- il y a 8 heures
Fabrice André, directeur de la recherche de Gustave Roussy, oncologue spécialiste du cancer du sein, professeur à l’université Paris-Saclay et Karin Tarte, cheffe du service d'immunologie au CHU de Rennes, présidente du Comité d’orientation de la recherche (COR) de la Fondation ARC sont nos invités. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-04-fevrier-2026-9863239
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00:00France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale.
00:06C'est la première cause de mortalité en France.
00:09430 000 cas de cancer dépistés chaque année.
00:13Une maladie dans le quotidien des Français qui fait toujours peur
00:17malgré les immenses progrès de la recherche et des traitements médicaux.
00:21Pour en parler, en cette journée mondiale de lutte contre le cancer,
00:25nous avons deux invités, Benjamin Duhamel, dans ce grand entretien.
00:28Bonjour Karine Tarte.
00:29Bonjour.
00:30Merci d'être avec nous ce matin.
00:31Vous dirigez le service d'immunologie du CHU de Rennes.
00:35Avec nous également Fabrice André.
00:36Bonjour.
00:37Merci d'être avec nous.
00:38Vous êtes oncologue, directeur de la recherche de l'Institut Gustave Roussy,
00:41à Villejuif, spécialiste du cancer du sein.
00:43Et n'hésitez pas chers auditeurs à nous appeler au 01 45 24 7000
00:47et sur l'appli Radio France.
00:49On va commencer par ce constat avec plus de 400 000 cas diagnostiqués chaque année.
00:54La France est le pays avec le plus grand nombre de cancers par habitant.
00:58Comment ? Est-ce que vous l'expliquez l'un et l'autre ?
01:01Est-ce qu'on diagnostique davantage que les autres ?
01:05Ou est-ce qu'on a plus de cancers qu'ailleurs en France ?
01:08Merci pour ce rappel.
01:10Donc effectivement, vous l'avez mentionné, plus de 400 000 patients diagnostiqués de
01:17cancers en redisant quels sont les principaux cancers.
01:21Cancer du sein chez les femmes, prostate chez les hommes, cancer du poumon, cancer du côlon.
01:27Il faut rappeler qu'entre 40 et 50% des cancers sont évitables, on va dire, avec,
01:33on le rappellera toujours, mais jamais assez, 20% liés au tabac.
01:39Donc c'est quand même un poids énorme.
01:42Et ensuite, l'alcool comme facteur de risque et d'autres qu'on pourrait avoir par la suite.
01:46Donc, par ailleurs, en France, il faut le souligner, il n'y a pas assez d'adhérence au programme de dépistage.
01:52On va en parler.
01:53Mais pourquoi ? Vous pensez qu'on a plus de cancers en France qu'ailleurs ?
01:56Alors, aujourd'hui, c'est ce que disent les chiffres, il y a plus de patients diagnostiqués de cancers par an en France,
02:05rapportés à la population et à l'âge.
02:09Karine Tarte, sur ce constat, est-ce que c'est qu'on diagnostique davantage compte tenu de la qualité du service de soins ?
02:14Est-ce qu'il y a des causes, peut-être, propres à la France ?
02:19Alors, on diagnostique sans doute bien en France, mais pas nécessairement mieux que dans d'autres pays
02:23avec un niveau économique identique au nôtre.
02:25Par contre, Fabrice l'a très bien rappelé, on fume plus en France que ce qu'on fume en moyenne dans les autres pays de l'OCDE.
02:31On a également ce type de problématique avec l'alcool.
02:35Et ça, ce sont vraiment des choses sur lesquelles on peut agir à l'échelle individuelle et collective.
02:39Donc, c'est lié à nos modes de vie ?
02:41En partie.
02:42Pour autant, les traitements progressent.
02:45Vous êtes là pour en parler parce que vous êtes aux premières loges des avancées de la recherche.
02:49Est-ce que vous diriez l'un et l'autre qu'on n'a jamais aussi bien pris en charge les patients atteints de cancer qu'aujourd'hui ?
02:56Fabrice André.
02:57Alors, il y a des progrès qui ont été faits.
03:00Je pense quand même qu'il faut le dire.
