00:00...avec Thomas Hille et votre invité ce matin, Thomas...
00:03Oui, absolument.
00:04Karine Lemarchand, donc j'ai lancé, j'ai lancé.
00:06Et oui, l'animatrice phare d'M6, Karine Lemarchand,
00:08après un documentaire qui retraçait 100 ans d'histoires de familles, de paysans.
00:13Vous produisez, présentez 100 ans d'immigration,
00:16diffusé lundi 21h10 sur M6, un sujet qui, vous le dites d'ailleurs,
00:20en conclusion de ce doc, est devenu un point de scission fondamentale
00:24dans la société française.
00:25C'est ça qui vous a donné envie de vous intéresser à ce sujet ?
00:29En fait, c'est M6 qui m'a passé commande, qui m'a dit
00:31qu'est-ce que tu ferais ?
00:31On n'arrive pas à faire un grand doc sociétal sur l'immigration
00:34sans que ce soit pathos, sans que ce soit...
00:37C'était pas ce qu'ils voulaient.
00:38Ils avaient fait travailler plusieurs sociétés de production
00:40et donc j'ai dit, moi, ce que j'aimerais, c'est reprendre
00:42le format de 100 ans d'histoire, effectivement, famille de paysans
00:45et de le retravailler, c'est-à-dire de faire,
00:47ce qui est vraiment difficile à faire, d'ailleurs,
00:49de faire un mélange à chaque fois de témoignages,
00:51mais aussi de faits historiques et d'archives recolorisées à la main,
00:57de faire un beau film, et humain, et sincère, et touchant,
01:01et qu'on apprenne des choses, mais que ce ne soit pas didactique
01:04comme certains documentaires, avec des cartes, avec des flux...
01:09Voilà, que ce ne soit pas chiant. Merci.
01:11Oui, que ça reste un film sociétal, mais en prime time,
01:16qui puisse parler à tout le monde, où les gens puissent se reconnaître,
01:19et en même temps faire un pas de côté,
01:21pour avoir une autre compréhension de ce qu'on a l'habitude
01:24de voir sur l'immigration aussi.
01:26Et en même temps, alors est-ce que c'est à la demande d'M6
01:28le fait que l'angle soit quand même plutôt globalement positif ?
01:31Non, ça c'est moi qui ai voulu le faire.
01:33Ça c'est vous.
01:33Moi j'ai voulu parler de la vraie immigration,
01:36c'est moi, c'est vous, c'est la plupart des gens
01:40qui, comme 20 millions de Français, ont un grand-père étranger,
01:44et ce sont des gens qui sont Français,
01:46ou qui sont en tout cas totalement intégrés,
01:47qui ont un job, qui se sont fondus en fait dans la France
01:53avec parfois de la reconnaissance, en tout cas de la joie,
01:56et pour qui, même si les racines sont une évidence qu'ils ne nient pas,
02:00se sentent Français et en sont plutôt fiers.
02:02Mais ces gens-là, c'est comme les trains qui arrivent à l'heure,
02:05on n'en parle jamais, on ne parle que des émeutiers,
02:07on ne parle que des gens qui crachent sur le drapeau français.
02:11Il y en a, et il ne faut surtout pas les occulter.
02:13Mais ce n'est pas que ça.
02:14Parce que dans le doc, c'est vrai que beaucoup de vos intervenants,
02:17je pense à André Manoukian, Rachel Kahn, Thomas Sisley,
02:21Boudère, Alexis Michalik, que vous avez réunis,
02:23même le chef Mohamed Chek,
02:24ce sont plutôt des gens qui ont réussi.
02:27Ce sont des exemples de réussite.
02:28Ce sont eux qui représentent la France.
02:29Quand vous dites que je suis parmi les animateurs préférés des Français,
02:34regardez ma tête aussi.
02:36C'est-à-dire que moi, mon père, il vient du Burundi.
02:38Donc, c'est aussi que je me suis fondue dans la France
02:43et que la France me reconnaît aussi en tant qu'animatrice française.
02:46Donc, oui, c'était important de mettre aussi des personnalités,
02:50pas que artistiques, mais aussi intellectuelles.
02:53Parce que, effectivement, Michalik, il a un maximum de Molière chaque année.
02:59C'est un génie du théâtre.
03:01Rachel Kahn, c'est une femme qu'on écoute,
03:03qui est une formidable éditorialiste et auteure de livres aussi.
03:08Enfin, on n'a pas que des stars du foot.
03:10Je ne voulais pas ça, justement.
03:11Mais quand les Karabatis nous racontent qu'à moitié serbe, à moitié croate,
03:16quand ils chantent l'hymne la Marseillaise,
03:20c'est une grande émotion et qu'ils sont hyper fiers de représenter la France,
03:24ils rendent aussi hommage à leurs parents qui ont tout quitté
03:27il n'y a pas si longtemps, en fait,
03:29pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants qui n'étaient pas encore nés.
