:18afin de s'assurer qu'elle est conforme à la constitution d'Interpol
11:22et aux règles de procédure.
11:23Ces images donnent tort à Interpol.
11:38Nous sommes le 21 juillet 2024.
11:43Paul Watson est arrêté au Groenland par la police locale
11:47à cause d'une notice rouge.
11:53La notice rouge a été émise contre moi par le Japon.
11:57C'était une motivation purement politique.
12:00Vous savez, la notice rouge vise les tueurs en série,
12:02les criminels de guerre et les grands trafiquants de drogue.
12:05Paul Watson n'est rien de tout ça.
12:09Ce célèbre militant écologiste a fondé Sea Shepherd,
12:12une ONG de défense des océans.
12:15Depuis des années, avec ses équipes et ses navires,
12:19Paul Watson n'hésite pas à s'opposer aux baleiniers japonais,
12:21y compris au péril de sa vie.
12:26Ils veulent se venger d'une émission qui a humilié et fait honte
12:29à l'industrie baleinière japonaise.
12:32Et pour ce dont ils m'accusent, je n'étais même pas présent à l'époque.
12:37Malgré ces absences de preuves,
12:39la notice rouge japonaise a conduit cet homme de 74 ans
12:43dans une prison du Groenland.
12:45J'y suis resté cinq mois et ils ont décidé de m'envoyer au Japon.
12:52Le lendemain, le procureur général du Danemark
12:55a pris la décision politique de me libérer.
12:58Ce qui l'a sauvé, c'est qu'il était mondialement connu.
13:01Voici des lettres du monde entier.
13:03Il y a environ 7000 lettres de soutien
13:05provenant d'une quarantaine de pays différents.
13:07Chacune d'elles était positive.
13:10Je n'ai reçu aucune lettre hostile.
13:12En classe de 5e,
13:14on étudie les histoires portées par des héros.
13:17Bref,
13:18ils se sont servis de son histoire.
13:21En classe.
13:23Je les ai toutes lues.
13:26Bien sûr, j'avais beaucoup de temps,
13:28mais comme ma main était blessée,
13:30je n'ai pu répondre qu'à 10% de ces courriers.
13:34J'espère pouvoir leur envoyer à tous des réponses.
13:37Toutes les victimes innocentes de notice rouge
13:42n'ont pas la chance de Paul Watson.
13:45Celle d'être connue.
13:47D'avoir un soutien médiatique, politique,
13:50pour espérer s'en sortir.
13:52Elles ne peuvent compter que sur leur famille
13:53pour crier au monde cette injustice.
13:57Et qui les entend alors ?
14:01En janvier 2022,
14:03j'avais rencontré une jeune femme Ouïghour à Istanbul.
14:05Elle s'appelle Bouzaïnour.
14:08Son mari, Idriss,
14:09il était emprisonné à Casablanca, au Maroc,
14:12à cause d'une notice rouge
14:14lancée par Pékin.
14:16Comme pour Andrei,
14:18Interpol l'avait annulée.
14:20Sauf qu'à cause des pressions chinoises,
14:22Idriss n'avait pas été relâchée.
14:24Trois ans ont passé.
14:29Je retrouve Bouzaïnour chez elle,
14:31avec ses trois enfants.
14:34Aussi fou que cela puisse paraître,
14:36Idriss est toujours en prison au Maroc.
14:39La jeune femme a dû apprendre
14:41à vivre avec cette absence,
14:43à élever seul son fils
14:44et ses deux filles.
14:45Mon mari, Idriss Hassan,
14:57il cuisine mieux que moi.
14:59Vraiment ?
15:00Oui, il m'a appris à cuisiner
15:02après notre mariage,
15:04parce que je ne savais pas
15:05comment cuisiner.
15:05Les carences d'Interpol
15:16peuvent détruire la vie
15:17des victimes
15:18des notices rouges abusives,
15:20mais aussi celles
15:21de leurs proches,
15:22de leur famille.
15:24Bouzaïnour est une Ouïghour,
15:26une minorité turcophone de Chine.
15:29Depuis au moins dix ans,
15:30il est de notoriété publique
15:32que ce peuple est persécuté
15:34par Pékin.
15:35Avec son mari,
15:40elle avait fui en Turquie
15:41en 2013
15:41pour y vivre en sécurité.
15:45Mais, même à Istanbul,
15:48les pressions des services secrets
15:49chinois sont trop fortes.
15:55Idriss décide alors
15:56de tenter sa chance en Europe.
15:59Son plan est simple,
16:00partir seule
16:01et ensuite, si tout va bien,
16:04faire venir le reste de la famille.
16:05Le 20 juillet 2021,
16:11il prend le premier vol qu'il peut,
16:14ce sera vers le Maroc.
16:16À peine arrivé,
16:18la police lui annonce
16:19qu'il est l'objet d'une notice rouge
16:21et est arrêté.
16:22On espère vraiment
16:27qu'il puisse être libéré rapidement,
16:30car il se trouve dans une cellule
16:32à l'isolement.
16:35Il m'a confié
16:36que son équilibre mental
16:38était impacté.
16:39et parfois,
16:42il dit,
16:43le gouvernement marocain
16:45va me garder en prison
16:46jusqu'à ce que je meure.
16:48jusqu'à ce qu'il m'a dit.
17:04Leur père leur manque énormément.
17:07Parfois,
17:10ils sont tristes
17:11et se mettent à pleurer
17:14sans raison.
