- il y a 1 semaine
🎥 Dans L'Ombre de Maurice Demagny : le doyen des voyous raconte tout 🇫🇷💥
Découvrez le témoignage exceptionnel de Maurice Demagny, né en 1933, témoin et acteur de près d’un siècle de grand banditisme. À 92 ans, il revient sur son parcours hors norme :
⚡ De ses premières arrestations à l’après-guerre,
⚡ Son passage par les maisons de correction
⚡ Les braquages mythiques
⚡ Les années au cœur du “milieu” corse
⚡ Son ultime traversée à 75 ans avec 140 kg de poudre blanche planquée dans la coque d’un bateau.
🎙️ Une interview exclusive menée par Jérôme Pierrat, spécialiste du crime organisé et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.
👇 Dis-nous en commentaire ce que tu penses de son témoignage.
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Production : Propulse by Reworld Media
Montage & Post-Prod : Propulse by Reworld Media
Edito : Clara Le Gall, Killian Bonamy, Farès Boudjemaa
Productrice exécutive : Sara Foucault
Réalisation : Samuel Robbe
Cadreur : Studio Buns
Maquillage : Emma Razafindralambo-Delestré
Générique et logo : Aurélien Babou
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⚡ De ses premières arrestations à l’après-guerre,
⚡ Son passage par les maisons de correction
⚡ Les braquages mythiques
⚡ Les années au cœur du “milieu” corse
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NewsTranscription
00:00Et je me retrouve dans une maison de correction, à Savigny-sur-Orge.
00:04Je sors donc de la rage au roi.
00:06A te venger de la société.
00:08Ouais.
00:08Plus facile de faire le voyou à l'époque ?
00:10Oui, quelque part, oui.
00:11140 kilos de coque.
00:14Le coque de *** qui représentait 4 millions à l'arrivée.
00:17Ils sont venus sur le bateau avec les chiens, ils sont venus, ils n'ont rien trouvé.
00:20Tu l'avais mis où ?
00:21Dans la coque.
00:22Ah, dans la coque ?
00:23Dans la coque.
00:23Dans la coque.
00:24La coque était dans la coque.
00:30Aujourd'hui, on est avec Maurice Demany.
00:33Alors, Maurice, il est né en 1933 à Paris.
00:35Ça lui fait 92 ans, donc on est à quasiment un siècle de banditisme.
00:39On va le revisiter d'ailleurs ensemble.
00:41Maurice, merci d'être là avec nous.
00:42Merci à toi aussi.
00:44Maurice, moi d'abord, j'aimerais, c'est un peu le rituel, 80 ans de vie de voyou, on va dire.
00:50Comment tu te retrouves dans cette histoire ?
00:52Parce qu'à l'origine, tu n'as pas envie d'être un voyou.
00:55C'est que je n'ai pas envie, ce n'est pas ça.
00:57C'est que je pense que pour l'être, on doit naître, si tu veux, déjà dans un contexte à l'époque.
01:09Bien que mon père ait été aussi voyou, mais enfin, je ne savais pas.
01:14Mais j'ai eu une enfance normale, bien que mouvementée, parce que je suis un enfant de la guerre.
01:22J'avais 7 ans, moi, quand les Allemands sont arrivés à Paris.
01:26Je m'en souviens très bien, d'ailleurs.
01:28Toi, tu grandis à Paris, dans le 9e arrondissement.
01:31Oui.
01:32Tu vas à l'école rue Miletant, tout ça, pour ceux qui connaissent le 9e.
01:35Mais tu grandis enfant unique avec ta mère.
01:37Voilà.
01:38Parce que ton père est absent.
01:40Absent, exactement.
01:41Donc, ma mère obligée de travailler, deux enfants, ma soeur et moi.
01:48Ma soeur, 3 ans plus jeune.
01:50Oui, donc tu n'es pas enfant unique.
01:51On est plus jeune, je vois, donc on est en bas âge.
01:56On est placés dans des familles d'accueil, pas malheureux.
02:02Donc, j'ai toujours fréquenté des plus vieux que moi, des adultes.
02:08Ce qui ne m'a pas porté chance.
02:10Oui, qui ne m'a pas porté chance.
02:13Donc, je ne sortais pas mal.
02:16Parce que là, on va quand même se situer pour les gens.
02:18On est dans les années, à la fin des années 40.
02:21Voilà.
02:21Après-guerre, quoi.
02:22Voilà.
02:231947, 48.
02:251947, 48.
02:27Donc, pour les plus jeunes, ça paraît une éternité.
02:30Donc, de par mes fréquentations, si tu veux beaucoup plus âgées que moi,
02:34un jour, je me suis retrouvé en Bayonne, sans savoir,
02:39qui était une voiture volée.
02:41Je ne savais pas.
02:42Je ne savais pas.
02:42C'était avec trois adultes.
02:45Et puis moi, on était quatre dans la voiture qui tombe en panne.
02:50Je ne sais plus, on allait d'un endroit à un autre.
02:53C'était le soir.
02:55Et on est contrôlés par les pèlerines.
02:59Les hirondelles, juste pour...
03:00Voilà.
03:01C'était des policiers avec un cap, là, qui se trimballaient à vélo.
03:04Et on les appelait les hirondelles parce que le vélo était de marque hirondelle.
03:08Exactement, c'est ça.
03:09Et bon, quand on est là, la voiture en panne, pas de papier, on se retrouve dans un commissariat.
03:18Je suis séparé tout de suite des adultes.
03:21Le plus jeune, le plus tendre, je me prends la plus belle volée de ma vie que j'ai jamais pu reprise après par les poulets.
03:27Ils ont joué au punching ball avec moi, à tel point que je me suis affalé contre un radiateur, j'avais le crâne fêlé.
03:37La nuit se passe et le matin, les inspecteurs reprennent leur service.
03:42Et je me retrouve avec un inspecteur dans un bureau.
03:46On fait venir ma mère.
03:48Je connais ces mecs-là.
03:49Je les connais, oui.
03:50Comme ça, c'est des relations de barres, si on peut dire.
03:58Et voilà, je ne connais pas plus que ça.
04:01Je n'aime même pas leur nom, leur prénom.
04:03On se connaît, c'est comme ça de prénom.
04:05Ils étaient des copains.
04:06Et voilà, la voiture volée, qui a volé la voiture, pas moi, j'avais pas mon permis déjà à l'époque.
04:15Je me retrouve à la souricière et devant un juge, un juge des enfants.
04:23Et il t'envoie en maison de correction.
04:25Qui m'envoie en maison de correction.
04:27Et bon, c'était un peu à la dure.
04:29Oui, parce que là, on est en 1948.
04:33C'était dur, mais c'était dur façon de discipline, tu vois.
04:39Le 26 heures du matin, le footing, le truc.
04:44Bref, il fallait...
04:46Ça t'a mis dans le bain direct.
04:48Exactement.
04:48Tu es resté 18 mois pour rien.
04:50Pour rien, pour rien.
04:52C'est ça qui va changer ta vie.
04:54Bien sûr.
04:55Qui je connais en maison de correction.
04:57Dans la même situation que moi.
04:59Des petits voyous.
05:00Là, des petits voyous.
05:01Ils sont là pour des petits larcins.
05:03Ils sont là pour avoir volé une voiture.
05:06Je sais trop quoi.
05:07Il y avait de tout.
05:08Il y avait de tout.
05:09C'était l'école du club.
05:10Un peu ça.
05:12Et je sympathise avec un particulièrement.
05:14Il s'appelait Roger Le Palec.
05:18Il avait un frère qui était beaucoup plus vieux que lui.
05:21J'ai su après.
05:22Il était dans la voyoucratie.
05:24Donc, quand je suis sorti,
05:25j'étais avec mon ami Roger
05:28qui m'a fait connaître son frère.
05:30Et là, je suis tombé en plein dans le...
05:32C'est les voyous.
05:34En plein dans la marvite.
05:35C'est le cas de dire.
05:37Les fréquentations,
05:39les endroits,
05:40l'argent facile.
05:41Enfin, eux,
05:43bagnaient l'argent facile.
05:44Il fallait qu'on en fasse un peu.
05:47Parce que toi,
05:48quand tu sors de Savigny,
05:49je te coupe.