03:33Il y a une chose, d'ailleurs, qui m'a frappée dans votre doc,
03:34c'est que tous vos intervenants, globalement, disent merci à la France.
03:38Ce qu'on n'entend pas forcément énormément aujourd'hui.
03:41C'est les deux, en fait.
03:42Oui, à leurs parents et à la France.
03:44Et c'est quelque chose qu'on a du mal à entendre, parfois, dans les jeunes générations.
03:47Ça leur est reproché, même souvent, aujourd'hui, de ne pas avoir cette reconnaissance-là.
03:51On voit bien dans ce documentaire qu'en fait, il y a eu des phases.
03:54Il y a eu des flux migratoires, alors dû à la guerre, à la famine, à beaucoup de choses.
04:00Moi, j'ai remonté, j'ai fait 100 ans, donc c'est entre les deux premières guerres.
04:04Et c'était aussi l'époque des colonisations.
04:06On est allé chercher des gens, on les a arrachés à leur terre,
04:11soit pour défendre la France sur le front, qu'on mettait en première ligne.
04:18On les appelait les indigènes.
04:20Ou ensuite, pour reconstruire la France après la Deuxième Guerre mondiale,
04:23on est allé les chercher dans leur village, partout, pour refaire les routes,
04:28pour refaire les voies de train que les Français n'étaient soit pas assez nombreux
04:34pour le faire, ou soit n'avaient pas envie de le faire aussi.
04:36Et donc, ces personnes sont venues, mais au départ, on voulait qu'ils repartent.
04:40C'était pour une petite période donnée.
04:43Et puis, les choses ont changé.
04:44Il y a eu la guerre d'Algérie, etc., avec un million de personnes qui sont venues d'un coup.
04:48Il y a eu aussi des chocs pétroliers en parallèle.
04:51On a commencé à faire des cités.
04:54Et puis, il y a eu le regroupement familial, où là, tout d'un coup, on leur a dit,
04:58mais en fait, ils vont rester.
04:59Et ça, c'est le vrai point de bascule, c'est dans les années 70, quoi.
05:02Bien sûr, bien sûr.
05:03Ils sont restés, et puis ils ont fait venir aussi souvent leurs familles, leurs enfants,
05:08qui ne parlaient pas français, qui n'écrivaient pas,
05:12qui, du coup, n'avaient pas tous les codes pour rentrer dans la société française rapidement.
05:18Et on les a aussi parqués un peu par origine dans les cités.
05:23Donc, c'est le début du communautarisme aussi ?
05:25Exactement. Oui, parce que ça les rassurait de se retrouver, de parler la même langue, etc.
05:31Mais voilà, ils ne s'intégraient pas facilement.
05:33Et puis, les cités, c'était aussi pour les Français,
05:35qu'ils ne se retrouvaient plus parce qu'ils se sentaient envahis, en fait, par des étrangers.
05:39Ça a été très mal géré, en fait, psychologiquement.
05:42Et il y a beaucoup de ces descendants aussi d'immigrés qui insistent,
05:45ça m'a frappé, sur l'exigence de leurs parents,
05:48qui voulaient vraiment qu'ils soient les meilleurs à l'école,
05:50qui voulaient à tout prix qu'ils réussissent.
05:52Est-ce que vous croyez, Karine Lemarchand,
05:53que c'est un peu ce qui manque aussi, aujourd'hui ?
05:56C'est-à-dire ?
05:57Que dans les jeunes générations, justement, il n'y a plus cette exigence-là.
06:01Et c'est peut-être la raison pour laquelle
06:03on a tant de difficultés, aujourd'hui, avec l'immigration.
06:06C'est parce qu'il n'y a plus
06:07cette exigence de réussite.
06:11Alors ça, c'est tous les Français.
06:12Toutes les jeunes générations.
06:13Vous pensez que c'est pour tout le monde.
06:14Toutes les jeunes générations, c'est quand même compliqué
06:16de leur dire qu'ils vont sacrifier leur vie pour le travail.
06:19Ça, ce n'est pas un scoop.
06:20Et puis, la plupart des gens qui posent problème
06:22sont des gens qui sont Français.
06:23Ils sont nés sur le territoire français.
06:25Ils se posent la question du droit du sol ou du droit du sang.
06:28En fait, ça soulève beaucoup de choses.
06:30Ils sont Français, donc voilà.
06:32Et alors, vous parlez dans ce doc de la peur,
06:34du ras-le-bol et de la défiance qui existe
06:36face à l'immigration chez une partie des Français,
06:38aujourd'hui.
06:38Est-ce que vous la comprenez, vous, cette défiance ?
06:41Ou ça vous choque ?
06:42Non, non, non.
