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  • il y a 1 jour
Anne Brassié reçoit Jacques de Guillebon, grand éditeur à l'ancienne. Il recherche des textes peu connus voir inconnus, tous centrés sur la pensée sociale de l'Eglise. Barbey d'Aurevilly dans "Les prophètes du passé" montrait la victoire intellectuelle de Joseph de Maistre et Louis de Bonald sur les prophètes du progrès. Dans cette nouvelle parution, "L'envers de l'histoire contemporaine" (éditions La onzième heure), Balzac propose un héros criblé de dettes qui va trouver la paix auprès d'une aristocrate, bien meurtrie par la révolution de 89, Madame de La Chanterie, véritable sainte, qui n'a pas fondé une œuvre de bienfaisance mais une œuvre de charité. Ses obligés sont vraiment aidés et l'association ne ponctionne pas 50 % des sommes pour ses actionnaires. Balzac a connu trois révolutions, il lui faut écrire dorénavant "à la lueur de deux vérités éternelles, la Religion et la Monarchie".

Catégorie

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Éducation
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00:00Musique
00:01Bonjour chers amis de TV Liberté, nous avons la joie de recevoir ce matin Jacques de Guillebon.
00:29Bonjour Jacques, je vous connais depuis longtemps puisque vous étiez venue à un micro ou à une conférence pour présenter un beau livre sur l'amour, il me semble bien.
00:41Ah oui, vous avez une bonne mémoire, c'était en 2007 ou 2008, quelque chose comme ça.
00:44Un livre sur l'amour, ça ne s'oublie pas. Quel était le titre ?
00:48Ça s'appelait « Vuel ordre amoureux », pardon, que j'avais co-écrit avec mon ami Falk Vangaveur.
00:52Voilà, voilà. Et vous êtes aujourd'hui le guide suprême d'une maison d'édition qui s'appelle « La onzième heure » et qui publie de très très bons livres et surtout des livres très très originaux.
01:09L'un de vos associés est venu à ce micro présenter « Les prophètes du passé » de Barbet d'Orévili.
01:18Et est-ce que vous pouvez nous redire, parce que j'avais beaucoup aimé ce livre, et je voudrais réinviter les auditeurs à acquérir ce livre s'ils ne l'ont pas déjà fait.
01:27– Les prophètes du passé, c'est un grand classique, si on peut dire, de Jules Barbet d'Orévili, qui est ce dandy XIXe, qui est passé de…
01:36– Mes auditeurs connaissent. – Oui, connaissent, voilà.
01:37– C'est des gens très cultivés.
01:39– Et donc, dans « Les prophètes du passé », en fait, il fait le portrait de quatre grands contre-révolutionnaires, que sont Joseph de Mestre, Louis de Bonnald, Lamné et Chateaubriand.
01:50– Et donc, il les appelle prophètes du passé, dans le sens où c'est en faisant l'éloge du passé qu'il démontre toutes les…
02:00– Les inannités du temps présent.
02:01– Voilà, c'est ça, exactement.
02:02– Et c'est un livre très… On n'a pas l'habitude de lire Lamné, encore moins les textes politiques de Chateaubriand, mais c'est très très joli, puis c'est extrêmement bien écrit.
02:14– Ah oui, c'est la langue de Barbet.
02:14– Donc, voilà. Vous avez publié aussi « Le retour de Don Quichotte » de Chesterton. Alors, ça, qu'est-ce que c'est ?
02:24– Alors, c'est un roman de Chesterton, donc ce grand écrivain anglais venu à la foi catholique et dans « Le retour de Don Quichotte »,
02:30il met en scène un personnage qui veut lutter contre le capitalisme destructeur de son temps, qui est donc une sorte de Don Quichotte,
02:37et qui finit par devenir roi et rétablir une sorte de monarchie en Angleterre. Enfin, c'est à la fois burlesque, profond, drôle,
02:47et une critique sociale passionnante comme on le trouve chez Chesterton.
02:51– Chesterton faisait partie de ce groupe des écrivains anglais très portés sur le social,
02:58et cet homme qui avait décidé, enfin qui a rappelé que « small is beautiful », c'est-à-dire que les petites affaires sont très belles.
03:06– Exactement. Il a cette phrase où il dit « Le problème du capitalisme, c'est pas qu'il y ait trop de capitalistes,
03:10c'est qu'il n'y en a pas assez, en fait. »
03:11– Oui, c'est ça. – Dans le sens où chacun devrait avoir sa petite propriété.
03:13– C'est ça. Et alors, vous continuez, parce qu'en fait, c'est là où je veux en venir,
03:19la tonalité de votre maison d'édition, c'est qu'est-ce que c'est ?
03:25– Eh bien, c'est tout ce qui a un rapport avec la pensée sociale de l'Église.
03:28– Voilà. – Qui a été définie, on le sait, par Léon XIII dans Rerum Novarum en 1891,
03:33qui est de dire que l'Église catholique a, en plus de tout ce dont elle parle généralement,
03:39un droit, même un devoir de parler des questions sociales,
03:42notamment à l'époque moderne, depuis le XIXe siècle et jusqu'à aujourd'hui,
03:45parce que ça concerne l'homme entier.
03:47Et donc, l'Église a cherché à développer une pensée qui serait un peu une troisième voie,
03:53si on peut dire, entre capitalisme et socialisme, notamment à cette époque-là,
03:56pour prévenir les excès du libéralisme et du capitalisme,
04:00et notamment les exploitations de l'homme par l'homme,
04:02qui ont eu lieu et qui ont encore lieu aujourd'hui.
04:04– Oui.
04:05– Et d'un autre côté, de critiquer aussi les collectivismes
04:07qui ont ravagé le XXe siècle.
04:09Donc, en fait, c'est une pensée qui est très vaste,
04:13qui n'est pas dogmatique, évidemment,
04:14parce que c'est sa ressortie des choses humaines,
04:17mais autour de qui on trouve beaucoup d'écrivains,
04:19beaucoup de penseurs, notamment en Europe.
04:22Donc, c'est eux qu'on essaye de faire revivre dans la maison d'édition.
04:24– Je le dis tout de suite, parce que dans le texte
04:26que nous allons analyser ce matin, c'est celui d'Honoré de Balzac,
04:32l'envers de l'histoire contemporaine.
04:35La préface, elle rappelle bien que pour Balzac,
04:38les sociétés, les corporations, c'est-à-dire les associations professionnelles,
04:43étaient la base du Moyen-Âge, qui est quand même une très belle époque.
04:48– Exactement, et là où il rejoint Chesterton,
04:49d'ailleurs sur cette éloge du Moyen-Âge.
04:51– C'est très intéressant de voir les fils,
04:54qui relient tous vos livres.
04:57Et puis donc, Pertes et Gains de Newman.
05:00– Alors ça, c'est un livre à venir.
05:02– Ça va sortir, ça va sortir.
05:03– Ça va sortir au mois de mars.
05:05Il y a une spécificité de la maison d'édition aussi,
05:07que je peux le préciser, c'est qu'on procède par souscription,
05:09c'est-à-dire qu'on fait des pré-ventes.
05:11– Ce qui permet de ne pas engager trop de capitaux au départ.
05:14– Voilà, et de ne pas tirer non plus des livres à tort et à travers,
05:17qui iront finir au pilon.
05:19Donc du coup, on fait des tirages assez réduits
05:21en imaginant avec les pré-ventes et les pré-achats qui ont été faits.
05:24Et donc, Pertes et Gains, qui est le roman de la conversion du cardinal Newman,
05:28notre nouveau docteur de l'Église,
05:30c'est le roman qui raconte le moment où il est passé de l'anglicanisme au catholicisme.
05:35– Et qui est un livre qui était indisponible en France depuis 150 ans presque.
05:39– Oui, une question prochaine, c'est comment faites-vous
05:42pour pouvoir aller chercher des livres sous les…
05:47– Vous savez qu'on a, vous avez partagé ça,
05:49qu'on a l'amour du livre, de la littérature, des écrivains.
05:52– On cherche toujours.
05:52– Voilà, on peut faire tomber fil en aiguille sur tel livre
05:56dont se dit qu'il hériterait de réexister, d'avoir des nouveaux lecteurs.
06:00– Alors, un autre livre sur les questions sociales de Paul Claudel,
06:05ça, ça doit être magnifique, « La scène et le monde ».
06:09– Oui, alors ça, c'est un titre qu'on a donné, nous.
06:11– C'est une belle idée.
06:12– Vous savez, c'est le début du soulier de Satin,
06:15ça commence comme ça, « La scène et le monde ».
06:17Et Claudel, en fait, est assez peu réputé pour son attrait pour les choses sociales.
06:22Et on le connaît comme un gros bourgeois, ambassadeur, grand poète,
06:25avec tous ses défauts et son génie.
06:28– Il a aussi…
06:29– Oui, et notamment un recueil du texte qui s'appelle « Réflexion sociale »,
06:33sur la question sociale, pardon, qui est publiée dans les années 1960, je pense,
06:37et qui est venant, n'importe quoi, puisqu'il est mort justement en 1955,
06:41mais bref, plutôt en 1950.
06:43Et comme Claudel, donc, tombe dans le domaine public,
06:44c'est-à-dire que ses textes sont maintenant disponibles pour tout le monde,
06:47c'est aussi pour ça qu'on le republie.
06:48– Et enfin, une biographie de Saint, Saint-Benoît-l'Arbre,
06:54par Agnès de Lagorse, que je ne connaissais pas,
06:56un pauvre qui trouva la joie.
