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00:00:00Gabriel était en train de vérifier l'heure sur le cadran de sa Bentley Noir, irritée par la circulation lourde qui paralysait la rue de Rivoli.
00:00:08À côté de lui, Inès, sa fiancée, parlait mariage.
00:00:13Elle parlait du traiteur, des fleurs blanches qu'il fallait absolument faire venir d'Hollande,
00:00:17et de la liste d'invités qu'il fallait absolument raccourcir parce que, franchement, qui invitait encore les cousins éloignés de province ?
00:00:25« Mon amour, tu m'écoutes ? » demanda Inès, posant une main délicate sur sa cuisse.
00:00:30Elle portait un tailleur crème impeccable et le genre de bague de fiançailles que l'on ne pouvait pas ignorer, même dans le trafic parisien.
00:00:37Gabriel Grogna, essayant de paraître attentif, « Bien sûr, chéri, raccourcir la liste, je suis d'accord. Moins de monde, plus de champagne. »
00:00:46Il n'était pas vraiment d'accord. Il s'en fichait. Il avait laissé Inès gérer l'intégralité de la cérémonie.
00:00:52Le mariage, dans trois mois, était moins un événement personnel qu'une fusion d'entreprises, un point de presse sociale.
00:00:59C'était la prochaine étape logique pour un homme qui avait bâti un empire financier avant l'âge de 40 ans.
00:01:05Inès était belle, intelligente, parfaitement calibrée pour le rôle de Mme Gabrielle Lemoyne.
00:01:11Le feu passa à l'orange clignotant, puis au rouge ferme.
00:01:15Gabriel s'arrêta brusquement, lâchant un soupir d'agacement.
00:01:19Il détestait les arrêts. Il aimait le mouvement, la progression, la ligne droite.
00:01:25C'est à ce moment-là qu'il a levé les yeux. Le passage piéton était bondé, comme d'habitude, les gens se pressant pour traverser avant que la ligne de voiture ne reprenne vie.
00:01:35Il y avait des touristes, un homme d'affaires au téléphone, et puis, juste là, sous la lumière crue d'un lampadaire défaillant, il a senti l'air lui quitter les poumons.
00:01:43C'était une sensation physique, comme si quelqu'un venait de lui donner un coup sec dans l'estomac.
00:01:49C'était Louise. Il ne l'avait pas vue depuis cinq ans. Cinq ans, deux mois et dix-sept jours. Mais qui comptait ?
00:01:56Gabrielle avait fait un effort conscient pour effacer les souvenirs de Louise de son disque dur émotionnel.
00:02:02Il avait réussi, pensait-il. Il avait remplacé la douceur brute de Louise par l'efficacité glacée d'Inès.
00:02:09Mais là, elle était réelle. Elle était là, à seulement quelques mètres de la vitre blindée de sa voiture.
00:02:15Elle avait changé. Elle était plus mince, et le style qu'elle arborait était loin des robes légères et des cheveux lâchés qu'il connaissait.
00:02:23Elle portait une vieille veste en jean et des cheveux attachés en une queue de cheval lâche, un peu négligée.
00:02:29Ses yeux, ses yeux noisettes qui avaient été la seule chose capable de le faire douter de ses plans de carrière, avaient des poches bleutées en dessous.
00:02:37Elle avait l'air épuisée, profondément, fondamentalement épuisée. Et puis, il y avait la poussette.
00:02:44Ce n'était pas une poussette simple. C'était une forteresse noire, large, le genre de modèle double qui prenait toute la place sur le trottoir.
00:02:52Elle la poussait d'un air déterminé, les épaules voûtées sous l'effort.
00:02:56Inès continuait de parler des arrangements floraux.
00:02:58« Donc je pensais à des pivoines blanches, ou peut-être des roses T, mais elles sont tellement... » Gabriel n'entendait plus rien.
00:03:06Le son d'Inès n'était qu'un bourdonnement lointain, comme le bruit d'un moteur sous l'eau.
00:03:11Ses yeux étaient fixés sur les deux petits passagers de la poussette.
00:03:15Deux. Il y avait deux petits bonnets bleus, côte à côte.
00:03:18Deux minuscules visages, ronds et roses.
00:03:21Endormi. Le temps s'est figé. C'était l'horreur pure. L'absurdité totale.
00:03:27Gabriel cligna des yeux, espérant que la fatigue visuelle ou le stress de la journée lui jouaient un tour.
00:03:33Mais non. Louise était bien là. Et elle était la mère de jumeaux.
00:03:37Louise, la femme qui avait toujours dit qu'elle voulait des enfants, mais seulement quand elle serait prête.
00:03:42Seulement quand elle aurait trouvé le bon moment, le bon lieu, la bonne vie.
00:03:46La femme qui l'avait quittée parce qu'elle était trop terre à terre, trop attachée à une existence simple, loin de la haute finance.
00:03:53Il n'avait jamais imaginé qu'elle referait sa vie si rapidement, même s'il avait été le premier à la quitter.
00:03:59Mais surtout, il n'avait jamais au grand jamais imaginé qu'elle aurait des enfants, et encore moins deux d'un coup.
00:04:05Un détail le frappa avec la force d'un marteau. La date.
00:04:09Il y a cinq ans, ils s'étaient séparés brutalement.
00:04:12Il était monté rapidement dans les échelons de sa banque d'investissement.
00:04:15Elle avait refusé de le suivre à Londres, insistant sur le fait que Paris était sa maison.
00:04:21La rupture avait été amère, pleine de larmes et de mots blessants.
00:04:25Ses bébés. Il semblait n'avoir que quelques mois. Trois, quatre peut-être.
00:04:31Clairement des nourrissons. Alors, pourquoi ce choc ?
00:04:34Pourquoi cette sensation glaciale qui lui parcourait les Chines ?
00:04:38Il revit les yeux de Louise.
00:04:39Elle regardait la route, concentrée. Son visage serré par l'anxiété typique des jeunes parents naviguant dans le chaos urbain.
00:04:47Elle était si proche, mais si loin. Elle ne l'avait pas vue.
00:04:51Elle ne pouvait pas le voir à travers la vitre teintée.
00:04:54Gabriel se pencha légèrement vers le volant, comme s'il essayait de s'enfoncer dans le cuir du siège.
00:04:59Il se souvenait de la dernière nuit passée ensemble. Une tentative désespérée de recoller les morceaux, juste avant qu'il ne s'envole pour sa nouvelle vie à New York, puis à Londres.
00:05:10Une tentative qui avait échoué misérablement. C'était il y a... cinq ans et trois mois.
00:05:16Il se redressa. Non, ce n'était pas possible.
00:05:19Il secoua la tête, essayant de chasser la folie qui s'installait.
00:05:23Les bébés n'étaient pas les siens.
00:05:25Louise avait rencontré quelqu'un. Elle avait refait sa vie.
00:05:28C'était la seule explication logique.
00:05:30Mais il ne pouvait pas s'empêcher de scanner les traits des nourrissons endormis.
00:05:34Ils étaient trop petits pour qu'ils puissent vraiment distinguer quoi que ce soit,
00:05:38mais l'un d'eux avait un petit nez retroussé, une petite faussette dans le menton.
00:05:43Exactement comme...
00:05:44« Gabriel, tu m'écoutes ? »
00:05:46« Oui ou non ? »
00:05:47La voix d'Inès était devenue dure, cassant l'enchantement terrifiant dans lequel il était plongé.
00:05:52Il se tourna vers elle, son cœur battant la chamade.
00:05:55« Pardon, Inès, le stress du travail. Qu'est-ce que tu disais ? »
00:05:59« Je disais que Madame Dubois insiste pour que nous utilisions ses invitations en papier de riz.
00:06:04Et je disais que tu as l'air de voir un fantôme.
00:06:07Tu es blanc. »
00:06:08Elle fronça les sourcils, scrutant son visage.
00:06:11Il sourit, un effort qui lui tira les muscles du visage.
00:06:14« Non, non, juste un flash, un peu de fatigue. »
00:06:20Il regarda à nouveau par la fenêtre.
00:06:22Louise était arrivée sur le trottoir d'en face, luttant avec la poussette pour monter la petite bordure.
00:06:27Elle s'éloignait maintenant, se dirigeant vers une petite rue latérale,
00:06:31celle où il y avait une boulangerie qu'ils aimaient bien, à l'époque.
00:06:34Le feu passa au vert.
00:06:36Les klaxons se firent entendre immédiatement, agressifs, derrière la Bentley.
00:06:40« Vas-y, Gabriel ! » lança Inès, impatiente.
00:06:44Il n'arrivait pas à appuyer sur l'accélérateur.
00:06:47Ses muscles étaient tendus, figés.
00:06:49Il voulait la rattraper.
00:06:51Il voulait descendre, courir vers elle et exiger une explication.
00:06:55Même si cette explication le détruisait.
00:06:58Non, c'était ridicule.
00:07:00C'était Louise.
00:07:01L'idée qu'elle ait pu cacher une grossesse et la naissance de jumeaux pendant cinq ans était absurde.
