00:00Benoît, bonsoir, nous accueillons les deux navigateurs français, vainqueurs le week-end dernier du trophée Jules Verne.
00:11Bonsoir, je vous laisse les présenter.
00:12Absolument, deux de ces vainqueurs du trophée Jules Verne.
00:15Bonsoir Thomas Coville, bonsoir Léonard Legrand, merci de nous rendre visite.
00:2040 jours, 10 heures et 45 minutes, je ne l'invente pas.
00:23C'est le temps qu'il vous aura fallu à vous et à cinq de vos équipiers pour boucler ce tour du monde passant par les trois capes mythiques.
00:31Le cap de Bonne Espérance en Afrique du Sud, le cap Léouine en Australie, le cap Horn tout à la pointe de l'Amérique du Sud avant de remonter l'Atlantique vers le point de départ, vers la pointe Bretagne.
00:43Image de votre arrivée dimanche à la mi-journée, un homme heureux une fois au ponton, Thomas Coville.
00:49Voici votre définition de la joie, votre définition du bonheur, Thomas.
00:57Ça c'est la joie, en fait. On a du mal à déterminer ce que c'est que la joie.
01:01Mais la joie, c'est des moments très rares comme ça dans une vie où, de façon collective, vous avez œuvré pour quelque chose et elle aboutit en même temps pour tout le monde.
01:11Et ça, moi je ne suis pas autre chose que... Je recherche ça. J'essaie d'éclairer ça. Et toute ma vie est tournée vers ça.
01:21Et aujourd'hui, je ressens cette joie de ces gens qui ont construit ça.
01:27Elle est toujours bien présente. On imagine cette joie, ce bonheur collectif. C'est le plus important, Thomas.
01:31Oui, merci d'avoir mentionné qu'on est deux ce soir, mais on était sept. C'est avant tout effectivement un projet où, pour des histoires différentes personnelles,
01:44on arrive à regrouper un équipage et à la fin, on arrive à un objectif commun. Est-ce que ce ne serait pas ça, effectivement, une définition philosophique de la joie ?
01:53En tous les cas, ça a été la mienne dimanche. C'est beaucoup de travail. Il y a tout autour de nous aussi un collectif technique.
02:02La technologie peut amener aussi à la joie. À des fois, elle fait peur. Elle est basée à l'Orient.
02:06Et donc, c'est ces messages-là qui, effectivement, a trop fait Jules Verne faire un temps de référence où, de façon absolue,
02:14on a été ensemble les plus rapides autour de la planète.
02:17Alors, 40 jours, je le disais, un peu plus de 40 jours.
02:20Mais ça a été, évidemment, semé d'embûches, ce tour du monde.
02:25Et jusqu'au bout, jusqu'à la dernière ligne droite, à quelques heures de l'arrivée, il a fallu batailler contre un front,
02:31contre une tempête, cette fameuse tempête Ingrid.
02:34Sans cette tempête, le record aurait été... On serait peut-être passé en dessous des 40 jours, je ne sais pas ?
02:41Alors, c'est exactement ce que Léonard, en compétiteur, a dit en arrivant.
02:45Vous êtes compétiteur, ça se sent. Pour autant, quand on fait ce genre de projet, il faut se satisfaire de ce que Dame Nature nous donne.
02:56On a, tout le long du parcours, avec Benjamin Schwartz, le navigateur, mais aussi avec Nicolas Troussel, avec Guillaume Pirouel,
03:03avec Frédéric Denis et Pierre Leboucher, on a œuvré pour faire avec ce qu'on avait.
03:12On a été plutôt pas épargnés par la nature, et on s'est battus.
03:17Et effectivement, Ingrid était très violent. On a cru qu'on allait tout perdre jusqu'à la fin.
03:23Et finalement, cette dramaturgie a peut-être renforcé la sensation, l'émotion qu'on avait ensemble d'avoir fait quelque chose de grand,
03:32d'avoir fait quelque chose de fort ensemble.
03:34Et je garderais ça plutôt qu'effectivement une amertume qui serait malvenue de penser qu'on aurait pu faire mieux.
03:39Léonard, votre rôle à boire, vous, il était un peu particulier, je crois, pendant ce Tour du Monde.
03:44Oui, effectivement, j'avais la particularité d'être hors-car, donc d'être un peu la pièce rapportée d'une mécanique bien huilée.
03:51Mais pour autant, le rôle était d'aider et de participer.
03:56Moi, j'ai fait toutes les manœuvres du Tour du Monde.
03:58J'ai l'impression d'avoir fait tout le Tour du Monde pour le coup.
04:00Je n'ai jamais été endormi au moment important.
04:03Ça, c'est une vraie satisfaction parce que le voyage, il n'est pas que sportif, il est aussi géographique, humain, technologique.
04:12Justement, qu'est-ce que vous retenez de ce Tour du Monde en équipage, vous qui allez passer une année plutôt en solitaire, je crois ?
04:18Oui, c'est vrai qu'il y a une année en solitaire qui s'annonce.
04:20C'est génial de pouvoir progresser comme ça auprès de navigateurs comme Thomas, mais comme Nico, comme les cinq autres qui ne sont pas ici.