07:00– Alors, Saint-Benoît-Joseph Lab, c'est un saint qui nous tient particulièrement à cœur,
07:03qui est le grand saint français du XVIIIe siècle,
07:05qui n'a pas eu beaucoup de saints, malheureusement, ce siècle-là.
07:08Et lui est vraiment l'anti-personnage du XVIIIe siècle,
07:12c'est-à-dire que c'est un fils de paysan qui voulait entrer à la trappe,
07:16puis chez les Chartreux, il n'y arrive pas,
07:18et devient un vagabond, volontairement.
07:21– Et il va vouloir aller jusqu'à Rome.
07:23– Voilà, il va pèleriner un peu à travers toute l'Europe,
07:25et il est…
07:25– Pieds nus.
07:26– Pieds nus, et il est réputé pour sentir mauvais,
07:29être un clochard, et en même temps être un saint partout où il passe.
07:31Voilà, donc c'est un personnage vraiment merveilleux.
07:33– Oui, absolument.
07:35Moi, je ne connaissais que sa toute petite vie par Morissette Vialandru,
07:39mais c'était une petite vie pour les enfants.
07:42Voilà ce beau travail de la 11e heure.
07:45Alors, la fournée de cette rentrée 2026,
07:51c'est donc Honoré de Balzac, l'envers de l'histoire contemporaine,
07:55et Georges Bernanos, rois et pauvres,
07:58qui est une succession de textes qu'on va voir tout à l'heure.
08:01– Alors, merci, parce que grâce à vous,
08:04je me suis rendu compte que je pouvais enfin lire du Balzac,
08:06parce qu'en fait, Balzac, c'est un peu comme Proust,
08:12c'est beaucoup trop touffu, c'est tout, c'est le monde entier,
08:16c'est des éléments juridiques, médicaux, scientifiques, religieux, politiques,
08:22et on ne sait plus, et en fait, quand on est jeune,
08:25on ne rentre pas dedans.
08:26Alors que là, l'histoire de Godefroy,
08:31c'est quand même très, très émouvant, et c'est étonnant.
08:35Alors, d'abord, le titre, l'envers de l'histoire contemporaine,
08:38ça, c'est marrant.
08:39– Oui, c'est, on dirait, un titre de complotiste.
08:41– Oui.
08:41– Et c'est un peu ça, d'ailleurs.
08:43Balzac est très féru de complot,
08:45et grâce à la particularité d'être un complot pour faire le bien.
08:48– Un complot pour le faire le bien.
08:50Mais cela dit, j'ai réalisé que le pauvre Balzac,
08:55il s'est offert trois révolutions.
08:57Il naît juste à la fin de la Révolution française,
09:00et encore, en 99, elle n'est pas finie,
09:031830 et 1840.
09:06Trois révolutions.
09:07Et je ne comprenais pas tous ces récits de fortune subite
09:15et de ruines extrêmement rapides,
09:18mais en fait, c'est le propre des périodes révolutionnaires.
09:20– Oui, et oui, vous avez raison,
09:22toute sa vie se passe dans des révolutions,
09:24du début à la fin.
09:26Et là, c'est 1848,
09:28donc c'est le dernier roman qu'il a publié de son vivant,
09:31donc très peu de temps avant sa mort
09:33et que sa santé se dégrade.
09:34Et pourtant, les personnages sont des personnages
09:39qui viennent de l'Ancien Régime
09:41et qui ont survécu et qui ont traversé
09:43justement toutes ces périodes
09:44jusqu'à...
09:45Enfin, l'histoire se passe entre 1835 et 1840.
09:51D'ailleurs, il y a des problèmes de date dans les livres.
09:53– Alors, vous...
09:55Justement, c'est le dernier livre de Balzac
09:59et ça se sent extraordinairement.
10:01Parce qu'on a un peu l'impression
10:02que c'est une sorte de bilan.
10:04– Alors, Godefroy est un jeune homme,
10:07ce qui n'est pas le cas de Balzac,
10:08mais Godefroy a écrit « Debt ».
10:11– Ce qui est le cas de Balzac.
10:12– Ce qui est le cas de Balzac,
10:13qui est endetté à l'État chronique,
10:16parce qu'il ne sait absolument pas...
10:18D'abord, il a des goûts de luxe,
10:20et ensuite, il ne sait pas garder une somme d'argent,
10:22donc c'est la catastrophe.
10:23Mais ce personnage est très étonnant.
10:29Alors, on ne va pas raconter l'histoire,
10:31parce que sinon, ça tue.
10:33Moi-même, j'ai été pris au suspense du livre.
10:35Qu'est-ce que...
10:36Alors, d'abord, disons tout de suite,
10:38les descriptions extraordinaires.
10:41Les premières pages sur le quartier de Notre-Dame,
10:45la rue du Cloître, le quai de la Tournelle,
10:48on a l'impression d'y être.
10:49C'est absolument inouï.
10:51– C'est magnifique, oui.
10:52C'est vraiment le génie de Balzac de décrire Paris.
10:55Et là, c'est vraiment le Paris religieux,
10:57catholique de Notre-Dame.
10:59– Quelle force, absolument.
11:01Et alors, ce personnage endetté,
11:05qui n'a jamais été heureux en amour non plus,
11:10parce que Balzacien,
11:13il était fiancé à une jeune fille,
11:15mais sa famille a vu qu'il dépensait trop d'argent.
11:17Donc, ils ont tout de suite rompu le mariage.
11:21C'était des parents prudents.
11:24Et...
11:25Il cherche, il cherche,
11:29et tout d'un coup, sur un pont,
11:31je crois sur le pont de Quai de Tournelle,
11:34il va rencontrer quelqu'un qui lui dit
11:35« Mais venez, venez, mon cher, venez, rendez-vous là. »
11:41Et cet endroit est un endroit absolument inouï.
11:44Et on a une femme, Madame de la Chanterie,
11:49qui a monté, qui a créé une organisation de vraie charité,
11:57parce qu'on va voir que Balzac montre ce qu'est la vraie charité
12:02et la fausse charité, la philanthropie, la bienfaisance mondaine,
12:07« Je fais le bien, donc je suis quelqu'un de bien »,
12:10mais en fait, qui laisse quand même bien des gens dans la mouise.
12:15Là, c'est une opération extrêmement savante.
12:18Et alors là, on a l'impression que Balzac s'est conté
12:21quand il raconte la vie de la chanterie.
12:24C'est pas lui.
12:26Et cette femme, qui a beaucoup souffert dans la vie,
12:30a décidé qu'elle ferait le bien.
12:33Et c'est une femme dont Godefroy va en quelque sorte tomber amoureux,
12:38mais un amour tout à fait platonique, un amour mystique,
12:42jusqu'à cette fin étonnante avec cette phrase
12:46« C'est ainsi que les anges se vengent ».
12:49On n'en dit pas plus.
12:52Ça nous donne l'occasion de voir pas beaucoup de familles,
12:59mais enfin deux ou trois familles tout de même,
13:01dont on voit l'évolution dans la société.
13:04Et encore une fois, il y a des faillites effrayantes.
13:08Et on voit une pauvreté du jour au lendemain effrayante.
13:11Oui.
13:12Des gens qui n'ont vraiment pas rien à...
13:14Oui, parce qu'il y a évidemment une famille merveilleuse
13:18dont cette société va s'occuper,
13:20qui est passée de la richesse à la pauvreté,
13:23sans vouloir dévoiler trop pour le lecteur.
13:25Et qui est retombé sur ses pieds par son organisation.
13:28Oui, je parlais de la famille dont ils vont s'occuper.
13:29Ah là, oui, la famille.
13:31Et notamment cette pauvreté qui est en plein...
13:33Ce qui nous paraît être le cœur de Paris aujourd'hui.
13:36Ils sont dans le quartier Montparnasse, Notre-Dame-des-Champs,
13:39qui aujourd'hui est un quartier les plus riches et les plus huppés de Paris.
13:42À cette époque-là, en fait,
13:43semble être un faubourg totalement limiteux,
13:46et une sorte de bidonville quasiment.
13:48Avec des auberges qui accueillent des gens dans des chambres.
13:51Oui, et à tel point que le personnage n'ose pas y s'y promener la nuit,
13:54de peur d'être agressé et détroussé dans ce quartier-là.
13:57Donc on a, grâce à Balzac,
13:58cette vision de ce Paris des années 1830,
14:02qui est merveilleux,
14:03qui est plein de secrets,
14:06de rebondissements,
14:07d'endroits...
14:08Oui, d'endroits périlleux, un petit peu,
14:10où doit passer son personnage pour arriver jusqu'à sa sanctification
14:13et son rachat, d'une certaine façon ?
14:15Alors, on va montrer ce que cette association peut faire.
14:25Et elle va prêter de l'argent à des gens,
14:28mais elle met tout l'argent,
14:30et les gens de cette association ne se payent pas des sommes astronomiques.
14:35Comme par exemple l'association des pièces jaunes,
14:37dont on a vu qu'elle encaissait 50% de l'argent du capital
14:43pour payer ces...
14:44Ces salaires de trois personnes, oui.
14:46Ces trois personnes,
14:46qui n'avaient d'ailleurs pas besoin de fric par ailleurs,
14:49parce qu'ils étaient déjà nantis.
14:53Et c'est...
14:54Cette philosophie de la charité,
14:57alors ça, c'est très intéressant.