03:04On a avancé.
03:05La mortalité par cancer a diminué.
03:08Pour autant, on est très très loin de l'objectif.
03:11Si je prends par exemple la mortalité par cancer chez les hommes, désolé, du coup c'est le chiffre que j'ai en tête là,
03:17elle était de 130, elle passe à 110.
03:18Donc, il y a une tendance pour 100 000 personnes.
03:23Mais ce que je veux dire, c'est que quand on passe de 130 à 110, il y a une tendance positive.
03:29On est très très très très loin du but.
03:31Donc, il ne faut pas laisser penser aux auditeurs que c'est un problème qui est réglé.
03:35Karine Tartan, en préparant cette émission, vous preniez l'exemple du cancer du pancréas
03:40qui, aujourd'hui, est beaucoup mieux soigné qu'il ne l'était il y a encore quelques années,
03:47avec des progrès qui ont été faits.
03:50Ça, c'est un des cancers qui montre les avancées scientifiques, médicales de ces dernières années ?
03:56Alors, c'est d'autant plus vrai que c'est un cancer qui est extrêmement sévère,
03:59avec un pronostic extrêmement réservé.
04:01Donc, ça fait partie des cancers sur lesquels il y a une action très forte qui est menée pour améliorer cette prise en charge.
04:08Il y a un rôle important du diagnostic.
04:09L'un des problèmes du cancer du pancréas, c'est que c'est un cancer qui est souvent un diagnostic qui est tard.
04:14Et on sait qu'un diagnostic très précoce, ça fait partie des éléments quand même qui restent majeurs
04:18dans la prise en charge du cancer.
04:20Mais aujourd'hui, il y a effectivement, dans ce cancer, comme dans d'autres,
04:23le mélanome, le cancer du poumon ou d'autres cancers,
04:26énormément de recherches qui sont faites sur des nouvelles pistes
04:29dont on pense qu'elles vont améliorer la prise en charge,
04:32parce qu'elles sont complètement innovantes.
04:34Je pense à la vaccination, je pense à d'autres stratégies thérapeutiques qui ne sont pas encore aujourd'hui.
04:37Alors, on va parler de tout ça, mais il faut qu'on explique et qu'on comprenne
04:43pourquoi est-ce qu'on est aussi à la traîne sur la question des dépistages.
04:49On a pourtant des programmes de dépistage pour les cancers du sein,
04:53les cancers du col de l'utérus, les cancers colorectaux,
04:56mais les gens, enfin nous tous, on n'y va pas, on ne les fait pas.
05:03C'est un geste simple qui pourrait changer le pronostic de la gestion de ces maladies.
05:08Aujourd'hui, c'est moins d'une femme sur deux qui suit le programme de dépistage du cancer du sein.
05:14Le cancer colorectal, c'est encore pire.
05:16C'est un sur trois.
05:16Alors qu'on fait ça chez soi.
05:20Alors qu'on fait ça chez soi et que c'est simple.
05:22Donc, il y a une peur.
05:23Le cancer, ça fait peur.
05:25On se dit, si je fais un dépistage, qu'est-ce qui va se passer ?
05:27Et on en parle sans doute quand même insuffisamment.
05:31Malgré les campagnes gouvernementales.
05:34Mais en fait, le pourquoi, c'est une question de recherche.
05:37Vous voyez ce que je veux dire ?
05:37C'est de la recherche en sciences humaines et sociales.
05:39Je veux dire, pourquoi ?
05:40Etudions.
05:41Il y a des chercheurs en sciences humaines et sociales qui étudient pourquoi des personnes n'ont pas au dépistage.
05:46Alors, il y a quelques différences selon les régions, les départements.
05:50Peut-être des départements plus défavorisés ont moins accès au dépistage.
05:54Il y a des questions d'éducation.
05:56C'est très important.
05:57L'éducation de la santé en général.
06:00A quel âge on doit la faire ?
06:01Ça, c'est des vraies questions de recherche en sciences humaines et sociales.
06:04Il y a un cancer qui est extrêmement meurtrier.
06:06C'est le cancer du poumon.
06:07Et ce matin, la ministre de la Santé dit qu'elle veut un dépistage généralisé de ce cancer du poumon d'ici 2030.