17:18Alors,
17:19je me suis dit
17:19que d'avoir chacun un chat,
17:21ça pourrait les aider.
17:24Et ça marche.
17:26Leur morale
17:26est meilleure qu'avant.
17:54Se montrer joyeuse,
17:56Bouzaïnour
17:57y arrive encore
17:58pour les enfants.
18:00Mais au fond d'elle,
18:01c'est la colère
18:02qui domine.
18:04Cette femme
18:04d'apparence timide
18:05et réservée
18:05est bien décidée
18:07à demander des comptes.
18:10Voilà le document
18:11qui indique
18:12que la notice rouge
18:13de mon mari
18:14a été annulée.
18:16Je ne comprends pas bien.
18:18Interpol l'a annulée,
18:19mais mon mari
18:20n'est toujours pas libéré.
18:23Interpol
18:23devrait se sentir
18:24responsable
18:25pour ce qui arrive
18:26à mon mari
18:27et à toute notre famille.
18:29Ces trois petits-enfants
18:30qui grandissent
18:31sans père
18:31à cause d'Interpol.
18:33Ils ont détruit
18:34notre famille.
18:37Sauf que le secrétariat
18:39général d'Interpol
18:40ne se sent plus concerné.
18:42Il estime avoir résolu
18:43le problème
18:44en retirant la notice rouge.
18:47Les conséquences,
18:48ça ne l'intéresse pas.
18:49si la personne
18:51a déjà été arrêtée
18:53sur la base
18:54de cette notice,
18:55ce n'est pas la suppression
18:56de la notice
18:56qui la fera sortir
18:57de détention.
18:59Une fois que les autorités
19:00nationales
19:00ont arrêté une personne,
19:02c'est elles qui ont la main
19:03sur ce qu'elles veulent faire
19:04de cette personne.
19:05Le seul avantage
19:06à contester une notice
19:08alors qu'une personne
19:09est déjà en détention,
19:12c'est de parier
19:13sur le fait
19:13qu'elle pourrait être lâchée
19:15ou qu'il y aurait
19:16une décision
19:16de non-extradition
19:17et dans ce cas-là,
19:18ça lui permettrait
19:19de voyager,
19:20de quitter le pays
19:21pour aller vers un autre pays.
19:25En réalité,
19:26c'est un pari
19:27souvent perdu d'avance.
19:30Surtout quand on a
19:31face à soi Pékin
19:32qui dispose
19:33de moyens illimités
19:34pour faire pression.
19:37Voilà pourquoi
19:38le Maroc
19:39garde Idriss
19:40dans ses geôles.
19:43La Chine
19:44a bien saisi
19:45à quel point Interpol
19:46peut lui être utile.
19:49Depuis 2022,
19:51Pékin en est devenu
19:52le principal bailleur,
19:54doublant subitement
19:55sa part
19:56dans le budget annuel
19:57et payant même
19:59les contributions
20:00d'autres pays membres
20:01parmi les plus pauvres.
20:04Est-ce qu'à terme,
20:05il n'y a pas un risque
20:06pour l'indépendance
20:07d'Interpol ?
20:09Si, il y a un risque,
20:10mais qu'est-ce qu'on fait
20:11contre ce risque ?
20:12C'est toujours
20:15une question existentielle.
20:17Si aucun pays
20:18est prêt
20:18à mettre de l'argent
20:19au niveau
20:20à hauteur
20:21de ce qui est prêt
20:22à mettre la Chine,
20:24on fait quoi ?
20:25On refuse
20:26les contributions
20:26de la Chine ?
20:28Moi, c'est des questions
20:30où je n'ai pas
20:30de réponse particulière.
20:31C'est des questions
20:32politiques,
20:34éminemment politiques.
20:35Le fait que la Chine
20:37puisse être
20:38le premier contributeur
20:39d'Interpol,
20:39est-ce que c'est un problème ?
20:41Je ne sais pas.
20:42S'il n'y a personne d'autre
20:43qui est capable
20:43de mettre de l'argent
20:44que la Chine,
20:46on fait quoi ?
20:47On ferme Interpol ?
20:49Il va falloir s'y faire.
20:53Interpol dépend
20:54de plus en plus
20:55d'un régime connu
20:56pour menacer ses opposants,
20:58même en dehors
20:59de ses frontières.
21:01Alors que normalement,
21:03les Ouïghours
21:03qui vivent en Chine
21:04n'ont pas le droit
21:05d'appeler l'étranger,
21:07Buzaynur a reçu
21:08un étrange appel
21:09de son père,
21:10du Xinjiang.
21:13Mon père m'a appelée
21:16et m'a demandé
21:16des nouvelles
21:17de mon mari.
21:19Je lui ai dit
21:20« Il n'est pas à la maison ».
21:21Il m'a répondu
21:23« Ne mens pas.
21:25Je sais ce qui est arrivé
21:26à ton mari.
21:28On sait tout
21:28sur toi
21:29et sur ton mari. »
21:34« J'ignore pourquoi
21:36la police a laissé
21:38mon père communiquer
21:39avec moi.
21:41Peut-être
21:43qu'ils ont fait ça
21:44pour faire pression
21:45sur moi
21:45et m'inciter
21:46à ne rien faire
21:47pour sauver mon mari.
21:51Mais je ne m'arrêterai pas.
21:54Pas avant
21:55que mon mari
21:55soit libéré.
21:57Je ne m'arrêterai pas.
21:58ce drame
22:06n'a rien changé
22:07au mode de fonctionnement
22:08d'Interpol.
