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Marschall Truchot, du lundi au jeudi de 17h à 19h avec Olivier Truchot & Alain Marschall. Deux heures pour faire un tour complet de l’actualité en présence d’invités pour expliquer et débattre sur les grands sujets qui ont marqué la journée.
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00:00L'actualité est dramatique ce soir, elle nous emmène du côté de Sanary-sur-Mer.
00:03Nous sommes dans le Var, nous sommes au collège de la Guichard où Boris Karlamov,
00:07un adolescent de 14 ans, a poignardé sa professeure d'art plastique.
00:13Ça s'est passé en plein cours et l'enseignante est entre la vie et la mort.
00:16Oui absolument, les faits se sont déroulés peu après 14h.
00:19Il y a ce garçon, né en mars 2011, âgé de 14 ans, qui va poignarder à 3 ou 4 reprises
00:24sa professeure d'art plastique en pleine salle de cours.
00:28Sa professeure va donc subir de graves blessures.
00:33Elle a son pronostic vital qui est toujours engagé ce soir.
00:35Elle est en train de subir une intervention chirurgicale dans son hôpital de Toulon.
00:40Et quant aux mises en cause, on sait qu'il est âgé de 14 ans.
00:43Il a immédiatement été interpellé.
00:45Il a tout d'abord été appréhendé par un personnel de l'éducation nationale dans la cour
00:49avant que les policiers n'arrivent sur place et ne procèdent à son arrestation.
00:53Il est en garde à vue ce soir du chef de tentative d'assassinat.
00:57Et on en sait davantage sur son profil.
01:00Il n'est pas connu au pénal, ni pour avoir commis des violences.
01:04Il existe tout une fois une problématique familiale.
01:08L'adolescent est suivi par un juge des enfants.
01:12Et le procureur de Toulon, Raphaël Ballon, nous a apporté une précision importante.
01:16Tout à l'heure, il nous a dit qu'il y avait eu des tensions entre cet élève et sa professeure.
01:21Donc la victime, ce soir, âgée de 60 ans, il lui en voulait d'avoir fait des rapports à son encontre.
01:28Mais l'enquête ne fait que démarrer.
01:29Et le procureur a apporté une autre précision.
01:31Il ne faut pas y voir de revendications ni de motifs politiques ou religieux, il l'a dit.
01:36Pour le moment, et je dis vraiment pour le moment, il n'y a aucune connotation ni religieuse ni politique qui apparaissent.
01:44On sait seulement qu'il y avait eu des tensions avec cette professeure ces derniers temps.
01:48Et qu'il lui en voulait, a priori, d'avoir fait des rapports à son encontre.
01:52Mais tout ça, c'est des a priori que nous devons vérifier.
01:54Cet enfant, ce jeune homme qui a 14 ans, est en garde à vue.
01:59Il est en garde à vue du chef de tentative d'assassinat pour vérifier s'il n'y a pas un aspect de préméditation à son acte.
02:06Et donc, les enquêtes commencent à peine.
02:09Et elles sont confiées au commissariat de police de Toulon et de Sanary.
02:12Et puis les équipes de BFMTV qui se trouvent sur place à Sanary-sur-Mer, devant ce collège Laguichard,
02:16ont pu rencontrer les enseignants.
02:19Et notamment cette professeure d'éducation physique et sportive
02:22qui a témoigné de ce qu'elle avait vu, de ce qu'elle avait vécu.
02:25C'est un élève qui pouvait être perturbé, perturbataire dans certaines disciplines.
02:31Non, non, pas un élève violent.
02:32Mais bon, c'était pas un élève tranquille non plus.
02:37Moi, je l'ai en EPS depuis l'année dernière.
02:39C'est pas un élève qui manifestait forcément de la violence.
02:42Pénible, agacé un petit peu.
02:43Je sais qu'il était quelquefois exclu de cours, mais de là à agir comme ça.
02:51On a appris plusieurs choses sur cet élève.
02:53Tout d'abord, Véronique Fèvre, élève perturbateur,
02:56qui avait été averti plusieurs fois par cette professeure poignardée.
03:01On apprend aussi qu'il était suivi par la justice.