05:50Oui.
05:50Tu as quoi ?
05:51Tu as 17 ans ?
05:52Même pas.
05:53Oui, à peine.
05:54Qu'est-ce que tu te dis ?
05:55Tu n'as pas envie de revenir dans le droit chemin ?
05:57Tu ne te dis pas,
05:58bon, ils m'ont foutu en l'air ma vie.
06:00Non, non, non.
06:00Je sors avec la rage au ventre.
06:02C'est ça que je veux savoir.
06:03Ah, là, là, là.
06:04Je trouve que c'est injuste.
06:07Je trouve que je ne méritais pas ça.
06:09Je trouve que le métier que je voulais embrasser me plaisait.
06:14Je savais ce que je voulais à l'époque.
06:17Pas faire le loupia.
06:19Je ne faisais pas l'école hôtelière pour faire le loupia toute ma vie.
06:23Non, ce n'est pas ça.
06:23Je voyais l'hôtellerie, la belle hôtellerie, comme j'ai connu, un peu.
06:28Oui, après, avec l'argent mal acquis.
06:31Oui, mais même avant.
06:32Même avant, parce que l'école hôtelière, on faisait des stages.
06:36Oui, dans les palaces, dans les hôtels de luxe.
06:38J'ai travaillé au Palais d'Orsay, l'hôtel du Palais d'Orsay, qui est devenu le musée d'Orsay.
06:44C'était un hôtel avant.
06:45Au Plaza Athénée, par exemple, aussi, tu vois, l'hôtel du Louvre, tous ces grands hôtels de l'époque.
06:53Donc, je voyais ma carrière là-dedans.
06:57D'ailleurs, je devais partir en Angleterre à un échange de...
07:02Tu as été à Savigny au lieu d'aller en Angleterre.
07:05Je devais partir deux ans au Savoie à Londres pour ne pas repaire mon anglais.
07:11Tout ça, ça tombe.
07:13Je sors donc de la rage.
07:16Je pense qu'à être comme les autres.
07:19À te venger de la société.
07:20Oui, et avoir du fric plein mes poches, comme eux en avaient.
07:26Donc, avec Roger, on va fric-fraquer.
07:30Ah, fric-fraquer, on va quand même expliquer ce que c'est.
07:32Un fric-fraquer en argot, c'est un cambriolage, tu vas les casser, quoi.
07:36Mais c'était des petites affaires balancées.
07:40On n'allait pas au hasard.
07:43Oui, on vous disait là, tu peux aller casser tel appart.
07:45Là, il doit y avoir.
07:46Et donc, j'avais toujours beaucoup de sous pour mon âge.
07:52Ça marchait pas mal.
07:53À l'époque, ça marchait pas mal.
07:55Ça allait à la plume, comme on dit.
07:56À la plume, c'était notre outil de travail.
08:00Oui, la plume, c'est la barre de fer qui permet de fracturer les portes.
08:04Et on était tellement vaillants, parce que tous les jours, on allait au charbon, c'est le cas de le dire.
08:13Et on s'est fait prendre.
08:15On s'est fait prendre.
08:17Et je me suis retrouvé là, devant un vrai juge d'instruction, aux dépôts.
08:22Les dépôts de l'époque, je ne te dis pas comment c'était.
08:28On n'a pas le même parcours de les délinquants arrêtés maintenant qu'à l'époque.
08:35C'était tout à fait autre chose.
08:39Et donc, je me retrouve à Fresnes.
08:42À la prison de Fresnes, donc en banlieue parisienne.
08:44Comme je n'étais pas majeur, je me trouve au J3.
08:47Chez les mineurs.
08:48Chez les mineurs.
08:49Chez les jeunes majeurs.
08:50Chez les jeunes majeurs.
08:51Alors, rappelons que la majorité était à 21 ans.
08:54Exactement.
08:54Et toi, tu en avais en gros 18-19.
08:57Et pour ces délits, si tu veux, c'était des petits délits.
09:01Maintenant, ils ne vont même plus en tôle.
09:02Ils font deux jours de garde à vue.
09:06Ils ont des sursis ou un bracelet.
09:08Et puis ils font du travail.
09:10Ou des intérêts généraux.
09:11Voilà, des travaux généraux.
09:12Bon, à l'époque, j'étais trop trop.
09:14Et il n'y a pas eu de tout ça.
09:15Moi, c'était la prévention.
09:18Et puis au bout d'un an, je me prends 4 ans dans les narines.
09:22C'était le début de la réforme pénale pour les mineurs, justement.
09:27Où ils commençaient à faire des centres-écoles.
09:29Des prisons-centres-écoles.
09:31Et je me retrouve dans le Barin à Ermingen.
09:34Alors, tu fais, on va dire, sur tes 4 ans.
09:36Voilà.
09:36Donc, tu arrives en 1951.
09:38On va quand même remettre les choses dans le casque.
09:40Exactement.
09:40Tu fais 2 ans à Fresnes.
09:42Et après, tu vas 2 ans en Alsace, dans cette prison-école où vous apprenez une formation.
09:47Et avec les petites remises de peine qu'il y avait eu à l'époque, parce que ce n'était pas comme maintenant.
09:52Quand je sors en 1955, j'ai 23 ans.
09:56Et à 23 ans, il y a quelques bonnes années qui se sont foutues le camp.
10:00Est-ce qu'à 23, tu t'es déjà tapé les 2 ans de maison de correction, les 4 ans que tu viens de faire, les 6 ?
10:07Oui, donc la vie, elle est très courte pour l'instant.
10:09Et mon père, qui était dans la région nantaise à l'époque, je vais le rejoindre.
10:18Je vais le rejoindre.
10:18Oui, tu as sorti, oui.
10:19À ma sortie, il m'a dit, viens te refaire un peu la cerise.
10:23La cerise.
10:25Là, il y a la plage, il y a tout.
10:27Mais entre-temps, du fait de ma condamnation, j'étais bon pour le bataillon d'Afrique.
10:33Durant ma détention, à Fred, j'avais connu un Toubi qui faisait 2 ans de prison,
10:42parce qu'à l'époque, l'avortement était interdit.
10:46Et je m'étais confié à lui un peu.
10:49J'ai dit, tiens, moi c'est le bataillon d'Afrique qui m'attend.
10:55Il me dit, écoute, tu viens me voir.
10:57Quand tu sors, tu viens me voir.
11:01Et moi, je t'arrange le cours médicalement.
11:04Je te ferai réformer avec un dossier médical bidon.
11:08Donc, quand je sors, je vais le voir.
11:14Et il m'établit déjà un dossier médical comme quoi il veut traiter.
11:20J'avais obtenu un petit sursis avant de le rejoindre à cause de mon dossier médical.
11:24Et quand je me présente à l'armée, il m'envoie à Commercy.
11:30Le régiment qui devait être le Toubi Commercy qui me réceptionne.
11:35Il m'envoie à l'hôpital en observation.
11:37Je ne veux pas prendre de risques avec le dossier médical que j'ai.
11:40Je me fais un mois d'hôpital avec des examens de contrôle.
11:47Je savais ce qu'il fallait faire, ce qu'il fallait dire pour justifier l'objet de ma réforme.
11:54Au bout d'un mois, je passe au conseil de révision réformé.
12:00Et je vais rejoindre mon père en Loire-Atlantique à côté de Nantes.
12:04Quand tu es dans cette prison de Fresnes, jeune, tu as 19, 20 ans.
12:09Là, tu vas découvrir ce qu'on appelle le milieu à l'époque.
12:12Aujourd'hui, c'est un terme un peu oublié.
12:14Mais le milieu, c'est la pègre, le grand banditisme.
12:17Alors, parce que là, toi, tu es le dernier témoin de cet âge d'or, entre guillemets, le milieu des polars.
12:25Comment je suis rentré là-dedans avec les grands ?
12:28Parce qu'il y a une anecdote qui m'arrête.
12:32Pendant mes frics-fracs et mes petits braquos de l'époque, il fallait une voiture.
12:41Et j'avais appris à conduire entre-temps.
12:45Et j'aimais bien conduire.
12:47Et c'est moi qui m'occupais des voitures.
12:49Je vois une voiture.
12:50Et ça, il y a une portière qui n'est pas fermée, à l'arrière.