22:10Chaque année,
22:11des pays émettent
22:12en toute impunité
22:13des centaines
22:13de notices rouges
22:14pour des raisons politiques.
22:17Les failles
22:17béantes du système,
22:19des membres
22:20du grand banditisme
22:21en profitent également.
22:23Mais cette fois-ci,
22:24pour faire sauter
22:25leurs notices rouges.
22:25En Moldavie,
22:30des fonctionnaires
22:31suspectés
22:31d'avoir été payés
22:32pour effacer
22:33des notices rouges
22:33Interpol
22:34de fugitifs
22:35liés au crime organisé.
22:38En tout,
22:38ce sont 26 criminels
22:40qui ont profité
22:41d'un réseau de corruption
22:42au sein même
22:43d'Interpol.
22:44Comme ce truant ukrainien.
22:46Il est recherché
22:47depuis des années
22:47par toutes les polices
22:48du monde.
22:50Pourtant,
22:51il a pu venir en France
22:52sans craindre
22:53d'être arrêté.
22:54On le voit ici
22:55en janvier 2023
22:56en doudounes rouges
22:57faire la fête
22:58à Courchevel.
23:14Juin 2024,
23:15la France
23:16et le FBI
23:16lancent une vaste opération
23:18en Moldavie
23:19pour arrêter
23:19les responsables
23:20de cette escroquerie,
23:22dont le chef local
23:23d'Interpol.
23:23a été décorté
23:24en face de la presse.
23:25Deci,
23:26les articles
23:27qui ont été mentionnés
23:28aussi dans la presse
23:30sont des questions
23:31de la corrupation
23:32passivée,
23:33deux épisodes,
23:34donc deux capites
23:34d'accusation
23:35du code penal.
23:36Cette nouvelle crise
23:51qui ébranle
23:51l'Interpol
23:52trouve ses racines
23:54en Europe orientale,
23:55en Moldavie.
23:57Un pays
23:58de 2,5 millions
23:59d'habitants
23:59enclavés
24:00entre la Roumanie
24:01et l'Ukraine.
24:06Cette ex-république
24:07soviétique
24:07est non seulement
24:08l'état
24:09le plus pauvre
24:09du continent européen,
24:11mais aussi
24:12l'un des plus corrompus.
24:16Marcella Zamojteanu
24:17est une journaliste
24:19d'investigation
24:19moldave.
24:21Elle a gagné
24:22de nombreux prix
24:23pour des reportages
24:24sur ce type d'affaires
24:25qui mêlent
24:25politique
24:26et argent.
24:28Après 6 mois
24:29d'enquête,
24:30elle est en mesure
24:31de décrire
24:31point par point
24:32les étapes
24:33de ce système
24:34crapuleux.
24:36Avant de publier
24:36son article,
24:38elle en fait part
24:39à l'un de ses collègues.
24:42Je vais t'expliquer.
24:45Il y avait un avocat
24:47en République
24:47de Moldavie
24:48qui représentait
24:49tous ces criminels,
24:5026 au total.
24:51Après cela,
24:53cet avocat,
24:54soi-disant
24:55avec l'aide
24:56et les connaissances
24:56de Pierlog,
24:58a déposé
24:59des demandes
25:00ici,
25:00au bureau
25:01de l'immigration
25:02et de l'asile
25:02de Moldavie
25:03pour qu'ils puissent
25:05devenir demandeurs
25:06d'asile.
25:07Ensuite,
25:08sans que ces personnes
25:09ne viennent ici,
25:11l'avocat faisait
25:11comme si elles étaient
25:12venues,
25:13qu'elles avaient donné
25:13leurs empreintes
25:14digitales
25:15et s'étaient fait
25:15prendre en photo.
25:17Pour finir,
25:19le même avocat
25:20envoyait le document
25:21à Interpol à Lyon
25:22indiquant qu'il s'agissait
25:23de demandeurs d'asile
25:24en République de Moldavie
25:25afin de les retirer
25:27de la notice rouge.
25:29Les organisateurs
25:31de ce stratagème
25:32avaient de toute évidence
25:33une connaissance
25:34parfaite
25:34du fonctionnement
25:35d'Interpol
25:36et surtout
25:37de la commission
25:38de contrôle
25:38des fichiers,
25:40la CCF.
25:41C'est elle
25:42qui traite
25:42les demandes
25:43d'effacement
25:43des notices.
25:45Il existe
25:46trois critères
25:47pour suspendre
25:48une notice rouge.
25:49si elle n'est pas
25:50conforme
25:51à la déclaration
25:51universelle
25:52des droits
25:52de l'homme,
25:55si elle présente
25:55un caractère
25:56politique,
25:57militaire,
25:57religieux
25:58ou racial,
25:59si elle ne concerne
26:01pas une infraction
26:02de droit commun
26:03particulièrement grave.
26:07En 2017,
26:08un autre critère
26:09a été ajouté.
26:11Si la personne
26:11recherchée
26:12possède un statut
26:13de réfugiée.
26:15C'est sur ce dernier
26:16point que repose
26:17l'affaire Moldave.
26:17le statut
26:19de réfugié
26:20qui empêche
26:20toute notice rouge.
26:22Un détail important,
26:24ce nouveau critère
26:25a été ajouté
26:25alors que le président
26:26de la CCF
26:27était Vitaly Pirlog,
26:29un ancien ministre
26:30de la justice
26:31moldave.