03:04Un juge pour enfant s'occupait de son dossier.
03:08Et du côté de cette professeure qui va se faire opérer,
03:11et qui peut-être en ce moment même est en train de se faire opérer à l'hôpital,
03:15c'est une professeure expérimentée, qui est depuis très longtemps dans ce collège.
03:19Une professeure expérimentée, oui, qui était bien connue de tous les élèves.
03:21La seule professeure d'art plastique.
03:22On est dans un petit collège, dans un milieu plutôt favorisé.
03:26Un collège tranquille, on va dire.
03:27D'ailleurs, c'est ce que disent les parents d'élèves et le personnel.
03:31Il n'y a pas de problème, a priori, dans ce collège.
03:32Oui, mais on voit bien, ces drames-là ne se produisent pas forcément
03:39que dans des établissements scolaires, dans des zones difficiles.
03:43On sait qu'il y a plus de violence dans les établissements scolaires
03:46ou en zone difficile, forcément, en éducation prioritaire.
03:50Mais on le voit, la jeune fille, Lorraine, qui avait été tuée dans son établissement à Nantes,
03:56c'était un établissement privé, plutôt très réputé, de centre-ville.
03:59Voilà, ces accès de violence très forts ne sont pas l'apanage
04:04des établissements en éducation prioritaire.
04:06Rien qu'en 2025, il y a une AED, comme on dit, une assistante d'éducation.
04:12Une question qui avait été mortalement poignardée par un collégien,
04:14c'était le 10 juin 2025 à Nogent.
04:17Il y a des élèves qui ont été poignardés.
04:19On avait même lancé un plan couteau, des fouilles aléatoires.
04:22Alors, il n'y avait pas eu de fouilles, a priori, dans cet établissement depuis septembre.
04:25Alors, ça veut dire qu'on sait que des couteaux sont en circulation
04:30et que malheureusement, certains passent à l'acte.
04:32C'est un phénomène qu'on a observé à peu près au même moment
04:36où on a vu se dégrader la santé mentale.
04:38Après le Covid, vraiment, moi je me souviens que j'ai fait un reportage
04:43sur des personnels qui étaient en stage de gestion de crise.
04:45Justement, on leur apprenait à réagir dans des situations dramatiques.
04:49Ils nous ont dit qu'on n'arrête pas de retrouver des couteaux.
04:52Et effectivement, ça n'a fait qu'augmenter.
04:55Donc, le ministère d'Éducation a réagi sur vraiment strictement
04:58cette question des couteaux avec à la fois des fouilles aléatoires
05:01qui sont décidées par les établissements scolaires,
05:03pardon, par l'académie en lien avec les préfectures
05:05pour décider au hasard de faire...
05:09Il y a combien d'établissements scolaires en France ?
05:10De manière surprise.
05:12Combien d'établissements scolaires ?
05:12Combien de collèges et lycées ?
05:13Combien de collèges, 7500 et 5000 lycées à peu près.
05:17Donc, on ne va pas pouvoir mettre des idées,
05:20on ne va pas pouvoir faire des fouilles chaque jour
05:22devant chaque collège et devant chaque lycée.
05:25Ces fouilles aléatoires, elles ont un objectif de dissuasion.
05:28C'est-à-dire que normalement, l'académie indique à la préfecture
05:30qu'on a plutôt besoin d'avoir une présence sur ce collège
05:34plutôt qu'un autre.
05:36Et puis, il y a sur le plan disciplinaire
05:38un affichage qui est de dire
05:40dès qu'un élève est pris avec un couteau,
05:42c'est conseil de discipline systématique.
05:44Après, il y a un autre volet sur lequel
05:47l'éducation nationale essaye d'agir,
05:49c'est la santé mentale,
05:50cette fameuse santé mentale qui s'est dégradée
05:52fortement après le Covid.
05:55Tous les établissements scolaires
05:57doivent être dotés d'un protocole de santé mentale.
06:01Deux personnels doivent être formés
06:02dans chaque établissement.