12:54Je suis ici parce que c'est marrant.
12:57Portière à l'arrière.
12:58Donc, il me donne accès à la voiture.
13:00Et je prends la voiture.
13:01Et je fréquentais déjà le Laetitia.
13:04Alors, le Laetitia est obligé de...
13:06Là, il faut qu'on fasse un peu de géographie et distance.
13:08Le Laetitia, c'était le grand bandit.
13:11Par des voyous corse à Paris,
13:14qui était dans ce qu'on appelait le Bas-Montmartre,
13:15ou le haut 9e arrondissement, la Soupigale.
13:18Alors, je te laisse continuer.
13:21Peut-être deux jours après que j'avais montré cette voiture.
13:25On vient me réveiller la nuit, à 2h du matin.
13:28Et il y a deux mecs que je connais,
13:31que je connais des grands, des voyous du Laetitia,
13:36qui me disent « Où est la voiture ? »
13:40Je dis « Quelle voiture ? »
13:41Il ne déconne pas.
13:44Tu sais à qui elle était, cette voiture ?
13:47À qui elle est, cette voiture ?
13:48J'avais trouvé un flingue, en plus, dans le vide-poche.
13:53Il disait « Le flingue ? »
13:54Oui, je l'avais, le flingue.
13:56Il disait « Donne-nous déjà le flingue ? »
13:58J'étais comme ça, j'étais tout péteux.
14:02J'ai dit « C'est la voiture à Pierre Mondoloni. »
14:08Pierre Mondoloni, le vieux.
14:10Oui, alors que c'était les grands noms du milieu corse.
14:13« Il veut te voir. »
14:16« Rendez-vous le lendemain. »
14:19Et je vois Pierre Mondoloni, qui s'amène.
14:21Il n'était pas grand, avec son chapeau, il m'arrivait au nez.
14:24C'était un petit bonhomme.
14:26On se rendissuité sur le trottoir et tout.
14:29Et il y a Pierre Cooke, qui s'amène à ce moment-là.
14:33Je suis obligé de dire.
14:34Je vais te couper tout le temps, parce qu'il connaît.
14:36Pierre Coocare, c'était une espèce de juge de paix.
14:40Le voyou corse le plus important de Paris,
14:42qui jouait les juges de paix dans le milieu.
14:44Il connaît Chiappe, il connaît Mondoloni,
14:47qui voit avec un mec qu'il ne connaît pas.
14:49Un petit jeune.
14:50Il s'arrête, il dit « Qu'est-ce qui se passe ? »
14:52Alors, l'autre était monté, il grimpe, pour sa voiture.
14:59Il n'était pas content.
15:00Il n'était surtout pas content d'avoir été obligé
15:03de déclarer sa voiture volée, avec le flingue.
15:06Avec le flingue de l'homme.
15:07Il se faisait du bourron.
15:09Je comprends.
15:10Puis, j'avais dit « Ta voiture, elle fin de panche ? »
15:12J'avais en bout de tunnel.
15:14J'ai dit « Comment ? »
15:15Et donc, tu qui vous vois.
15:18J'ai dit « Je vais te le réparer, ta voiture.
15:20Elle est fraîchée pour moi.
15:22Et ça m'avait coûté quelques dizaines de milliers de francs, à l'époque.
15:29Et on a fini à boire un verre aux lettres.
15:34Aux laititia.
15:35Oui, on ne va pas.
15:36C'est comme ça que tu rentres dans le milieu corse.
15:38Alors, voilà.
15:40Et on discute.
15:44Et puis, ils veulent savoir qui je suis.
15:48Puis, je parle de mon père.
15:51Et ça fait qu'il y en a qui ont connu mon père.
15:56Mon père qui a...
15:57Alors, ton père, parce que là, on est obligé de refaire un stop.
16:01Ton père, toi, tu ne l'as pas connu.
16:02Tu l'as rencontré à un moment assez étrange.
16:05C'est quand tu rentrais en prison à Fresnes.
16:07Lui, il en sortait.
16:08Voilà.
16:08Quand j'étais gamin, moi, 40, 39, il part soldat, prisonnier.
16:15Et quand il revient, il se sépare de ma mère.
16:18C'est pour ça que je n'ai jamais eu de foyer.
16:20Mon père, ma mère, elle en famille, je ne connais pas.
16:23Je n'ai jamais vu.
16:24Et il est devenu braqueur.
16:26Voilà.
16:27Et ils connaissent mon père.
16:28Voilà.
16:28Et donc, les corse, tous les vieux voyous, ils connaissent ton père.
16:30Il y a toujours un tel qui connaît un tel qui connaît un tel.
16:32Oui, c'est le principe du milieu.
16:33Oui, tout le monde se connaît.
16:34Et donc, c'est à 18, 19 piges, 20 piges, je rentre au Laetitia et je suis le bienvenu.
16:43Raconte-moi le milieu de l'époque.
16:45C'est à quelle tête le milieu de l'époque ?
16:47Alors, le milieu de l'époque.
16:49Parce que tu vois, ça a disparu complètement, cet univers.
16:51C'est celui des films noirs, avec Gabin.
16:53C'est tout.
16:54C'est tous les grands voyous de l'époque.
16:57Je t'en s'éteins, là.
16:58Je tiens un peu.
16:59Non, mais ce que je veux dire, ça marche.
17:01Il y a des communautés, il y a des bars.
17:02Ils ont des...
17:03Tu vois, décris-moi un peu ce monde.
17:06Oui, il y avait un maximum de proxénètes chez les Corses.
17:11C'était celui qui avait le plus beau costume,
17:15à tel point que moi aussi, je voulais des costumes pareils.
17:19Et je me suis fait faire le premier costume sur mesure, à l'époque,
17:23où ils allaient, le même tailleur,
17:26qui était d'Odolire, où je l'emmassais, là.
17:28Réveille-Victor Miassé, oui, qui est toujours dans le même quartier.
17:31Tous les mags de Paris allaient là.
17:36Parce que tous ces proxénètes,
17:39c'était des proxénètes casse-croutes.
17:42Ce qu'on appelle des juleaux casse-croutes, oui.
17:44Qui vivaient que par la comté que les nanas leur apportaient.
17:49Mais quand les nanas tombaient, qu'elles faisaient des trois jours en Saint-Lazare.
17:54En Saint-Lazare, c'était la prison des prostituées.
17:56Quatre jours, à l'époque.
18:00Les vivres.
18:01Ils n'avaient plus de quoi manger, les gars.
18:03Je leur prêtais des sous, moi.
18:06Mille balles, deux mille balles.
18:07Parce que la valeur de l'argent n'était pas les mêmes que maintenant.
18:11C'était des biquetons, c'était grand comme ça.
18:15Je leur prêtais des sous.
18:16Parce qu'il y avait toute une géographie du milieu à Paris à l'époque,
18:20due notamment à la prostitution, avec des quartiers de prostitution,
18:23des bars de proxénètes, des hôtels où les filles travaillaient.
18:27C'est ça qui faisait le milieu aussi.
18:28Toutes les boîtes étaient tenues par des voyous.
18:32Oui, c'est ça.
18:32Je veux que tu me racontes un peu cet univers.
18:34Le Cupidon.
18:36Tu avais la rue Pigalle.
18:38La rue Pigalle, c'était Broadway.
18:41La rue Pigalle, c'était des néons du bas en haut.
18:45Personnellement, ça me faisait rêver.
18:47Ça me faisait rêver.
18:48Je voulais leur ressembler.
18:51Je voulais avoir autant de thunes en poche qu'ils en avaient,
18:54en dépenser autant,
18:55être habillé comme eux.
18:59Je savais que ceux qui ne vivaient pas de prostitution faisaient des affaires.
19:05Il y avait des braqueurs.
19:06Et ça me faisait rêver à l'époque, les banques.
19:12Alors, raconte-moi un peu le milieu quand même.
19:14Parce qu'à l'époque, il n'y a pas de téléphone, il n'y a rien.
19:16Donc, il y a ces bars de voyous où on se retrouve.
19:18Enfin, tu vois, c'est cette ambiance-là que je voulais que je vous explique.
19:19Et chacun avait sa spécialité.
19:23Chacun avait sa spécialité.