00:07:07Elle n'aurait jamais fait ça.
00:07:08Elle était honnête, parfois brutalement.
00:07:11Mais le doute, cette petite graine empoisonnée, venait d'être plantée.
00:07:15« Gabriel, qu'est-ce qui t'arrive ? On va provoquer un accident. »
00:07:18Inès avait une note d'alarme dans la voix.
00:07:21Il obéit enfin.
00:07:22Il appuya sur l'accélérateur, la voiture s'élançant dans le flux de la circulation.
00:07:27Il jeta un dernier coup d'œil dans son rétroviseur latéral.
00:07:30Louise et la poussette double avaient disparu dans l'ombre des immeubles haussmanniens.
00:07:34Le reste du trajet, jusqu'à leur appartement dans le 16e, fut un brouillard.
00:07:39Gabriel répondait par monosyllabes aux questions d'Inès, le cerveau en surchauffe.
00:07:44Il revoyait la scène en boucle, la poussette noire, les deux petits bonnets et les yeux fatigués de Louise.
00:07:50Quand ils arrivèrent dans l'élégant hall de leur immeuble, Inès, visiblement agacée par son silence, s'arrêta dans l'ascenseur.
00:07:58« Vraiment, Gabriel. Tu es distant depuis que nous avons quitté le bureau. C'est à cause de la réunion de demain ? »
00:08:04Il la regarda. Inès était belle, oui. Mais elle était si éloignée de ce qu'il venait de voir.
00:08:10La simplicité, la rudesse de la vie de Louise contrastaient violemment avec les pivoines hollandaises d'Inès.
00:08:16« Non, ce n'est pas le travail, dit-il, sa voix étonnamment calme. J'ai cru voir quelqu'un que je connaissais. Quelqu'un du passé. »
00:08:25Inès haussa un sourcil. « Ah oui ? Qui donc ? Une ancienne conquête ? Son ton était léger, mais il y avait une pointe d'acier.
00:08:33Inès ne supportait pas la concurrence, même historique. Non. Une amie. » Il mentit sans effort.
00:08:40« Une ancienne collègue de l'université. Elle avait l'air d'avoir des ennuis. Eh bien, si elle avait des ennuis, elle n'avait qu'à mieux gérer sa vie, »
00:08:49rétorqua Inès, tournant les talons pour sortir de l'ascenseur. « Nous avons une dégustation de vin ce soir. Essaie de te ressaisir, s'il te plaît. »
00:08:57Une fois dans leur salon immaculé, Gabriel se dirigea vers le large balcon, dominant les toits de Paris. Il ne pouvait pas se ressaisir.
00:09:05La vision de Louise le hantait. Il prit son téléphone, le déverrouilla, et ouvrit l'application de navigation.
00:09:12Il entra à l'adresse approximative de l'endroit où il avait vu Louise disparaître. C'était le quartier du premier arrondissement, pas très loin de son ancien studio.
00:09:20Il devait savoir. Même si l'idée était folle, même si cela risquait de faire exploser sa vie parfaitement ordonnée, ses bébés, ses jumeaux,
00:09:29il se rappela une conversation qu'il avait eue avec Louise des années auparavant.
00:09:33Ils étaient que dans un café. Ils parlaient de sa future carrière. Elle parlait de ses rêves.
00:09:39Elle avait dit avec ce sourire sincère qui le désarmait, « Un jour, j'aurai une famille, et ce sera la chose la plus importante.
00:09:47Je ne laisserai rien ni personne me l'enlever. »
00:09:49À l'époque, il avait pensé qu'il serait ce quelqu'un. Il avait pensé que sa carrière serait leur fondation.
00:09:55Elle avait pensé que leur amour serait leur fondation.
00:09:58Il n'avait jamais réussi à s'accorder sur la structure du bâtiment.
00:10:01Gabriel sentit une poussée d'adrénaline. Il ne pouvait pas laisser ça en l'état.
00:10:06Pas maintenant qu'il avait vu son visage fatigué.
00:10:09Non seulement elle avait refait sa vie, mais elle semblait lutter.
00:10:12Et si, par un horrible coup du destin, ses enfants, il se tourna vers Inès qui était déjà en train de passer un appel concernant le plan de table.
00:10:20« Inès, j'ai un imprévu, » dit-il, coupant court à sa conversation.
00:10:24Elle raccrocha exaspérée. « Quoi, mais la dégustation ? Monsieur Dubois arrive dans quarante minutes.
00:10:30Je dois retourner au bureau. Quelque chose est tombé à l'eau avec l'accord Singapour.
00:10:35Je dois gérer ça personnellement. Je serai de retour tard. »
00:10:38Le mensonge était facile. C'était sa langue maternelle.
00:10:42Inès le regarda avec suspicion.
00:10:44« L'accord Singapour ? Tu ne peux pas laisser Arthur s'en occuper ? »
00:10:48« Non, c'est délicat. Je suis désolé, chéri. »
00:10:51Dis à Dubois que nous avons été retenus par une urgence.
00:10:54Il prit sa veste et ses clés de voiture, évitant de croiser son regard.
00:10:59« Gabriel, c'est la troisième fois cette semaine que tu me poses un lapin pour des raisons professionnelles. »
00:11:05Il était déjà à la porte.
00:11:06« Je me rattraperai, je te le promets. »
00:11:08Il n'attendit pas sa réponse.
00:11:10Il descendit les escaliers de service, évitant l'ascenseur pour ne pas perdre une seconde.
00:11:15Il devait retourner à cet endroit immédiatement.
00:11:18Il devait vérifier qui était le père de ses jumeaux.
00:11:21Il devait s'assurer que l'ombre de son passé ne venait pas de prendre la forme de deux bébés.
00:11:26Il sortit de l'immeuble, ignora son chauffeur et monta dans la Bentley qu'il avait laissée au parking.
00:11:32Il tapa l'adresse dans le GPS, le cœur battant à un rythme insensé.
00:11:36La vérité, c'est qu'il avait peur.
00:11:38Peur non pas de ce que cela ferait à son mariage, mais peur de ce que cela ferait à lui.
00:11:43Si ses enfants étaient les siens, alors la vie qu'il avait construite n'était qu'une façade.
00:11:48Fondée sur une absence qu'il avait lui-même créée.
00:11:51Il roula vite, trop vite pour les rues parisiennes, ignorant les avertissements du GPS.
00:11:56Il arriva à l'intersection où il avait vu Louise environ quinze minutes plus tard.
00:12:01La foule était moins dense maintenant.
00:12:03Le soleil commençait à se coucher, jetant de longues ombres sur les façades.
00:12:07Il gara la voiture sur une place interdite.
00:12:10Il s'en moquait, il paierait l'amende.
00:12:11Il sortit, ses sens en alerte.
00:12:14Il se dirigea vers la petite rue latérale où il l'avait vu tourner.
00:12:18C'était une rue calme, bordée de petits commerces et d'immeubles résidentiels.
00:12:23Il y avait le bruit lointain des rires d'enfants jouant dans un parc
00:12:26et l'odeur familière de pain frais provenant de la boulangerie.
00:12:30Il ralentit le pas.
00:12:31Il ne savait pas ce qu'il cherchait exactement.
00:12:33Un signe ? Un autre aperçu ?
00:12:36Il arriva devant la boulangerie.
00:12:38Un homme d'une cinquantaine d'années, avec une moustache épaisse,
00:12:41était en train de fermer la grille.
00:12:43Gabriel se força à adopter un air décontracté.
00:12:46« Bonsoir, » dit Gabriel.
00:12:48Le boulanger le regarda, l'air fatigué.
00:12:51« Bonsoir. »
00:12:52« C'est fermé, monsieur. »
00:12:53« Oui, je vois. Je cherchais une amie.
00:12:56Elle habite par ici, je crois. »
00:12:57Une femme avec une très grande poussette double.
00:13:01Le boulanger haussa les épaules.
00:13:03« Ah ! La petite Louise. »
00:13:05« Oui, elle habite l'immeuble juste après. »
00:13:07Il pointa du doigt un bâtiment ancien avec des balcons en fer forgé.
00:13:11Le cœur de Gabriel fit un bond.
00:13:13C'était bien elle.
00:13:14« Merci. »
00:13:15« Vous savez, elle va bien ? »
00:13:17demanda Gabriel, essayant de dissimuler l'urgence dans sa voix.
00:13:21Le boulanger soupira.
00:13:22« Elle se démène, la pauvre. »
00:13:24« Deux bébés, toutes seules. Ce n'est pas facile. »
00:13:27Le monde s'arrêta une seconde fois.
00:13:29« Toute seule. »
00:13:30« Toute seule ? » répéta Gabriel.
00:13:32Sentant le sang se retirer de son visage.
00:13:35« Ouais ! » répondit le boulanger, balayant le trottoir.