06:16De quoi s'agit-il ?
06:17Alors, le cancer du poumon, c'est une tumeur qui prend naissance dans le poumon.
06:21Il y a des études cliniques qui montrent que si vous faites un certain type de scanner,
06:25en gros, un certain type d'imagerie du poumon,
06:28vous pouvez détecter des nodules quand ils sont tout petits.
06:29et on sait, et ça, c'est vraiment le socle de la cancérologie,
06:33plus un cancer est détecté précocement,
06:36moins il est difficile à guérir.
06:39Donc ça, il y a des études comparatives qui disent
06:42que si on fait des scanners à faible dose,
06:44on détecte précocement et on réduit la mortalité.
06:48Donc là, on est dans la mise en œuvre de données de la science qui montrent ça.
06:52Et donc, il s'agit de tester les gros fumeurs de 50 à 74 ans, c'est ça ?
06:58Exactement.
06:59Ceux qui ont fumé longtemps, l'équivalent d'un paquet par jour.
07:01Voilà.
07:02Puisqu'on l'a dit au départ, le tabac, c'est le facteur de risque principal du cancer du poumon.
07:08Au standard, nous avons Chantal.
07:11Bonjour Chantal.
07:13D'accord.
07:14Bonjour.
07:15Vous êtes avec nous ce matin.
07:17Dites-nous, je viens de perdre votre fiche,
07:19donc je n'ai pas la raison précise de votre appel.
07:22Allez-y Chantal.
07:24Oui, j'ai eu un cancer du sein.
07:26J'ai été très bien suivie à Curie, très bien traitée, effectivement.
07:30Pendant 5 ans, j'ai été suivie.
07:33Et puis, au bout de 5 ans, plus rien.
07:36Enfin, la dernière consultation, vous êtes guérie.
07:39Oui, mais on sait que le cancer peut revenir.
07:42Et pendant un moment, ça a été, j'étais contente.
07:45Et au bout d'un moment, je me suis sentie abandonnée.
07:48Je me suis dit, plus rien, plus de nouvelles, plus de questions.
07:52Est-ce qu'il ne pourrait pas exister un suivi, une fois par an, une consultation ?
07:58Comment vous allez ?
07:59Parce que je pense que ça nous ferait du bien.
08:04Merci beaucoup.
08:04Merci Chantal pour votre question.
08:06Fabrice André sur ce témoignage.
08:09Et le besoin aussi dans l'après-cancer, dans des cas de rémission,
08:14d'avoir un suivi régulier qui permet de ne pas la laisser seule,
08:18comme le dit notre auditrice.
08:20D'abord, comme le dit l'auditrice Chantal, d'abord, on va la rassurer.
08:24Elle est suivie dans un excellent centre.
08:26Et si la décision a été prise, elle est complètement alignée avec les règles de la médecine.
08:30Même si parfois, ça peut paraître difficile.
08:32Donc les patients nous disent, oh, c'est difficile.
08:34J'ai été très bien pris en charge, j'avais plein de médecins autour de moi.
08:37Du jour au lendemain, plus rien.
08:39Donc le témoignage de Chantal, c'est un témoignage qui est commun.
08:41Et c'est ce qui est recommandé actuellement.
08:45Donc aujourd'hui, on travaille sur comment mieux accompagner les patients après le diagnostic.
08:51Et donc là, il y a deux pistes.
08:53Première piste, peut-être avoir d'autres professionnels de santé
08:56qui s'investissent dans cette phase de la maladie.
08:59Peut-être les médecins généralistes, certains collègues cancérologues.
09:04Le deuxième élément, et là, ça n'a pas rassuré Chantal et j'en suis désolé,
09:07c'est aussi de plus en plus les outils digitaux.
09:10Donc la médecine digitale, l'IA, comme support, en tout cas,
09:14comme premier filtre des symptômes pour les patients.
09:17En tout cas, ce que dit Chantal, elle a raison.
09:18Il faut qu'on s'améliore sur la prise en charge de la préconcière.
09:21Mais à contrario, on la rassure.