04:32Mais moi, ça me permet de gagner en confiance avant d'attaquer une saison avec la route du Rhum en ligne de mire, comme Thomas d'ailleurs.
04:40Mais c'est vrai que c'est une très bonne manière de commencer 2026.
04:43Thomas, vous avez reporté ce Trophée Jules Verne, mais en équipier avec Franck Camas, avec Olivier de Kersozon.
04:51Qu'est-ce qu'il a d'Olivier de Kersozon, Thomas Coville et qu'est-ce qu'il a de Franck Camas ?
04:55Ça, c'est une question difficile.
04:58Thomas, je pense que Thomas, s'il n'avait pas été à bord avec nous, c'est sûr que le bateau, il ne serait pas arrivé à Brest.
05:03Ça, c'est évident et je pense qu'avec les six autres, il ne serait pas arrivé à Brest, mais avec un temps, on n'aurait pas eu ce temps-là.
05:11Donc, c'est là où la complicité humaine se met en œuvre et c'est dur de comparer ce qui est fait en 2025-2026 à ce qui s'est fait par le passé avec Olivier de Kersozon ou avec Franck Camas.
05:24Même malgré tout, l'aventure, elle reste humaine et il y a un record au bout et c'est le seul truc qu'on peut comparer avec ces tentatives précédentes.
05:30Thomas ?
05:32Pour moi, chacune des tentatives avec Olivier de Kersozon, c'était très initiatique, c'était mon premier tour du monde, donc je ne peux pas m'empêcher de me transporter.
05:38À peine 30 ans ? Vous n'aviez pas 30 ans ?
05:40Non, j'avais l'âge de Léo, j'avais le même âge, donc je ne peux pas m'empêcher de me projeter dans ce que peut ressentir Léonard aujourd'hui, d'avoir battu ce record.
05:49Avec Franck Camas, je crois que j'ai la vraie particularité d'aimer servir un groupe et un leader et à chaque fois que je l'ai fait, j'ai gagné, que ce soit avec Yves Parlier, Laurent Bourgnon, tous ceux que j'ai pu servir.
05:59Là, d'aller chercher un groupe qui n'avait jamais fait le tour du monde, qui n'avait jamais passé le Cap Horn et de leur dire, moi je sais que vous serez énormes, que vous allez…
06:12C'est un vrai Paris du coup ?
06:13Oui, oui, mais c'est de faire confiance, de donner sa chance à… C'est ce qu'on fait avec Léonard sur la route du Rhum, avec Sodebo, où il aura cette chance à…
06:20Et on a ce message à cette jeunesse, pour moi, l'enthousiasme remplacera toujours l'expérience. Et je fais ce Paris sur la jeunesse. Finalement, la plus grande chance des vieux, c'est la jeunesse.
06:37Un trimaran, un multicoque dont il a fallu prendre soin, en tout cas pendant ces 40 jours de mer. Quelques frayeurs pour l'équipage, notamment dans le Grand Sud, avec des rencontres que tous marins préfèrent éviter.
06:52Regardez.
06:59Putain, c'est impressionnant, c'est-à-dire ?
07:01Ah ouais, ouais, c'est impressionnant. C'est pas très rassurant non plus.
07:06Ah, on en voit deux.
07:11Là, on est immédiat, je suis là.
07:13Bah ouais, tant qu'on n'en a pas vu, c'est un peu abstrait, mais quand on en a vu, on fait bien la réalité de la zone.
07:21C'est pas ce qu'on voulait voir, hein. C'est sûr que c'est, mine de rien, un gros gros danger pour nous.
07:29C'est des choses qui sont très difficiles à détecter au radar, voire quasiment impossibles dès qu'il y a un petit peu d'état de mer.
07:34Et c'est sûr que ça rajoute un petit peu de tension dans l'affaire, quoi.
07:39Voilà, ça rajoute de la tension dans l'affaire. Ça, ça fait partie des moments les plus critiques de cette navigation ?
07:46Oui, oui. À partir du moment où vous rentrez en Atlantique Sud et on passe le cap de Bonne Espérance, ça veut dire ce que ça veut dire.
07:52On rentre dans cette zone où les glaces remontent et elles remontent de plus en plus.
07:59Les icebergs, c'est une présence, étant qu'on n'en a pas vu.
08:04C'est même une odeur, vous me l'aviez dit il y a quelques années, vous étiez ici à France 24, vous sentez cette odeur.
08:09Oui, oui. Et c'est vrai que la pression, la tension, mais elle est permanente sur ces engins volants.
08:17La vitesse est une tension, les bruits sont impressionnants.
08:20On vit dans 9 mètres carrés à 7 avec une promiscuité où il faut aussi avoir défini un cadre humain extraordinaire.
08:30Je pense que quand je rentre à terre, j'ai envie que la vie soit comme ça.
08:39C'est le cadre qu'on s'est fixé, c'est qu'on peut tout se dire et des fois, ce n'est pas si facile que ça.
08:44On veut avoir le même niveau d'information, c'est ce que vous essayez de faire pour qu'on arrive à vivre tous ensemble.
08:49France 24, c'est sa mission.