14:59C'est très intéressant parce que...
15:02Parce que...
15:04C'est une apologie de la charité
15:08parce que c'est un lien social
15:10et c'est un acte intérieur
15:12et c'est un acte nécessaire.
15:15On ne peut pas vivre dans une société
15:16sans s'occuper des plus pauvres.
15:19Oui, c'est ça que Balzac essaye de montrer.
15:22Et il essaye vraiment de montrer
15:23ce qu'est la charité chrétienne au sens strict.
15:24C'est-à-dire que ça doit rester secret, évidemment,
15:26et qu'à partir du moment où on se serait su,
15:29où on s'en rentrait,
15:30la charité n'opèrerait plus.
15:31Il n'y aurait plus aucun mérite à le faire.
15:33C'est vraiment les paroles du Christ.
15:35C'est le contraire de toutes nos allocations
15:37qu'ils ont annoncées à coup de trompette.
15:40C'est vrai, exactement.
15:41Pour que tous les gens qui n'en ont pas besoin
15:43se précipitent pour recueillir la manne.
15:45C'est ça.
15:46Et oui, là, ce sont des personnes privées
15:47qui décident de leur propre chef
15:49de secourir leur contemporain nécessiteux.
15:53C'est là où cette société autoconstituée
15:56est merveilleuse.
15:57C'est-à-dire qu'elle est vraiment...
15:58Elle est émue par cette charité chrétienne
16:00et elle ne doit rien ni à un État,
16:04ni à une autorité,
16:05ni autre que celle de l'Église, en fait.
16:08C'est une...
16:09La bienfaisance et la philanthropie,
16:12c'est l'ombre de la charité pour Balzac.
16:14C'est une charité intéressée,
16:16faite pour appâter le client
16:18et par la propagande,
16:20le faire rentrer dans des groupes politiques.
16:22Ça, c'est fantastique.
16:23Oui, on a l'impression que...
16:25Comme souvent, chez Balzac,
16:25c'est écrit il y a 200 ans,
16:26mais on le vit en ce moment, en fait.
16:29Mais c'est aujourd'hui.
16:30Moi, quand j'avais 20 ans,
16:31je donnais des cours d'alphabétisation
16:33à Boulogne, en milieu maghrébin.
16:35Et au bout de 10 jours,
16:36je me suis aperçue que j'étais à la CGT.
16:38Parce qu'un soir, mes élèves m'ont dit
16:40qu'il faut qu'on aille à la manif.
16:42Et je lui dis, quelle manif ?
16:43On m'a dit la manif de la CGT.
16:45Ah oui, donc vous êtes-il devenu militante
16:46sans vous en apercevoir.
16:47J'ai retrouvé le cas.
16:51C'est ça, oui.
16:52Très, très intéressant.
16:53Et alors, l'idée qu'il faut des hommes religieux
17:01à de hauts postes,
17:02car la religion seule,
17:04c'est faire accepter au peuple ses souffrances
17:06et le travail constant de la vie.
17:09C'est quand même étonnant, ça.
17:10Il faut aider les gens à survivre.
17:14Et donc, il faut ces associations.
17:18Et il y a besoin, oui,
17:19parce qu'elles prodiguent une espérance surnaturelle
17:21en plus des besoins naturels
17:24qu'elles viennent satisfaire.
17:25C'est les deux, en fait.
17:26C'est ça qui a toujours voulu être la CGT.
17:29D'ailleurs, il y a plein de devises dans ce livre.
17:32Transirez bene faciendo.
17:34C'est-à-dire, vous allez au-delà,
17:36voir au-delà,
17:38tout en faisant le bien.
17:39C'est quand même inouï.
17:40C'est aller au-delà de ce monde.
17:43Et puis, une autre...
17:45Balzac s'est arrêté chez les Chartreux.
17:47Et la devise des Chartreux, c'est
17:49« Fouge, latte, tache.
17:51Puis, cache-toi et tais-toi. »
17:56Il n'est pas très balsacien, d'ailleurs, en fait,
17:58comme devise.
18:01Mais n'empêche que Balzac l'admire.
18:04On est très heureux qu'il ne se soit pas tué, d'ailleurs.
18:06Oui, non, bien sûr.
18:06Alors, et puis, bien sûr, cette phrase très connue,
18:13nous voulons écrire à la lueur de...
18:15– De deux vérités éternelles.
18:18– De deux vérités éternelles, qui sont la monarchie et la religion.
18:22Alors, il y a aussi une critique acerbe de la société.
18:30Bon, il faut dire que, n'ayant pas réussi à s'y introduire,
18:34puisqu'il a toujours été en marge des journalistes, des hommes riches,
18:39il n'a pas pu avoir une place.
18:45Il est extrêmement acerbe, et il est très acerbe
18:49contre tous les slogans du temps qui promettent la lune
18:53et qui ne donnent jamais rien, en fait.
18:54– Oui, surtout, c'est la monarchie de Juillet,
18:56donc c'est peut-être le pire régime, dans un certain sens,
19:00le régime de l'argent, de Guizot, de la ploutocratie.
19:03– Oui, enrichissez-vous, oui.
19:04– Voilà, c'est ça, oui.
19:05Avec un roi fantoche, ceux-là, et des idées libérales
19:08qui sont aussi destructrices.
19:11Donc, pour Balzac, je pense que c'est pain béni, cette époque-là,
19:14en tout cas pour le romancier Balzac.
19:16– Oui, oui, pour exercer sa plume.
19:18Il y a un slogan que j'aime beaucoup chez lui, c'est
19:20« Nous avons la liberté de mourir de faim, l'égalité de la misère
19:24et la fraternité de Cain, voilà l'évangile de le Drurolin. »
19:28On y est toujours.
19:30– Exactement.
19:30Alors là, c'est plutôt sur ce qu'il appelle les communistes, déjà, à cette époque-là.
19:34Ce qui est, je pense, une des premières occurrences du terme,
19:36parce que c'est en 1848, il parle déjà des communistes,
19:41qui semble être un péril montant que Balzac voit déjà.
19:44Et d'ailleurs, on aurait aimé qu'il ait vécu plus longtemps
19:48pour avoir d'autres pages sur…
19:50– Il est mort à 50 ans.
19:52Le café quotidien, 10 fois par jour, n'était pas bon.
19:56– Et oui, il a toujours eu une santé un peu fragile.
19:59– Elle sentait très mauvaise.
20:01Et puis, c'est folie d'aller dans ses voitures à cheval jusqu'en Pologne
20:08pour voir sa bien-aimée Evanska jusqu'au moment où il n'en pouvait plus.
20:12Ça l'a achevé.
20:13– Oui.
20:14– Ça l'a achevé.
20:15– Et des propos extrêmement amusants sur le journalisme.
20:23Alors, c'est lui qui invente l'expression « Jean de l'être ».
20:27– Oui.
20:27– Qui est quand même très drôle.
20:29– Il faut…
20:29– En un seul mot.
20:31– Exactement.
20:31Mais il y a un livre où il décrit tout ça,
20:32qui s'appelle « Monographie de la presse parisienne »,
20:34que je vous conseille de relire.
20:36– Oui.
20:36– C'est merveilleux.
20:36On a vraiment, encore une fois, l'impression
20:38de voir une description de nos contemporains journalistes et médiatiques,
20:41surtout quand on les a fréquentés, on voit vraiment tous les vices et les défauts.
20:45Il fait une classification des journalistes,
20:47ceux qui sont profs de tout, alors qu'ils ne savent rien,
20:51ceux qui sont spécialistes, etc.
20:52Enfin, il y a vraiment une caractérisation qui, encore une fois,
20:56même si c'est banal de le dire, 200 ans après,
20:58reste vraiment pertinente et réelle.
21:01C'est les mêmes personnages aujourd'hui que cette époque-là.
21:03– Oui, oui.
21:03Il est très, très…
21:04Alors, il parle des rianologues.
21:11– Oui, voilà.
21:11– Je parle des rianologues.
21:13– C'est merveilleux, ça.
21:13– J'aime beaucoup.
21:14Alors, d'abord, oui, le pouvoir de l'argent dans la presse
21:19est déjà, évidemment, bien stigmatisé.
21:22Et alors, il parle du vulgarisateur ou rianologue
21:26qui, étant une idée dans une idée,
21:30dans un baquet de lieux communs
21:32et débite mécaniquement cette effroyable mixtion philosophico-littéraire
21:37dans des feuilles continues.
21:39– Oui, on a l'impression de le lire, on voit de…
21:43– Et il dit aussi, j'ai plus la citation,
21:47mais il dit bien que le journaliste se fait valoir,
21:54alors que son métier, ce n'est pas de se faire valoir,
21:56c'est d'abord de donner des informations les plus vraies possibles,
22:01les plus utiles possibles, et de faire connaître,
22:04puisque c'est une chambre d'écho, un journal,
22:07de faire connaître les artistes ou les personnages politiques
22:11qui valent la peine.
22:13Et ça, c'est aussi d'une grande actualité.
22:16– Oui, bien sûr.
22:16– Plus on parle de quelqu'un dans la presse,
22:19plus on peut s'imaginer que ça ne vaut pas triper.
22:21– Et ce qui est paradoxal, c'est que Balzac,
22:24qui était très ami avec Émile de Girardin,
22:26qui a inventé la publicité dans la presse, etc.,
22:30donc il était vraiment au cœur de la presse moderne
22:33telle qu'elle a été faite à cette époque-là.