09:23Ce qu'elle reçoit actuellement comme prise en charge est tout à fait aligné avec ce qui est recommandé.
09:27Alors l'IA, justement, il faut qu'on en parle.
09:30Est-ce que c'est en train vraiment de changer la donne dans vos pratiques de recherche à tous les deux,
09:35dans la question des dépistages ?
09:37Qu'est-ce que vous avez envie de dire sur cette émergence de l'IA dans la médecine et dans la recherche, Karine Tarte ?
09:42Je pense que ce qu'il faut dire déjà, c'est que l'IA, c'est une réalité aujourd'hui.
09:46Ce n'est pas que le futur.
09:48C'est utilisé de façon très large, notamment pour le dépistage et le diagnostic des cancers,
09:54notamment pour les analyses d'images.
09:55On fait soit des analyses d'images radiologiques,
09:59soit des analyses d'images du tissu lui-même, ce qu'on appelle des biopsies.
10:03Et dans les deux cas, l'IA est une aide.
10:05Ça ne remplace pas la spécificité, la compétence des personnes qui font ces analyses d'images,
10:10mais c'est une aide pour voir des choses qu'on ne sait pas voir, nous, en regardant directement les lames.
10:15Donc ça, c'est une réalité aujourd'hui.
10:17Tous les patients, ils ne le savent pas forcément,
10:19mais qui sont pris en charge pour des cancers,
10:22vont avoir à un moment ou un autre de leur parcours,
10:24une aide de l'IA vis-à-vis des personnes qui les prennent en charge.
10:27Et puis bien sûr, c'est beaucoup d'ouverture pour la suite,
10:29en termes de pronostics, de meilleurs suivis,
10:32et en recherche d'identification de nouvelles cibles et de nouvelles molécules pour traiter le cancer.
10:37Fabrice André, c'est vrai que dans le cadre de la santé,
10:40on met parfois un peu l'intelligence artificielle à toutes les sauces,
10:42en pensant que ça va tout révolutionner.
10:43Vous, par exemple, à Gustave Roussy,
10:45vous avez lancé un plan d'investissement à hauteur de 5 millions d'euros.
10:47Là encore, très concrètement, dans votre travail du quotidien,
10:51auprès des patients, sur le dépistage, sur les traitements,
10:56est-ce que vous pouvez nous donner des exemples concrets
10:57de ce à quoi pourrait servir l'intelligence artificielle ?
10:59Bien sûr, donc l'intelligence artificielle, on va dire qu'il y a trois impacts.
11:04Premièrement, ce qu'on appelle automatisation.
11:06C'est en fait, réaliser des tâches qu'une machine peut faire.
11:11Donc, comme le disait Karine précédemment,
11:13identifier sur des radios les zones que le radiologue doit précisément voir.
11:18Ça fait économiser quelques minutes au radiologue.
11:21Mieux préciser les contours de l'organe à irradié quand on fait la radiothérapie.
11:25Ça, c'est du quotidien.
11:27Donc, il y a automatisation.
11:28Deuxièmement, c'est amélioration des performances.
11:31Aujourd'hui, il y a des tests qui commencent à sortir,
11:33par exemple, de prédiction des rechutes,
11:35qui, peut-être, sont plus performants que ce qu'on avait avant.
11:40Troisième application, et là, c'est le NEC plus ultra,
11:43on n'y est pas encore.
11:44Donc, il ne faut pas laisser penser aux auditeurs qu'on y est,
11:46mais on y va petit à petit.
11:48C'est, on va dire, l'analyse de l'ensemble des informations du patient pour aider à la décision.
11:56Donc là, vous rentrez toutes les informations du patient ou de la patiente dans une sorte de patient virtuel.
12:01Et l'IA va chercher dans toute la connaissance existante,
12:05quel serait le meilleur traitement et prémergeable pour ce ou cette patiente.
12:08Donc voilà, c'est les trois niveaux d'IA,
12:09mais comme dit Karine, on y est déjà.
12:11Ce n'est pas quelque chose qui est de l'assez concret.
12:13C'est concret pour la partie automatisation.
12:16Pour les deux autres parties, c'est encore du développement.
12:18Alors, il faut évidemment qu'on parle des nouveaux traitements.