06:04Alors, on ne sait pas si c'est tout à fait effectif
06:06parce que c'est une grosse machine,
06:08l'éducation nationale,
06:08mais il y a une vraie intention
06:10de prendre en charge ces questions,
06:12de former à la santé mentale
06:13également, mais on le voit aussi,
06:16mais l'éducation nationale,
06:17les professeurs dans leur classe
06:18qui sont quand même assez seuls
06:20parce qu'on passe à une violence
06:23qui pénètre finalement dans l'établissement
06:25qui vient de la société quand même.
06:27Alexis Plouyette a recueilli témoignages
06:29d'un collégien.
06:30Il raconte l'état d'esprit des élèves
06:32justement lorsqu'ils ont appris
06:34ce qui s'était passé.
06:35Comment eux-mêmes ont réagi ?
06:36J'ai vu tous les élèves qui se sont regroupés
06:39parce que c'était la panique générale.
06:41Beaucoup d'élèves en pleurs,
06:44beaucoup d'élèves qui commençaient
06:46à une crise de panique,
06:47vraiment grosse crise de panique.
06:48Il y avait même une petite
06:49qui avait une crise d'asthme et tout.
06:50C'est un peu choquant de savoir
06:51qu'il y a un élève qui a pris un couteau
06:53pour planter une prof.
06:54Du coup, je pense que c'était préparé.
06:57Nous sommes avec le magistrat Aurélien Martini.
07:01Bonsoir.
07:02Bonsoir.
07:02Vous avez été chef de la section
07:04des mineurs au parquet.
07:06Comment vous réagissez face
07:07à cette nouvelle agression au couteau
07:10dans un établissement scolaire ?
07:13D'abord, comme tout un chacun,
07:14c'est-à-dire qu'on est saisi des froids.
07:16Après, moi, je ne peux pas commenter
07:18cette affaire-là en particulier.
07:19Ce n'est pas la première.
07:20Oui, ce n'est pas la première.
07:22Ce ne sera malheureusement pas la dernière
07:23parce que notre société connaît
07:25une violence qui est assez forte.
07:27Mais ce qui est intéressant,
07:28c'est de se poser la question
07:30du suivi éducatif parce que,
07:32vous voyez, on a un magistrat,
07:33le juge des enfants
07:34et le procureur pour les mineurs
07:35possède également deux casquettes.
07:37Une casquette d'assistance éducative,
07:39c'est-à-dire je viens en aide
07:39aux familles qui sont dans la difficulté
07:41et une casquette de répression.
07:43Je réprime les mineurs
07:44qui franchissent la loi pénale
07:46et se faisant commettre une infraction.
07:48Ici, vraisemblablement,
07:49on est sur un mineur
07:50qui était suivi en assistance éducative.
07:51Ça veut dire qu'on est face
07:52à un mineur et une famille
07:53qui rencontrait des difficultés.
07:55Et face à cela,
07:55la question qu'on peut se poser,
07:57c'est celle des moyens
07:58que l'État,
08:00et en l'occurrence
08:00les collectivités locales
08:01puisque c'est le département
08:02qui a la charge
08:03de l'aide sociale à l'enfance,
08:04est capable de mettre
08:05pour assurer à la fois le suivi,
08:08la détection, le repérage,
08:09le traitement de ces difficultés
08:11afin qu'elles ne dégénèrent pas ensuite.
08:15Moi, je ne peux pas parler de société
08:16et je ne sais pas
08:16si ça a été bien suivi.
08:17Par exemple, on apprend,
08:19c'est notre avocate
08:19qui nous disait tout à l'heure,
08:20c'est qu'il n'y a pas
08:21une obligation de la justice
08:23d'informer l'établissement scolaire
08:25que ce garçon
08:27ait suivi par un juge pour enfant
08:30avec des difficultés familiales.
08:32Et on se dit,
08:33peut-être que ça serait bien
08:34que le chef d'établissement
08:35soit informé
08:36pour peut-être avoir
08:38un regard plus attentif
08:39sur cet enfant.
08:41Parce que ça reste un enfant
08:42à 14 ans.
08:42Tout ça, c'est une procédure
08:43encadrée par la loi,
08:44donc on ne fait pas ce qu'on veut
08:46en termes de communication.