22:35– Vous savez que le château de Villebreux
22:36était la propriété d'Émile de Girardin.
22:38– Ah oui, mais ça ne m'étonne pas.
22:40– Voilà.
22:42Et que le marquis de Villebreux était un homme,
22:47je ne sais plus s'il était marquis ou s'il était comte,
22:49je ne sais plus, mais en tout cas,
22:50il avait à cœur de partager ce château
22:54avec toutes les gens qui ont fait des salons du livre merveilleux.
22:59– Je ne sais pas si vous y êtes déjà allé.
23:00– Oui, oui, je suis déjà allé, oui.
23:02– C'était quand même très très bien.
23:05Alors, il le dit aussi, notre temps, c'est les ruines.
23:10C'est l'histoire de notre temps, c'est les ruines.
23:13Vous êtes au milieu des débris d'une grande tempête,
23:16un ouragan de 40 années qui a renversé la royauté,
23:21la religion et dispersé les éléments de ce qui faisait la vieille France.
23:25– Oui.
23:26– On y est toujours.
23:26– On y est toujours.
23:27– On est toujours en train de casser.
23:29– Oui, ça veut dire qu'il y avait beaucoup de choses à casser,
23:31d'ailleurs, donc c'est très très résistant.
23:32– Ils n'y arriveront jamais, parce qu'il faudrait qu'ils achètent beaucoup,
23:37beaucoup de pioches, pour détruire toutes les églises,
23:41tous les châteaux, ça va être très très dur.
23:43– Oui, heureusement.
23:44– Dieu merci.
23:45– Dieu merci.
23:46– Mais oui, c'est ça, le personnage de Balzac,
23:48c'est vraiment un peu son testament, comme vous le disiez,
23:51de toute façon, parce que c'est des personnages qui ont traversé
23:53tous les régimes, depuis l'Ancien Régime, jusqu'à 1848,
23:56et qui ont vu ces effondrements successifs.
23:58– C'est quand même, oui, c'est quand même.
23:59– Les fortunes montées, l'Empire, qui chute, enfin, c'est…
24:02– En dehors de l'époque de la chouonnerie,
24:04il y a un petit passage sur les chouans,
24:06qui est assez étonnant aussi.
24:08C'est une époque terrible, vraiment terrible.
24:13– Terrifiante, oui.
24:14Et oui, sur les chouans, c'est étonnant,
24:15parce que les chouans étant le premier roman que Balzac ait publié
24:18sous son nom, en 1930, celui-là, il reprend ses chouans,
24:21ça fait un peu comme une histoire circulaire,
24:23il clôt, en fait, son histoire de chouans.
24:25– On sent, si vous voulez, un homme, un homme qui raconte, bien sûr,
24:29mais on sent un homme qui a atteint une certaine sagesse,
24:33qui… – Oui, qui aspire au salut.
24:36– Qui aspire au salut, qui dit, c'est Dieu lui-même qui nous parle
24:40lorsqu'il nous vient une bonne pensée, je disais.
24:43– Oui, on dirait presque la comtesse de Ségur, en fait.
24:46C'est étonnant, parce que c'est un Balzac qu'on nous décrit assez peu
24:48quand on l'apprend à l'école ou à l'université.
24:50– Non, mais l'époque républicaine ne va pas nous vendre un écrivain chrétien,
24:55il ne faut quand même pas rêver.
24:56– Alors que pourtant, c'est le cas, en fait.
24:58– Pas rêver, oui.
24:58– Oui, mais regardez pourquoi certains écrivains ne sont jamais cités
25:03et d'autres, c'est tout.
25:07L'école républicaine fait un tri, très très rigoureux.
25:13Voilà, l'envers de l'histoire contemporaine,
25:16et ce titre est excellent, ça c'est lui, il a choisi.
25:20Et vraiment, c'est aussi un peu l'envers de notre histoire à nous,
25:25ça continue.
25:25– Oui, c'est toujours contemporain.
25:27– On est toujours dans une époque révolutionnaire.
25:30D'ailleurs, Vincent Péon l'a dit, la révolution n'est pas terminée.
25:33– C'est vrai.
25:34– Donc, il faut continuer à la faire.
25:37Voilà.
25:38Puis alors, je voulais vous signaler, ceux qui aiment Balzac,
25:42il y a une biographie absolument merveilleuse,
25:44Balzac sans masque, de Pierre Cipriot,
25:47Splendeur et misère des passions.
25:49C'est chez Robert Laffont.
25:51C'est un Balzac très, très, très, pas du tout intellectuel,
25:56qui parle quand même des idées de Balzac, évidemment.
26:00Mais c'est une biographie qui mêle merveilleusement
26:04les événements de la vie de Balzac,
26:07les sentiments de Balzac et son œuvre.
26:12Et c'est un livre, je l'ai relu à l'occasion de cette émission,
26:16enfin je l'ai parcouru parce que je l'avais déjà lu.
26:17Et c'est un livre qui est merveilleux,
26:21puis qui est un livre d'histoire,
26:23parce qu'on voit ce que vaut l'argent en 1800.
26:30C'est un livre très précis et plein de...
26:33Et on se rend compte que le pauvre Balzac a été massacré par sa mère,
26:38puisque sa mère, à 19 ans, épouse un homme enrichi
26:42qui en avait 50, qui ne pensait qu'elle,
26:45qui comptait ses sous, et du coup, elle a pris un amant.
26:49Après avoir eu deux enfants, elle a pris un amant.
26:52Et le petit garçon qui est arrivé était son préféré.
26:56Et Balzac n'a donc pas du tout bénéficié de l'amour de sa mère.
27:01Et cela explique un certain nombre de...
27:03Cette recherche de Balzac, des femmes d'un certain âge,
27:07des recherches des mères en fait.
27:10Et ça a été une vie plutôt dure.
27:13– Et le fait qu'il n'ait jamais eu d'enfant aussi, c'est...
27:16– Et le fait qu'il n'ait jamais eu d'enfant.
27:17– C'est quelque chose qui manque dans sa vie en fait.
27:19– Bien sûr.
27:19– Et d'ailleurs dans ses livres, c'est assez...
27:21– Bien sûr, bien sûr.
27:22Quand on n'a pas de femme, on n'a pas d'enfant.
27:24– Oui.
27:25– C'est un paquet, je crois, on dit.
27:27– Je dois le redire ça.
27:27– Il y a aussi un très joli, un livre très marrant de René Benjamin.
27:34Alors René Benjamin a fait une biographie de Balzac
27:37qui est aussi très très jolie, très très fine, très rapide.
27:40Pas du tout le livre complet de Pierre Cépriot.
27:44Mais il a eu aussi l'idée de faire une pièce en scène,
27:48sept actes, mettant en scène toutes les femmes que Balzac a aimées.
27:54Et avec un Balzac, personnage central des dialogues.
27:58C'est très très intéressant.
28:00Et je l'ai beaucoup aimée.
28:02C'est une pièce à monter qui n'a jamais été montée.
28:05Elle devait l'être.
28:05Et puis je ne sais plus quel événement est arrivé.
28:08Du coup, la pièce n'a pas été montée.
28:13Alors venons-en maintenant à Georges Bernanos,
28:16Rois et pauvres.
28:17C'est un joli titre.
28:19Alors ce sont des textes choisis que vous avez choisis.
28:22– Oui.
28:22– Alors, il faut rappeler que…
28:27Alors ça, ce sont des…
28:28Expliquez-nous, ce sont des textes.
28:30Comment vous les avez choisis ?
28:31Toujours avec votre optique ?
28:33– On les a choisis, oui.
28:34– Voilà, de pensée sociale, en fait.
28:36Voilà, d'essayer de prendre des textes de Bernanos
28:39qui sont tous des textes venus de ses essais ou d'articles.
28:44Donc il n'y a pas d'extrait de roman ou de sa fiction
28:47qui sont tous très connus par ailleurs.
28:50Donc là, c'était un peu d'essayer de reprendre des textes
28:52de toute la vie de Bernanos.
28:53C'était à partir de 1910, c'est-à-dire quand il est tout jeune,
28:55qu'il a à peine 20 ans, jusqu'à sa mort en 1948.
28:59– Oui.
29:00– Et qui, chacun, donne un peu des états,
29:04un extrait de l'état d'esprit, de sa pensée, en fait,
29:06pendant toute cette période-là.
29:07Parce que Bernanos, c'est quelqu'un qui a quand même
29:08beaucoup évolué tout en restant,
29:11en essayant de rester fidèle à son enfance.
29:13Enfin, chez Bernanos, il y a vraiment beaucoup cette question
29:16du rapport à l'enfance.
29:18– Qui étaient ses parents ?
29:19– Alors, son père était un tapissier de bonne bourgeoisie.
29:25Et sa mère, qui s'appelait Hermans,
29:28était une femme qui venait de Pellevoisin.
29:32Vous voyez, là où il y a eu les apparitions, notamment.
29:35– Oui, oui.
29:36– Et ils étaient établis, ils s'étaient achetés
29:38une grosse maison dans l'Artois.
29:39D'où la présence de l'Artois dans les romans de Bernanos.
29:43Sous le seuil de Satan et dans le journal d'un curé de campagne.
29:46– D'accord.
29:46– Où ils avaient une magnifique maison,
29:47en tout cas que Bernanos décrit comme magnifique,
29:51où ils accueillaient tous les dimanches
29:53tous les pauvres de la paroisse.