12:21Fabrice André, vous dites les armes modernes qui tuent le cancer,
12:24pour parler de ces nouveaux traitements.
12:28Commençons par les thérapies cellulaires, par exemple.
12:31Qui peut nous en parler ?
12:33Je peux en parler parce que ça s'est beaucoup développé,
12:36notamment en hémato-oncologie, sur les cancers du sang, les lymphomes, les leucémies.
12:40Donc ça, ça a été une évolution de l'immunothérapie.
12:42Ça fait maintenant plus d'une vingtaine d'années qu'on sait qu'en manipulant le système immunitaire,
12:46on va pouvoir favoriser le traitement du cancer.
12:50Et puis, on sait aussi que ces cellules immunitaires,
12:52elles ne sont pas efficaces chez le malade,
12:54sinon le cancer sans doute serait contrôlé.
12:56Et donc l'idée, ça a été de prendre des cellules lymphocytaires du patient,
13:01des cellules immunitaires saines, dans son sang,
13:03et de les modifier pour les rendre capables de reconnaître et de détruire la tumeur.
13:07Donc on les adresse comme des petits missiles vers la tumeur,
13:10ce qu'on appelle les car-ticelles.
13:12Et ça, c'est vraiment quelque chose qui, aujourd'hui,
13:14a révolutionné la prise en charge des patients en hématologie.
13:17L'avenir, c'est de pouvoir utiliser ces stratégies ou des stratégies proches.
13:21Aujourd'hui, on va être capable, dès aujourd'hui d'ailleurs,
13:23mais encore plus demain, de faire ces cellules in vivo,
13:26chez le malade, vers des tumeurs solides.
13:28Ce qu'il faut dire, c'est qu'il y a vraiment une personnalisation de plus en plus des traitements.
13:32Chaque malade a son traitement.
13:34C'est un traitement de thérapie cellulaire par patient.
13:38Ce qui explique également le coût de ces thérapeutiques.
13:41Fabrice André, sur les bénéfices de ces nouvelles techniques,
13:45non seulement dans leur efficacité,
13:47mais aussi dans la façon dont les patients supportent les traitements,
13:52l'objectif, c'est d'avoir des traitements qui sont moins invasifs,
13:55avec moins d'effets secondaires, comme on peut le voir avec les chimiothérapies, les radiothérapies.
14:00Donc vous avez complètement raison, en rappelant quand même que
14:02la culture de la cancérologie, c'est quand même encore d'améliorer l'espérance de vie.
14:07Mais il y a toute une tendance, vous avez raison, qui est de dire,
14:09est-ce qu'on peut maintenant, dans certaines situations,
14:13désescalader les traitements, réduire les toxicités ?
14:17Et donc ça, il y a deux manières.
14:18Premièrement, en réduisant l'exposition aux traitements,
14:22qu'on appelle conventionnels, chimiothérapie, radiothérapie,
14:25puisque maintenant, le cancer du sein, on a radicalement réduit la radiothérapie,
14:29mais aussi en développant des médicaments qui, eux-mêmes, sont moins toxiques.
14:32C'est-à-dire que dès le début du design du médicament des premières études,
14:36on le crée pour être moins toxique.
14:38Donc c'est une dimension, la toxicité, qu'on a maintenant intégrée
14:41dans ce qu'on appelle le développement des médicaments.
14:42Parce qu'on s'est quand même aperçu que l'immunothérapie,
14:45qui est commune maintenant depuis une quinzaine d'années,
14:48et qui est efficace, a aussi des effets secondaires très lourds.
14:51Les patients le savent, leurs familles aussi.
14:52Tout à fait. Je pense que c'est important de le dire,
14:55même quand on parle d'immunothérapie.
14:56Les thérapies dont vous parlez, c'est plutôt des anticorps
14:58qu'on administre aux patients qui vont réactiver le système immunitaire.
15:01Mais c'est le cas aussi avec les thérapies cellulaires.
15:03Il y a une toxicité.
15:05Et donc, pour chaque patient, pour chaque personne qui nous écoute aujourd'hui,
15:09son traitement, il est individualisé.