19:25Si vous voulez des faux papiers,
19:27il y avait celui qui se faisait des faux papiers.
19:29Tu voulais harcèleurs.
19:31Il y avait celui qui voulait harcèleurs.
19:32Il y avait un spécialiste des coffios.
19:34Il y avait un spécialiste des coffres.
19:35Des coffres, des coffres, des voitures volées.
19:41Il y avait tout.
19:44Chacun avait sa spécialité.
19:46C'était des artisans dans leur spécialité.
19:50Tu n'avais pas cherché.
19:53Et tout le monde se connaissait.
19:55Oui, c'était le principe du milieu.
19:56C'est que c'était vraiment une petite communauté à un certain niveau.
19:59Une fois que tu étais accepté là-dedans.
20:01Là-dedans, exactement.
20:03Alors, il y avait comme ça quand même des repères, là, de ces bars dans la nuit.
20:08Parce que comme il n'y avait pas de téléphone, il fallait pouvoir trouver les gens.
20:10Donc, il fallait dans des bars de voyous.
20:12Qu'est-ce que tu peux me raconter ?
20:13Exactement.
20:14Le téléphone, comme tu dis, il n'y avait pas de téléphone.
20:17Il y avait les cabines.
20:18Ou les téléphones normaux fixes.
20:22Qu'on évitait, déjà, à l'époque.
20:25Qu'on évitait.
20:26Il n'y avait pas la surveillance des flics comme il y avait maintenant.
20:34Ils n'étaient pas outillés pour ça.
20:35Ils n'avaient pas le personnel pour ça.
20:37Donc, tu savais, tu pouvais les détecter quand tu avais les flics aux fesses.
20:43Parce qu'ils n'étaient pas très malins.
20:45C'était plus facile de faire le voyou à l'époque ?
20:47Oui.
20:48Oui, quelque part, oui.
20:49Parce qu'il y avait moins de police, plus d'argent liquide.
20:52Il y avait plein de trucs qui étaient mieux.
20:53Voilà.
20:55L'argent, il suffisait d'aller le chercher.
20:59Tu n'étais jamais fauché.
21:01C'est pour ça que le train de vie, que les voyous de l'époque avaient ce train de vie.
21:08Oui, c'était le champagne, les gonzesses, les boîtes de nuit.
21:10Oui, ça.
21:11Les belles voitures.
21:12Avant, les payes.
21:14Les payes.
21:15Ils étaient payés tous les 15 jours.
21:16Toutes les petites entreprises, les petites usines.
21:24Comment ils étaient payés ?
21:25C'est en liquide, avec les enveloppes.
21:29Et c'était le mec qui allait chercher le fric à la banque
21:33et qui allait le porter à la comptabilité de l'entreprise.
21:37Il suffisait d'avoir le renseignement du transporteur de fonds.
21:44Ce n'était pas avec les tirelières de maintenant que les fonds étaient distribués.
21:48C'était un mec avec sa sacoche qui venait apporter des centaines de mille ou des millions.
21:55Oléma, peau de lapin.
21:57Voilà.
21:58Et c'est comme ça.
22:00Il y avait ça.
22:02Oui, donc c'était beaucoup...
22:03Vous voyez, plus d'argent liquide, plus d'opportunités, moins de risques policiers.
22:08Exactement.
22:08En revanche, la prison, c'était quand même beaucoup plus dur.
22:10Par contre, les condamnations, elles tombaient plus.
22:14La preuve, pour moi...
22:15Oui, la preuve, c'est que tu avais pris deux piges en n'ayant même pas volé cette voiture.
22:18Voilà, exactement.
22:19Oui, et puis les conditions de détention, ce n'étaient pas les mêmes.
22:23Et puis quatre ans fermes, en étant zéro condamnation sur le casier, primaire, quatre ans fermes.
22:32Oui, et puis il y a un régime strict quand même, parce que ça marchait un peu au pas, etc.
22:38Enfin, ça ne rigolait pas, il y avait le travail obligatoire.
22:40À l'époque, ça ne rigolait pas, je veux dire.
22:43Et la prison, elle était dure.
22:45Tu dormais sur des paillasses.
22:48Il n'y avait pas de télé, il n'y avait pas de journaux.
22:50Il n'y avait pas de placard.
22:52Il n'y avait pas d'étagère.
22:55Il n'y avait pas...
22:56Tu mettais tes affaires par terre.
22:58Hein, tes trois fringues que tu avais.
23:03Et ton matelas à côté.
23:04Voilà, le matelas que tu pliais en deux pour t'asseoir dans la journée.
23:11Il n'y avait pas de table, il n'y avait pas de tabouret, il n'y avait pas de...
23:14Rien de tout ça.
23:17Ça ne faisait pas baisser la délinquance.
23:19Non, non, non.
23:20Non, parce que aujourd'hui, on t'a dit, il faudrait...
23:22Les prisons, c'est l'hôtel, etc.
23:24Enfin, la preuve, c'est que ça ne changeait pas grand-chose.
23:26Je ne parle pas de la bouffe.
23:27C'était...
23:29Il fallait avoir faim, quoi.
23:30Moi, j'avais 20 ans, j'avais faim.
23:33Mais je mangeais parce qu'il fallait manger.
23:36Une boule de pain dégueulasse tous les jours.
23:40Mais c'était à la dure.
23:42À la dure.
23:43Le mitard, c'était la gamelle tous les deux jours.
23:47Ouf.
23:47Ouais, je me suis payé 20 jours de mitard, moi.
23:50La gamelle tous les deux jours.
23:52Voilà.
23:53Bon, c'était...
23:55C'était affreux, quoi.
23:57Les cellules.
23:59La plainte des cellules, qui était un carrelage.
24:02C'était une petite rigole.
24:04C'était un carrelage qui faisait une petite rigole.
24:06Le matin, quand il faisait froid, c'était gelé.
24:11Ah, il y avait de la glace dans le truc.
24:13Le léger.
24:14Ouais, ouais.
24:14Mais...
24:15Ouais, quand même.
24:16La flotte qu'il y avait...
24:17Elle avait gelé.
24:18Elle avait prise.
24:20Non, non.
24:20C'était pas à l'hôtel, quoi.
24:21Salpêtre.
24:22Les murs, c'était du salpêtre.
24:24Non, non.
24:24C'était vraiment, vraiment, vraiment dur.
24:28Voilà.
24:28Alors, toi, quand tu rejoins tous ces grands noms, tu commences à fréquenter le Laetitia,
24:32le bar des Corses.
24:34Et là, du coup, tu commences les braquages.
24:36Enfin, c'est là que tu vas commencer à rentrer dans le milieu, comme on dit.
24:38À faire, à monter, quoi.
24:43À monter de grade dans la profession, on va dire.
24:46Parce qu'à l'époque, les braqueurs, c'était...
24:49C'était le haut du panier.
24:50Voilà, exactement.
24:52Pourquoi c'était le haut du panier, Saint-Maurice ?
24:53Raconte.
24:55Pour expliquer.
24:55Parce que c'était...
24:56En termes de courage, de type qui prend...
25:00De ceux que j'ai connus, c'était tous des mecs qui avaient...
25:04Tu peux le dire.
25:06Qui avaient les couilles, quoi.
25:08Je veux dire, la...
25:10Parce que s'il ne suffit pas d'avoir un flingue dans la main et puis d'aller braquer,
25:16il faut quand même maîtriser l'action.
25:20Il ne faut pas faire le fou comme maintenant ils font.
25:25Tirez, là, tout va.
25:26Père ton sang-froid et tout.
25:28Même si tu fais peur aux gens, il faut quand même avoir une limite à tout.
25:34On n'est pas des assassins.
25:36On est des voleurs.
25:38Des voleurs.
25:40On va voler de l'argent où il y a de l'argent.
25:43Moi, je n'ai jamais été arraché.
25:45Même quand j'ai été raide, en étant jeune, j'ai eu aussi des moments...
25:50Oui, de d'agile.
25:54Je n'ai jamais été arraché le sac d'une vieille femme.
25:58Jamais.
25:59Ça ne se faisait pas.
26:00Ça ne se faisait pas.
26:01Il y avait des principes, si tu veux, quelque part.
26:04Il y avait un certain respect.
26:07Respect.
