00:00Oui ce matin je vous emmène à Sainte-Mort, commune de 1800 habitants et plus de la moitié d'entre eux viennent d'avoir la peau d'un projet de centre pour mineurs délinquants.
00:07Le projet est porté par la protection judiciaire de la jeunesse qui avait trouvé un lieu près d'une zone résidentielle de la ville.
00:13C'est ici que devait être installée une unité judiciaire à priorité éducative.
00:19C'est le nouveau nom en fait des centres éducatifs fermés lancés par Gérald Darmanin.
00:22Un centre donc pour accueillir des jeunes condamnés par la justice, parfois avec des parcours de délinquance particulièrement lourds.
00:28Une perspective qui a provoqué une levée de boucliers de la part des riverains, notamment cette mère de famille citée dans Le Parisien.
00:35J'ai deux filles de 1 et 5 ans, dit-elle, je veux qu'elles grandissent en sécurité.
00:39Je veux pouvoir leur faire faire des tours de vélo ou de trottinettes sans craindre de croiser quelqu'un qui pourrait leur faire du mal.
00:45On saurait lui donner tort, on comprend parfaitement cette inquiétude et elle poursuit d'ailleurs.
00:50Si on a choisi cette ville, c'est pour sa tranquillité et pas pour voir l'insécurité s'installer autour de chez nous.
00:55Ou notre bien immobilier être dévalorisé de moitié.
00:58C'est le fameux NIMBY, not in my backyard en bon français, pas dans mon jardin, formule qui résume l'état d'esprit,
01:05consistant à refuser les solutions à des problèmes quand elles ont un impact sur notre quotidien.
01:10Finalement, les habitants ont donc eu gain de cause.
01:12Vous soulignez une forme de contradiction dans cette histoire.
01:15Je peux tout à fait comprendre l'hostilité de ces riverains.
01:17Personne n'a envie d'avoir demain comme voisin des délinquants notoires, surtout quand on sait que des évasions peuvent y avoir lieu.
01:23Pour autant, on ne peut pas demander à la justice d'être plus ferme face à la violence des jeunes et s'opposer au moindre projet de centre dédié.
01:30Même si tout ça doit d'abord se faire dans le dialogue, on est au cœur d'un paradoxe.
01:34Les Français sont favorables à ces structures fermées, mais pas à côté de chez eux.
01:37C'est la même chose que pour les prisons, en somme.
01:39Il se trouve que pour leur fonctionnement, ces établissements ont besoin d'être auprès des centres-villes.
01:44On ne peut donc pas totalement éloigner ces jeunes de tout signe de vie.
01:48En fait, on est au cœur des enjeux qui vont désormais rythmer l'existence même de notre pays.
01:52Face à l'ensauvagement de la société, la réponse de l'État doit s'adapter.
01:56Elle impose une cohabitation, qu'elle soit subie ou pas.
01:59Parce que ces jeunes, enfermés, ce sont autant de dangers en moins présents dans nos rues.
02:04Mais avant de gagner la confiance de la population, l'État devra faire la démonstration
02:07qu'elle a les capacités de les maintenir durablement enfermés
02:10sans qu'ils ne représentent le moindre danger pour les riverains.
02:14Étant donné la faillite de l'État à assurer la sécurité de nos rues depuis des années,
02:18il faudra sans doute beaucoup de temps et beaucoup de pédagogie aussi pour rassurer les Français.
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