00:13:38« Le père. »
00:13:39« Jamais vu. »
00:13:40« Elle est arrivée ici il y a quelques mois. »
00:13:42« Elle est courageuse, cette petite. »
00:13:45« Elle travaille. »
00:13:46« Elle s'occupe de ses petits. »
00:13:47« Une vraie battante. »
00:13:49Gabriel hocha la tête, incapable de parler. »
00:13:52« Elle avait confirmé la pire de ses peurs. »
00:13:59« Les jumeaux n'étaient pas seulement le résultat de la dernière nuit passée ensemble, mais une conséquence directe de sa fuite. »
00:14:05« Cinq ans et trois mois. »
00:14:07« La chronologie était terrifiante. »
00:14:14« Un immeuble simple, sans concierge. »
00:14:16« Le genre d'endroit où les gens vivaient vraiment. »
00:14:18« Sans la protection glacée des immeubles de luxe du 16e. »
00:14:22« Il se sentit soudain petit, nu, exposé. »
00:14:25Le costume coûteux qu'il portait semblait ridicule dans cette rue.
00:14:28Il fit quelques pas en direction de l'entrée.
00:14:31Il arriva à la porte cochère.
00:14:33Il y avait une série d'interphones.
00:14:34Il chercha les noms.
00:14:36Il y avait un nom inscrit au troisième étage.
00:14:38Elle, Dubois.
00:14:40Dubois.
00:14:41Pas le moine, pas Martin.
00:14:43Dubois.
00:14:44C'était plausible.
00:14:45Elle aurait pu garder son nom de jeune fille.
00:14:48Il leva la main pour appuyer sur l'interphone.
00:14:50Il allait appuyer.
00:14:51Il allait dire « C'est Gabriel. »
00:14:54« Je t'ai vu. »
00:14:54« On doit parler. »
00:14:56Mais sa main trembla.
00:14:57Parler de quoi ?
00:14:58De deux bébés qu'elle avait manifestement choisis de cacher à son ancien amour,
00:15:02celui qu'il avait quitté pour une vie plus grande ?
00:15:05Et s'il se trompait, s'ils n'étaient pas les siens,
00:15:08il aurait juste fait irruption dans sa nouvelle vie,
00:15:11celle qu'elle avait construite péniblement,
00:15:13pour lui jeter le trouble et la confusion.
00:15:15Mais l'idée qu'elle soit seule, qu'elle lutte,
00:15:17alors que lui dépensait des fortunes pour des pivoines importées,
00:15:21lui tordait l'estomac.
00:15:22Il retira sa main.
00:15:23Il ne pouvait pas l'affronter ce soir.
00:15:26Pas sans un plan.
00:15:27Pas sans savoir exactement ce qu'il cherchait.
00:15:30Il recula, se dirigeant vers sa voiture, le cerveau hurlant.
00:15:34Il devait savoir si ses enfants étaient un des siens.
00:15:36Et s'il l'était, il devait savoir pourquoi elle ne lui avait rien dit.
00:15:40Gabriel remonta dans la Bentley.
00:15:42Il regarda le numéro de l'immeuble.
00:15:44Il le mémorisa.
00:15:46Il mémorisa le nom sur l'interphone.
00:15:48Il mit le contact, mais resta immobile.
00:15:50Il avait Inès, un mariage dans trois mois, une réputation en acier.
00:15:56Et maintenant, il avait Louise, seule, avec deux bébés dont il pourrait être le père.
00:16:01Il prit une décision rapide, brutale, la seule qu'il savait prendre quand il était acculé.
00:16:07Il allait enquêter.
00:16:08Il allait découvrir la vérité, sans que Louise ne sache qu'il était revenu dans sa vie.
00:16:13Il avait les moyens de le faire.
00:16:14Il avait les ressources.
00:16:15Il devait le faire avant que le mariage avec Inès ne scelle définitivement son destin.
00:16:21Il ne pouvait pas épouser une femme tout en ignorant qu'il était peut-être déjà le père de jumeaux.
00:16:25Il quitta la rue, laissant derrière lui l'odeur du pain frais et l'ombre d'une vie qu'il avait refusée cinq ans auparavant.
00:16:32Il savait que, dès cet instant, tout avait changé.
00:16:36Le plan de table, les pivoines, la corde de Singapour, tout n'était que du bruit.
00:16:40Maintenant, il n'y avait plus que Louise et les deux petits bonnets bleus.
00:16:45Il devait agir vite, très vite.
00:16:47La Bentley filait dans les rues du 16e arrondissement, silencieuse, comme un sarcophage de cuir noir.
00:16:54Gabriel sentait la pression lui marteler les tempes.
00:16:56Il avait menti à Inès pour l'accord de Singapour, un mensonge tellement routinier qu'il l'avait prononcé sans même y penser.
00:17:04Mais cette fois, le mensonge n'était pas pour l'argent ou le pouvoir.
00:17:07C'était pour une petite rue latérale, l'odeur du pain frais et l'existence solitaire de Louise.
00:17:13Il gara la voiture dans le parking souterrain, évitant le voiturier.
00:17:17Il n'avait pas le temps de jouer le rôle du magnate décontracté.
00:17:20Il lui fallait un plan et il lui fallait une discrétion absolue.
00:17:24En montant dans l'ascenseur privé, il essaya de se préparer mentalement à affronter Inès.
00:17:30Elle allait être furieuse.
00:17:32Elle tenait à ses soirées mondaines avec une ferveur presque religieuse.
00:17:35Le dîner avec les Dubois, ce n'était pas juste une dégustation de vin.
00:17:39C'était une étape dans leur ascension sociale mutuelle.
00:17:43Il entra dans l'appartement.
00:17:45L'air était froid, parfumé d'une légère odeur de lisse.
00:17:48Les fleurs préférées d'Inès parfaitement arrangées sur la table basse en verre.
00:17:52Inès n'était plus dans le salon.
00:17:54Il l'entendit dans le bureau, parlant fort au téléphone.
00:17:58« Oui, Madame Dubois, je suis absolument désolé.
00:18:00Gabriel a été retenu par une urgence catastrophique à Singapour.
00:18:04Vous savez ce que c'est ? La finance mondiale ? »
00:18:07Elle utilisait ce ton de voix mielleux et condescendant qu'il détestait.
00:18:11Celui qu'elle réservait aux excuses qu'elle jugeait indignes de son temps.
00:18:15Elle raccrocha avec un claquement sec et apparut dans l'embrasure de la porte,
00:18:20les bras croisés, vêtus d'une robe de cocktail noir, impeccable.
00:18:24« Catastrophique, vraiment ? » demanda-t-elle, son regard le transperçant.
00:18:29« Quel genre de catastrophe nécessite que tu laisses ta fiancée annuler le dîner à la dernière minute, Gabriel ? »
00:18:34Il jeta ses clés sur la console en marbre.
00:18:37« C'est une question de licence, Inès.
00:18:39Si nous perdons Singapour, nous perdons une partie critique de l'Asie du Sud-Est.
00:18:43C'était une réunion imprévue avec le cabinet d'avocats.
00:18:46Tu aurais pu appeler avant.
00:18:47Tu aurais pu envoyer Arthur. »
00:18:49Elle marcha vers lui, le visage durci.
00:18:51« Je sais quand tu mens, Gabriel.
00:18:53Tu es trop bon pour mentir sur les petites choses,
00:18:56mais tu es transparent sur les grandes.
00:18:58Tu n'as pas l'air stressé par Singapour.
00:19:00Tu as l'air ailleurs. »
00:19:02Il ne pouvait pas lui dire la vérité.
00:19:04Jamais.
00:19:05La vérité aurait fait exploser sa vie en mille morceaux.
00:19:08Et Inès, même si elle n'aimait pas la concurrence historique,
00:19:12aurait surtout détesté le désordre.
00:19:14Le désordre était son ennemi juré.
00:19:17« Je suis fatigué, Inès, » dit-il,
00:19:19utilisant la fatigue comme un bouclier.
00:19:21« La pression est immense.
00:19:23Je te promets que je me rattraperai.
00:19:25Demain, nous irons déjeuner chez Jules Verne. »
00:19:28Il savait que la promesse d'un déjeuner extravagant
00:19:30était suffisante pour temporiser.
00:19:32Elle aimait le luxe.
00:19:34Elle aimait l'effort qu'il faisait pour elle.
00:19:36Elle hésita.
00:19:37« Tu as vraiment l'intention de travailler toute la nuit ? »
00:19:40« J'ai des appels à passer, oui. »
00:19:41Il se dirigea vers son bureau,
00:19:43un espace de travail minimaliste
00:19:45où les écrans plats dominaient les murs.
00:19:47Il ferma la porte derrière lui.
00:19:49Il n'alluma pas les lumières principales,
00:19:51préférant la faible lueur des écrans en veille.
00:19:54Il ne pouvait pas se fier à ses contacts professionnels habituels.
00:19:58Ils étaient trop liés à Inès et à leur cercle social.
00:20:01Il avait besoin de quelqu'un qui opérait dans l'ombre,
00:20:03quelqu'un qui s'occupait des affaires familiales,
00:20:06des secrets bien enfouis,
00:20:08des choses que l'argent pouvait acheter,
00:20:10mais que la lumière du jour ne pouvait pas toucher.