26:08Moi, j'ai pris des sous.
26:09Il y avait des sous.
26:10Je n'ai jamais mis quelqu'un sur la paille.
26:13Je n'ai jamais mis quelqu'un en faillite de lui avoir pris des sous.
26:19Voilà.
26:21Parce qu'on parle souvent, justement, de ce code de l'honneur à l'ancienne, un peu perdu.
26:26Moi, j'ai une théorie là-dessus.
26:28Ce n'est pas que le voyou d'avant, il était le plus éduqué.
26:30C'est que la société, comme on dit, elle a les criminels qui aient le mérite.
26:34Et que la société avait sans doute plus de valeur avant qu'aujourd'hui.
26:37Qu'est-ce que tu en penses de cette histoire ?
26:38Je ne vais pas te dire qu'il n'y avait pas des canailles.
26:39Il y en a toujours eu.
26:42Oui, mais je voudrais dire, est-ce que c'était un mythe ?
26:44Est-ce que c'était quoi ces histoires d'hommes d'honneur dont on parlait ?
26:47Non, non, non.
26:48Moi, je voudrais qu'on casse un peu ces images-là.
26:50Ça me fait rire.
26:52Ça me fait rire, je veux dire, parce que les histoires, j'en ai connues,
26:57et font des choses affreuses.
27:01Moi, sur le dernier gros bracot qui s'est fait à Paris,
27:08que j'ai fait avec les Laetitia, là.
27:13Oui, oui, avec les Corses de Laetitia.
27:16L'Antigang était chez moi le lendemain matin.
27:19Et c'est qu'il y en a bien un qui a balancé.
27:22Et j'avais 125 plaques du bracot que j'avais chez moi,
27:27c'est-à-dire ma part et celle des banquiers que je devais,
27:30parce que c'était moi qui avais des banquiers.
27:32Oui, les banquiers, c'est-à-dire que c'est eux qui t'avaient donné l'affaire
27:34et c'était la part que tu devais donner.
27:35C'est-à-dire que je devais payer, voilà, le lendemain matin.
27:38Oui, c'est que quelqu'un avait parlé.
27:41J'ai payé le coup tout seul.
27:44Oui, tu veux dire, il y avait autant de balance, cette crapule, qu'aujourd'hui.
27:48On a fait une super grosse carambouille.
27:52Une carambouille, c'est une escroquerie ?
27:54Oui, une escroquerie, tu connais le principe.
27:57On monte une société, on a aussi des banquiers dans la poche qui répondent que…
28:04Oui, tu payes.
28:06C'est OK pour les crédits, on paye à 90 jours,
28:11et on fait tomber un maximum de marchandises qu'on revend au pied levé,
28:17et puis on lève le camp après.
28:19C'est le principe de la carambouille.
28:21Bon, on avait une super…
28:24Ils sont chez moi, ils viennent me choper pour ça.
28:29Oui, bon, de toute façon, voilà.
28:31Donc, l'histoire de la mentalité, comme on appelle ça…
28:33J'ai fait voir ma tronche, les faux papiers de la société étaient à mon nom,
28:40enfin, à mon faux nom.
28:44J'ai payé le coût tout seul.
28:45Dans les années 60-70, tu te donnes principalement dans le braquage.
28:49Oui.
28:50C'est le grand sport de l'époque, dans les années 70, à le braquage.
28:54En gros, si on veut resituer, la société de consommation explose,
28:59on ouvre des agences bancaires un peu partout,
29:01il n'y a pas encore de sécurité, il y a de l'argent liquide.
29:03Voilà, c'est facile d'ouvrir des comptes, c'est facile de…
29:06C'est le sport national du braquage.
29:08Et toi, tu vas faire un truc, d'ailleurs,
29:10tu vas être quasiment le premier à faire du braquage électronique.
29:13Oui.
29:13Ce dont on nous parle aujourd'hui, le cybercrime, tous ces trucs-là.
29:17Oui.
29:18Finalement, plutôt que de rentrer dans une banque avec un calibre,
29:21tu vas les voler autrement, toi.
29:22Tu vas être sans doute un des pionniers.
29:24Les opportunités de la vie font que tu rencontres des gens.
29:27Il y a toujours des opportunités où tu as le bon renseignement.
29:30Et il y a une idée qui me trottait dans la tête,
29:34c'était les virements, les virements bancaires.
29:38J'ai demandé un jour comment ça se fait,
29:40comment vous opérez un virement bancaire.
29:44Comment ça se fait ?
29:45Tu viens me voir au guichet, je suis ton conseiller,
29:48je prends ta commande.
29:51Et ta pièce d'identité, ta commande, il se transfère l'argent.
29:53Et j'obéis à tes ordres, c'est un ordre que tu donnes.
30:01Ou alors, tu me faxes ta demande, ou par écrit, ou pas.
30:10Et le premier que je fais, je le fais par écrit.
30:12En gros, comme j'ai un compte à Genève numéroté,
30:19que j'avais avant,
30:21on choisit le compte sur lequel on veut opérer,
30:25qui est provisionné,
30:27je vais te dire n'importe quoi,
30:29on a un compte,
30:30le banquier me situe un compte à 200 millions,
30:34M. Duchemol,
30:38ok, je me fais faire les papiers de M. Duchemol,
30:41je me fais passer pour M. Duchemol.
30:42Toi, tu fais des faux papiers au nom de M. Duchemol.
30:45Je ne me présente pas à la banque physiquement,
30:48parce que ce n'est pas utile.
30:52Je lui ordonne par courrier,
30:55ou par fax, ou par telex,
30:57le virement à effectuer sur tel compte,
31:01et basta.
31:02Et c'est fait.
31:03Et dans l'heure qui suit...
31:07T'as vidé du schmol pour ton compte.
31:09Voilà.
31:10On téléphone.
31:12Ok, c'est parti, c'est parti.
31:15Et dans l'heure qui suit,
31:16je vais décaisser ce qui m'a transféré.
31:18Voilà.
31:19Sans braquer, sans...
31:22Ni haine, ni violence.
31:23Ni haine, ni violence.
31:24Voilà.
31:25Toi, tu as toujours été un indépendant,
31:27un touche-à-tout dans ce milieu.
31:29Souvent, les gens travaillent par équipe,
31:30chez les voyous.
31:31Toi, tu étais plutôt bien avec tout le monde.
31:33Et indépendant.
31:34Et quand j'avais besoin du monde, je...
31:37Il y avait tout le monde.
31:38Tu pouvais trouver des associés.
31:39Il y avait du monde avec moi, voilà.
31:42Tu n'étais pas chef de banque, voilà.
31:44Non, non, mais toi,
31:44tu étais un indépendant reconnu,
31:46et respecté par tes pères,
31:48et donc, tu pouvais naviguer
31:49avec les uns et les autres.
31:50Il y a cette période de banque,
31:53tu t'aperçois par toi-même
31:54que ça ne m'a plus payé,
31:55ces histoires d'argent liquide.
31:57Tu fais ces russes de sioux
31:59pour les voler autrement.
32:00Oui.
32:01Et puis, à un moment,
32:02finalement, tu vas faire comme tout le monde.
32:04Dans cette bascule des années 80,
32:05tu vas passer au stup.
32:07Oui.
32:07Parce que donc, le gîte,
32:08ça apparaît chez vous,
32:09chez les voyous, quoi ?
32:11Début des années 80 ?
32:1270, même.
32:13Dans les années 70 ?
32:14Oui, oui, oui.
32:16Parce que, en gros,
32:17c'est les voyous qui abandonnent le braquage,
32:19commencent à se reconvertir là-dedans,
32:21ils voient qu'il y a un marché, en gros.
32:22Alors, à l'époque,
32:23vous alliez le chercher où, ce sheet ?
32:24Au Maroc, diriez-vous ?
32:25Au Maroc, au Maroc.
32:27Est-ce que ça s'intéresse ?
32:28C'est le début de ce qu'on a aujourd'hui, ça ?
32:29Il n'y avait pas les goffas,
32:31c'était les bateaux normaux.
32:33Oui, tu prenais un voilier,
32:34tu chargeais,
32:35et puis voilà, un bateau de pêche.
32:36Et puis, qu'il allait chercher les ballots
32:39avec de la flotte jusque-là, tu vois.
