00:00Gisèle Pellicot se livre dans un ouvrage à paraître le 17 février et dont Le Monde publie donc ce soir des extraits.
00:08D'une certaine manière, c'est ce que je disais, dans le sommaire, elle se réapproprie son histoire avec ses mots.
00:13Elle raconte très simplement ces éléments clés de sa vie.
00:17Bonsoir Mélanie Bertrand.
00:18On va revenir sur ces bonnes feuilles et notamment, tout d'abord, cette scène hallucinante.
00:25Elle raconte, Gisèle Pellicot, en fait, le jour où sa vie a basculé.
00:28Oui, on est en 2020. Elle est convoquée au commissariat avec son mari Dominique, au commissariat de Carpentras.
00:35Dominique Pellicot, à ce moment-là, quelques semaines auparavant, a été prise en flagrant délit, en train de filmer sous les jupes de plusieurs femmes dans un supermarché.
00:42Elle arrive et elle voit son mari qui monte et elle est emmenée dans un petit bureau.
00:46Et face à elle, elle a un policier que l'on avait entendu d'ailleurs au procès, qui était très touchant, qui va finalement la mettre face à ce qui va détruire sa vie.
00:56L'homme commence par lui demander de décrire la personnalité de son mari.
00:59Elle dit, à ce moment-là, elle ne sait rien.
01:01Elle dit, Dominique, c'est un super type, c'est un super mec, dit-elle.
01:05C'est pour ça que nous sommes encore ensemble, quelqu'un de bienveillant et d'attentionné.
01:09Le policier a alors cette phrase, je vais vous montrer des photos et des vidéos qui ne vont pas vous plaire.
01:14Et là, il commence à lui montrer une première photo d'une femme endormie.
01:17Et d'ailleurs, Gisèle Pellicot raconte dans les extraits que nous avons pu lire dans Le Monde, dans son livre qui va apparaître dans quelques jours.
01:22Elle ne se reconnaît pas, elle voit une femme endormie, elle trouve qu'elle ne reconnaît pas sa lingerie, elle ne reconnaît pas cette attitude.
01:29Et puis elle comprend, elle comprend l'incompréhensible finalement, que c'est elle qui dort.
01:33Et elle dit, j'ai senti monter dans sa voix plus que de l'embarras.
01:36Elle parle du policier, un curieux mélange de danger et de protection.
01:39Il m'a informé à ce moment-là que Dominique venait d'être placée en garde à vue pour des viols aggravés.
01:44Je crois que j'ai pleuré.
01:46Et donc, elle raconte cette scène où il lui montre cette photo.
01:48Elle dit que je ne reconnais pas, non, ce n'est pas moi, je ne reconnaissais pas les individus ni cette femme.
01:53Elle avait la joue flasque, la bouche molle, c'était une poupée de chiffon.
01:56Et elle dit finalement, mon cerveau s'est arrêté dans le bureau de ce sous-brigadier.
02:01Elle dit, à plusieurs fois, elle l'a dit pendant le procès, elle le redit encore.
02:04Cet homme, finalement, il l'a sauvé parce qu'il va lui apprendre la terrible vérité.
02:09Mais évidemment, elle va comprendre à ce moment-là qu'elle a toutes ces années de mensonges qu'elle a vécues aux côtés de son mari.
02:14Elle explique aussi pourquoi elle n'a pas voulu un procès à huis clos.
02:18Avec ces mots, 50 hommes feraient masse dans l'enceinte de la justice, leur voix couvrirait forcément la mienne.
02:24Et puis leurs yeux, tous ensemble, leur épaule côte à côte, comme un mur devant moi.
02:29Est-ce que je n'étais pas en train de leur faire un cadeau ?
02:31Et puis elle pose cette question, Mélanie.
02:33Est-ce que je ne les protégeais pas en fermant la porte ?
02:36Bien sûr, elle a tout de suite dit, quasiment au premier jour du procès, quand on s'est posé la question du huis clos,
02:42« Il faut que la honte change de camp ».
02:44Et pour justifier ce choix, elle a expliqué aussi que, finalement, fermer les portes du procès au public, aux journalistes,
02:50c'était leur faire un formidable cadeau.
02:52Et elle a ces mots, « Personne ne saurait ce qu'il m'avait fait.
02:55Pas un journaliste ne serait là pour écrire leur nom en face de leur crime. »
02:59Et surtout, le plus important pour elle, elle a cette petite phrase, « Pas une femme ne pourrait entrer et s'asseoir dans la salle pour se sentir moins seule ».
03:06Elle dit qu'elle a fait ce choix, non pas, finalement, tant pour elle, mais pour toutes les femmes qui sont un jour,
03:12qui seraient un jour victimes de violences sexuelles, qu'elles puissent avoir cette force que Gisèle Pellicot tente de leur insuffler
03:19en renonçant au huis clos, en permettant que le monde entier, en tout cas c'est le cas,
03:23puisque le livre va sortir dans une vingtaine de pays et que le procès a été largement couvert,
03:28puisse mettre un nom en face des crimes de chacun de ces violeurs.
03:31Et c'est saisissant, je vois tous écouter attentivement ce récit.
03:36Elle raconte aussi le moment, Mélanie Bertrand, où elle a appris que son ex-mari est peut-être impliqué dans d'autres affaires non résolues, des cold cases.
03:45Oui, on est en 2022, donc deux ans après la révélation des faits.
03:48Il n'est pas encore jugé, Dominique Pellicot, elle a trouvé refuge à l'île de Ré et elle reçoit un policier qui lui dit
03:53« Madame, je vous appelle, c'est la police et je vous appelle à propos de votre mari. »
03:56Et elle dit dans le livre « Oui, je me doute qu'à chaque fois que la police m'appelle, c'est toujours à propos de mon mari. »
04:01Et là, l'homme la stoppe et lui dit « Non, mais ce n'est pas pour vous parler de votre affaire à vous,
04:04c'est pour parler de vieilles affaires non élocidées. »
04:08Et elle a cette phrase dans le livre « Chaque mot qu'il allait prononcer allait finir de déchirer ma vie. »
04:13C'était irréel, c'était comme filtré par la fièvre, j'étais désarticulée.
04:17Et en fait, elle dit, elle se juge elle-même de façon très sévère.
04:20Elle dit « J'ai été une femme stupide qui s'est laissée manipuler, j'étais rongée de honte. »
04:25Elle va apprendre au cours de cette conversation que Dominique Pellicot est mise en cause pour deux vieilles affaires.
04:31Une tentative de viol sur une jeune femme dont l'ADN de Dominique Pellicot a été retrouvé.
04:36Il a reconnu l'effet depuis.
04:37Et aussi un viol et une tentative de morte encore plus ancien, 1991.
04:42Là, il nie tout.
04:43Ces affaires sont encore, au moment où on se parle, instruites par le pôle cold case du parquet de Nanterre.
04:47On verra si un jour il y a un procès.
04:49Mais en tout cas, c'est tout cela dont elle revient sur le livre et le procès et leur vie d'avant et le message de résilience qu'elle veut livrer pour les autres victimes de violences.
Commentaires