08:48Il ne faut pas que les services
08:48se parlent plus,
08:49entre l'éducation,
08:50la justice.
08:51Alors, il faut bien faire attention
08:53aussi à ce que chacun assume
08:54son rôle.
08:55Le rôle de l'aide sociale
08:56à l'enfance,
08:56c'est de pallier
08:57à une difficulté
08:58qu'on souhaite passagère
08:59et avec un chef d'orchestre
09:00qui est le procureur de la République
09:01ou le juge des enfants.
09:01Parce que l'enfant,
09:02il passe sa journée dans un collège.
09:03Le rôle de l'éducation nationale,
09:04il peut y avoir des liens,
09:05bien sûr,
09:05mais le rôle d'éducation nationale,
09:06ça n'est pas de se transformer
09:07en une aide sociale à l'enfance.
09:09Donc, il faut faire attention
09:10à ce que chacun remplisse son rôle
09:11et que les critères,
09:13les frontières soient bien marquées
09:14pour que l'enfant aussi,
09:15le mineur,
09:16s'y retrouve.
09:16Mais si on a un problème
09:17de santé mentale
09:18un peu généralisé
09:19dans une génération,
09:20il faut peut-être prendre
09:20des mesures un peu plus fortes.
09:22C'est-à-dire pas simplement
09:22faire des constats à chaque fois
09:24d'une violence qui est là.
09:26Il ne faut pas changer de paradigme.
09:28Non, mais si...
09:29Alors, la santé mentale,
09:30c'est un sujet.
09:30Moi, je rejoins ce qui a été dit
09:31en exercice dans un parquet,
09:34effectivement,
09:34en tant que chef de section des mineurs
09:35quand il y a eu le Covid et après.
09:36Le problème du Covid,
09:37c'est qu'on a perdu les capteurs.
09:38Les capteurs pour l'aide sociale
09:40à l'enfance,
09:41pour le ministère public,
09:42pour le procureur de la publique,
09:42ce sont essentiellement
09:43les établissements scolaires.
09:44Comme on a été en rupture
09:45de scolarité pendant un certain temps,
09:46on a perdu les capteurs.
09:47Ce qui a entraîné, après,
09:49des difficultés extrêmement fortes
09:51avec des situations très dégradées,
09:53faute de pouvoir intermodire tôt.
09:54Et vous voyez,
09:55ça nous a montré à tous
09:56que la détection précoce,
09:58elle est essentielle.
09:59C'est-à-dire que si on intervient
10:00très tôt et très fort,
10:02on peut arriver
10:03à sortir des situations délicates.
10:04En revanche,
10:05le temps qui passe pour un mineur,
10:07il est beaucoup plus long
10:08que pour les adultes.
10:09Et les délais dans la prise en charge,
10:11le fait de retarder une prise en charge
10:13peut avoir des conséquences
10:14très fortes sur des mineurs.
10:15Je ne sais pas de quoi il s'agit,
10:16si c'est un problème de santé mentale,
10:17comme vous le dites,
10:18ou pas, j'en sais rien.
10:19En tout cas,
10:20ce que je peux dire
10:20de par mon expérience,
10:22c'est quand on retarde
10:23une prise en charge
10:23et qu'on ne prend pas en charge
10:24suffisamment,
10:25de façon suffisamment importante,
10:27très tôt,
10:27alors on peut aller
10:28au-devant de difficultés.
10:29Mais Maître Dylan Slamal,
10:30ce jeune homme,
10:31cet adolescent-là,
10:32il est en garde à vue.
10:33Comment est-ce que ça se passe,
10:34la garde à vue,
10:34quand on a 14 ans ?
10:35À peu près
10:37comme quand on est majeur.
10:38Alors bien sûr,
10:38il y a des ajustements,
10:39mais comment ça se passe ?
10:40D'abord,
10:40il doit voir son avocat,
10:41il doit le voir 30 minutes,
10:43il a le droit de s'entretenir
10:4330 minutes avec lui au maximum,
10:45et ensuite,
10:45il va être interrogé
10:46par les enquêteurs
10:46qui vont lui poser
10:47beaucoup de questions.
