00:00Générique
00:30Oui, bonjour à tous, je suis Alain Bizeau, je ne suis pas un ancien scientifique, je suis toujours scientifique, mais ancien de l'IFREMER, donc retraité depuis deux ans.
00:44J'ai travaillé pendant 40 ans à l'IFREMER et beaucoup sur les évaluations des ressources halieutiques sur les côtes françaises, mais aussi au niveau de l'ensemble de l'Atlantique nord-est.
00:58Et je suis toujours membre du comité d'avis du Conseil scientifique international pour l'exploration de la mer, qui est une organisation intergouvernementale qui fait des diagnostics sur l'ensemble des écosystèmes de l'Atlantique nord-est et qui formule des recommandations pour une gestion la plus durable possible de ces écosystèmes,
01:19notamment des ressources halieutiques dont je vais parler là. Alors on m'a demandé de faire un point sur les dernières informations issues du rapport de l'AFAO,
01:33donc l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, qui a été rendu public avant l'UNOC de Nice, donc avant juin.
01:42Il faut savoir que l'AFAO fait tous les deux ans un panorama de l'ensemble des problématiques liées aux ressources aquatiques dans le monde,
01:51et que pour l'UNOC, elle avait entrepris une révision à la fois de la méthodologie avec laquelle les diagnostics sont réalisés,
02:01et de la couverture, donc il y a eu une très forte augmentation du nombre d'espèces, du nombre de populations qui ont été prises en compte dans cette nouvelle évaluation,
02:14qui, au bout du compte, ne changent pas vraiment les tendances, et on va le voir tout de suite.
02:20Alors je commence par cette diapositive qui me paraît importante à avoir en tête.
02:25Regardez la courbe rouge qui indique la consommation, le kilo de poissons consommés par chaque habitant annuellement,
02:34et on voit une très forte augmentation de cette consommation annuelle, puisqu'on est passé de 9 kilos environ dans les années 60 à plus de 20 kilos aujourd'hui.
02:48Donc une très forte augmentation.
02:50Et vous voyez que s'il y a des courbes bleues qui montrent les captures au niveau mondial d'espèces aquatiques,
02:58ont beaucoup augmenté entre les années 50 et les débuts des années 80, au milieu des années 80.
03:06Il y a eu une très forte, enfin une très évidente stagnation, ou en tout cas stabilisation, d'espèces aquatiques,
03:13et que donc cette augmentation de la consommation individuelle, qui est aussi confortée, j'allais dire, par l'augmentation de la population,
03:20elle n'a été possible que grâce au développement de l'aquaculture,
03:24qui aujourd'hui, c'est à peu près la moitié des produits aquatiques consommés dans le monde.
03:34Alors au niveau des diagnostics, j'ai repris la dernière courbe, les courbes du rapport de 2025,
03:40et vous voyez que, alors c'est en anglais, mais c'est pas très grave,
03:43la partie orange, c'est la partie non durable, et tout ce qui est bleu, c'est la partie viable,
03:48enfin en tout cas c'est le vocabulaire que la FAO utilise maintenant en français, c'est viable et non viable.
03:55La durabilité, on verra un peu plus tard, ça englobe des choses plus larges.
04:00Alors on voit deux choses sur ce graphique, la première c'est que la part du orange,
04:05donc la part des poissons exploités de manière non viable, a tendance à augmenter, légèrement, au fil du temps,
04:13mais que, alors c'est une façon de voir les choses, l'autre façon c'est de dire qu'il y a quand même encore
04:18plus des deux tiers des poissons dans le monde qui sont exploités de manière biologiquement viable.
04:27Donc on peut voir le verre à moitié plat en disant que la situation se dégrade,
04:30mais on peut dire aussi que c'est pas si catastrophique que ça,
04:32puisqu'il y a encore les deux tiers qui sont exploités de manière viable,
04:38et ces deux tiers, donc ça c'est en nombre de populations,
04:41et si on regarde en volume, la FAO dit que c'est, alors je n'ai pas les chiffres exactement là,
04:46mais c'est autour des trois quarts des débarquements au niveau mondial
04:51qui sont issus d'espèces viables.
04:54Donc tout n'est pas parfait, mais il ne faut pas non plus faire du catastrophisme trop aigu.
05:03La situation n'est pas parfaite, mais elle n'est pas non plus catastrophique.
05:08Donc la FAO dit effectivement que cette dégradation, c'est quand même un souci,
05:15mais ce qui est important, me semble-t-il, et moi je vois plutôt le verre à moitié plein,
05:21c'est de dire, ce qui est en rouge, que dans certaines parties du monde,
05:25et on va le voir sur la carte qui vient, la situation s'est améliorée,
05:30en tout cas est plutôt bonne, et cette situation plutôt bonne des ressources,
05:37elle est la conséquence d'une gestion effective, efficace des pêcheries,
05:45qui donc renforce cette durabilité.