00:20:12Il prit son téléphone crypté,
00:20:15celui qu'il n'utilisait que pour les communications sensibles.
00:20:18Il composa un numéro qu'il n'avait pas appelé depuis des années.
00:20:21Maître Arthur Dubois.
00:20:23Non, pas le même Dubois que le dîner annulé.
00:20:26Maître Arthur était son avocat personnel,
00:20:29l'homme qui avait géré le divorce de ses parents
00:20:31et quelques acquisitions immobilières opaques.
00:20:33Il était vieux, discret,
00:20:36et surtout, il était cher.
00:20:38La ligne sonna deux fois,
00:20:40puis une voix rauque répondit.
00:20:41« Gabriel, c'est inattendu.
00:20:44J'espère que ce n'est pas votre mère
00:20:45qui a encore décidé de vendre la maison de campagne.
00:20:48Bonsoir, Arthur.
00:20:50Non, rien de si simple, malheureusement.
00:20:52J'ai besoin de vos services immédiatement
00:20:54et dans la plus grande confidentialité.
00:20:57Je vous écoute.
00:20:58Mon tarif de nuit commence à 50 000 euros l'heure.
00:21:01Gabriel sourit faiblement.
00:21:03Il aimait l'honnêteté d'Arthur.
00:21:05Je cherche une femme, Arthur,
00:21:07une ancienne connaissance.
00:21:09Elle vit dans le premier arrondissement.
00:21:10Son nom est Louise Dubois.
00:21:13Il entendit Arthur prendre une note
00:21:14de l'autre côté de la ligne.
00:21:16Dubois.
00:21:17D'accord.
00:21:18Que voulez-vous savoir ?
00:21:19Je veux tout savoir.
00:21:20Son historique de résidence
00:21:22des cinq dernières années.
00:21:23Son emploi actuel, ses finances.
00:21:26Et surtout, Arthur,
00:21:27et c'est là que ça se complique.
00:21:29Je veux tout savoir sur ses enfants.
00:21:31Il marqua une pause.
00:21:32La gorge sèche.
00:21:34Elle a des jumeaux.
00:21:35Je veux les dates de naissance précises.
00:21:37Et je veux le nom du père
00:21:38figurant sur l'acte de naissance.
00:21:40Un long silence s'installa.
00:21:42Arthur n'était pas facilement choqué.
00:21:44Mais cette requête sortait de l'ordinaire.
00:21:47C'est délicat, Gabriel.
00:21:48Les actes de naissance sont protégés.
00:21:51On ne peut pas simplement
00:21:51les demander à la mairie de Paris.
00:21:54Je sais.
00:21:54C'est pourquoi je vous appelle.
00:21:56Trouvez le moyen.
00:21:57Si vous devez passer par des réseaux
00:21:59moins conventionnels,
00:22:01faites-le.
00:22:02Je paierai ce qu'il faut.
00:22:03Mais j'ai besoin de cette information
00:22:05dans les 48 heures.
00:22:06Et personne, surtout pas Inès,
00:22:08ne doit savoir que cette femme existe.
00:22:11Vous voulez une enquête de filiation, en somme ?
00:22:13Résuma Arthur,
00:22:14la voix redevenue professionnelle, froide.
00:22:16Je commence immédiatement.
00:22:18Mais sachez que si le père n'est pas désigné,
00:22:21l'information sera difficile à obtenir
00:22:23sans contact direct avec la mère.
00:22:25Faites de votre mieux, Arthur.
00:22:27Je vous enverrai les coordonnées précises
00:22:29de son immeuble.
00:22:30Gabriel raccrocha.
00:22:31Il se laissa tomber sur sa chaise,
00:22:33le cœur battant.
00:22:34Il avait mis en mouvement une machine
00:22:36qui ne pouvait pas s'arrêter.
00:22:38Il venait d'ouvrir une boîte de Pandore
00:22:39avec un chèque en blanc.
00:22:41Pendant que Gabriel planifiait
00:22:42la destruction potentielle de sa propre vie,
00:22:45Louise était réveillée depuis 4 heures du matin.
00:22:48La nuit, dans le petit appartement
00:22:50du premier arrondissement,
00:22:52était une succession de bruits faibles
00:22:53et d'urgences silencieuses.
00:22:55Le sommeil était un luxe
00:22:56qu'elle ne pouvait pas se permettre.
00:22:58Elle était assise sur le bord du canapé-lit
00:23:01« La tête entre les mains ».
00:23:03Dans le coin, les deux berceaux étaient collés
00:23:05l'un à l'autre,
00:23:06formant un petit îlot de chaos organisé.
00:23:09Raphaël et Nathan.
00:23:10Les jumeaux.
00:23:11Ils avaient maintenant 4 mois
00:23:13et une énergie qui défiait les lois
00:23:15de la physique et du sommeil maternel.
00:23:17Louise avait vu le soleil se lever,
00:23:19un mince rayon de lumière se glissant
00:23:21entre les rideaux bon marché.
00:23:23Elle s'était levée,
00:23:24avait réchauffé les biberons,
00:23:25changé les couches
00:23:26et avait ensuite passé une heure
00:23:28à essayer de travailler
00:23:29sur son ordinateur portable
00:23:30tout en berçant l'un des deux garçons,
00:23:33Raphaël,
00:23:34qui refusait de se rendormir.
00:23:36Sa vie n'était plus la sienne.
00:23:38Elle était celle de deux petits dictateurs
00:23:39qui exigeaient d'elle
00:23:40une attention constante.
00:23:42Elle repensa à la scène de la veille.
00:23:44Traverser la rue de Rivoli
00:23:46avec la poussette double
00:23:47était un exploit olympique.
00:23:49Les voitures,
00:23:50les klaxons,
00:23:50les regards agacés des Parisiens.
00:23:52Elle se souvenait d'avoir vu
00:23:53une Bentley noire s'arrêter juste devant elle,
00:23:56la vitre teintée comme un miroir.
00:23:58Elle s'était dit
00:23:59« Tiens,
00:24:00voilà le genre de voiture
00:24:01que Gabriel conduisait. »
00:24:03Le souvenir de Gabriel
00:24:04était désormais une douleur sourde,
00:24:06lointaine,
00:24:07comme une vieille blessure
00:24:08qui ne saignait plus,
00:24:09mais qui tirait
00:24:10quand le temps changeait.
00:24:11Elle avait passé
00:24:12les cinq dernières années
00:24:13à reconstruire sa vie
00:24:14après le cataclysme
00:24:16de leur rupture.
00:24:17Elle avait quitté son emploi
00:24:18pour se lancer en freelance
00:24:19dans le design graphique.
00:24:21Elle avait trouvé cet appartement
00:24:22et elle avait finalement compris
00:24:24qu'elle n'avait besoin de personne
00:24:25pour être heureuse.
00:24:27Quand elle avait découvert
00:24:28qu'elle était enceinte,
00:24:30quelques semaines après
00:24:30cette dernière nuit chaotique,
00:24:33elle avait d'abord paniqué.
00:24:35Puis,
00:24:35quand le médecin lui avait annoncé
00:24:36qu'il y en avait deux,
00:24:38elle avait ri.
00:24:39Un rire hystérique et amer.
00:24:41Elle avait pris la décision
00:24:42la plus difficile de sa vie.
00:24:44Elle ne dirait rien à Gabriel.
00:24:46Pourquoi ?
00:24:47Parce que le Gabriel
00:24:48qu'elle avait aimé
00:24:48était mort,
00:24:50remplacé par une machine
00:24:51à faire de l'argent obsédé
00:24:52par Wall Street
00:24:53et les dîners de gala.
00:24:55Il l'avait quitté
00:24:55pour sa carrière.
00:24:57Elle ne voulait pas
00:24:57qu'il revienne par devoir
00:24:58ou pire,
00:24:59qu'il essaie de s'approprier
00:25:00ses enfants
00:25:01comme une nouvelle acquisition
00:25:03de prestige.
00:25:04Ses fils étaient son trésor,
00:25:06sa seule et unique responsabilité.
00:25:09Elle les élèverait seules,
00:25:10comme le boulanger
00:25:11l'avait si bien dit.
00:25:12Elle était une battante.
00:25:14Elle s'était forcée
00:25:15à ne plus penser à lui.
00:25:16Pourtant, parfois,
00:25:17en regardant Nathan,
00:25:18elle voyait le petit pli de peau
00:25:20juste sous son oeil
00:25:21quand il riait.
00:25:23Exactement le même
00:25:23que Gabriel
00:25:24quand il se moquait
00:25:25gentiment d'elle.
00:25:27Elle chassait ses pensées
00:25:28avec la férocité
00:25:29d'une mère.
00:25:30Le petit Raphaël
00:25:30finit par s'endormir,
00:25:31son minuscule corps
00:25:32relâché contre la poitrine
00:25:34de Louise.
00:25:35Elle le déposa délicatement
00:25:36dans le berceau.