10:48Alors en général,
10:49c'est en entonnoir,
10:49c'est-à-dire qu'on commence
10:50par lui poser des questions
10:51sur son état civil,
10:52comment ça se passe à l'école,
10:53et plus on avance
10:54dans les auditions
10:54et plus on se rapproche
10:55des faits qui lui sont reprochés.
10:57Maintenant,
10:58moi ce que je retiens
10:58de ce qu'a dit
10:59le procureur de la République
11:00du Var,
11:00qu'on a entendu tout à l'heure,
11:01c'est qu'on est au tout début
11:02des investigations.
11:03Ça veut dire que la garde à vue
11:04peut durer bien sûr 48 heures.
11:06Et ensuite,
11:06il va se passer quoi ?
11:07Et ensuite,
11:07il y aura vraisemblablement
11:08une ouverture d'information judiciaire
11:10avec la désignation
11:10d'un juge d'instruction,
11:12mais il faut être clair
11:12sur quelque chose,
11:13c'est que l'éventuel procès
11:16qui pourrait avoir lieu,
11:17j'utilise même le conditionnel,
11:18parce qu'il pourrait se poser
11:24de discernement.
11:24J'en sais rien,
11:25je n'ai pas d'élément
11:25ni dans un sens ni dans l'autre,
11:26mais l'éventuel procès,
11:28il n'aurait pas lieu,
11:28à mon sens,
11:29avant 2018.
11:31Pourquoi est-ce que c'est
11:31tentative d'assassinat
11:32qui a été retenue là ?
11:33Tentative d'assassinat
11:34parce qu'on vise
11:35le sectre le plus large possible.
11:36Et qu'est-ce qu'il risque
11:37s'il est jugé
11:38pour tentative d'assassinat final ?
11:40Alors s'il est jugé,
11:41c'est des peines.
11:42Alors les peines aujourd'hui
11:43pour mineurs,
11:44tentative d'assassinat,
11:45c'est-à-dire que c'est 30 ans,
11:5420 ans, pardon,
11:54puisqu'il est minère.
11:55En fonction de l'évolution
11:56de l'état de santé aussi
11:57de l'enseignant ?
11:57Si l'excuse de minorité
11:58est retenue,
11:59ce qui n'est pas automatique
12:00et elle peut être exclue
12:01l'excuse de minorité.
12:02Même à 14 ans ?
12:03Même à 14 ans, absolument.
12:04Ce sera en fonction
12:05de l'état de santé de l'enseignant,
12:06si elle s'en sort ?
12:07Bien sûr, sinon malheureusement,
12:09ça peut tentative d'assassinat,
12:10on peut passer à l'assassinat,
12:11mais c'est la même peine
12:12qui est encourue.
12:12Jeana Roland,
12:13comment expliquer
12:14qu'un jeune de 14 ans
12:15décide un matin
12:17de prendre un couteau,
12:18je ne sais pas où on l'a trouvé,
12:20il l'a trouvé ce couteau,
12:21l'enquête le dira,
12:22et d'aller devant
12:23ses camarades de classe
12:25poignarder à 3 ou 4 reprises
12:27sa professeure,
12:28donc un acte de préméditation.
12:30On ne sait pas tout à fait
12:32s'il s'est réveillé le matin
12:33en ayant juste l'image,
12:36l'idée de passer à l'acte.
12:38C'est tout un parcours.
12:40Il peut avoir dans l'idée
12:41de se venger,
12:42avoir ce sentiment
12:42d'impuissance,
12:45d'impulsivité,
12:46de colère en lui,
12:47mais après,
12:48il y a le fait
12:49de se préparer,
12:50de faire le chemin
12:50pour aller jusqu'au collège,
12:52de rentrer avec son couteau,
12:53de le cacher toute la journée
12:54et de passer à l'acte.
12:55Et c'est cette bascule
12:57et ce défaut
12:59d'inhibition de comportement
13:00entre je pense
13:01à quelque chose
13:01de dramatique
13:02et je passe à l'acte
13:03qu'il faudra essayer
13:03de comprendre.