05:49Donc vous voyez là, effectivement, par morceaux d'océan,
05:54la part en bleu des populations exploitées de manière viable,
05:58et en orange toujours les non-viables,
06:01et vous voyez que dans certaines parties du monde,
06:04la situation n'est pas du tout bonne.
06:08C'est notamment le cas dans l'océan Pacifique,
06:11en tout cas dans la mer de Chine, etc.
06:15Et en Méditerranée.
06:19Par contre, vous voyez que dans l'Atlantique nord-est,
06:21on est à peu près à 76%,
06:23enfin les trois quarts des populations qui sont exploitées de manière viable,
06:29et dans le Pacifique, la situation est encore meilleure,
06:33Pacifique nord et Pacifique sud.
06:37Donc une grande disparité de la situation au niveau mondial.
06:41Alors, je dépasse un peu ce qu'on m'avait demandé,
06:45puisque c'était juste la partie FAO,
06:47mais je ne peux pas m'empêcher de vous montrer le bilan qu'on a fait au niveau français.
06:52J'avais déjà eu l'occasion de le faire,
06:54peut-être pas l'année dernière, mais il y a deux ans ici,
06:56mais pour vous, les jeunes, c'est important,
06:59de savoir que ce bilan maintenant est fait depuis cinq ou six ans.
07:03Et donc, on regarde, on prend chaque poisson débarqué en France hexagonale,
07:10et on regarde d'où il vient,
07:13donc à quelle population il appartient,
07:16et quel est son statut, son état,
07:19par rapport à deux points de référence
07:21qui conditionnent ce qu'on peut appeler une pêche viable ou non viable,
07:25qui sont le niveau de mortalité par pêche et le niveau de biomèche.
07:29Donc, vous voyez, il y a des petits carrés, des petits morceaux de camembert,
07:33qui ne sont pas tout fait les mêmes couleurs que la FAO,
07:36mais bon, quand c'est rouge, ce n'est pas très bon,
07:38quand c'est noir, ce n'est pas bon du tout,
07:40et quand c'est jaune ou vert, c'est plutôt bon.
07:43Et donc, on a pris l'ensemble des débarquements français depuis 2000,
07:48et on a donc, comme j'ai dit,
07:50mis chaque poisson dans une petite case avec des couleurs,
07:53et voilà ce que ça donne.
07:55Regardez 2000 et 2023,
07:57qui est la dernière année pour laquelle on a fait cette évaluation,
08:01et vous voyez que la partie verte,
08:04qui était très faible en 2000,
08:06puisque c'était à peu près 13%,
08:07est maintenant rendue à 46,
08:10donc des populations là qui sont considérées en bon état,
08:15à la fois au niveau de la mortalité par pêche et de la biomasse.
08:18Et si on regarde,
08:19si on ajoute à cette partie verte la partie jaune,
08:22qui sont des poissons,
08:24enfin des populations que l'on considère reconstituables,
08:26c'est-à-dire avec des niveaux de biomasse qui ne sont pas excellents,
08:30mais pour lesquels on n'est pas en situation de surpêche,
08:33on voit vraiment une...
08:35voilà, on est à 58% aujourd'hui,
08:38alors qu'on était à 19% en 2000.
08:41Donc encore une fois,
08:42le diagnostic que l'AFAO fait sur l'Atlantique Nord-Est,
08:46on le retrouve à peu près ici.
08:49Alors ça, ce sont des volumes.
08:51Si on regarde en nombre d'espèces,
08:54alors évidemment, quand on prend des volumes,
08:55on peut aussi prendre des poissons pour lesquels,
08:57des débarquements de population,
08:59pour lesquels on n'a pas cette information sur l'état des ressources.
09:02Quand on regarde en nombre,
09:04on est obligé de regarder celles pour lesquelles on a des informations.
09:09Et vous voyez que les courbes sont à peu près similaires
09:13à une très forte diminution du nombre de populations surpêchées
09:18et une très forte augmentation de celles qui ne le sont pas.
09:21Ce qu'on a fait au niveau de l'IFREMER depuis maintenant quelques années,
09:27la Commission européenne le fait au niveau des eaux sous juridiction européenne.
09:33Et les constats sont exactement les mêmes,
09:35avec une diminution de la pression de pêche
09:39et une amélioration de la biomasse.
09:43Bon, avec des chiffres dont je passe.
09:46Et alors, j'ai parlé tout à l'heure du vocabulaire utilisé,
09:51par exemple, par la FAO,
09:53qui parle maintenant de populations biologiquement viables
09:57ou de populations biologiquement non viables.
10:01Le terme durable n'est plus utilisé par la FAO,
10:05au moins à ce niveau-là,
10:07parce que la pêche durable, ça comporte,
10:10enfin, ça devrait prendre en compte
10:12non seulement l'état des populations exploitées,
10:15mais également tout ce qui concerne les impacts sur les habitats
10:20et également sur les espèces sensibles.