15:10Ce n'est pas parce que vous avez une maladie
15:12où il existe des quartiers que vous n'en avez pas,
15:14que vous êtes mal soigné.
15:16Il y a une adaptation du traitement pour chaque patient.
15:18Et toutes ces stratégies doivent être discutées
15:21en regard de l'état du malade.
15:23Et ça, je pense que c'est vraiment important de le rappeler.
15:25On a parlé des thérapies cellulaires, d'immunothérapie.
15:29Parlons des vaccins.
15:30Des vaccins contre le cancer.
15:33Là encore, Karine Tarte,
15:35expliquez-nous non seulement leur intérêt,
15:37leur efficacité,
15:38et la façon dont cela pourrait peut-être se généraliser
15:41dans les années à venir pour lutter contre le cancer.
15:43Alors, leur intérêt, il est immense.
15:45Il est clair qu'on n'arrivera sans doute jamais aussi bien
15:48à produire des cellules efficaces dans une boîte
15:50que ce qu'elles se produisent chez l'homme.
15:51Donc, l'idée, c'est d'utiliser les vaccins
15:54comme on le fait en vaccination anti-infectieuse.
15:56Mais cette fois-ci, c'est un vaccin curatif.
15:58Ce n'est pas un vaccin préventif.
16:00On va aller déclencher une réponse immunitaire
16:02chez le malade.
16:03Pour ça, il y a différentes stratégies qui sont utilisées.
16:05Historiquement, on utilisait des protéines,
16:08mais avec le développement, notamment,
16:10de la vaccination Covid.
16:11C'est-à-dire l'ARN messager.
16:13L'ARN messager que l'on sait mettre dans notre corps
16:16avec des stratégies, notamment, de vecteurs lipidiques.
16:19Eh bien, on va être capable de stimuler une vaccination
16:21et de stimuler une réponse immunitaire chez les patients.
16:24C'est fascinant.
16:25C'est fascinant.
16:26Et c'est vraiment un espoir important,
16:28notamment dans les tumeurs solides aujourd'hui.
16:29Est-ce que ça, ça a été permis par la technologie
16:32de l'ARN messager, en l'occurrence ?
16:34Oui.
16:34Dont on se souvient, évidemment, en pensant au Covid.
16:38Ce serait une conséquence bénéfique, si je puis dire, de la pandémie ?
16:41Tout à fait.
16:42D'ailleurs, les deux sociétés qui ont développé des vaccins anti-Covid
16:45étaient déjà engagées sur la vaccination contre le cancer, au préalable.
16:49Et la vaccination Covid a permis d'accélérer ça.
16:52Karine Tarte, Fabrice André,
16:53juste avant de parler de l'après-Covid,
16:56ce qui était esquissé tout à l'heure par notre auditrice...
16:57L'après-cancer.
16:58L'après-cancer, pardonnez-moi, vous avez raison.
16:59sur cette question plus générale d'un monde sans cancer
17:03ou d'un monde avec des cancers
17:05qui, au fond, seraient des maladies chroniques
17:08que l'on pourrait traiter sans que ces maladies soient mortelles.
17:11Est-ce que c'est un horizon qui est réaliste
17:14à une 10, 20, 30 ans
17:16ou est-ce qu'on est encore dans l'ordre de l'utopie du rêve ?
17:20Fabrice André ?
17:21Alors, nous, on a fait quelques analyses,
17:23bon, qui valent ce qu'elles veulent,
17:25mais nous, on pense qu'avec l'état de la connaissance actuelle,
17:27donc ce qu'on connaît,
17:30on doit pouvoir arriver à plus de 80% de guérison.
17:34Après, le reste...
17:35À quel horizon ?
17:37Nous, on dit 15 ans, 15-20 ans.
17:39Donc voilà, c'est bien, ça peut être un objectif.
17:41Donc, dans 15-20 ans,
17:42un cancer sur 10, guéri.
17:44C'est ce qu'on pense en fonction de la connaissance existante,
17:48notamment des sciences fondamentales.
17:50Après, le reste,
17:52il y a des choses qu'on ne connaît pas.