00:25:37Elle avait une heure
00:25:38avant que le chaos
00:25:39ne reprenne.
00:25:40Une heure pour se doucher,
00:25:41boire un café froid
00:25:42et essayer de répondre
00:25:43à quelques e-mails urgents.
00:25:45Elle se dirigea
00:25:45vers la cuisine,
00:25:46passant devant la petite table
00:25:48où ses factures
00:25:49s'amoncelaient.
00:25:50L'argent était serré,
00:25:51terriblement serré.
00:25:53Elle devait payer
00:25:53le loyer,
00:25:54les couches,
00:25:55un budget astronomique
00:25:56et elle devait trouver
00:25:57une solution pour la crèche.
00:25:59La liste d'attente
00:26:00était interminable.
00:26:01Elle soupira.
00:26:02Elle était épuisée,
00:26:04mais elle tenait bon.
00:26:05Elle était en vie
00:26:06et elle était une mère.
00:26:07C'était tout ce qui comptait.
00:26:09Pendant ce temps,
00:26:10à des kilomètres de là,
00:26:11dans le luxe feutré
00:26:12de son bureau,
00:26:13Gabriel ne dormait pas non plus.
00:26:14Il était en contact permanent
00:26:16avec Arthur,
00:26:17qui avait mis
00:26:18toutes ses ressources
00:26:19sur l'affaire.
00:26:20Arthur l'appela à l'aube,
00:26:21alors que le ciel parisien
00:26:23passait du gris-perle
00:26:24au bleu pâle.
00:26:25« Gabriel,
00:26:25j'ai une première information.
00:26:27La voix d'Arthur
00:26:28était basse,
00:26:29professionnelle.
00:26:30J'ai confirmé l'adresse
00:26:31et le nom.
00:26:32Louise Dubois,
00:26:33bien dans le premier.
00:26:34Elle est enregistrée
00:26:35comme graphiste indépendante.
00:26:37Ses revenus sont modestes.
00:26:38Et les enfants ? »
00:26:39demanda Gabriel,
00:26:40le souffle court.
00:26:41« J'ai fait jouer
00:26:42quelques relations
00:26:43à l'hôpital
00:26:44où elle a accouché,
00:26:45il y a quatre mois.
00:26:46Quatre mois.
00:26:47La chronologie
00:26:48était presque parfaite.
00:26:49C'était une naissance
00:26:50prématurée,
00:26:51mais les enfants vont bien.
00:26:53C'est l'essentiel. »
00:26:54Arthur marqua
00:26:55une pause significative.
00:26:57Le nom du père,
00:26:58Gabriel,
00:26:59il n'y en a pas.
00:27:00L'espace est vide
00:27:01sur les documents officiels.
00:27:03Elle a déclaré
00:27:04les enfants
00:27:04sous son seul nom.
00:27:06Le cœur de Gabriel
00:27:06fit un bond
00:27:07d'une joie perverse
00:27:08et d'une horreur profonde.
00:27:10Seul.
00:27:11Elle avait choisi
00:27:12d'être seule.
00:27:13Elle avait choisi
00:27:14de ne pas lui demander d'aide.
00:27:16Est-ce que cela signifie
00:27:17qu'elle ne l'a pas déclaré
00:27:18ou qu'elle ne sait pas
00:27:19qui il est ?
00:27:20Non, Gabriel.
00:27:22Cela signifie
00:27:22qu'elle a choisi
00:27:23de ne pas le nommer.
00:27:25C'est son droit.
00:27:26Elle est légalement
00:27:27la seule responsable.
00:27:28Cela complique énormément
00:27:29la recherche de filiation
00:27:31par voies administratives.
00:27:33Et si le père était moi ?
00:27:34Si c'est le cas
00:27:35et si elle refuse
00:27:36de vous reconnaître,
00:27:37la seule façon
00:27:38de le prouver
00:27:38est de procéder
00:27:40à un test ADN.
00:27:42Et pour cela,
00:27:43vous avez besoin
00:27:43de son consentement
00:27:44ou d'un prélèvement discret.
00:27:47Gabriel se leva
00:27:47et marcha dans son bureau.
00:27:49Un prélèvement discret.
00:27:51C'était la seule voie.
00:27:52Il ne pouvait pas se montrer.
00:27:54S'il se montrait,
00:27:55il perdait toute chance
00:27:56de contrôler la situation
00:27:57avec Inès et la presse.
00:27:59Arthur, pouvez-vous organiser
00:28:00un prélèvement discret ?
00:28:03Je peux organiser
00:28:03le laboratoire.
00:28:05Mais le prélèvement,
00:28:06c'est une opération délicate.
00:28:08Il faut un échantillon
00:28:09de l'ADN des enfants
00:28:10et un échantillon
00:28:11de l'ADN de la mère
00:28:13pour une comparaison
00:28:13de lignées.
00:28:14Non, pas la mère.
00:28:16Seulement les enfants
00:28:17et moi.
00:28:18C'est suffisant
00:28:18si nous avons
00:28:19une correspondance
00:28:20de 99%
00:28:21et 99%.
00:28:22Légalement, oui.
00:28:24Mais comment comptez-vous
00:28:25obtenir l'ADN
00:28:26de nourrisson
00:28:27sans qu'elle le sache ?
00:28:28Ce n'est pas un cheveu
00:28:29sur un oreiller, Gabriel.
00:28:31Il faut un coton-tige
00:28:32dans la bouche
00:28:32ou une couche usagée.
00:28:35Gabriel sentit un frisson
00:28:36parcourir son dos.
00:28:37Il était en train
00:28:38de planifier
00:28:39une effraction biologique.
00:28:41Je vais m'en occuper, Arthur.
00:28:42Préparez l'équipe
00:28:43pour l'analyse.
00:28:44Je vous apporterai
00:28:45l'échantillon.
00:28:46Il raccrocha.
00:28:47Les mains moites.
00:28:48Il devait retourner
00:28:49dans cette rue du premier.
00:28:51Il devait trouver
00:28:51un moyen de s'approcher
00:28:52de ses bébés
00:28:53sans que Louise le voit.
00:28:55La journée passa
00:28:55dans un flou de réunions
00:28:57qu'il gérait
00:28:57par téléphone.
00:28:58L'esprit ailleurs.
00:29:00Inès, satisfaite
00:29:01de sa promesse
00:29:02de déjeuner
00:29:03chez Jules Verne,
00:29:04était repartie
00:29:05à ses préparatifs
00:29:05de mariage.
00:29:07Elle était dans son élément
00:29:08comparant les nuances
00:29:09de blanc cassé.
00:29:10Gabriel, lui,
00:29:12était en train
00:29:12de devenir un fantôme.
00:29:14Le soir,
00:29:15il inventa
00:29:15une autre excuse
00:29:16pour s'éclipser.
00:29:18Un dîner de travail tardif
00:29:19avec un investisseur asiatique.
00:29:21Il changea de voiture.
00:29:23Il laissa la Bentley
00:29:23au garage
00:29:24et prit son Audi A6,
00:29:26moins voyante.
00:29:27Il s'habilla
00:29:28de vêtements sombres,
00:29:29plus discrets,
00:29:31loin de ses costumes
00:29:31de haute couture.
00:29:33Il se sentait ridicule,
00:29:35comme un détective
00:29:35de série B.
00:29:36Mais l'urgence
00:29:37l'emportait sur la honte.
00:29:39Il revint
00:29:39dans le premier arrondissement.
00:29:41La nuit était tombée
00:29:42et la rue
00:29:43était plus calme.
00:29:44Il gara l'Audi
00:29:45à l'angle,
00:29:46observant l'immeuble
00:29:47de Louise.
00:29:48Il y avait de la lumière
00:29:49au troisième étage,
00:29:50une faible lueur jaune.
00:29:52Il se souvenait
00:29:52de l'appartement.
00:29:53Il était petit,
00:29:55mal isolé.
00:29:56Il se souvenait
00:29:57des bruits de la rue,
00:29:58des voisins.
00:29:59Il se souvenait
00:29:59d'eux,
00:30:00Louise et lui,
00:30:01dans ce lit trop petit,
00:30:02rêvant de choses
00:30:03qui ne s'étaient jamais
00:30:04produites.
00:30:05Il resta assis
00:30:05pendant une heure,
00:30:07observant.
00:30:08Il remarqua
00:30:08un détail crucial,
00:30:10la poubelle.
00:30:11Les poubelles
00:30:11de l'immeuble
00:30:12étaient sorties
00:30:12tous les soirs,
00:30:13vers 22 heures,
00:30:14juste avant
00:30:15le passage
00:30:15des éboueurs.
00:30:17Et dans ce quartier,
00:30:18les poubelles
00:30:18étaient des conteneurs
00:30:20collectifs.
00:30:20Il attendit.
00:30:2222 heures 15.
00:30:24La porte cochère
00:30:24s'ouvrit.
00:30:25C'était une vieille dame,
00:30:27le visage fatigué
00:30:28qui sortait
00:30:28les sacs noirs.