26:34Or,
26:34ce même Pirlog
26:35se trouve aujourd'hui
26:36en tête des personnes
26:37soupçonnées
26:37d'avoir orchestré
26:38ce vaste système
26:39de corruption.
26:42Voilà donc
26:42tout le stratagème.
26:44Ce sont des faits
26:45avérés.
26:46Pourtant,
26:46je pense qu'il sera
26:47très difficile
26:47à la justice
26:48de prouver
26:48que Pirlog
26:49est le cerveau
26:50du complot.
26:52Les sommes en jeu,
26:53c'était entre 2
26:54et 3 millions d'euros
26:55par personne
26:55en moyenne.
27:03Pour l'instant,
27:04la justice moldave
27:05Roshin a désigné publiquement
27:06Pirlog parmi les suspects
27:08car il est puissant.
27:10Mais la journaliste
27:11a appris
27:11que la villa
27:12de l'ancien ministre
27:13avait été perquisitionnée.
27:15Pour Marcella,
27:17ce serait un indice
27:18supplémentaire
27:18de son implication.
27:19Nous partons voir
27:22la maison de M.
27:23de M.
27:23Pirlog,
27:24ici,
27:24à Kishinao.
27:26Cette maison
27:26a été placée
27:27sous séquestre
27:28en juillet 2024.
27:30C'est pour nous
27:32une preuve
27:33que M.
27:33Pirlog est impliqué
27:34dans cette affaire
27:35d'Interpol.
27:37J'espère que ça n'est pas
27:40un quartier sécurisé.
27:41Nous verrons bien.
27:43On y est,
27:44je crois.
27:45Ah non,
27:46pas tout à fait.
27:51Ça a l'air
27:52très luxueux.
27:55Il y a une barrière.
27:58Regardez.
28:11C'est celle-là.
28:15La première.
28:21Je vais la photographier.
28:23Vous ne voulez pas filmer
28:45la maison ?
28:46Il faut filmer
28:48la maison maintenant
28:49parce que nous ne savons
28:50pas qui pourrait surgir.
28:53Vous avez peur ?
28:54Nous pourrions avoir
28:56des agents de sécurité.
28:59Et Pirlog ?
29:00Je pense qu'il nous observe
29:02de Dubaï.
29:09Marcella n'est pas paranoïaque.
29:12Elle sait à qui elle a affaire.
29:15En plus d'avoir été ministre,
29:17Vitaly Pirlog a également
29:18dirigé les services secrets
29:19moldaves.
29:20même s'il s'est exilé
29:22aux Émirats Arabes Unis,
29:24il dispose de relais puissants
29:25dans la capitale,
29:27suffisamment pour affaiblir
29:28sa pire ennemie,
29:29la procureure générale
29:30anticorruption,
29:32Véronika Dragaline.
29:34C'est elle qui est chargée
29:35de l'enquête
29:36sur l'affaire d'Interpol
29:37en Moldavie.
29:39Elle a accepté
29:39de m'accorder une interview.
29:42Personne d'autre,
29:43à part le ministère
29:43de la justice,
29:45est au courant.
29:46Mais visiblement,
29:47l'information a vite fuité.
29:48Cette vidéo a été publiée
29:51sur Internet
29:52le jour même
29:53par un activiste politique
29:55bien connu
29:55dans la capitale.
29:57Après avoir donné
29:58une interview
29:58à la presse française,
30:00on annonce que demain,
30:01même si ce n'est pas officiel,
30:03une réunion aura lieu
30:04au cours de laquelle
30:05Mme Dragaline
30:06annoncera sa démission.
30:08C'est une femme
30:09sous pression
30:10que je retrouve.
30:11D'autant plus
30:11qu'elle vient d'apprendre
30:12que Pirlog
30:13la poursuivait devant
30:14les tribunaux
30:15pour diffamation.
30:16Il existe différentes méthodes
30:20pour dissuader
30:20un procureur
30:21et le décourager
30:22d'aller de l'avant.
30:23Je ne pense pas
30:25que j'aurais atteint
30:26ce poste
30:26si je n'avais pas eu
30:27le caractère
30:28d'une personne
30:29qui ne renonce jamais.
30:32Et ce genre
30:33de tentative
30:33ne me dissuade pas,
30:35même si nous comprenons
30:36parfaitement
30:36que les personnes impliquées
30:38sont très influentes
30:39et ont accès
30:40à des sommes considérables.
30:41Malgré cet environnement
30:48hostile,
30:49la jeune procureure
30:50formée aux Etats-Unis
30:51avance.
30:52Elle est en mesure
30:53de prouver
30:53que ce système
30:54de corruption
30:54était encore plus étendu
30:56et concernait aussi
30:58d'autres données
30:59sensibles d'Interpol.
31:02Nous avons révélé
31:03une autre phase
31:04de cette escroquerie.
31:07Grâce à ce que
31:08nous avons pu documenter,
31:09nous savons que
31:10chaque paiement réalisé
31:11pour cette partie
31:12de l'arnaque
31:13s'élevait à 500 dollars.
31:17Ce montant suffisait
31:18pour savoir
31:19si le passeport
31:19d'un individu
31:20se trouvait ou non
31:21dans la base
31:22de données d'Interpol.
31:26En clair,
31:27contre seulement 500 dollars,
31:29les criminels
31:30pouvaient savoir
31:30s'ils étaient recherchés
31:31par Interpol.
31:33Une information cruciale,
31:35car environ 90%
31:36des notices rouges
31:37ne sont pas rendues publiques.