32:43Oui, ça partait du Maroc,
32:44ça arrivait en Espagne ou en France,
32:47directement, un bateau de pêche.
32:49Exactement.
32:49Oui, parce qu'il faut rappeler
32:50qu'il y avait les frontières à l'époque.
32:53C'est comme ça que,
32:55quand j'ai eu besoin de me refaire,
32:58qui m'a donné la marche à suivre.
33:01En 2000, tu es arrivé,
33:02tes histoires de banque,
33:03tu as fait des allers-retours en prison,
33:05comme tout bon voyou.
33:08Et en 2000, tu as 75 ans, je crois.
33:12Tu sors de prison, c'est ça ?
33:13Oui.
33:14Et tu es un peu à la rue,
33:16parce que c'est un peu le problème du voyou.
33:19C'est qu'il vit des moments fastes,
33:21et puis après, quand il tombe et qu'il sort,
33:23c'est souvent une main devant,
33:24une main derrière.
33:25C'est la vie des montagnes russes,
33:26la vie de voyou.
33:27C'est pareil, divorce,
33:28que je me retrouve en 2000,
33:31en 99-2000,
33:33sur un bateau à la Grande Motte,
33:36à vivre pendant deux ans sur un bateau.
33:38Oui, c'est ça,
33:39c'est un copain qui t'a prêté un bateau
33:40pour t'héberger à ta sortie de prison.
33:42Oui, exactement.
33:43Là, tu as 75 ans.
33:44Oui.
33:45Et qu'est-ce qui se passe, là ?
33:46Qu'est-ce qui se passe ?
33:48Je deviens marin.
33:50Je deviens marin.
33:51Vraiment, ça me plaît.
33:52Oui.
33:53Ça me plaît,
33:53à tel point que je connais tous les voileux du coin.
33:58Je fais des régates,
34:00j'apprends à naviguer,
34:02et je travaille même dans un chantier naval.
34:05Et un jour, il y a un copain qui vient te voir.
34:08C'est un peu le truc des voyous à l'éternel.
34:11Vous êtes rangé,
34:12puis il y a toujours un qui vient,
34:13comme dans les films,
34:14en disant, tiens,
34:15Guy, qu'on connaît.
34:16Et Guy qui est branché.
34:19Et Guy, il est marié avec une Colombienne.
34:21Ça me plaît bien dans la vie.
34:22Qui a un point de chute en Colombie.
34:29Alors, il se dit,
34:30moi, je suis en Colombie,
34:32Maurice, il a un bateau.
34:35Comment te dire ?
34:35Il s'est planqué.
34:38Bon, effectivement,
34:39ça n'a pas mis longtemps à germer dans votre esprit.
34:42C'est qu'on fait la traversée.
34:44Alors quand même,
34:44parce qu'il faut quand même le dire,
34:45à 75 ans,
34:47tu vas partir sur ton bateau
34:49avec un marin.
34:50Deux.
34:51Tu vas où ?
34:51À deux.
34:52À deux ?
34:53Au Venezuela.
34:54Oui, donc vous traversez l'Atlantique.
34:55Oui.
34:56Vous allez à Santa Margherita, c'est ça ?
34:57À Santa Margherita, oui, exactement.
34:59Santa Margherita,
35:00c'est une île qui est au large du Venezuela
35:02où il y a beaucoup.
35:03Oui.
35:03Il y a des grandes marinas,
35:04c'est très touristique.
35:05Il y a beaucoup, beaucoup de voiliers.
35:07Voilà.
35:07Qui est très connu
35:08pour être une place d'embarquement.
35:09D'embarquement, exactement.
35:11Donc, tu pars avec ton bateau,
35:12tu fais combien de temps de traversée
35:13pour aller la main ?
35:15On a mis trois mois à l'air-retour.
35:17Trois mois à l'air-retour ?
35:18À l'air-retour, oui.
35:19On est partis en septembre,
35:20on est revenus en décembre.
35:22Avec quoi ?
35:23Avec un catamaran.
35:24Oui, mais avec quoi dedans ?
35:26140 kilos de coques.
35:29De coques ?
35:30Oui.
35:32Tu as 75 ans.
35:34Qui représentait 4 millions à l'arrivée.
35:374 millions d'euros à l'arrivée ?
35:38Oui.
35:38Là, on est en 2010, c'est ça ?
35:41Non, 2009.
35:42Mais tu ne te dis pas à 75 ans,
35:45est-ce que tu as pesé le poids et le comptes ?
35:46Parce qu'à 75 ans,
35:47tu avais déjà quoi ?
35:4815-20 ans de prison, presque.
35:50Oui.
35:50Tu avais déjà fait 15-20 ans de prison.
35:53Tu ne te dis pas ?
35:55Ah non, moi, je ne veux pas me la vivre tranquille,
35:57faire un peu de bateau, tu vois ?
35:59Quand je pèse le pour et le contre,
36:02je prends le risque.
36:05Qu'est-ce que tu te dis ?
36:05C'est le dernier coup, il faut me refaire ?
36:07Oui, oui, oui.
36:08Je ne vais pas te finir à la rue.
36:12On parle toujours du dernier coup, c'est juste.
36:15C'est le classique des films de gangsters,
36:17le dernier coup, ça existe vraiment ?
36:20Oui, exactement, oui, c'est ça.
36:22Tu dis que ça va être ma retraite, mon loto.
36:24Voilà.
36:25Et tu le sens bien forcément, sinon tu ne le ferais pas.
36:29Alors le coup, quoi, ça se passe ?
36:30Parce que j'étais sûr de moi, j'étais sûr que si on était contrôlé,
36:33on ne trouverait rien.
36:34La preuve, on a été contrôlé deux fois par la guardia civile en Espagne.
36:42Ils sont venus sur le bateau avec les chiens,
36:44ils sont venus à 7 ou 8, ils ont démonté les plafonds,
36:47ils ont démonté les parquets, ils ont démonté tout sur le bateau,
36:51ils n'ont rien trouvé.
36:52Tu l'avais mis où ?
36:53Dans la coque.
36:57Ah, dans la coque ?
36:58Dans la coque.
36:59La coque était dans la coque.
37:00Non, d'accord.
37:03Dans la coque, ils ne l'ont pas trouvé.
37:05Donc, bon, c'est pas grave, c'est de la d*****.
37:07Tu étais sûr que ça allait passer ?
37:08Le marin qui était avec moi, il se chiait dessus,
37:09quand ils étaient dans le bateau.
37:11Oui, il n'est pas l'habitude, lui.
37:13Non, non, non.
37:14Mais comment tu l'avais convaincu, lui ?
37:15Il était client au cirque.
37:17Ah, de la boîte de nuit que tu avais, puisqu'on n'aura pas parlé,
37:20mais tu avais des boîtes de nuit à Paris.
37:21Il était déjà un peu là-dedans, il dilait un peu avec Mourouzi et tout ça.
37:26D'accord.
37:28Et il était marin en plus.
37:30Ah oui, ils sont cités.
37:30En plus, sa mise à part, il était marin, il est bon marin.
37:34C'est un breton.
37:37Ah oui, donc tu as pensé à lui.
37:38Et voilà, donc il était, on parlait la même langue un peu.
37:42Oui, je comprends.
37:43Quand je lui ai dit, il y a ça, tu es partant avec moi.
37:46Enfin, allez, hop, c'est comme ça que c'est parti.
37:50Alors le plan, c'est Guy, ton associé, qui est lui en Colombie-Vénèse.
37:55C'est lui qui trouve la marchandise, en gros, et qui va vous charger quand vous arrivez.
38:00D'ailleurs, avec Guy, on fait un voyage préliminaire avant.
38:04Ah, vous faites déjà le coup pour voir comment ça passe.
38:06Ah oui, je veux voir, moi, où on va, où on atterrit, comment ça...
38:12Non, non, quand je monte sur un bras de cou, je...
38:16C'est comme des repérages pour un bras de cou, carré, comme une horloge.
38:23Non, non, ça, j'étais à cheval là-dessus, tu ne peux pas savoir.
38:28Ah oui, oui, oui, toutes les éventualités...
38:33Vous n'êtes pas parti au Petit Bonheur-la-Chance avec votre collier, vous aviez repéré l'affaire.