00:30:30Elle les jeta
00:30:30dans les conteneurs.
00:30:32Gabriel attendit
00:30:32qu'elle rentre.
00:30:34Puis,
00:30:34il sortit
00:30:35de sa voiture.
00:30:36Il se dirigea
00:30:37vers les conteneurs,
00:30:38le cœur tambourinant.
00:30:39Il ne pouvait pas fouiller
00:30:40dans les ordures publiques.
00:30:42Ce n'était pas son style.
00:30:44Mais il ne pouvait
00:30:44pas faire autrement.
00:30:46Il avait besoin
00:30:46d'une couche.
00:30:47Il avait besoin
00:30:48de l'ADN des bébés.
00:30:49Il enfila une paire
00:30:50de gants fins
00:30:51qu'il avait mis
00:30:52dans sa poche.
00:30:53Il ouvrit
00:30:53le couvercle
00:30:54du conteneur.
00:30:55L'odeur était forte,
00:30:56typique de la poubelle
00:30:57parisienne un soir d'été.
00:30:59Il commença
00:30:59à fouiller,
00:31:00écartant les restes
00:31:01de nourriture
00:31:02et les emballages.
00:31:03C'était humiliant,
00:31:05dégoûtant.
00:31:06Gabriel Lemoyne,
00:31:06le golden boy
00:31:07de la finance,
00:31:08fouillant les poubelles
00:31:09pour trouver
00:31:10les preuves
00:31:10de sa paternité.
00:31:11Il trouva rapidement
00:31:12un sac en plastique
00:31:13transparent,
00:31:14différent des autres,
00:31:16rempli de petits objets.
00:31:17Il y avait
00:31:17des emballages
00:31:18de couches,
00:31:19des lingettes.
00:31:20Bingo !
00:31:21Il dénoia le sac.
00:31:22Il y avait
00:31:22plusieurs couches usagées,
00:31:24soigneusement roulées,
00:31:25mais il n'y avait
00:31:26pas de doute
00:31:26sur leur contenu biologique.
00:31:28Il en prit deux,
00:31:29les glissa dans un sac
00:31:30de prélèvement stérile
00:31:31qu'Arthur lui avait fourni
00:31:33et referma le sac
00:31:34en plastique
00:31:34de la poubelle.
00:31:36Il essuya les gants
00:31:37avec une lingette
00:31:37désinfectante
00:31:38et les jeta
00:31:39à la poubelle.
00:31:40Il retourna
00:31:41à l'audit,
00:31:42l'adrénaline pompant
00:31:43dans ses veines.
00:31:44Il avait l'ADN.
00:31:45Il conduisit directement
00:31:46au laboratoire
00:31:47qu'Arthur lui avait indiqué
00:31:48dans une zone industrielle
00:31:50discrète en banlieue.
00:31:51Le laboratoire
00:31:52était sombre,
00:31:53l'accueil froid.
00:31:55Il remit le sac stérile
00:31:56à un technicien silencieux.
00:31:58Le test
00:31:58de paternité standard,
00:32:00urgence maximale,
00:32:01je veux les résultats
00:32:02avant demain soir.
00:32:03Nous ferons
00:32:04de notre mieux,
00:32:05monsieur,
00:32:05répondit le technicien,
00:32:07indifférent.
00:32:08Gabriel retourna
00:32:09à Paris.
00:32:10Il était trois heures
00:32:11du matin.
00:32:11Il se sentait sale,
00:32:13épuisé,
00:32:13mais il avait
00:32:14une sensation
00:32:14de victoire.
00:32:16Il était sur le point
00:32:16de découvrir la vérité.
00:32:18Il se glissa
00:32:19dans son appartement,
00:32:20prit une longue douche
00:32:21pour effacer l'odeur
00:32:22des poubelles
00:32:22et de la panique
00:32:23et se coucha
00:32:24à côté d'Inès
00:32:25qui dormait profondément.
00:32:27Il ne dormit pas.
00:32:28Il fixa le plafond.
00:32:30Dans 48 heures,
00:32:31il saurait
00:32:32si ses deux petits bonnets
00:32:33bleus élevés
00:32:34seuls par Louise
00:32:35étaient les siens.
00:32:36Si c'était le cas,
00:32:37il allait devoir
00:32:38affronter Louise
00:32:38et il allait devoir
00:32:40affronter Inès.
00:32:41Le mariage était
00:32:42dans trois mois.
00:32:43Le compte à rebours
00:32:44venait d'atteindre zéro.
00:32:45Il se demanda
00:32:46si les enfants
00:32:47éternt les siens,
00:32:48comment Louise
00:32:49allait-elle réagir
00:32:50quand il apparaîtrait ?
00:32:51En colère,
00:32:52soulagée
00:32:53ou simplement indifférente,
00:32:55il avait tout
00:32:56abandonné pour sa carrière.
00:32:58Maintenant,
00:32:58sa carrière
00:32:59était le seul outil
00:33:00qu'il pouvait utiliser
00:33:01pour réparer
00:33:02le désastre
00:33:02que son ambition
00:33:03avait créé.
00:33:05Il n'y avait plus
00:33:05de retour en arrière
00:33:06possible.
00:33:07Il attendait
00:33:08les résultats.
00:33:09Il attendait
00:33:10le verdict
00:33:10de sa vie passée.
00:33:12Continua.
00:33:13Il se réveilla
00:33:14dans un silence relatif,
00:33:15seulement brisé
00:33:16par la respiration
00:33:17régulière d'Inès
00:33:18à côté de lui.
00:33:19La lumière grise
00:33:20de l'aube
00:33:20filtrait à travers
00:33:21les rideaux lourds
00:33:22de la chambre.
00:33:23Il jeta un coup d'œil
00:33:24à l'heure,
00:33:256h30,
00:33:27moins de trois heures
00:33:27de sommeil.
00:33:29Et pourtant,
00:33:30il se sentait
00:33:30étrangement alerte.
00:33:32L'adrénaline
00:33:33de la veille,
00:33:34le contact froid
00:33:35et dégoûtant
00:33:36avec les poubelles,
00:33:37le secret
00:33:38qu'il portait,
00:33:39tout cela
00:33:39le maintenait
00:33:40en éveil.
00:33:41Il se leva doucement,
00:33:42se dirigea
00:33:43vers son bureau
00:33:44et alluma
00:33:44son téléphone
00:33:45crypté.
00:33:46Aucune nouvelle
00:33:47d'Arthur.
00:33:48Le silence
00:33:48était pesant.
00:33:50Inès apparut
00:33:50une heure plus tard,
00:33:52fraîche et impeccable,
00:33:53vêtue d'un peignoir
00:33:54en soie.
00:33:55Elle avait déjà géré
00:33:56ses appels matinaux
00:33:57et lisait
00:33:58Le Figaro
00:33:59avec une tasse
00:34:00de thé vert.
00:34:01Elle ne semblait
00:34:01pas du tout perturbée
00:34:02par l'annulation
00:34:03de la veille,
00:34:04satisfaite sans doute
00:34:05par la promesse
00:34:05du déjeuner extravagant.
00:34:07« Bien dormi ? »
00:34:08demanda-t-elle
00:34:09sans lever les yeux
00:34:09de son journal.
00:34:11« Très bien, »
00:34:11mentit-il,
00:34:12se servant un café noir.
00:34:14« J'ai rappelé
00:34:14la fleuriste ce matin.
00:34:16Les pivoines d'Hollande
00:34:17s'est réglé.
00:34:18Mais je pense
00:34:18que nous devrions revoir
00:34:19le choix des vins.
00:34:20Le Bordeaux
00:34:21que tu as choisi
00:34:22est un peu prévisible. »
00:34:24Gabriel la regarda,
00:34:25essayant de se concentrer
00:34:26sur les vins prévisibles.
00:34:28C'était sa vie normale.
00:34:30Une vie
00:34:30où la plus grande catastrophe
00:34:31était un choix floral,
00:34:33ou oenologique inapproprié.
00:34:35« Fais ce que tu veux, Inès, »
00:34:37dit-il,
00:34:37sa voix distante.
00:34:39« Je te fais confiance. »
00:34:40Elle leva enfin les yeux.
00:34:42« Tu as l'air
00:34:42vraiment fatigué, Gabriel.
00:34:44Si Singapour
00:34:45est si terrible,
00:34:46pourquoi ne pas prendre
00:34:47un jet
00:34:47et gérer ça sur place ? »
00:34:49« Non,
00:34:50ce n'est pas nécessaire, »
00:34:51répondit-il trop vite.
00:34:52« C'est une question
00:34:53de documents
00:34:54qui doivent être
00:34:54traités à Paris. »
00:34:56Il ne pouvait pas lui dire
00:34:57qu'il attendait
00:34:58les résultats
00:34:58d'un test ADN,
00:35:00résultat qui déterminerait
00:35:01si leur mariage,
00:35:03leur vie entière,
00:35:04allait être réduit
00:35:05à néant.
00:35:06Il ne pouvait pas lui dire
00:35:07qu'il avait fouillé
00:35:08les poubelles
00:35:09la nuit dernière.