31:39C'est rien,
31:40500 dollars.
31:42C'est tout relatif.
31:44Cela dépend,
31:44j'imagine,
31:45de à qui vous demandez cela.
31:46En Moldavie,
31:48pour certaines personnes,
31:49c'est beaucoup.
31:50Cela peut représenter
31:51peut-être la moitié
31:52de leur salaire mensuel.
31:54Pour un trafiquant de drogue,
31:55bien sûr,
31:56ce n'est rien.
31:57C'est un système
31:59de corruption mondiale.
32:01Dans le cadre
32:01de notre enquête,
32:03nous avons donc dû envoyer
32:04des demandes
32:04d'entraide judiciaire
32:05à 7 ou 8 pays différents.
32:07Nous avons reçu
32:09des résultats
32:10pour certains,
32:11tandis que nous attendons
32:12des réponses
32:13pour d'autres.
32:14Mais je peux affirmer
32:15que d'après
32:15les différents résultats
32:16obtenus
32:17et les analyses
32:18que nous avons menées,
32:19des sommes de l'ordre
32:20de plusieurs millions d'euros
32:22sont en jeu.
32:28Peu de temps
32:29après cette interview,
32:31Véronika Dragaline
32:32sera poussée
32:32à la démission
32:33pour des raisons politiques.
32:34Mon mandat
32:36de procureur général
32:37du parquet
32:38anticorruption
32:38a pris fin.
32:43Mais si certains
32:44pensaient que cela suffirait
32:45pour étouffer
32:46l'affaire Interpol,
32:47ils vont être déçus.
32:49Quelques heures
32:50avant de quitter
32:51ces fonctions,
32:52coup de théâtre.
32:54Elle annonce
32:54publiquement
32:55les inculpations
32:55officielles
32:56de l'ensemble
32:58des responsables
32:58de cette arnaque.
32:59« Aujourd'hui,
33:03en tant que responsable
33:04de l'enquête criminelle,
33:07j'ai signé
33:07les actes
33:08d'accusation définitifs
33:09contre l'ancien directeur
33:12du bureau moldave
33:12d'Interpol
33:13et l'ancien responsable
33:16du bureau
33:16de l'immigration.
33:17Auparavant,
33:21des actes
33:22d'accusation définitifs
33:23ont été signés
33:24contre un avocat
33:26et l'ancien président
33:27de la commission
33:28de contrôle
33:28des fichiers
33:29d'Interpol. »
33:34Marcela,
33:38elle non plus,
33:39n'a pas cédé
33:39aux pressions
33:40et a réussi
33:41à dresser
33:42la liste
33:42de ceux
33:42qui ont profité
33:43du système.
33:44« J'ai découvert
33:49des criminels
33:50qui étaient impliqués
33:51dans le trafic
33:51de drogue,
33:53le blanchiment
33:54d'argent,
33:56la fraude bancaire.
33:58Ils sont recherchés
33:59par la France,
34:00la Chine,
34:01le Kyrgyzstan,
34:03la Russie,
34:04l'Ukraine.
34:05C'était entre
34:061 et 3 millions
34:07de dollars
34:08par personne.
34:10Par personne.
34:11C'est énorme.
34:14Bien sûr.
34:15Tous,
34:16ce sont des gros poissons
34:17et ils ont
34:18assez d'argent
34:19pour payer
34:20ce qu'il faut
34:21pour éviter
34:22d'avoir
34:22une notice rouge.
34:24Lui,
34:24c'est Sergei
34:25Shpach,
34:26un homme d'affaires
34:26russe.
34:29Lui,
34:29c'est Sergei
34:30Ocherowski,
34:31un Ukrainien.
34:33Prenons cet exemple.
34:34On a ce cas.
34:36Tariq.
34:37C'est un Français.
34:38Il est l'un
34:41des trafiquants
34:42de drogue
34:42les plus recherchés
34:43par la France.
34:46Il est suspecté
34:49d'avoir fait
34:50importer
34:503,3 tonnes
34:51de cocaïne.
34:54La valeur
34:56est estimée
34:57approximativement
34:58à 230 millions
34:59d'euros.
35:02C'est énorme.
35:03officiellement,
35:05entre 2022
35:07et 2023,
35:09tous ces individus
35:10vivaient ici,
35:11en Moldavie.
35:13Mais en réalité,
35:14ils n'ont jamais
35:15mis les pieds
35:16dans le pays.
35:18Ils se sont juste
35:22servis de cette
35:23arnaque d'Interpol
35:24pour échapper
35:25à leur notice rouge
35:26et ainsi voyager
35:27librement
35:28dans le monde entier.
35:29Ils ont pu profiter
35:32de la vie
35:33avec beaucoup
35:34d'argent.
35:36Leur meilleure vie.
35:40Celui qui ne vit
35:40pas sa meilleure vie,
35:42c'est Andrei,
35:43le dissident
35:44biélorusse
35:44que j'avais quitté
35:45à Berlin.
35:47Je reçois
35:47un message inquiétant
35:48de sa part.
35:52Interpol,
35:53ma notice rouge,
35:54elle est toujours là.
35:57Je suis en Moldavie.
35:59mais on peut se faire
36:01un appel vidéo.
36:07Hier,
36:07j'ai reçu une information
36:09très importante
36:10et très mauvaise.