17:54Aujourd'hui, il n'y a pas la connaissance
17:55et donc il va falloir générer la connaissance
17:56et donc il va falloir soutenir
17:57ce qu'on appelle la science fondamentale
17:59pour créer la connaissance.
18:00Donc, il ne faut pas laisser penser
18:01qu'avec la science,
18:03avec les données qu'on a actuellement,
18:05on va guérir tous les cancers dans un horizon court.
18:07Il y a des progrès qu'on va faire,
18:09grâce à la recherche clinique notamment,
18:10et puis il y a des choses qu'on ne connaît pas
18:11et donc il va falloir encore continuer
18:13à soutenir la recherche,
18:15la science fondamentale
18:15pour générer cette connaissance.
18:16Alors, tout ça est fascinant.
18:17On parle de perspectives extrêmement positives,
18:21de nouveaux traitements,
18:22de vaccins, d'intelligence artificielle,
18:23mais il y a sans doute beaucoup d'auditeurs
18:26qui nous écoutent
18:26et qui ont des difficultés assez basiques
18:29déjà pour se faire diagnostiquer,
18:33pour accéder à une imagerie
18:34et nous avons Luce
18:35qui nous appelle de Mayenne.
18:38Bonjour Luce.
18:40Bonjour, bonjour.
18:42Allez-y.
18:43C'est votre cas Luce,
18:44vous avez du mal à obtenir un rendez-vous,
18:46c'est ça ?
18:47J'ai le droit cette année
18:49à un dépistage pour le sein
18:51et je n'arrive pas à avoir de rendez-vous.
18:55Il est mentionné
18:55qu'il n'y aura pas de rendez-vous
18:57en 2026.
18:59C'était déjà en janvier.
19:01Pas de rendez-vous en 2026.
19:03Alors, je vais la faire où cette mammographie ?
19:06Merci beaucoup Luce.
19:09Ce n'est pas désespérant
19:10pour vous d'entendre ça ?
19:11C'est-à-dire que vous qui vous battez
19:12au quotidien
19:13pour faire avancer la recherche,
19:16pour soigner les gens,
19:17quand dès le départ
19:18on n'arrive pas à faire une mammographie ?
19:20Alors, ce que décrit Luce,
19:23c'est un des axes pour améliorer
19:25l'espérance vue par cancer.
19:27C'est l'accès optimal
19:30aux soins
19:33et aux soins les meilleurs possibles.
19:36Et donc ça,
19:36on sait que
19:37ce n'est pas forcément
19:39100% partout,
19:42mais ça fait partie des choses
19:43qu'il faut améliorer
19:44pour justement améliorer les soins.
19:46mais au même titre
19:47que trouver de nouveaux médicaments,
19:49améliorer le dépistage.
19:50Et là,
19:51il faut aussi engager
19:52d'autres professionnels
19:53dans la lutte contre le cancer.
19:54Les généralistes
19:54ont un rôle majeur à jouer,
19:56les pharmaciens.
19:57Donc voilà.
19:58Il y a la question
19:58posée par Luce
19:59des déserts médicaux
20:00et puis il y a la question
20:01des moyens.
20:02On a une question
20:02d'Alexis
20:03qui,
20:04sur l'application Radio France,
20:06il est à Barcelone,
20:07voilà ce qu'il vous dit.
20:07Je suis chercheur
20:08en immunothérapie,
20:09le gouvernement
20:09ne donne pas de moyens,
20:10je suis parti à l'étranger pour ça.
20:11Le problème n'est pas
20:12de guérir d'un cancer
20:12mais de financer
20:13notre recherche correctement.
20:15Karine Tarte,
20:16est-ce qu'il y a
20:17un problème de moyens
20:18dans la recherche ?
20:19Même si,
20:20je rappelle quand même
20:20quelques chiffres
20:21qui datent de 2023,
20:2227 milliards d'euros
20:24par an,
20:24premier poste de dépense maladie
20:25quand il s'agit du cancer,
20:27la prise en charge du cancer
20:28qui représente 2%
20:29des dépenses
20:30de l'assurance maladie.
20:31Est-ce que,
20:31pour autant,
20:32on manque de moyens
20:32dans la recherche ?