38:39Donc on a été deux mois avant, là, avec Guy, là, on est monté au Vénèse, en Colombie.
38:47Oui, pour voir un peu.
38:48On a été au Vénèse, après, pour voir, en tout, c'était OK.
38:52Et c'est lui qui avait le contact...
38:55Oui, avec les fournisseurs, avec la logistique.
38:56Là-bas, moi, je m'occupais du transport, oui.
39:02Comment ça se passe, là, quand vous arrivez au Vénézuéen, avec votre bateau ?
39:04Vous êtes censé charger comment ?
39:06Parce qu'on se demande toujours comment ça se passe, ces histoires de trafic de coke.
39:10D'abord, il faut arriver, parce que la coke, elle est en Colombie.
39:15Il faut qu'on arrive, pour dire on est là.
39:18Il faut faire venir, parce qu'ils ne veulent pas charger.
39:22On ne veut pas charger en Colombie.
39:24On veut charger où on a décidé de charger.
39:26Oui, à Santa Margarita, là, oui.
39:28Donc, il faut déjà arriver, on est là.
39:31OK, de là, il faut faire descendre la marchandise.
39:35Et ça demande entre 3 et 4 jours.
39:38Et quand la marchandise est là, on charge et on s'en va.
39:41Comment ça se passe ?
39:42Et la marchandise de la Colombie à Santa Margarita,
39:48elle est transportée par les militaires.
39:52C'est les militaires.
39:54Les vénézuéliens.
39:55Parce qu'on a fait, nous, en taxi, Caracas-Vénézuéla.
40:00On est en taxi, il y a des contrôles militaires 3 ou 4 fois sur la route.
40:08Tu veux dire, de la Colombie à Caracas-Vénézuéla, il y a des contrôles routiers.
40:14Oui, tu ne peux pas passer comme ça.
40:15Tu ne peux pas passer comme ça.
40:17Donc, c'est les militaires, casques les militaires,
40:20qui se chargent de la...
40:22Oui, du voyage, de la cheminée jusqu'au Vénézuéla.
40:24Et quand on a chargé à 11h du soir, on a été avec l'annexe.
40:30L'annexe, c'était...
40:31Oui, le petit bateau que tu as sur ton voilier, là, pour aller à bord, enfin à terre.
40:35Le moteur pour aller à terre.
40:37C'est les militaires.
40:40Comment ça se passe ?
40:41Ils ont donné rendez-vous dans une crique ?
40:43Oui, oui.
40:43Non, mais comme dans les films, raconte-toi.
40:45Dans une crique, le soir.
40:46Tu appelles les mecs, il y a des rossés, on peut se retrouver dans la crique.
40:49À 11h, et on sait qu'il va arriver à 11h.
40:52Quand vous êtes là, vous vous faites signe, on arrive avec le bateau.
40:55Et quand on arrive avec le bateau, c'est des mecs en...
40:59En uniforme.
41:00En uniforme, armés jusqu'aux dents, qui...
41:04Oui, qui chargent.
41:05Et qui protègent notre départ.
41:09Oui, parce que vous, vous prenez les 140 kilos,
41:11vous avez fait un peu de poudre sur le bateau,
41:14vous chargez ça sur votre voilier,
41:16et vous vous escorte à la sortie du port.
41:18Et puis, on ne charge pas dans la planque,
41:21parce qu'on part tout de suite.
41:22On met tout ça dans...
41:24Oui, en vrac, dans la cabine, quoi.
41:25Pas dans la cabine, dans le cockpit,
41:27parce qu'il ne faut que rien rentre dans la cabine.
41:30Ah oui.
41:30Il ne faut pas que ça rentre dans la cabine,
41:33surtout tout dans le cockpit, derrière, là, en plein air.
41:37Ah oui, pour ne pas qu'il y ait des résidus dans la cabine, d'accord.
41:39C'est un contrôle avec des chiens ou un bordel.
41:42Quoique...
41:44Avec l'air marin, ça va être un détoir, je veux dire.
41:46Et puis, la flotte, tu te la prends sur la gueule aussi.
41:49Ah oui, donc, vous êtes parti,
41:51et après, vous avez dissimulé votre...
41:53Voilà, on ouvre la planque,
41:57on commence à charger,
41:59kilo par kilo,
42:00parce que l'ouverture, elle n'est pas très grande.
42:04Tu passes tes pains, non ?
42:08On s'aperçoit
42:09qu'on devait charger 100 kilos,
42:12il y en a 140.
42:15Il faut faire une deuxième planque,
42:17en pleine nuit.
42:19On refait une deuxième planque.
42:21Heureusement qu'on avait à amener ce qu'il fallait.
42:23Ah, et du matériel.
42:24Matos et tout ça.
42:26On fait une deuxième planque
42:27dans un bras du cata,
42:31en pleine nuit,
42:32pour charger le reste.
42:34Ouais, parce que c'est comme des ballons avec vos trucs.
42:37On rebouche tout,
42:38et voilà, et on est parti.
42:39Et vous êtes parti.
42:40Vogue la galère.
42:42Tout se passe bien jusqu'à ce que vous arriviez à...
42:45Et c'était...
42:46C'est où ?
42:46En Atlantique Nord,
42:47on se paye une tempête de deux jours.
42:51On a failli y rester, je te dirais.
42:53Vous l'étiez.
42:54On était au large Terre-Neuve.
42:57Au large Terre-Neuve.
43:00On était montés au nord pour avoir le vent.
43:07Pour redescendre à fond.
43:08Pour redescendre après, ouais.
43:09Il n'y avait pas de vent.
43:10Ah oui, c'était des talarais.
43:12Ah oui, c'est un voilier.
43:14Même si on a un moteur,
43:16on ne peut pas marcher au moteur tout le temps.
43:17Sinon, il faut des milliers de litres de gazole.
43:21Alors vous mettez quoi ?
43:22Tempête, etc.
43:23Trois semaines pour revenir dans le sud de la France ?
43:26Voilà, à peu près, ouais.
43:27Et votre plan, c'était quoi ?
43:28D'accoster ?
43:29Là, il y avait quoi ?
43:29Une camionnette, un truc ?
43:30Alors, le programme est d'arriver de nuit, téléphoner.
43:36On vient chercher la marchandise, on s'en va.
43:39On arrive à 11h, à Fontignan, au mois de décembre.
43:43Il y a dégâts.
43:45Dégâts, c'est-à-dire personne, c'est du Marseillais.
43:48On choisit Fontignan, parce qu'il n'y a rien, il n'y a pas de capitainerie la nuit.
43:54Téléphone.
43:57Personne.
43:58Aïe.
43:59À 11h du soir, personne.
44:03Il y a une heure de route pour venir de la personne.
44:07Toi, il y a 140 kilos de marchandises dans le bateau, là, tu dois commencer à tracer un peu.
44:11J'ai un contact à 8h du matin.
44:13Et à 8h du matin, la capitainerie est ouverte.
44:19Le bateau est signalé sur toute la côte, depuis l'Espagne, parce qu'on a été contrôlé.
44:25Ils savent, ils se doutent qu'on est chargé.
44:30Mais ils n'ont pas voulu mettre en morceau le bateau, parce qu'ils ne savent pas.
44:34Les poulets, en France, Montpellier, entre parenthèses, les stupes de Montpellier, ils disent
44:42« Si on met le bateau en tranche de saucisson, c'est pareil en Espagne.
44:48Ils n'ont rien trouvé, on ne va rien trouver non plus.
44:50Donc on attend.
44:52Ils se mettent en planque, et puis, ils nous voient tranquillement les charger. »
44:58Sortir le matériel du bateau.
45:00Quand la voiture est arrivée, et puis une fois que c'est chargé, il y a des flingues de partout.
45:11Fin de l'aventure.
45:13Voilà, fin de l'aventure.
45:14Le bilan t'a pris combien sur cette histoire ?
45:178.
45:188 ?
45:19Donc tu avais 75 ans.
45:20Et Guy, 10.
45:21Et Guy, il a pris 10.
45:23Donc vous êtes ressortis les deux, toi, à l'orée des 80 ans.
45:2680 ans en prison, quand tu es athée, tu t'es dit quoi ?