36:13Un ami géorgien
36:14m'a dit
36:14« Andrei,
36:16si tu viens en Géorgie,
36:18c'est sûr
36:19à 100%,
36:20tu seras arrêté
36:22immédiatement
36:23à l'aéroport
36:24car tu es toujours
36:25sur la liste rouge
36:26d'Interpol. »
36:29Et il ne s'agit pas
36:34d'une nouvelle notice,
36:35mais bien
36:36de l'ancien avis
36:37de recherche
36:37d'Interpol.
36:39Il n'a donc pas
36:40été supprimé.
36:42Combien de pays
36:43se trouvent
36:44dans la même situation
36:45que la Géorgie ?
36:49Combien de pays
36:51exploitent actuellement
36:53cette erreur d'Interpol ?
36:56Combien de pays
36:57pourraient encore
36:58détruire ma vie ?
37:00J'espère donc
37:01sincèrement
37:02que le gouvernement
37:03polonais
37:04se montrera plus souple
37:06que le gouvernement
37:06allemand
37:07et qu'il pourra
37:08m'accorder
37:09cette protection vitale.
37:10L'homme que je retrouve
37:20à Varsovie
37:20a changé.
37:21Il doute.
37:23Son dossier
37:23n'avance pas
37:24auprès des autorités
37:24polonaises
37:25et il n'a bientôt
37:26plus d'argent.
37:28Un ami
37:28lui a donné
37:29le contact
37:29de Tomasz Budnikowski,
37:31un avocat spécialisé
37:32dans les notices
37:33rouges abusives.
37:35Il est sa dernière chance.
37:36Ma question est
37:38qui est responsable
37:39pour tout ce
37:40nightmare
37:41que j'ai eu
37:42parce que
37:43ce n'est pas
37:43mon duty.
37:44Ce n'est pas
37:45ce que j'ai
37:46deserve.
37:47Donc,
37:48je voudrais
37:48dire...
37:49pas maintenant
37:51parce que
37:52maintenant je suis
37:53broken.
37:53Je dois
37:54fight
37:54pour les
37:54papers
37:55pour
37:55international
37:55protection.
37:57Mais après,
37:58je voudrais
37:59demander
37:59qui est responsable
38:01pour tout ce
38:02qui ?
38:03Serbien ?
38:04Serbien
38:05Avoir le sentiment
38:24d'être compris,
38:26entendu,
38:27Andrei
38:28n'en a jamais eu
38:29autant besoin.
38:30Il sait que cela
38:31ne résoudra pas forcément
38:32tous ces problèmes.
38:34Mais il prend.
38:35Le moindre espoir,
38:37même fragile,
38:38lui permet de tenir
38:39bon dans cette ville
38:40où les personnes
38:40à qui se confier
38:41sont si rares.
38:45Parmi elles,
38:46il y a
38:46Alexander,
38:47un Ukrainien
38:48qui,
38:49il y a 10 ans,
38:50a fui le Donbass
38:51occupé par la Russie.
38:55Alors,
38:56t'en es où ?
38:57J'attends.
38:59Juste j'attends.
39:00Et t'attends quoi ?
39:02Les documents.
39:02Aujourd'hui,
39:05j'ai réalisé
39:06qu'il me restait
39:0612 jours
39:07avant de devoir
39:09quitter cet appartement
39:10pour un autre.
39:12Mais je n'en ai pas
39:14d'autre.
39:14Je ne sais pas
39:15où aller.
39:17Cette histoire
39:17d'appartement
39:18peut tout foutre
39:19en l'air.
39:20Ça m'inquiète
39:20vraiment.
39:23Ouais,
39:23je vois.
39:25C'est très,
39:26très difficile.
39:26ta situation financière,
39:30ta santé
39:31et même
39:32ta situation politique.
39:36Honnêtement,
39:37je me sentais plus
39:38en sécurité
39:39à Berlin.
39:40Je sais pertinemment
39:42qu'il y a
39:42beaucoup d'agents
39:43du KGB
39:44biélorusse
39:45à Varsovie,
39:46des types dangereux.
39:47Du coup,
39:50j'essaie d'éviter
39:51les gens.
39:52J'essaie d'éviter
39:53les foules.
39:54J'essaie d'éviter
39:55les transports
39:55en commun
39:56parce que les gens
39:57me reconnaissent.
39:59Un exemple,
40:00je t'en ai déjà parlé.
40:02Je venais
40:02de prendre le tram.
40:04Seulement
40:0430 minutes après,
40:06j'ai reçu
40:07une photo
40:07de Minsk,
40:08de Biélorussie,
40:10me montrant
40:10assis
40:11dans ce tram.
40:14Ça veut dire
40:14que quelqu'un
40:15m'a pris en photo
40:16et l'a envoyé.
40:17Voici la photo
40:20de moi
40:20dans le tram.
40:21Je ne sais pas
40:22qui l'a prise.
40:24Je ne sais pas
40:24quelqu'un.
40:27C'est pourquoi
40:27je dois me montrer
40:28très prudent,
40:30même ici.
40:33Le plus difficile
40:34pour Andrei,
40:35c'est quand
40:35tombe la nuit
40:36et qu'il se retrouve
40:37seul dans un appartement
40:38qui n'est pas le sien.
40:41Il prend alors
40:42conscience
40:42de tout ce qu'il a perdu,
40:44de cette vie d'avant
40:45si prometteuse
40:46quand il réalisait
40:48des spots
40:48de publicité.
40:52Je progressais
40:56à une vitesse folle.
40:58Mes projets
40:59devenaient plus ambitieux,
41:02plus intéressants,
41:03avec des scénarios
41:06toujours plus captivants.