08:52Après, chaque fois qu'on a une alerte, on essaie de respecter notre bateau, on a une action.
08:57Donc, on est dans l'action en permanence et on est en liaison avec une équipe autour de nous qui, finalement, a cette bienveillance.
09:08Donc, c'est des projets assez fabuleux à vivre pour donner ce message que oui, c'est possible.
09:14On est dans une époque un peu effrayante.
09:17Votre reportage avant était un peu effrayant et pour autant, elle est très belle et elle mérite qu'on la vive ensemble.
09:23Léonard, vous étiez 7 à bord, mais il y a peut-être un 8e équipé.
09:26C'est le bateau, quand on est à l'écoute comme ça pendant autant de jours, de nuits, du moindre soubresaut, du moindre bruit, un peu suspect.
09:33Il y a une âme aussi de ce bateau.
09:36On le personnifie même.
09:37On a peur de lui faire du mal quasiment dans les conditions difficiles.
09:40On souffre pour lui.
09:42Nous, on s'y fait, mais le bateau, on n'a pas envie qu'il vérifie quelque chose.
09:45C'est l'idée d'être 7 à bord, c'est d'en prendre soin.
09:48Que c'est en devoir de notre objet pour battre leur corps.
09:52C'est aussi ce sur quoi on vit et on survit.
09:55C'est vrai que le bateau, dans un coin de notre tête, il est vivant.
10:00Il est bourré de technologie, ce bateau.
10:02Il y a eu des innovations, notamment le cockpit qui a été placé en avant du mât pour gagner en visibilité,
10:08pour que ce soit aussi plus confortable pour l'équipage.
10:12Pour le confort, je ne sais pas si ça va améliorer les choses.
10:15En tous les cas, c'était pour centrer les masses.
10:17On fait des paris audacieux.
10:19On ne sait pas si ça va marcher.
10:20Comme quand on part ensemble.
10:22On part ensemble.
10:23Là, c'est vraiment un voyage qui s'est passé tous les 7 où on a vécu quelque chose de fort.
10:27Mais quand vous partez, rien n'est écrit à l'avance que ça va fonctionner.
10:32Il va continuer à évoluer, on imagine, ce bateau-là.
10:34Tout à fait.
10:35Pour la route du Rhum, on a une nouvelle vision de comment va être le vol,
10:41comment on va maîtriser ce vol en solitaire cette fois-ci.
10:45Le vol expliqué, Thomas, parce qu'il y a ces fameux foils, ces appendices,
10:48la babore et tribore, qui lui permettent de se hisser hors de l'eau.
10:51Voilà.
10:51Avant, les bateaux étaient sur l'eau avec une quille.
10:55On appelle ça archimédien.
10:56Et là, depuis qu'on a des foils, on décolle de l'eau.
10:58Et donc, la friction qu'il y a dans l'eau est divisée par 10.
11:01Et du coup, ça nous permet d'atteindre, là, on était presque à 30 nœuds de moyenne
11:06sur tout le tour du monde, ce qui est magique et incroyable.
11:10Avec des pointes, hein ?
11:11On a des chiffres à 48, 49 nœuds, presque 50.
11:15Donc, c'est du 85 km heure aux alentours de ça pour que les gens se matérialisent.
11:23Absolument, ces vitesses-là.
11:26Très vite, rendez-vous vos prochains défis.
11:29À vous, Thomas et Léonard.
11:30Moi, c'est un défi de taille.
11:34Il y a la découverte, en plus, avec le solitaire.
11:38Ce qui est une première pour moi.
11:39Donc, à Saint-Malo, en novembre 2026.
11:43La route du Rome.
11:45En fait, je suis très heureux de pouvoir dire ça.
11:49Léonard, il a commencé en alternance, en ingénieur chez nous.
11:52Et aujourd'hui, grâce à Sodebo, il va vivre son rêve de faire la route du Rome en solitaire
11:56sur un Ocean 50.
11:58Et moi, ce sera effectivement une nouvelle route du Rome.
12:02À ses côtés, on prendra, à le départ, sur la même ligne.
12:05Et j'espère pouvoir, comme j'ai eu la chance de le faire avec Laurent Brognon,
12:09aller le chercher à son arrivée.
12:11Et vous serez sans doute, oui, un petit peu plus rapidement à l'arrivée que Léonard.
12:16Merci à vous deux.
12:17Je rappelle, le record, il faut quand même le signaler.
12:2040 jours, 10h45 pour boucler un tour du monde à la voile.
12:26C'est beau.
12:26Merci, messieurs, de nous avoir rendu visite.
12:28Un peu de repos avant de repartir en mer.
12:30Merci à vous.
12:31Vous avez une question sur le repos.
12:32Vous avez touché l'eau depuis ce week-end ou plus du tout ?
12:34Si, si, moi j'ai ramené le bateau hier à Lourdes.
12:37Ah voilà.
12:37Et donc, avec l'équipe technique.
12:40Et je suis retourné sur l'eau.
12:42Et j'étais très heureux de le faire avec eux.
12:45Et d'avoir ce public l'orienté de notre base qui nous a accueillis avec émotion.
12:50Merci.
Comments