45:31Quand tu as vu tous ces flingues.
45:33Tu t'insultes, quoi.
45:36Tu t'insultes, tu veux dire ?
45:38J'en veux surtout au rendez-vous manquer.
45:40Oui, sinon ça serait passé.
45:42La personne sait qu'on est en Espagne, qu'on a été contrôlé.
45:49Que dans les 24 heures, parce que pour arriver à la grande route ou dans les environs, il faut une journée d'Espagne.
45:58Que dans les 24 heures, on est là.
46:01Elle doit rester au garde-à-vous, à son téléphone, mon Dieu de merde.
46:06Au garde-à-vous.
46:08Toi, quand tu te retournes sur cette vie, alors pour le coup, qui a été longue,
46:10qui a quasiment 70 ans d'aventure malfrate ou criminelle, on appelle ça comme on veut.
46:17Aujourd'hui, c'est quoi le bilan ?
46:19Comme ça, avec la sagesse arrivant et l'âge venant.
46:25Parce que là, tu as 92 balais, comme on va le rappeler.
46:28Au mois de septembre, je me suis fait un infarctus.
46:33Je suis sur la balance.
46:35Oui, tu es encore vif.
46:38Quel regard tu portes sur cette vie ?
46:40Tu as des regrets ?
46:41Tu n'as pas des regrets ?
46:42Évidemment, le crime, ce n'est pas bien, on va le dire.
46:45Je suis obligé de dire que des regrets, il n'y en a pas.
46:56Il n'y a que de la malchance.
47:01C'est un coup de malchance.
47:03Des fois, tu repenses à cette histoire d'hôtellerie ?
47:07À ce coup de dés dans ta vie ?
47:11Après, quand c'était parti, c'était parti.
47:14C'est facile de dire si c'était à refaire.
47:17Avec tout le pognon que tu as engrangé dans le courant de ta vie,
47:22tu devrais être plus qu'à l'aise.
47:26C'est con.
47:28C'est un peu la conclusion de toutes ces vies.
47:32Vous voyez où ?
47:32Souvent.
47:32C'est souvent les gens ont eu des fortunes.
47:35Oui, j'en ai connu.
47:37Le crime paie rarement sur la longueur.
47:39Voilà, exactement.
47:40Ça paie sur le moment, mais malheureusement.
47:42Il y a eu des montées.
47:44C'est souvent ça.
47:45À chaque coup qu'il y a une descente, elle est dure.
47:48Elle est dure.
47:50Toi, tu es à combien d'années de prison, Maurice, après ?
47:53Ces aventures-là ?
47:54Je ne sais pas.
47:55Je t'ai dit que je n'ai jamais compté exactement.
47:58Ça, c'est quand même assez hallucinant.
47:59Parce que tu te dis que tu as le premier truc que tu fais.
48:01Tu comptes comment tu as fait d'ailleurs.
48:03Parce qu'en plus, il y a un truc que j'ai toujours eu.
48:06J'ai une mauvaise mémoire des dates.
48:09J'ai une mauvaise mémoire des dates.
48:11Les anniversaires pour ma famille.
48:14Tu sais, c'est 79, c'est 80.
48:17Jamais, jamais.
48:18Donc, les affaires dont on parle, c'est pourquoi j'ai...
48:22On a parlé de ça, de ta vie.
48:24J'ai ramené là quelques trucs que j'ai fouillé dans mes papiers, comme ça.
48:30Pour resituer des dates.
48:32Tiens, c'était en 79.
48:34C'était en 80.
48:35C'est ça qui me...
48:36Sinon, je ne sais pas.
48:39La prison ?
48:40Combien de zonzon ?
48:41Plus de 20.
48:43Je veux dire, une vingtaine, grosso modo.
48:4620, 25.
48:47Peut-être 25, mais je ne pense pas.
48:50Plutôt 20.
48:50Oui.
48:51Ma première...
48:53Mes deux premières grosses condamnations.
48:56Mes trois, parce que c'est 8, 12 et 8.
49:03Mais tu ne les fais pas.
49:04Alors quand les journaux, ils disent, il a 40 années de prison derrière lui.
49:09Si tu veux compter les confusions.
49:14Ton avis sur la nouvelle génération ?
49:16C'est lamentable.
49:17C'est lamentable la nouvelle génération.
49:19Il n'y a plus rien.
49:24C'est le vide.
49:25Ils sont capables de tuer père et mère, frère.
49:29Il n'y a plus de respect de rien.
49:30Tu vois comme...
49:32Ils se flinguent les uns les autres pour un mauvais regard, pour une dette non payée.
49:43Ils s'entubent les uns les autres.
49:46Avec quoi ? Avec la cam.
49:48J'ai toujours dit que c'était un milieu pourri, la cam.
49:53Même si j'ai voulu en faire.
49:56J'ai voulu en faire pour me défaucher.
49:58Mais je n'ai jamais voulu rentrer là-dedans.
50:01Dans ce milieu de...
50:04Non, non, non, non.
50:05Ta définition de la liberté ?
50:09J'ai couvri toute ma vie après.
50:17Tes conseils pour cette nouvelle génération ?
50:20Arrêtez.
50:23Qui retombe les pieds sur terre parce que ça va aller de mal en piges, j'ai l'impression.
50:33Ton secret pour survivre à cette vie ?
50:35À ces haies de prison, à ces flingues de partout ?
50:39Tu sais, je me suis souvent dit...
50:44Se filer la tête contre les murs, ça fait des bosses, ça fait mal.
50:49Et ça ne sert à rien.
50:51Voilà.
50:52Et ça a été souvent ma philosophie.
50:55Prendre son mal en patience.
50:56Sinon, avec les petits malheurs qui me sont arrivés,
51:02il y a de quoi se flinguer.
51:05Bon, je ne sais pas quel était le plus gros cliché à l'égard du milieu, du banditisme,
51:10qui à chaque fois te fait...
51:11Ben, j'y ai cru, il y a un moment.
51:13Tu y as cru ?
51:14J'y ai cru, oui, bien sûr.
51:16Tu as cru à l'illusion, au bit ?
51:17Oui, oui, oui.
51:19À la légende.
51:19Ça a été ma famille pendant un moment.
51:23Ah, pendant toute une vie, même.
51:25Oui, oui, oui.
51:26Tu n'y crois plus, maintenant ?
51:27Ah non, non, non, non, non, non.
51:29C'était une illusion ?
51:31C'est tous pourris, souvent.
51:33Souvent.
51:34Parce qu'à chaque fois, les deux ou trois coups durs qui m'ont stoppé, si tu veux,
51:41dans mon élan, dans mon essor, dans la progression, ça a toujours été des enculeries.
51:50Et voilà, c'est pour ça que je voulais dire, tu dois tomber sur ton cul, ce n'est pas par ma faute.
51:54C'est moi, si j'avais fait la faute, si j'avais fait une erreur, si j'avais fait...
51:59Alors, tu paies les erreurs des autres.
52:01J'aurais dit que c'est bien fait pour ta gueule.
52:02Mais là, ce n'est pas le cas.
52:05C'est les autres qui ont fait des erreurs.
52:07C'est moi qui ai trinqué, sans envoyer personne au ballon.
52:12Je suis toujours payé des coups tout seul.
52:15Les trois grosses affaires que je me suis mangé, sauf la dernière, puisque c'est quasiment un flag pour les cams.
52:25Il n'y a pas à dire.
52:26Que je me suis mangé, je me suis mangé tout seul.
52:30Tout seul.
52:31Voilà.
52:31J'en ai rien à foutre quand je me dis que Maurice est un gentil garçon.
52:36Ça, j'ai souvent entendu.
52:40Trop beau, trop con.
52:41Oui, oui, oui.
52:42J'en ai rien à foutre.
52:45Bon, écoute, je te remercie, Maurice.
52:47Oui, c'est moi qui te remercie.
52:50À bientôt pour reprendre cette conversation, parce qu'elle est trop longue.
52:54Replonger dans mes souvenirs.
52:57Il faut qu'on en parle pour que ça revienne à l'âme.
53:01À la surface.
53:02Bon, on en a terminé pour aujourd'hui.
53:05On se retrouve au prochain épisode.
53:06Sous-titrage Société Radio-Canada
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