41:07et ils m'ont brisé.
41:13Ils m'ont brisé
41:14alors que j'étais
41:15à mon plus haut niveau
41:16professionnel.
41:17Ce n'est pas juste,
41:19ce n'est pas bien,
41:21ce n'est pas normal.
41:23C'est impossible de dire
41:25c'est ok,
41:25une personne peut souffrir
41:27alors qu'elle n'a rien fait.
41:28sans aucune raison.
41:31Non,
41:31on ne peut pas subir ça
41:33sans raison.
41:34On ne peut pas agir ainsi.
41:40Subir cette injustice
41:41et le mépris d'Interpol,
41:43les victimes en ont assez.
41:46Certaines se révoltent
41:47et demandent des comptes
41:49devant les tribunaux.
41:50Jusqu'à aujourd'hui,
41:57Interpol n'a même pas dit
41:58un simple désolé.
42:01Ils n'ont pas dit
42:02on souhaite s'excuser
42:03pour ce que l'on a fait.
42:04Désolé pour vos souffrances.
42:10Ils n'en ont rien à faire.
42:13Cet homme s'appelle
42:14Sayed Alwadehi.
42:16Il a porté plainte
42:17contre Interpol
42:17fin novembre 2023.
42:19pas pour lui
42:20mais au nom de son ami
42:22Ahmed Jafar
42:23qui croupit
42:24dans une prison à Bahreïn.
42:26Ahmed est un célèbre
42:27dissident politique
42:28de ce petit royaume arabe.
42:31Et cela,
42:32Interpol ne pouvait pas l'ignorer.
42:34S'ils avaient cherché
42:34le nom d'Ahmed
42:35sur Google,
42:36ils l'auraient trouvé.
42:37Human Rights Watch
42:38avait publié
42:40des rapports sur lui.
42:41N'importe qui
42:41avec des compétences de base,
42:43même un lycéen,
42:44l'aurait trouvé.
42:47Interpol
42:47prétendait suivre
42:48une procédure
42:49de vérification
42:50des noms.
42:51Voilà leur plus gros mensonge.
42:54Un mensonge éhonté.
42:58Cette erreur
42:59a des conséquences fatales.
43:01Parce qu'il avait
43:01une notice rouge,
43:03Ahmed a été arrêté
43:04en novembre 2021
43:05en Serbie.
43:06Alors qu'il est sur le point
43:10d'être extradé,
43:12la Cour européenne
43:13des droits de l'homme
43:13à Strasbourg
43:14envoie un mail
43:15à Belgrade
43:15pour tout arrêter.
43:17Le message arrive
43:18un vendredi soir
43:19juste avant 20h.
43:22Bahreïn est informé
43:23et tente un coup de poker.
43:26Il demande aux Serbes
43:27une faveur.
43:29Faire comme s'ils n'avaient
43:30pas lu le mail
43:30à cause de leur tardive.
43:32Les Serbes acceptent.
43:35Ils ne l'ouvriront
43:36que le lundi matin.
43:38Comme dans un film
43:39d'espionnage,
43:40les Bahreigny
43:41vont monter
43:41une opération spéciale
43:43pour venir chercher Ahmed.
43:46Un jet privé
43:47est loué
43:47et décolle
43:48du Royaume du Golfe
43:49le dimanche soir
43:50à 22h30.
43:53Il atterrit
43:54quelques heures après,
43:55le lundi,
43:56à l'aube.
43:59Ahmed est remis
44:00au policier Bahreigny
44:01sur le tarmac
44:02de l'aéroport.
44:08Le jet redécolle
44:10dans la foulée.
44:13Quatre heures plus tard,
44:14il rejoint
44:14la capitale Manama.
44:17Au même moment,
44:18à Belgrade,
44:19le mail de la Cour européenne
44:20des droits de l'homme
44:20est officiellement réceptionné.
44:23Mais il ne sert à rien
44:24puisqu'Armed
44:25n'est plus sur le sol serbe.
44:28Quelques semaines plus tard,
44:30le militant sera condamné
44:32à 64 ans
44:33de détention.
44:35Son arrestation
44:36en Serbie,
44:37son extradition
44:38vers Bahreigny,
44:39les souffrances
44:40qu'il subit,
44:41les tortures,
44:42la douleur
44:43imposée à sa famille,
44:45tout cela
44:45est à cause
44:46d'une seule chose.
44:48Une notice rouge
44:49a été émise
44:50contre lui.
44:53C'est pourquoi
44:54Ahmed
44:54a décidé
44:55de poursuivre
44:56Interpol.
44:57Forcer Interpol
45:01à répondre
45:02de ses actes
45:03devant un tribunal,
45:05ce serait
45:06du jamais vu.
45:08Pour y parvenir,
45:10Sayed
45:11s'est entouré
45:11des meilleurs avocats
45:12et a réuni
45:13toutes les preuves
45:14de torture
45:15infligées quotidiennement
45:17à Ahmed.
45:18How are you?
45:20Hi, Rudi.
45:20Good to see you.
45:21How are you doing?
45:22Well, well.
45:23Come and have a seat.
45:24Thank you.
45:25We wanted
45:25just to
45:26have an update
45:28about Ahmed's case.
45:30I just wanted
45:31to share with you
45:32that Ahmed's
45:34situation
45:34at Jawa prison
45:36is extremely
45:37concerning.
45:37J'ai récemment entendu de sa famille qu'il continue d'être confiné dans sa maison
45:46pendant 23 heures par jour.