29:55Et Bernanos raconte qu'il voit son père
29:56enlever son chapeau devant les pauvres
29:59et dire, quand il voyait une fille s'allonger,
30:01dire « les affaires reprennent enfin ! »
30:02Et de tous les servir.
30:05Et lui, enfant, devant…
30:06– Ça explique beaucoup de choses.
30:06– Oui, voilà.
30:07Donc il a cette vision peut-être fantasmée,
30:09je ne sais pas, idéalisée de son père,
30:10mais en tout cas de cette personne qui,
30:13encore une fois, par charité chrétienne,
30:15servait les pauvres du coin.
30:18Et donc il y a toute cette terre noire
30:21et pluvieuse d'Artois
30:23qu'on retrouve dans ses romans
30:25qu'il a beaucoup marqués,
30:26même si lui-même était un peu atteint des diotropistes,
30:29mais parti au fur et à mesure de sa vie
30:30de plus en plus vers le sud.
30:32– Au Brésil ?
30:32– Oui, Toulon, Mayork,
30:34et puis le Brésil, évidemment,
30:36et puis la Tunisie à la fin de sa vie,
30:37parce qu'il ne voulait pas revenir en France
30:38après la guerre,
30:39il était trop…
30:40Je pense qu'il avait été trop touché,
30:42comme beaucoup de gens,
30:42et trop abîmé par ce qui s'était passé
30:44pendant la guerre, la défaite, etc.
30:45Alors que de Gaulle voulait
30:46qu'il rentre dans son gouvernement,
30:48il avait refusé de le faire.
30:50– De Gaulle était un grand lecteur de Bernanos,
30:52ils avaient une admiration l'un pour l'autre,
30:53mais Bernanos ne voulait pas…
30:54– Ça ne m'étonne pas.
30:55– Dans votre bouche,
30:57je ne sais pas si c'est un compliment.
31:00– Vous avez tout senti.
31:01– Vous avez des réticences sur Bernanos,
31:03mais c'est…
31:04– C'est-à-dire que…
31:06Alors moi, j'aime beaucoup les pamphlets,
31:08rassurez-vous,
31:10je suis très éprise des pamphlets,
31:12je suis capable d'en écrire dix lignes seulement,
31:14mais j'ai bien les pamphlets.
31:16Mais là, c'est très choquant.
31:20Le Noël à la Maison de France,
31:22jamais, jamais, jamais,
31:23nous ne nous lasserons d'offenser les imbéciles.
31:27Et ça continue,
31:28jamais, jamais,
31:29nous nous désintéresserons tout à fait
31:31de ces faces rondes,
31:32éclatantes de sécurité,
31:34de contentement de soi,
31:35d'égoïsme candide,
31:36de bêtises tranquilles et confortables,
31:38qui nous prêchent à leur insu
31:39la nécessité des vertus héroïques,
31:42la parfaite convenance,
31:43l'opportunité,
31:45que dis-je,
31:45l'exceptionnelle urgence
31:47de toutes les folies de l'honneur.
31:50Est-ce que c'était bien le moment
31:52de faire cette tirade
31:53contre les gens attachés à l'honneur ?
31:55C'est curieux, j'ai du mal.
31:59En fait, c'est un texte Noël à la Maison de France,
32:00c'est un texte qui est écrit en 1828.
32:02Ah oui, c'est très tôt, oui.
32:03Oui, en Noma, c'est juste après
32:05Sous le soleil de Satan,
32:06donc il est devenu un écrivain catholique
32:08très célèbre et très lu.
32:10Et c'est un petit texte
32:11qu'il écrit en l'honneur
32:12de la Maison de France,
32:13la Maison d'Orléans,
32:14à cette époque-là.
32:15On ne va pas rentrer
32:16dans le débat orléaniste-légitimiste,
32:17mais voilà.
32:18Non, ne rentrons pas.
32:19Et il parle beaucoup
32:20du dauphin de l'époque
32:21qui est le comte de Paris,
32:23le comte de Paris,
32:25dans lequel il voit
32:26peut-être une relève possible
32:27et un héritier.
32:30Et donc c'est un petit texte
32:31qu'il écrit pour ce Noël
32:32qui se passe à la Maison de France
32:33où il essaie d'imaginer
32:34quel honneur, en fait,
32:37il faudrait choisir
32:38après la guerre de 14
32:39qu'il a beaucoup marqué.
32:41Lui, comme ses contemporains,
32:42il l'a fait, lui,
32:42enfin, il l'a vu.
32:43Il l'a fait ?
32:44Oui, il l'a fait.
32:45Il l'a vu, en vrai,
32:45tous ses amis mourir, etc.
32:47Et il a vu aussi
32:48les défauts
32:49de ce nationalisme à outrance,
32:51de ce suicide de l'Europe
32:52que ça a causé.
32:54Et il essaye de retrouver
32:55ce que lui pensait
32:57être l'honneur français
32:57qui est plus celui de Jeanne d'Arc,
32:58de Bayard et des choses comme ça
33:00contre le faux honneur cocardier
33:04des républicains vainqueurs de 18.
33:07Il y a ça aussi.
33:07Il faut lire aussi comme ça.
33:08Alors cette violence serait
33:10l'expression d'une souffrance,
33:12comme toujours.
33:12Si Céline est violent,
33:14c'est qu'il avait une grosse souffrance.
33:17D'ailleurs, ils étaient des grands lecteurs
33:19l'un de l'autre, en fait.
33:19Ils sont assez parallèles là-dessus.
33:22Et Bernanos avait une grande admiration
33:24pour Céline.
33:25Et je pense que chez Céline aussi,
33:26il doit y avoir une...
33:26même si chez Céline,
33:28il n'y a pas cette mystique,
33:31ou cette vision des âmes
33:32qu'il y a chez Bernanos.
33:34Mais quand Bernanos traite
33:35les gens d'imbécile,
33:35en fait, il lui arrive de se traiter
33:36lui-même d'imbécile dans ses livres.
33:37Donc il se met dedans aussi.
33:38L'imbécile, c'est plutôt
33:39la mauvaise partie de nous-mêmes,
33:41celle qui va nous faire aller
33:42vers le confort,
33:43vers la bourgeoisie,
33:44et vers l'oubli, justement,
33:45de ce qui est la foi,
33:48de ce qui est l'honneur,
33:48et de ce qui est...
33:49ce qui garde lui aussi
33:51du Moyen-Âge
33:51ou de l'Ancien Régime
33:52ou des rois de France
33:53comme protecteur des pauvres.
33:56C'est pour ça qu'on a choisi
33:56le titré Rois des Pauvres,
33:57parce que pour lui,
33:58il y a vraiment le roi
34:00qui est cette incarnation
34:01où le pouvoir,
34:04l'amour divin descend,
34:05ce roi très chrétien,
34:06pas n'importe quel roi, évidemment.
34:08Non, non, il ne faut pas
34:08que ça soit un roi fasciste.
34:09Non, non, c'est pas du tout.
34:10Il ne faut pas que ça soit
34:10un pouvoir fort,
34:11parce que ça, c'est vilain caca.
34:14Et ce roi qui est protecteur des pauvres,
34:16qui est l'arbitre, etc.
34:19quelques articles
34:21des Parnanos tout jeunes
34:22qui étaient...
34:22Oui, ça c'était très intéressant.
34:24Qui sont un peu des pièces de curiosité,
34:25mais qui étaient inédits
34:26qu'on a retrouvés en fait
34:27dans des archives
34:28qui n'avaient pas été republiés
34:29pour certains depuis 1910,
34:31où il fait des descriptions de Paris,
34:32de Paris noyé en 1910
34:34sous la crue de la Seine.
34:36Ah oui.
34:37Et où il en profite
34:38pour faire encore une fois
34:38l'apologie des rois de France
34:39qui se battaient contre la Seine
34:41et qui essayaient de soigner
34:42les pauvres de leur époque.
34:44Oui, c'est vrai.
34:45Et quel est...
34:47Et pourquoi...
34:48Enfin, j'ai une partie de la réponse,
34:49mais j'aimerais entendre votre réponse.
34:51Pourquoi est-ce qu'il a écrit ce texte
34:56contre l'engagement des certains
35:02derrière Franco
35:04pendant la guerre d'Espagne ?
35:05Pourquoi est-ce qu'il dit
35:06que le mal, c'est Franco
35:07et que les rouges,
35:09c'est vraiment le bien ?
35:10Non, c'est plus...
35:11C'est plus...
35:11C'est parce qu'en fait,
35:12il vit à cette époque-là
35:13au Balear, à Mallorque.
35:14Ah oui.
35:14Donc, il est aux premières loges
35:16et il voit les évêques de Mallorque
35:19bénir des...
35:20Des soldats.
35:21Des soldats qui vont tuer leurs frères,
35:22en fait, sans autre forme de procès.
35:25Et il ne dit pas que ça...
35:26Depuis longtemps, l'habitude.
35:27Il ne dit pas que ça n'arrive pas
35:28dans l'autre sens.
35:28D'ailleurs, son fils aîné...
35:29Son fils est tué.
35:30... était engagé dans les phalanges, en fait.
35:32Son fils a été tué.
35:33Oui.
35:34Donc, en fait, il voit très bien
35:35le mal qu'il y a du côté communiste aussi,
35:37etc.
35:37Mais ce qu'il exaspère,
35:39c'est que les franquistes
35:40se recommandent de l'Église
35:42et du Christ
35:43et de la charité chrétienne,
35:44en fait,
35:44pour commettre dans une guerre civile.