10:23Donc, si la situation des populations exploitées s'améliore grandement,
10:28il reste encore des progrès à faire sur les habitats
10:31et sur les espèces sensibles,
10:33même si de très grands progrès ont été réalisés,
10:36notamment en collaboration avec les pêcheurs,
10:40enfin, d'abord, souvent à l'initiative des pêcheurs,
10:43et les scientifiques ont essayé d'accompagner ces améliorations.
10:50Et enfin, je n'ai pas pu m'empêcher de reprendre
10:52quelques grands titres que vous avez pu voir dans les médias
10:57et souvent largement repris,
11:00comme quoi arrêter de manger du poisson,
11:03ça pourrait suffire à sauver les océans.
11:04Alors, j'en ai passé des encore plus percutants,
11:10mais je trouvais que ceux-là étaient pas mal, déjà.
11:13Et en fait, je vais vous mettre ça en pendant
11:18avec quelque chose que le muséum a dit il y a quelques années,
11:23que les activités en mer, dont la pêche,
11:26n'arrivent qu'en troisième position
11:28par rapport aux facteurs qui affectent les écosystèmes marins.
11:30Le premier, c'est le changement climatique.
11:33Et le deuxième, c'est tout ce qui concerne les polluants et les déchets.
11:37Et ça, c'est ce que Wilfried a dit au niveau des plastiques.
11:41C'est vrai aussi.
11:42On a peu parlé tout à l'heure du changement climatique,
11:45mais c'est quelque chose que l'on mesure tous les jours
11:47avec des changements des zones de répartition des espèces,
11:53des espèces qu'on ne trouvait pas sur nos côtes
11:55et qu'on commence à voir de manière assez fréquente aujourd'hui,
11:58des espèces dites invasives, comme le crabe bleu ou le poisson mignon.
12:04Enfin, des choses qui sont liées directement au changement climatique.
12:08Et je ne parle pas des impacts que ça peut avoir sur...
12:11Alors, ce n'est pas ma spécialité, mais Pierre est là.
12:14Changement climatique et pollution sur le plancton,
12:18qui est évidemment la base de toute la chale alimentaire dans les océans.
12:21Et les slogans qui mettent la pêche comme seul facteur en accusation
12:26par rapport à la santé des océans, je pense qu'il faudrait arriver
12:29à remettre les choses en perspective et bien mettre les vraies priorités,
12:33même s'il a de la pêche, effectivement, à sa responsabilité,
12:36mais de mettre le chemin climatique et les pollutions au centre des débats.
12:42Parce que la bonne santé des ressources, ça dépend de la qualité des écosystèmes.
12:47Voilà, j'ai été très bref, mais je suis prêt à répondre
12:49à toutes les questions que vous souhaitez me poser.
12:53Je me demandais, vous n'avez pas abordé le sujet de la taille des poissons
12:57et la diminution de la biomasse, en fait, sur...
13:00On constate quand même une diminution de la taille de chaque poisson par espèce,
13:04notamment des sardines qui ont moins de nourriture.
13:06Est-ce que ça, c'est quelque chose dans votre évaluation des stocks
13:08qui rentre en compte ou c'est juste par poisson que vous calculez ce facteur-là ?
13:15Voilà, je ne sais pas, peut-être si cette question est un peu à ce sujet.
13:18Les graphiques que je vous ai montrés, en tout cas ceux que l'on a fait à l'Ifremer,
13:23c'est effectivement en proie totale.
13:27Et effectivement, je parlais du chemin climatique de pollution,
13:29je parlais du plancton, mais la diminution de taille
13:32pour un âge donné de certaines espèces,
13:35et notamment la sardine en Méditerranée,
13:36mais également dans le golfe de Cascogne.
13:39Et là, je parle sous le contrôle de Pierre,
13:41qui pourra compléter et me corriger.
13:44C'est effectivement lié à des modifications de la composition du plancton.
13:48Alors, lié au changement climatique et ou à la pollution,
13:53les deux étant généralement s'aggravant l'un l'autre.
13:58Et effectivement, le nombre de sardines n'a pas vraiment diminué,
14:05mais par contre, leur poids, donc la biomasse totale des sardines,
14:08a tendance à beaucoup diminuer, elle.
14:12Alors, la diminution des tailles des poissons,
14:14c'est aussi un impact direct des prélèvements qui sont faits,
14:18de la pêche.
14:19Quand on a une population vierge,
14:22on a une taille moyenne dans la population qui est relativement élevée,
14:25et dès qu'on prélève, effectivement,
14:27comme on a plutôt tendance à prélever les gros,
14:30et bien la taille moyenne diminue.
14:31Donc ça, c'est quelque chose d'absolument mathématique.
14:36Ce n'est pas forcément un critère,
14:38alors ça peut le devenir,
14:40un critère alarmant,
14:41à la différence de la diminution des tailles de sardines,
14:44qui là est vraiment quelque chose,
14:46nous semble-t-il, très alarmant.
14:47C'est tout.
14:48Applaudissements
14:50Merci.
15:20Merci.