13:04Est-ce qu'il a compris
13:05ce qu'il faisait ?
13:05Est-ce qu'à ce moment-là,
13:06il était sous l'enquête
13:07du cannabis ?
13:07Il y a une détermination ?
13:09C'est impossible.
13:10Je ne peux pas...
13:11Parce que ce n'est pas
13:12un seul coup de couteau,
13:12c'est plusieurs.
13:13Donc le geste
13:14en lui-même
13:15est violent.
13:16Oui, c'est extrêmement violent.
13:18C'est même extrêmement physique,
13:19si je puis dire.
13:20Mais un adolescent
13:21et même un adulte
13:22qui passe à l'acte
13:23est dans un état
13:23de toute façon,
13:24même s'il n'y a pas
13:24d'altération du discernement,
13:26dans un état second.
13:27C'est un passage
13:28à l'acte criminel.
13:29Donc forcément,
13:29il y a quelque chose
13:30qui décompense à ce moment-là.
13:32Il y a une bascule
13:33qui se fait.
13:33Mais l'adulte,
13:34il s'en prend un adulte,
13:35il ne s'en prend pas
13:35un de ses camarades.
13:37Il n'y a pas à un moment donné
13:38une barrière
13:39parce que c'est un allu,
13:40parce que c'est un professeur,
13:41parce que c'est quelqu'un
13:42qui incarne l'autorité.
13:43Alors,
13:43ben non,
13:44justement.
13:44Le passage à l'acte,
13:45il est justement
13:46rendu possible
13:47parce que l'enfant
13:48ne craint pas
13:49des répliments.
13:51Il ne craint pas l'autorité.
13:52Et les conséquences
13:52de ses actes.
13:53Et les conséquences
13:53de ses actes.
13:54Et il s'en prend
13:55à son institutrice
13:56de 60 ans.
13:57Mais c'est aussi
13:58une figure parentale.
13:59C'est aussi une femme.
14:00Elle a peut-être
14:00l'âge de sa mère,
14:01de sa grand-mère.
14:01Elle est peut-être
14:02le symbole
14:02de tous ces adultes
14:03qui n'arrivent pas
14:04à s'occuper de lui
14:05et qui créent
14:05un environnement
14:06dysfonctionnel
14:07et violent dans sa famille.
14:07On n'en sait rien,
14:08en fait, à ce stade.
14:08Et à l'issue de la garde à vue,
14:09que va-t-il se passer ?
14:10Vraisemblablement,
14:11il sera déféré.
14:12Ça veut dire qu'il va passer
14:13du commissariat
14:14ou de la gendarmerie
14:15au tribunal
14:16où il va rencontrer
14:17le juge d'instruction.
14:18Et bien sûr,
14:18la question du mandat de dépôt,
14:19ça veut dire
14:20de la détention provisoire
14:21dans un dossier
14:22comme celui-ci,
14:23se posera.
14:23Détention provisoire où
14:25dans ces cas-là, alors ?
14:26Ah, dans la maison d'arrêt
14:27des environs de la région.
14:28Alors, le Var,
14:29je ne sais plus où c'est exactement.
14:30Est-ce que c'est les Beaumettes ?
14:30Est-ce que ce sera ailleurs ?
14:31Je ne sais pas précisément.
14:33Mais la maison d'arrêt,
14:34voilà, c'est une hypothèse.
14:34Mais dans un quartier spécifique ?
14:36Oui, bien sûr.
14:36Il y a des maisons d'arrêt
14:37pour mineurs
14:37et des maisons d'arrêt
14:38pour majeurs.
14:38Ce ne sont pas les mêmes,
14:40étant entendu que dès
14:41qu'il passera la majorité,
14:42alors là, c'est dans 4 ans,
14:42on peut espérer
14:43qu'il sera jugé avant quand même,
14:53avec l'instauration de fouilles
14:56aléatoires à l'entrée
14:57des établissements scolaires
14:59pour essayer de mettre la main
15:00sur ces couteaux qui circulent.
15:03Certains disent qu'il faut
15:03mettre des portiques.