35:46Oui, mais enfin,
35:46si les franquistes n'avaient pas gagné,
35:48c'était le communisme
35:49et c'était l'éradication du christianisme.
35:51C'est ça.
35:52Mais il ne dit pas
35:53qu'il doit gagner dans les deux cas.
35:55Il essaie d'expliquer
35:56qu'on ne peut pas se revendiquer
35:57de Jésus
35:58pour aller massacrer son frère,
35:59surtout dans une guerre civile
36:00qui est, comme on le sait, atroce.
36:01Oui, enfin,
36:02je crois qu'il y a des crimes
36:03des deux côtés.
36:03Qui a parlé de la défense utile,
36:06de la guerre utile ?
36:08C'est Saint-Augustin, non ?
36:09C'est Saint-Thomas.
36:09Saint-Thomas, Saint-Thomas.
36:10Saint-Thomas.
36:10En fait, c'est quelque chose
36:11qui est une controverse
36:15dans l'Église,
36:15si on peut dire, en fait.
36:16La guerre juste,
36:17c'est toujours compliqué
36:17de savoir à quel moment
36:18elle est juste, etc.
36:19Je vous l'accorde.
36:22Mais c'est vrai que ça,
36:23ça m'a beaucoup choquée
36:24chez Bernard Loss.
36:26Le futur Pi XII,
36:28qui était à l'époque non,
36:29Pacelli,
36:31Gideau Pacelli,
36:31lisant Les grands cimetaires
36:32sous la lune,
36:33donc ce livre-là,
36:34dit, à cette phrase merveilleuse,
36:35il dit, ça brûle,
36:36mais ça éclaire, en fait.
36:37Et c'est une très belle phrase,
36:39je trouvais, ça brûle,
36:39évidemment, parce que, oui,
36:40en tant que catholique,
36:42nationaliste ou de droite,
36:44on peut se sentir insulté
36:45par Barnanos,
36:46mais pour lui,
36:47il essaye de sauver, en fait,
36:48quand même l'honneur du christianisme
36:49en disant,
36:49vous ne pouvez pas vous revendre.
36:51Je pense aux milliers
36:51de prêtres et de religieuses
36:53qui ont été tués,
36:54violés, massacrés,
36:55les cadavres
36:56qui ont été sortis
36:57de leurs tombes,
36:59les tombes de machin.
37:01Bien sûr.
37:01Bon, mais c'est vrai
37:02que moi,
37:03je ne pouvais de lecture.
37:04Il ne le nie pas non plus.
37:04J'ai vu l'histoire
37:05de la carte d'Espagne,
37:05de Brasiliaque,
37:06alors, évidemment,
37:07je suis...
37:08Mais...
37:10Mais il y a les deux.
37:12Il y a une très belle lettre
37:12de Simone Veil à Bernanos,
37:14de cette époque-là,
37:15où elle lui explique
37:15comment elle,
37:16s'engageant derrière
37:17les anarchistes,
37:18voit la même chose
37:19que lui voit du côté catholique,
37:20c'est-à-dire
37:20qu'elle est dégoûtée,
37:21elle aussi,
37:21par ce que fait son camp,
37:23enfin, son camp de premier.
37:24c'est vrai que Simone Veil,
37:26c'est...
37:26En fait,
37:26ils se rejoignent là-dessus
37:27pour dénoncer chacun
37:28les horreurs
37:28de leur propre camp,
37:29en fait, voilà.
37:30Mais la guerre,
37:31ce n'est pas un balai de cours.
37:33Non, mais c'est toute
37:34une guerre civile,
37:34je pense.
37:35Et puis,
37:36ça, c'est une réflexion
37:37de Monterland,
37:38la guerre civile
37:39la plus horrible.
37:40Et alors,
37:41quel est le texte
37:42que vous aimez le plus,
37:43que vous pensez le plus...
37:45Mais je ne vais pas vous dire
37:46les grands cimetières
37:46sous les lunes,
37:47parce que ça...
37:48Non, non,
37:48on leur a fait...
37:50En fait,
37:50il y a un entretien
37:51qu'il fait avec
37:51un certain Frédéric Lefebvre.
37:53Ah oui, oui,
37:54qui était un remarquable...
37:55C'était le Cyprio
37:56de l'époque...
37:58Avant Cyprio.
37:58Je ne sais pas
37:59que vous le connaissiez,
37:59en fait,
38:00parce que oui,
38:00vous êtes une érudition
38:02sans faille.
38:03Non, mais j'avais une amie
38:04qui avait créé
38:05l'association des amis
38:07de Frédéric Lefebvre
38:08et qui a passé des années
38:10à publier
38:10les...
38:12Les grands entretiens
38:13qu'il fait.
38:14Et c'était des entretiens
38:16d'une grande valeur.
38:16Enfin, pour une jeune littéraire,
38:19c'était très éducatif.
38:21Oui, c'était dans ce grand journal
38:22de l'époque
38:22qui s'appelait
38:22Les Nouvelles Littéraires
38:23qui était très...
38:24Les Nouvelles Littéraires, oui.
38:25On parle beaucoup Brasiliac,
38:26d'ailleurs,
38:26dans notre avant-guerre,
38:27il explique...
38:27Oui, mais Les Nouvelles Littéraires,
38:28c'était un journal...
38:29Quand il enquête,
38:29il lisait ça au fond de la classe.
38:31C'était un journal fabuleux.
38:33D'abord,
38:33toutes les plumes étaient
38:34belles
38:36et travaillées
38:38et à l'ancienne.
38:41Et puis...
38:43Et il n'y avait pas
38:43d'exclusives idéologiques,
38:44en plus, je pense.
38:45Il n'y avait pas d'exclusives.
38:46Oui, c'est exact.
38:46Il n'y avait pas d'exclusives idéologiques.
38:48Exactement.
38:49C'était la littérature.
38:50Oui, oui.
38:50C'était la littérature.
38:51Et bien, donc,
38:52il y a des entretiens
38:52que fait Frédéric Lefebvre
38:53en 1926,
38:54donc juste après
38:55la publication
38:55des Grands Cimetières
38:56et en 1931,
38:58un autre.
38:58On voit Bernalos
38:59qui a évolué déjà
39:00pendant ces cinq ans
39:01et je trouve
39:02qu'ils arrivent à avoir
39:02une conversation profonde,
39:04intelligente
39:05où Frédéric Lefebvre
39:06essaie de lui faire expliquer
39:08sous le seuil de Satan
39:08qui est un livre compliqué
39:10en fait,
39:10sous le seuil de Satan.
39:11Oui, absolument.
39:12Je ne sais pas
39:12si vous l'avez relu récemment,
39:13mais je vous le conseille.
39:14Non, pas récemment.
39:14Magnifique,
39:15mais le seuil de Satan,
39:15c'est vraiment
39:16cette fausse lumière
39:18qui illumine notre conscience
39:19en ne montrant
39:20que le mal
39:21qui est en nous
39:21et qui nous donne envie
39:22de nous suicider.
39:23C'est ça que vit le curé
39:25sous le seuil de Satan.
39:27Oui, c'est l'état
39:28de culpabilité trop grande.
39:29On voit vraiment
39:30la connaissance de l'âme
39:32qu'a Bernalos là-dedans
39:33et ce livre
39:34qui est publié en 1926,
39:35ça fait l'effet d'une bombe
39:36parce qu'il sort un peu
39:37de nulle part.
39:38Il n'y a pas de grand écrivain
39:40catholique juste avant lui.
39:41Oui, puis c'est encore
39:41une époque où
39:42le catholicisme pur et dur
39:44est extrêmement exigeant.
39:47Oui.
39:47C'est dès qu'on fait
39:48un pas de trop
39:49et dès qu'un homme regarde
39:51une femme,
39:52c'est le péché,
39:53la femme regarde un homme,
39:54c'est un péché,
39:55enfin le péché
39:55vient très vite.
39:56Exactement.
39:57Et Bernalos arrive
39:58en...
39:59Il y aura Moriac aussi
39:59après,
40:00mais à faire
40:02vraiment de la littérature
40:03catholique profonde,
40:04intelligente
40:05et qui aide les âmes
40:07de toute façon
40:08tout en restant
40:09de la littérature.
40:10Donc c'est ça,
40:12mais je ne sais pas
40:12si j'ai répondu
40:13à votre question.
40:14Très bien,
40:14parce que moi aussi
40:15c'est l'un des textes
40:16que j'ai lu
40:17avec beaucoup de plaisir
40:19parce que c'est
40:20la littérature pure
40:24et le...
40:25Comment est-ce qu'il s'appelle ?
40:29Le maître.
40:30Le fèvre.
40:30Le fèvre.
40:31Et très, très...
40:33Et tout à fait parfait.
40:34Écoutez,
40:35merci beaucoup
40:36d'être venu
40:37jusqu'au Crémelin-Bicêtre.
40:40J'ai appris
40:40que sa mère
40:41avait été incarcérée...
40:43Non,
40:44pas sa mère.
40:46La famille
40:46de Madame de Chantraine
40:48a été incarcérée
40:51à Bicêtre.
40:52Ah bon ?
40:52Donc je me suis dit...
40:54Oui, c'est parfait.
40:55C'est bien qu'on parle
40:56de Bicêtre, voilà.
40:58Au Crémelin-Bicêtre.
40:59Merci beaucoup
41:00pour ce beau travail
41:01que vous faites
41:02de résurrection,
41:04de résurrection d'auteurs
41:06qui méritent bien
41:07qu'on les lise
41:11ou qu'on les relise.