20:33Alors Alexis,
20:34il ne parle pas
20:35de l'argent qu'on met
20:36dans le traitement du cancer,
20:38ce qui sont les chiffres
20:38que vous évoquez.
20:39Il parle de l'argent
20:40qu'on met dans la recherche
20:41contre le cancer.
20:42Ce qui est assez différent,
20:43en fait,
20:43et alors là,
20:44les chiffres ne sont plus
20:44du tout ceux
20:45que vous mentionnez.
20:46Donc,
20:46il y a des financements
20:47pour la recherche
20:48contre le cancer en France.
20:49Ces financements,
20:50ils sont insuffisants.
20:51D'ailleurs,
20:51en réalité,
20:52en recherche,
20:5340% de la recherche
20:55est financée par les dons,
20:56par les associations caritatives,
20:59la Fondation ARC,
20:59la Ligue contre le cancer.
21:00Donc ça,
21:01c'est quand même
21:01une réalité
21:02qui existe aujourd'hui.
21:03Et il est évident
21:04qu'il faut des investissements
21:06supplémentaires
21:06sur cette partie recherche.
21:08Et Fabrice le disait bien,
21:09les nouveaux traitements
21:10du cancer,
21:11demain,
21:11ils viennent de la recherche
21:12fondamentale.
21:13Et on parle ici
21:13beaucoup de prise en charge
21:14qui est normale.
21:15Mais la recherche fondamentale,
21:16c'est le cœur.
21:17Et d'ailleurs,
21:17on en profite ce matin
21:18pour inciter nos auditeurs
21:19s'ils le souhaitent
21:20à donner et à faire des dons.
21:22Et juste un dernier mot
21:23puisqu'on avait promis
21:24de parler de l'après-cancer.
21:26Vous,
21:27à l'Institut Gustave Roussy,
21:28vous avez précisément
21:29un programme
21:30qui s'appelle
21:30Mieux vivre après le cancer.
21:32Ça veut dire que,
21:33de fait,
21:33vous réfléchissez
21:34à cette prise en charge
21:35sur le long terme
21:37et très collective,
21:38c'est ça ?
21:39Exactement.
21:39Donc,
21:40on a une équipe
21:41de médecins,
21:42une équipe de chercheurs,
21:43notamment en sciences humaines
21:44et sociales
21:45et en sciences de la donnée
21:46pour essayer de définir
21:48c'est quoi le meilleur parcours
21:50et prise en charge
21:51après le cancer
21:52avec des patients
21:53qu'on en a beaucoup besoin,
21:54des patients qu'on en a moins besoin.
21:56Mais moi,
21:56puisque je vois que c'est la fin,
21:58je voudrais dire
21:59deux trucs très précis.
22:01C'est un,
22:01on a besoin de talent
22:03dans la recherche sur le cancer.
22:05Les meilleurs universitaires,
22:07les meilleurs ingénieurs,
22:08les jeunes qui sont aujourd'hui
22:09au lycée,
22:10venez faire de la recherche
22:11sur le cancer
22:12parce que ça a vraiment du sens.
22:13Le deuxième élément,
22:14je vais renforcer
22:15ce qu'a dit Karine.
22:17Moi,
22:17je pense souvent
22:18aux donateurs
22:18qui donnent 25 euros par mois.
22:20Et à ces personnes-là
22:22et aux patients,
22:23on leur doit quelque chose.
22:24Vous voyez,
22:24c'est pas anodin
22:25de donner régulièrement
22:26de sa retraite,
22:28de son compte en banque
22:29pour la recherche sur le cancer.
22:31Et donc moi,
22:31je voulais vraiment dire
22:32à ces gens-là
22:32que ça bosse
22:34et il y a des grandes découvertes
22:35qui sont faites en France.
22:36L'année 2025
22:37a été extrêmement riche.
22:39Donc voilà,
22:39on avance petit à petit.
22:41C'est pas encore réglé
22:42mais petit à petit,
22:43les choses s'améliorent.
22:45Merci beaucoup.
22:46Merci Fabrice André.
22:47Merci Karine Tart
22:48d'avoir été au micro
22:49de France Inter ce matin
22:50et bravo pour votre boulot
22:52à tous les deux.
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