00:35:10Il passa la matinée
00:35:11à simuler le travail,
00:35:12fixant des chiffres
00:35:13sur son écran,
00:35:14mais ne voyant que
00:35:15deux petits bonnets bleus.
00:35:17Pendant ce temps,
00:35:18à l'autre bout de Paris,
00:35:19Louise essayait
00:35:20de survivre
00:35:20à la matinée.
00:35:22Elle avait réussi
00:35:22à faire dormir
00:35:23les jumeaux simultanément.
00:35:25Un miracle rare.
00:35:26Et elle profitait
00:35:27de cette trêve
00:35:27pour répondre
00:35:28à un client exigeant.
00:35:30Elle travaillait
00:35:31à la petite table
00:35:31de cuisine,
00:35:33le dos courbé,
00:35:34buvant son troisième
00:35:35café froid.
00:35:36Elle entendit
00:35:36la sonnette
00:35:37de l'interphone.
00:35:38Elle fronça
00:35:39les sourcils.
00:35:40Elle n'attendait personne.
00:35:41Elle regarda
00:35:42par le judas.
00:35:43C'était la voisine
00:35:44du rez-de-chaussée,
00:35:45Madame Bertin,
00:35:46une femme âgée
00:35:47et bienveillante
00:35:48qui aimait s'occuper
00:35:49des comérages
00:35:50du quartier.
00:35:51Louise ouvrit.
00:35:52« Bonjour, Louise.
00:35:53Je suis désolé
00:35:54de vous déranger.
00:35:55Non, ça va,
00:35:56Madame Bertin,
00:35:57les garçons dorment.
00:35:58Oh, tant mieux.
00:35:59Écoutez,
00:36:00j'ai trouvé ça
00:36:00sur le palier ce matin.
00:36:02J'ai pensé
00:36:03que ça devait être
00:36:03pour vous. »
00:36:04Madame Bertin
00:36:05lui tendit
00:36:05un petit paquet
00:36:06enveloppé
00:36:07dans du papier
00:36:08de soie marron.
00:36:09C'était léger
00:36:10et cela ne ressemblait
00:36:11à rien
00:36:11qu'elle aurait pu commander.
00:36:13Qu'est-ce que c'est ?
00:36:14Je ne sais pas.
00:36:15Mais hier soir,
00:36:15vous savez,
00:36:16juste après
00:36:16que j'ai sorti
00:36:17les poubelles,
00:36:18Louise serait dit.
00:36:20Elle se souvenait
00:36:20d'avoir entendu
00:36:21la porte cochère claquer.
00:36:23« Oui,
00:36:23j'ai vu une voiture.
00:36:25Une Audi noire,
00:36:25très luxueuse.
00:36:27Et un homme ?
00:36:28Il était en train
00:36:28de fouiller
00:36:29dans les conteneurs. »
00:36:30Madame Bertin
00:36:31baissa la voix,
00:36:32excitée par son propre récit.
00:36:34« C'était un homme
00:36:34bien habillé, Louise.
00:36:36Pas un clochard.
00:36:37Un homme en costume.
00:36:39Il cherchait
00:36:39quelque chose de précis. »
00:36:41Le cœur de Louise
00:36:42se mit à battre
00:36:42la chamade.
00:36:43Elle pensait immédiatement
00:36:44à la précarité
00:36:45de sa situation.
00:36:47Quelqu'un cherchait-il
00:36:48à lui nuire ?
00:36:49Était-ce lié
00:36:49à son travail ?
00:36:50Un client mécontent ?
00:36:52Vous avez vu son visage ?
00:36:54Non, il portait
00:36:55une casquette basse.
00:36:56Mais il est resté là
00:36:57à fouiller
00:36:58et puis il est parti
00:36:59très vite.
00:37:00J'ai pensé
00:37:00que c'était très étrange
00:37:01et peu après
00:37:02j'ai trouvé ce paquet.
00:37:04Louise la remercia,
00:37:05referma la porte
00:37:06et se précipita
00:37:07sur la table de cuisine.
00:37:09Elle déchira
00:37:09le papier de soie.
00:37:11À l'intérieur,
00:37:11il y avait
00:37:12deux petits bonnets
00:37:12de laine,
00:37:13neufs de couleur vive,
00:37:15verts pommes
00:37:15et oranges.
00:37:16Et une carte.
00:37:18Elle déplia la carte.
00:37:19Il n'y avait
00:37:19pas de nom,
00:37:20pas de message,
00:37:22juste un symbole
00:37:23dessiné au crayon.
00:37:24Un petit trèfle
00:37:25à quatre feuilles.
00:37:26Le trèfle
00:37:27à quatre feuilles.
00:37:28C'était leur blague
00:37:29à Gabriel et elle.
00:37:30Il lui en avait offert
00:37:31un petit en métal,
00:37:33des années auparavant,
00:37:34lui disant
00:37:35qu'il en aurait besoin
00:37:35pour sa carrière.
00:37:37Une vague de nausées
00:37:38la submergea.
00:37:39Non,
00:37:39ce n'est pas possible.
00:37:41Gabriel était
00:37:41à des milliers
00:37:42de kilomètres.
00:37:43Il était marié
00:37:44ou sur le point de l'être.
00:37:46Il était le genre d'homme
00:37:47qui envoyait
00:37:48des bouquets de roses,
00:37:49pas des bonnets
00:37:50de laine
00:37:50trouvés dans une poubelle.
00:37:51Mais la description
00:37:53de Madame Bertin,
00:37:54l'homme en costume,
00:37:55l'audi noire,
00:37:56l'étrange coïncidence temporelle.
00:37:58Elle serra
00:37:58les bonnets contre elle.
00:38:00Elle devait se calmer.
00:38:01Elle était fatiguée.
00:38:03Elle était paranoïaque.
00:38:04Le monde n'était pas
00:38:05un thriller hollywoodien.
00:38:06Pourtant,
00:38:07la peur s'insinuait.
00:38:08Si Gabriel était là
00:38:09et si elle l'avait manqué
00:38:10de peu,
00:38:11elle courut vers la fenêtre
00:38:12et regarda dans la rue.
00:38:14Des voitures ordinaires,
00:38:15des passants ordinaires.
00:38:17Rien.
00:38:18Elle était seule.
00:38:18elle devait l'être.
00:38:20De retour dans son appartement
00:38:22du 16e,
00:38:23Gabriel attendait
00:38:23le coup de fil fatidique.
00:38:25Il était 17 heures.
00:38:27Il avait dit à Inès
00:38:28qu'il dînait à nouveau
00:38:29à l'extérieur.
00:38:30Elle avait accepté
00:38:31mais ses yeux
00:38:31montraient une impatience
00:38:32dangereuse.
00:38:34Le téléphone crypté vibra.
00:38:35Arthur,
00:38:36les résultats sont là,
00:38:38Gabriel.
00:38:38La voix d'Arthur
00:38:39était étonnamment neutre.
00:38:41Gabriel sentit son corps
00:38:42se figer.
00:38:43Il était assis
00:38:44à son bureau,
00:38:45les mains posées
00:38:45sur le cuir froid.
00:38:47Dis-moi,
00:38:48nous avons procédé
00:38:49à deux analyses distinctes
00:38:50en utilisant
00:38:51les échantillons
00:38:52que vous avez fournis.
00:38:53Les deux échantillons
00:38:54confirment une parenté
00:38:55avec votre ADN.
00:38:57Pour le premier enfant,
00:38:59la probabilité
00:38:59est de 90,
00:39:00mais à 99,9%.
00:39:02Pour le second,
00:39:04la même chose.
00:39:05Le silence s'étira.
00:39:07Gabriel n'entendait plus rien
00:39:08du bruit de Paris.
00:39:09« Donc, »
00:39:10dit Gabriel,
00:39:11sa voix n'étant qu'un murmure rauque,
00:39:13« ils sont à moi. »
00:39:14« Oui, monsieur le moine,
00:39:16vous êtes le père biologique
00:39:17des deux enfants
00:39:18de Mademoiselle Dubois. »
00:39:19Arthur continua,
00:39:21mais Gabriel n'écoutait plus.
00:39:22Il était submergé
00:39:23par une vérité biologique
00:39:25brutale et irréfutable.
00:39:27Il avait des enfants,
00:39:28des jumeaux,
00:39:29et ils étaient le fruit
00:39:30d'une nuit
00:39:31qu'il avait passé
00:39:31cinq ans auparavant.
00:39:33Il se souvenait
00:39:33de la dernière fois
00:39:34où il avait vu Louise,
00:39:36ce jour
00:39:36où il l'avait quittée.
00:39:38Il l'avait quittée
00:39:39pour cette vie,
00:39:40pour cette richesse,
00:39:41pour cette fiancée parfaite
00:39:42qui était dans l'autre pièce.
00:39:45Et maintenant,
00:39:45cette vie se révélait
00:39:46être une illusion.
00:39:48« Arthur, »
00:39:49reprit-il,
00:39:49se forçant à parler.