41:12Mais pour la plupart
41:13de ces livres,
41:14je crois que ce sont des livres
41:15qui ne sont pas très connus
41:16à notre époque.
41:17On essaie justement
41:18de les refaire connaître.
41:20Donc, bravo.
41:22Bravo, bravo.
41:24Jacques de Guillemont.
41:25La onzième heure.
41:26Chers amis,
41:28précipitez-vous sur Internet.
41:29Vous trouverez tout.
41:30Et alors,
41:30c'est moins cher
41:31quand on achète...
41:32En souscription.
41:34En souscription.
41:35Voilà.
41:36Merci beaucoup, Jacques.
41:37Merci, Anne.
41:38À bientôt.
41:38À bientôt.
41:39Chers amis,
41:40à tout de suite
41:40pour la chronique cinéma.
41:42Rebonjour,
41:47chers amis de TV Liberté.
41:49Nous filons au cinéma
41:50avec Renaud de Bourloff.
41:51Bonjour, Renaud.
41:52Bonjour, Anne.
41:53Nous partons au cinéma
41:54et même,
41:55on peut dire au théâtre,
41:56en un sens.
41:56Voilà,
41:57parce que le très bon film
41:58sur lequel nous sommes tombés
41:59tous les deux,
42:01c'est Hamnet.
42:04En fait,
42:05évidemment,
42:06c'est un mot dérivé
42:08de Hamlet.
42:09Oui.
42:09Et on pouvait dire
42:10Hamnet ou Hamlet.
42:12William Shakespeare
42:13avait un fils
42:14qui s'appelait Hamnet
42:16et de nombreux biographes
42:17se sont interrogés
42:18sur la coïncidence
42:19entre ce fils
42:20qui avait pour prénom
42:21Hamnet
42:22qui est mort enfant
42:25et la fameuse pièce de théâtre
42:28qu'il a écrite
42:29quelques années après
42:30qui a pour titre
42:31Hamlet
42:31sur ce fameux prince de Danemark.
42:34Avec cette fameuse tirade
42:35que l'on voit dans le film.
42:38C'est le...
42:39Une romancière en tout cas
42:40a pris le pari
42:41qu'il y avait bien un lien
42:42et elle a brodé
42:43autour de cette histoire.
42:44C'est une romancière anglaise.
42:45ce qui donne lieu à ce film.
42:46Voilà.
42:46Qui est vraiment très fine.
42:48Qui est vraiment...
42:49Parce que c'est une fiction.
42:51C'est une fiction.
42:52Voilà, tout à fait.
42:52On sait quelques petites choses
42:54mais pas tout.
42:56C'est une fiction
42:58mais elle a un aspect de réalisme,
43:02de crédibilité, de véracité.
43:05Elle colle absolument
43:07au personnage de Shakespeare,
43:10à la vie des écrivains
43:11parce que c'est quand même...
43:13À la vie des Anglais.
43:15On a la campagne anglaise.
43:16C'est très agréable.
43:17C'est dommage qu'il n'est pas...
43:18On peut même regretter
43:20qu'ils n'aient pas tourné
43:20sur les lieux originaux
43:21à Stratford de Ponevon.
43:22C'est très joli,
43:23Stratford de Ponevon.
43:24Si vous allez y faire un tour,
43:25vous verrez.
43:25Oui, j'y suis jamais allée.
43:26On pense que...
43:28On peut vraiment penser
43:29quand on s'y promène
43:29que ça se prête vraiment
43:31à une reconstitution historique.
43:32En fait, c'est 20 ans
43:33de la vie de Shakespeare,
43:35son mariage
43:36avec une femme,
43:38une actrice très jolie,
43:40une femme de grande force
43:42qui est la fille
43:44d'une...
43:45Ce qu'on appelait jadis
43:46une sorcière,
43:47c'est-à-dire
43:47qui connaissait
43:48tous les bienfaits
43:51des produits de la nature.
43:55Et il lui fait trois enfants,
43:58mais il s'ennuie chez lui
44:00parce que son papa est gantier
44:02et qu'il n'a pas envie
44:02de faire des gants
44:03toute sa vie.
44:04Il écrit...
44:05En fait,
44:05il est professeur de latin
44:06et il va quitter
44:11tout son petit monde
44:12pour aller à Londres
44:13pour pouvoir faire jouer
44:14ses pièces.
44:15Et donc,
44:16c'est une vie très dure
44:17pour la jeune femme
44:19qui doit accoucher
44:20toute seule
44:21et se débrouiller
44:22et affronter
44:23les drames
44:25de la vie
44:27des enfants
44:28qui ont du mal
44:30à survivre
44:31à cette époque-là.
44:33Mais c'est d'une finesse
44:35extraordinaire,
44:37c'est pétri
44:39d'expressions,
44:42de phrases
44:42de Shakespeare,
44:44de célébrations
44:45de la nature,
44:46des oiseaux.
44:47Oui,
44:47on voit toutes les thématiques
44:48qui sont chères à Shakespeare
44:49et puis on assiste
44:49à la fin
44:50à la première représentation
44:51de la blette.
44:53Oui,
44:53bon,
44:53c'est pas grave
44:54si on raconte...
44:54On a le dialogue,
44:55on a le dialogue
44:56être ou ne pas être
44:58et c'est vraiment,
45:01c'est un très joli livre
45:03qui est dur
45:04parce que la vie
45:06de ce couple
45:07n'a pas été facile,
45:08mais il y a des moments
45:10extrêmement heureux,
45:11merveilleux
45:12et puis le grand artiste est né
45:16et ses pièces sont jouées.
45:18C'est vraiment une...
45:20C'est un très joli réussite
45:24d'une réalisatrice
45:25qui s'appelle Chloé Zéo
45:27qui semble d'Extrême-Orient.
45:31Je ne sais pas
45:31quelle origine elle a
45:33mais c'est vraiment
45:34très, très fin.
45:36Très fin.
45:36Alors, un autre film,
45:39Le chant des forêts,
45:41c'est par le même réalisateur
45:42que La panthère des neiges
45:43et c'est une sorte
45:46de promenade dans la forêt.
45:48Le réalisateur a filmé son père
45:51et son fils
45:52se promenant dans la forêt.
45:54La panthère des neiges
45:55était une très belle réussite,
45:57je crois,
45:58c'était d'après
45:59un texte de Sylvain Tesson
46:02et là, c'est son texte derrière.
46:06Mais voilà.
46:07J'irai voir,
46:08mais il n'est pas encore sorti,
46:09La Grazia,
46:10parce que c'est un film italien
46:11et que les films italiens,
46:13il faut leur accorder
46:14toute leur importance.
46:17Ce n'est pas encore sorti.
46:20Et puis, bon,
46:20il y a sur les écrans,
46:23il y a Nuremberg.
46:24Vous allez voir Nuremberg ?
46:25– Je ne l'y vais pas encore aller.
46:26– Moi, je n'irai pas.
46:29Quand on soulignera en bas
46:31qu'à la fin du film
46:33qu'ils avaient oublié,
46:34le massacre de Katyn,
46:36j'irai,
46:37mais pas avant,
46:38ce n'est pas de mal à veille.
46:38– Est-ce qu'il y a des films
46:39qui racontent des arbres ?
46:41Vous savez,
46:41l'un n'empêche pas l'autre,
46:42bien sûr.
46:42– Non, mais ça,
46:44je veux dire,
46:44on a exactement la même version
46:47depuis dix ans.
46:48Ce n'est pas possible.
46:51Les recherches historiques
46:52ont fait découvrir
46:53d'autres choses.
46:54Donc, il ne faut qu'ils ne peuvent pas répéter
46:57un film qui a déjà 60 ans, 70 ans.
47:05Et puis, alors,
47:06il y a un autre film
47:06qui fait beaucoup de bruit aussi,
47:09d'Olivier Assaya,
47:11c'est Le mage du Kremlin.
47:13Alors, Le mage du Kremlin,
47:15évidemment,
47:15c'est Vladimir Poutine.
47:18C'est un romancier italien,
47:20D'Empoli,
47:21qui a fait ce travail,
47:22ce roman qui a eu,
47:24enfin,
47:24c'est une biographie
47:25qui a eu beaucoup de succès.
47:29Et voilà,
47:30et que je n'ai pas non plus envie
47:31d'aller voir,
47:32parce que j'ai lu un très beau livre
47:34d'Helena Perrou,
47:37qui est une franco-russe,
47:38qui est née en Russie,
47:39qui a vécu en Russie,
47:42et qui a rencontré Vladimir Poutine.
47:46Et elle a écrit un livre,
47:50un homme nommé Poutine,
47:52et c'est aux éditions du Rocher.
47:54Et c'est une biographie très précise,
47:58sans toutes les considérations idéologiques actuelles.
48:02Donc, je vous conseille,
48:04si vous avez envie d'en savoir plus,
48:06de lire cette biographie d'Helena Perrou.
48:08Voilà.
48:10Avant.
48:11Alors, sur Hamlet,
48:12c'est vrai que finalement,
48:13vous avez tout dit,
48:15vous avez dit l'essentiel.
48:16Oui, oui.
48:17C'est vrai que,
48:17comme je dis,
48:18c'est vrai que j'ai raconté la fin,
48:21mais ce n'est pas grave si on...
48:22En gros, la fin,
48:22le fait que ça ne termine pas
48:23la première représentation d'Hamlet,
48:25bien sûr.