15:05Quelles sont les réponses
15:06à apporter d'une manière sécuritaire
15:09pour protéger les enseignants,
15:11le personnel éducatif
15:12et les autres élèves ?
15:14Alors, ce qui est sûr,
15:15c'est que la réponse,
15:16elle est multifactorielle.
15:18Il y a plusieurs facteurs
15:18sur lesquels il faut intervenir.
15:20Moi, je ne peux pas me prononcer
15:20sur tous les facteurs
15:21parce que je suis magistrat.
15:22Je ne peux parler que de l'action
15:23judiciaire.
15:24Ce que je constate,
15:25c'est qu'on est bien souvent
15:27trop tardif.
15:28On intervient trop tardivement
15:29sur ces dossiers.
15:30Notamment lorsqu'on a des dossiers
15:32qui nécessitent une action éducative
15:34forte et rapide.
15:36Si l'on tarde à mettre en œuvre
15:38cette action éducative,
15:39alors on va devant de difficultés.
15:40Et bien souvent,
15:41les difficultés pour les jeunes,
15:42pour les mineurs,
15:44c'est le passage à l'acte infractionnel,
15:46c'est la commission d'infraction.
15:47Donc, ce que je peux vous dire
15:48avec l'expérience qui est la mienne,
15:50c'est que quand on tarde
15:51à intervenir sur une situation
15:53problématique au sein d'une famille
15:54où un enfant voit des choses
15:56ou subit des choses
15:57et qu'il est amené
15:58à les reproduire,
15:59si on tarde à intervenir,
16:00alors on génère ensuite
16:01une situation qui est
16:02beaucoup plus compliquée
16:03à prendre en charge,
16:04beaucoup plus lourde
16:05à prendre en charge.
16:06Et c'est un détail,
16:07mais qui peut avoir son importance,
16:08beaucoup plus coûteuse
16:09pour la société.
16:10C'est-à-dire que
16:11gérer la délinquance
16:12des mineurs,
16:13si on ne voulait être
16:14que cynique,
16:15au fond,
16:16ça coûte plus cher
16:17que de mettre de l'argent
16:18sur la table
16:19pour travailler en amont
16:20et faire de la prévention.
16:21C'est peut-être un peu
16:22surprenant de le dire ainsi,
16:24mais quand on intervient
16:25très tôt,
16:25on arrive à rattraper
16:27des situations.
16:28Quand on intervient tardivement,
16:29ça peut être trop tard.
16:30Est-ce qu'on a aujourd'hui
16:31une nouvelle adolescence ?
16:33Est-ce qu'on a
16:33une nouvelle jeunesse,
16:35plus désinhibée,
16:37plus violente,
16:38moins consciente
16:39de l'autorité ?
16:40Elle est compliquée,
16:42votre question ?
16:42J'ai la sensation que...
16:44Je me souviens de...
16:45Même quand on remonte
16:45un peu au cinéma,
16:47au film des années 40
16:47et qu'on regarde
16:48les faits divers,
16:49on se rappelle des termes
16:50comme graines de violence
16:52et autres,
16:53mais on était sur des 16,
16:5517, 18, 20 ans.
16:56Là, on est sur des 14 ans.
16:59Est-ce qu'il y a un changement
17:00effectivement aujourd'hui
17:01pour ces jeunes ?
17:02Moi, ce que je constate,
17:03c'est que le changement majeur,
17:04me semble-t-il,
17:05c'est le changement
17:06dans l'accès à l'information,
17:08dans l'accès aux réseaux sociaux
17:10et dans la mise en partage
17:11de toute une série
17:12de choses
17:14qui sont délétères
17:15pour les mineurs.
17:16C'est-à-dire qu'on a
17:17devant les tribunaux
17:18pour enfants
17:19des mineurs qui arrivent
17:20en ayant vu des scènes
17:21de violence sur Internet,
17:22ils se les partagent,
17:23avoir été confrontés
17:24à la pornographie
17:25sur Internet, etc.
17:26Ça, c'est quelque chose
17:26de nouveau.
17:27Après, est-ce que la délinquance
17:28des mineurs change ?
17:29J'ai l'impression
17:29qu'elle a toujours changé,
17:30toujours évolué.
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