45:48Même pendant l'heure qu'il est obligé de partir de sa maison,
45:53il s'arrête, il s'arrête et il s'arrête.
45:57Et c'est un temps extrêmement difficile pour lui.
46:02Dès qu'il s'arrête, dès qu'il s'est extradite à Bahrain,
46:07jusqu'à ce moment-là, il n'a pas rencontré sa famille directement.
46:12Il n'a pas rencontré une seule famille.
46:15Comme vous le savez, nous avons le cas,
46:17qui est maintenant pendant le court en Lyon,
46:20contre l'Interpol,
46:23parce que nous avons appris,
46:25comme nous avons discuté au début,
46:27pour montrer que la note rouge qui s'arrête,
46:32n'était pas lawful.
46:34Et donc, il devait être compensé.
46:37Versée de l'argent à des victimes,
46:39avec seulement 200 millions d'euros de budget annuel,
46:42Interpol n'en a pas les moyens.
46:45Heureusement pour elle,
46:46en tant qu'organisation internationale,
46:49elle est protégée par une immunité,
46:51et quasiment inattaquable.
46:54Si une personne arrive à obtenir une indemnisation
46:57de, je ne sais pas combien,
46:58de centaines de milliers d'euros,
46:59puis un autre requérant arrive également
47:01à avoir une centaine de milliers d'euros,
47:03et ainsi de suite,
47:04sur un budget de 200 millions à l'année,
47:07c'est très rapidement l'organisation,
47:09l'existence même de l'organisation
47:11qui est mise en cause.
47:12Donc, Interpol tient beaucoup à son mobilité,
47:16et je le comprends tout à fait,
47:19parce que c'est évidemment important
47:22d'éviter de devoir indemniser des personnes,
47:25c'est sûr.
47:27Est-ce que c'est juste ?
47:30Probablement non.
47:31Probablement non.
47:32C'est évidemment qu'une personne
47:33qui a été mise en détention
47:34sur la base d'une notice
47:36qui est injustement émise,
47:37et qui était avec un caractère politique prédominant,
47:40qui est restée je ne sais combien d'années en détention,
47:43est-ce qu'elle devrait,
47:45ou est-ce qu'elle pourrait être indemnisée
47:48du fait de cette notice rouge injustement émise ?
47:52En théorie, oui,
47:53ça serait un monde parfait
47:54si elle pouvait obtenir une indemnisation, évidemment.
47:56C'est une certitude.
47:59Est-ce qu'en pratique,
48:00c'est faisable sans remettre en cause
48:02l'existence même d'Interpol ?
48:05Ça, je ne suis pas sûr.
48:06Ça, je suis pas sûr.
48:10À Istanbul,
48:11Buzaynur, la jeune mère de famille Ouïghour,
48:13continue de se battre pour la libération de son mari.
48:17Et une bonne nouvelle vient d'arriver.
48:20Grâce à l'intervention des États-Unis,
48:22Idriss serait sur le point d'être libéré.
48:26Exceptionnellement,
48:27celui-ci a même obtenu le droit de téléphoner de sa prison.
48:36Avec douceur, elle tente de le convaincre de s'accrocher.
48:45Encore un peu.
48:47La conversation ne durera que quelques minutes.
48:50La prison n'autorise pas plus.
48:52Pas assez pour se dire même l'essentiel.
49:08Des choses simples, évidentes.
49:11Mais ce n'est plus très grave,
49:25puisqu'Idriss va revenir.
49:27Bientôt.
49:28On le leur a promis.
49:30Bien sûr, au début,
49:32ce sera peut-être difficile de se retrouver après toutes ces années.
49:36Pour les enfants,
49:37les souvenirs des derniers moments passés ensemble
49:40ont fini par s'étioler.
49:42Surtout pour la plus petite,
49:44Ouigouraille.
49:46Elle n'avait que deux ans
49:47quand Interpol lui a pris son père.
49:57Trois semaines plus tard,
49:59le miracle se produit.
50:01Idriss est libérée
50:03et transférée dans le plus grand secret
50:05vers Washington.
50:06Il est sauvé,
50:08mais le département d'État américain a été très clair.
50:10La menace chinoise n'a pas disparu
50:12et il ne doit pas quitter les États-Unis.
50:16Sa femme et ses trois enfants restent, eux, bloqués à Istanbul.
50:19Leurs cartes de résidents turcs
50:21ne leur permettent pas de voyager à l'étranger.
50:25Face à tant de vies brisées,
50:27n'est-il pas urgent de réformer le système ?
50:29Interpol n'a pas souhaité prendre part à ce documentaire.
50:34Car selon eux,
50:35les notices rouges abusives,
50:37ça n'existe pas.
50:39Il n'existe pas.
50:40N'a personne m'a demandé
50:42si je veux rester ici.
50:46Je n'ai pas choisi ce lieu.
50:50Ma famille n'est pas ici.
50:55Je me sens comme un alien
50:58sur un autre planète.
51:00First, they put me to jail in Serbia.
51:03It's one planet.
51:05House arrest.
51:06It's another one planet.
51:09Berlin and Germany.
51:10It's a third one.
51:13Poland, Warsaw.
51:14It's the fourth one.
51:16And what's next ?
51:18How many planets I need to change
51:21just to back home ?
51:30I don't need to break it up.
51:33I...
51:38he...
51:39it's the top of it.
51:45The richtig Illinois
51:46and the wrap-up...
51:52leş Дав野
Commentaires