48:26Oui, c'est très émouvant,
48:28parce que le film est très, très bien construit.
48:30On ne sait pas où on va.
48:31On ne sait pas où on va.
48:32Il y a un suspense fou.
48:34C'est vrai, c'est vrai.
48:35Et on se dit,
48:36mais quand est-ce qu'on va parler
48:37de sortir de la forêt ?
48:39On peut même regretter
48:41de ne pas le voir assez souvent
48:43avec ses acteurs aussi,
48:45mais on fait découvrir la facette
48:46de cette méconnue de William Shakespeare.
48:49Non, mais la vérité,
48:50j'ai suffisamment analysé
48:52de vie d'artiste et d'écrivain,
48:54c'est qu'un écrivain ou un artiste
48:55n'est pas avec ses enfants
48:57à jouer tous les jours.
48:59Il est accroché à sa table
49:01et il travaille,
49:04ou il voyage,
49:05ou il peint,
49:05il est dehors,
49:06il...
49:07tout est vrai
49:10dans cette œuvre
49:12qui est complètement imaginaire.
49:13Oui, oui,
49:14en un sens,
49:15tout est vrai,
49:15même si c'est forcément romancé,
49:17puisqu'il y a forcément
49:17l'imagination qui...
49:18Alors, vous vouliez nous parler
49:19d'Alexandre Dumas.
49:22Voilà, voilà,
49:23retour en France
49:24avec Alexandre Dumas
49:25et le Comte de Montécristo.
49:26C'est juste une nouveauté.
49:27Tous les ans,
49:28on a un Alexandre Dumas.
49:29Et tous les ans,
49:30on a encore
49:30le Comte de Montécristo.
49:31Eh bien,
49:32cette fois-ci,
49:33cette série télévisée
49:34qui a été diffusée
49:35à la fin de l'année,
49:36à la fin de l'année 2025,
49:38était très, très réussie.
49:40C'est une adaptation fidèle,
49:42vraiment, au roman.
49:43Un très bon casting.
49:45On a alors un certain Sam Claflin,
49:47un acteur britannique
49:48dans le rôle d'Edmond Dantès.
49:49Bon, il est peu connu en France.
49:51Il est très crédible,
49:53aussi bien Dantès,
49:54d'ailleurs, au début,
49:55quand il a une vingtaine d'années
49:55que lorsqu'il sort de prison,
49:58lorsqu'il sort du château d'If.
50:00Il est crédible
50:01dans toutes ses émotions,
50:03sa colère, sa déception,
50:05son désir de vengeance,
50:06ses sentiments comme l'amour aussi.
50:10Très bonne interprétation.
50:11On retrouve vraiment
50:11le Edmond Dantès du roman.
50:13Et c'est valable, d'ailleurs,
50:14pour l'ensemble du casting.
50:15Anna Girardot, une française,
50:17qui joue Mercedes.
50:19Très bonne aussi.
50:21Toute la galerie de personnages
50:23du comte de Montégresso,
50:24je pouvais,
50:24est campée par des comédiens
50:26qui, vraiment,
50:28rentrent dans leurs personnages.
50:31Et ce qui est assez plaisant,
50:32c'est que,
50:33on retrouve vraiment le roman.
50:34C'est très fidèle.
50:36Jusqu'à, je dirais,
50:38peut-être l'avant-dernier épisode.
50:39Dans le dernier épisode,
50:39ils ont fait beaucoup de changements.
50:42Parce que, vous voyez,
50:43le scénario reprend l'histoire
50:46en la simplifiant.
50:47Ce qui est normal,
50:49pour des besoins
50:50de linéarité,
50:52de visibilité.
50:54Ce qui est dommage,
50:54c'est que, dans le dernier épisode,
50:56ils ont voulu,
50:58peut-être,
51:00donner un peu leur propre fin.
51:02Vous voyez,
51:02parce que, pour moi,
51:03dans le roman,
51:03vous voyez,
51:03il y avait un morceau d'anthologie.
51:06C'est la confrontation finale
51:07entre Dantès et Danglard,
51:09près de Rome.
51:12Ces apostrophes de Dantès
51:14à son vieil ennemi,
51:15qui est magnifique,
51:17qu'on aimerait voir au cinéma,
51:19à la télévision ou au théâtre.
51:21On se dit que,
51:22Alexandre Dumas,
51:23il faisait avec ce qu'il avait à l'époque,
51:24en écrivant des romans.
51:25Mais on se dit,
51:26sur la scène d'un théâtre,
51:27ce serait magnifique.
51:28D'ailleurs,
51:29Alexandre Dumas a fait jouer Monté.
51:30On le sait peu,
51:30mais il a fait jouer
51:31le conte de Montécrissot au théâtre.
51:33Je pense que cette scène finale
51:35devait être au théâtre magnifique.
51:37– Très belle, oui.
51:38– C'est une scène finale
51:39parmi les scènes de la fin,
51:41j'entends.
51:42Et on aurait aimé la voir
51:44à la télévision.
51:44Donc, on est un tout petit peu déçu
51:45dans les derniers épisodes
51:46de voir une fin un peu différente.
51:49– Renaud,
51:49vous vouliez nous parler aussi
51:51des bons films
51:53qui ont représenté Shakespeare.
51:54– Ah oui, très bien.
51:55Bon, alors,
51:56laissons…
51:56– Retour en arrière.
51:57– Laissons notre ami Edmond
51:58en tête de côté
51:58et retournons un petit peu
52:00en Angleterre.
52:01Alors oui,
52:01vous savez que Shakespeare
52:03a été un des auteurs
52:05les plus adaptés au cinéma,
52:07avec Alexandre Dumas d'ailleurs,
52:07dès le début du cinéma,
52:11on commençait à s'intéresser
52:13à Shakespeare.
52:13Vous savez,
52:14l'un des premiers cinéastes
52:15qui s'appelait Clément Maurice
52:16qui faisait des petits courts-métrages
52:19de quelques minutes.
52:21En 1902,
52:22il a notamment fait
52:23la balade du duel de Cyrano
52:24avec Coquelin,
52:26le premier Cyrano de Bergerac.
52:28Il a aussi fait,
52:29on le sait moins,
52:31le duel d'Hamlet.
52:32– Oui.
52:32– Donc,
52:33ça dure deux minutes,
52:35je crois.
52:36Oui,
52:36ça dure deux minutes.
52:36on peut le trouver un certain nombre.
52:38On y voit Sarah Bernard
52:39qui joue le rôle d'Hamlet
52:41dans le duel final
52:41où, vous savez,
52:42Hamlet meurt sous les coups
52:44de l'épée empoisonnée.
52:46Et ce qu'on ne voit pas
52:47dans le court-métrage,
52:47c'est bien sûr
52:48quand il va retourner,
52:49évidemment,
52:49l'épée empoisonnée
52:50face à l'infâme roi félon
52:53avec la fameuse réplique
52:55Poison fait ton œuvre.
52:56Et puis après,
52:56bien sûr,
52:56il y aura évidemment
52:57les longs-métrages
52:58qui se transcrivent.
52:59– Et vous disiez
53:00qu'il y avait
53:00un très beau Mel Gibson.
53:02– Exactement.
53:03– Un Hamlet avec Mel Gibson.
53:04– Exactement,
53:05dans la version
53:05de Franco Zéphirelli
53:07parce que tout le monde
53:07a en tête,
53:08quand on parle d'Hamlet,
53:09tout le monde pense
53:09au film de Laurence Olivier
53:10qui est un très bon film
53:12de Réblanc.
53:12– Zéphirelli, évidemment.
53:13– Zéphirelli,
53:14un des plus grands…
53:14– Zéphirelli,
53:15il n'y a plus rien à dire.
53:16– Vous avez très bien dit,
53:18un des plus grands cinéastes
53:19du monde,
53:21on peut dire ça comme ça.
53:22Et effectivement,
53:22avec son Hamlet
53:23qui n'est pas son œuvre
53:24la plus connue,
53:25il a donné à Mel Gibson
53:28peut-être son plus grand rôle.
53:30Mel Gibson est vraiment
53:32époustouflant,
53:33notamment dans la fameuse tirade
53:34du « To be or not to be ».
53:36– Très bien.
53:36– Là, Mel Gibson
53:38est vraiment rentré
53:41dans la peau du personnage Hamlet
53:42comme, je pense,
53:43aucun autre acteur
53:43ne l'avait fait.
53:44– Oui, oui.
53:45– Là, je n'ai pas vu
53:45de version qui soit
53:47au même niveau.
53:47– Bon, c'est bien,
53:48c'est bien, parfait.
53:51Eh bien, on a vite balayé,
53:53ça va passer très vite
53:54avec vous, Renaud.
53:56À très vite.
53:58– À très vite.
53:59– On va voir tous ces…
54:00J'ai oublié de dire
54:00qu'Amnet a eu une récompense
54:03dans la cérémonie
54:04des Golden Globes.
54:06– Exact.
54:07– Golden Globes.
54:08– Les Golden Globes.
54:11– Oui, c'est ça,
54:11les Golden Globes.
54:12– Oui, c'est ça.
54:13– Donc, il a été primé.
54:14– Tout à fait.
54:15– Voilà.
54:16Amnet, merci beaucoup, Renaud.
54:18– Merci beaucoup, Anne.
54:19À bientôt.
54:19– Chers amis, à très vite.
54:20– Sous-titrage Société Radio-Canada
54:35– Sous-titrage Société Radio-Canada
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