06:43Moi, je vais même plus loin.
06:45Moi, je pense que c'est tellement une angoisse chez les gens.
06:47Ça fait partie, vraiment, des grands discours
06:51qui vont avoir un impact sur la prochaine élection présidentielle.
06:54J'en suis certaine.
06:56Moi, je suis pour un référendum sur l'immigration.
06:59Donc, voilà.
06:59Pour demander quoi ?
07:00Pour demander aux Français ce qu'ils veulent.
07:02Vraiment.
07:02Je pense que les Français doivent s'exprimer.
07:07Vous parlez aussi dans ce doc de l'intérêt des prénoms.
07:12Et ça, j'ai trouvé ça aussi intéressant,
07:13parce que ça a fait partie des débats qu'il y a pu avoir
07:15sur la dernière campagne présidentielle aussi.
07:17Vous abordez l'impact des prénoms sur l'avenir des enfants.
07:19Et on se rend compte que c'est une question, en fait,
07:21qui s'est toujours posée.
07:22Toujours.
07:22Mais où la réponse était différente.
07:24C'est-à-dire, à l'époque, on changeait beaucoup de prénoms.
07:26Il y a le cas de l'acteur Gérard Hernandez, par exemple,
07:28qu'on voit dans la scène de ménage.
07:30Par exemple, lui, j'ai appris qu'il s'appelait Rulio.
07:32Mais il a voulu changer de prénom,
07:34et c'était une évidence pour lui.
07:35Il voulait devenir Gérard,
07:36parce qu'il voulait ressembler le plus possible aux autres, en fait.
07:39Mais en fait, à cette époque,
07:42les parents ont tout fait pour que leurs enfants
07:44s'intègrent le plus vite possible.
07:46Donc souvent, ils avaient interdiction
07:48de parler leur langue d'origine à la maison.
07:50On cuisinait français.
07:51On leur donnait des prénoms français.
07:52Parce que les parents savaient
07:54qu'il y avait aussi un racisme quand même latent
07:58pour les derniers flux migratoires.
08:01C'est-à-dire que quand les Espagnols sont venus,
08:02c'était les Espangouins.
08:03Quand les Italiens sont venus,
08:05les Ritales aussi, ils n'étaient pas.
08:07Et en fait, à chaque flux migratoire,
08:08on déteste les nouveaux arrivants.
08:10Et puis au fur et à mesure qu'ils s'intègrent dans la société,
08:12en fait, on passe au suivant.
08:13Mais donc, pour aider leurs enfants à s'intégrer,
08:16on leur disait...
08:17C'est comme quand on attachait la main gauche
08:19des enfants qui étaient gauchers.
08:20On leur disait, voilà, maintenant,
08:22tu vas être français presque de force.
08:23Effectivement, après,
08:25il y a eu les revendications communautaristes,
08:27il y a eu l'émergence du rap.
08:29Les Etats-Unis ont beaucoup apporté aussi
08:32cette idée de communautarisme en France.
08:35Et là, il y a eu des revendications
08:36des deuxièmes générations sur leurs origines.
08:39Et on voit bien qu'aujourd'hui,
08:40mais ma fille en est l'exemple aussi,
08:42moi je me suis vraiment gratté la tête
08:43pour que ma fille ait un prénom à la fois œcuménique,
08:46mais aussi qui fasse référence à nos deux racines,
08:48c'est-à-dire à la fois juive,
08:49à la fois swahili.
08:50Donc, Alia, ma fille s'appelle Alia,
08:54qui a deux origines,
08:55mais vraiment, ça a été compliqué,
08:56mais c'était important pour moi
08:57que finalement, je n'oublie pas d'où je venais.
09:03Et ça, je suis finalement,
09:05je m'en rends compte avec le documentaire,
09:06très typique de ma génération.
09:08On redonne un prénom qui fait référence à nos origines.
09:12Mais parce qu'aujourd'hui,
09:12on peut aussi plus revendiquer nos origines.
09:15Et puis parce qu'on est français,
09:16donc quelque part,
09:17on n'a plus remettre en cause
09:18notre retour possible au pays.
09:21Et d'ailleurs, pour nourrir ce doc,
09:22Karine, vous êtes allée faire une analyse,
09:24même un test ADN,
09:26pour voir quelles étaient à vous vos origines.
09:28Et on le découvre dans le doc.
09:30Ça vous a même permis de faire une belle découverte,
09:31mais je laisserai aux auditeurs
09:33le soin de le voir dans ce doc.
09:35Les nouveaux Français 100 ans d'immigration,
09:37c'est-à-dire lundi 21h10 sur M6.
09:40Je vous garde encore un petit peu avec moi,
09:41Karine Lemarchand.
09:42Il faut quand même que je vous parle un peu d'amour.
09:44Tout ça, c'est une histoire d'amour, de toute façon.
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