00:39:51Louise a été vue
00:39:52en train de recevoir
00:39:53un petit paquet aujourd'hui,
00:39:54un cadeau,
00:39:55des bonnets de bébé.
00:39:57Elle n'a rien vu d'autre ?
00:39:58C'est exact.
00:39:59J'ai un contact
00:40:00dans son immeuble.
00:40:02Elle a reçu
00:40:02un colis anonyme.
00:40:04Est-ce que c'était vous ?
00:40:05Gabriel hésita.
00:40:06Il ne pouvait pas mentir
00:40:07à Arthur.
00:40:08Pas maintenant.
00:40:10Oui,
00:40:10je voulais...
00:40:11Je ne sais pas
00:40:12ce que je voulais.
00:40:13Un signe.
00:40:14Un signe est une erreur,
00:40:15Gabriel.
00:40:16Vous êtes maintenant
00:40:17le père légalement désigné
00:40:19de ses enfants,
00:40:20si vous choisissez
00:40:20de vous déclarer.
00:40:22Mais le fait
00:40:22que vous soyez le père
00:40:23ne change rien
00:40:25au fait qu'elle les a cachés.
00:40:26Vous devez gérer cela
00:40:27avec une extrême prudence.
00:40:29Que dois-je faire maintenant ?
00:40:30Vous devez décider.
00:40:32Voulez-vous
00:40:32une reconnaissance légale
00:40:33de paternité ?
00:40:35Cela entraînera
00:40:35des obligations financières
00:40:36et potentiellement
00:40:38des droits de visite.
00:40:39Et cela mettra fin
00:40:40à votre mariage
00:40:41avec Mademoiselle Inès.
00:40:42Le mariage,
00:40:43dans trois mois.
00:40:44Je ne peux pas l'épouser,
00:40:45Arthur.
00:40:46Pas maintenant.
00:40:47C'était la première chose
00:40:48dont il était certain.
00:40:49Il ne pouvait pas
00:40:50se tenir devant l'hôtel,
00:40:52promettant une vie à Inès
00:40:53tout en sachant
00:40:54qu'il avait deux fils cachés
00:40:55dans le premier arrondissement.
00:40:57Bien.
00:40:58Alors,
00:40:59nous stoppons
00:40:59l'opération Inès.
00:41:01C'est la priorité.
00:41:02Mais la façon
00:41:03dont vous stoppez
00:41:03l'opération est cruciale.
00:41:05Vous ne pouvez pas
00:41:06lui dire la vérité.
00:41:07Pourquoi pas ?
00:41:08Parce que si Mademoiselle Inès
00:41:10apprend que vous avez
00:41:11mené une enquête secrète,
00:41:12fouillé des poubelles
00:41:13et découvert
00:41:14deux enfants cachés,
00:41:15elle pourrait le transformer
00:41:16en un scandale médiatique
00:41:18qui détruirait
00:41:19votre réputation.
00:41:20Elle est intelligente,
00:41:21Gabriel,
00:41:22et elle est blessée.
00:41:23Nous devons lui donner
00:41:24une raison professionnelle,
00:41:26une raison financière
00:41:27pour mettre fin
00:41:28aux fiançailles.
00:41:29Arthur avait raison.
00:41:30Inès ne pardonnerait
00:41:31pas l'humiliation.
00:41:33Préparez les documents,
00:41:34Arthur.
00:41:35L'accord de Singapour,
00:41:36faisons-le vraiment
00:41:36s'effondrer.
00:41:38Je dois la convaincre
00:41:38que je suis ruinée
00:41:39ou au moins
00:41:40en difficulté existentielle.
00:41:42C'est un plan.
00:41:43Et Louise ?
00:41:44Louise ?
00:41:45Je dois la voir.
00:41:47Je dois la confronter.
00:41:48Mais pas comme un magnate
00:41:49de la finance.
00:41:50Je dois y aller seule.
00:41:52Je dois comprendre
00:41:53pourquoi elle n'a rien dit.
00:41:54Gabriel raccrocha.
00:41:56Il se leva.
00:41:56Le cœur lourd.
00:41:58Il était père.
00:41:59Deux fois.
00:42:01La nouvelle n'apportait pas
00:42:02la joie qu'il avait
00:42:02toujours associée
00:42:03à l'idée d'une famille,
00:42:05mais une terreur froide
00:42:06et une responsabilité
00:42:07écrasante.
00:42:09Il se dirigea
00:42:09vers le salon.
00:42:11Inès était là,
00:42:12installée sur le canapé,
00:42:13lisant un magazine
00:42:14de décoration.
00:42:15Elle portait une robe
00:42:16de soirée simple,
00:42:17prête pour le dîner
00:42:18d'affaires inexistant.
00:42:20« Alors, ton dîner
00:42:20est annulé ? »
00:42:21demanda-t-elle
00:42:22avec une pointe d'espoir.
00:42:24Gabriel prit place
00:42:25en face d'elle.
00:42:26Il inspira profondément.
00:42:28Il devait jouer
00:42:29le rôle de sa vie.
00:42:30« Non, Inès,
00:42:31le dîner n'est pas annulé.
00:42:33Mais l'accord de Singapour,
00:42:34il est mort. »
00:42:36Il regarda le choc
00:42:36se peindre
00:42:37sur le visage parfait
00:42:38d'Inès.
00:42:39Il lui expliqua ensuite,
00:42:41avec des termes techniques
00:42:42et une conviction feinte,
00:42:44comment le marché
00:42:45s'était retourné,
00:42:45comment ses partenaires
00:42:46asiatiques
00:42:47s'étaient retirés
00:42:48et comment cela
00:42:49allait entraîner
00:42:50une restructuration
00:42:51massive de ses actifs.
00:42:52Il parla de pertes,
00:42:54d'audites,
00:42:55de la nécessité
00:42:56de se retirer
00:42:56de la vie publique
00:42:57pendant un certain temps.
00:42:59Il jouait le rôle
00:42:59de l'homme brisé
00:43:00par la finance,
00:43:01le rôle qu'il avait
00:43:02toujours redouté de jouer.
00:43:04Inès, d'abord stupéfaite,
00:43:06devint livide.
00:43:07Une restructuration ?
00:43:08Tu veux dire
00:43:09que l'argent
00:43:10va devenir un problème ?
00:43:11Pas un problème, Inès,
00:43:13mais une contrainte.
00:43:15Je ne peux pas
00:43:15me permettre
00:43:16le mariage
00:43:16que nous avions prévu,
00:43:18ni la maison de campagne
00:43:19en Toscane.
00:43:20Je dois me concentrer
00:43:21sur le redressement.
00:43:22Elle se leva
00:43:23sa robe de soie
00:43:23glissant sur ses jambes.
00:43:25Elle n'était pas
00:43:26en colère
00:43:26contre la perte
00:43:27d'argent en soi,
00:43:28mais contre la perte
00:43:29de statut
00:43:30que cela impliquait.
00:43:31Tu m'avais promis
00:43:32un mariage
00:43:32qui serait l'événement
00:43:33de l'année, Gabriel.
00:43:35Sa voix était tranchante.
00:43:36Je sais,
00:43:37et je suis désolé.
00:43:39Mais je ne peux pas
00:43:39t'imposer cela.
00:43:40Je suis sur le point
00:43:41de devenir un paria financier
00:43:43pour un temps.
00:43:44C'est injuste pour toi.
00:43:45Il lui offrait
00:43:46une porte de sortie dorée,
00:43:48une façon
00:43:48de sauver la face.
00:43:50Elle n'était pas
00:43:50en train de quitter
00:43:51un homme ruiné,
00:43:52mais un homme
00:43:53qui se sacrifiait
00:43:54pour elle.
00:43:55Elle hésita,
00:43:56pesant les pivoines
00:43:57d'Hollande
00:43:57contre l'incertitude financière.
00:43:59L'incertitude gagna.
00:44:01Je vois,
00:44:02dit-elle se redressant.
00:44:04Tu me dis
00:44:04que tu ne peux plus
00:44:05t'offrir la vie
00:44:05que nous avions planifiée.
00:44:07Exactement.
00:44:08Et je ne veux pas
00:44:09te retenir.
00:44:10Inès afficha
00:44:11une expression
00:44:11de noble sacrifice.
00:44:13Dans ce cas, Gabriel,
00:44:15si tu dois te concentrer
00:44:16sur ta carrière
00:44:17et si tu ne peux plus
00:44:18honorer les engagements
00:44:19que nous avions pris,
00:44:20je pense que la meilleure
00:44:21solution est de reporter
00:44:23le mariage.
00:44:24Indéfiniment.
00:44:25Je comprends, Inès.
00:44:27Il se sentit une bouffée
00:44:28de soulagement
00:44:28si intense
00:44:29qu'elle faillit le trahir.
00:44:31Je contacterai mon avocat
00:44:32demain pour l'annulation
00:44:33des contrats,
00:44:35dit-elle,
00:44:35déjà redevenue
00:44:36la femme d'affaires froides
00:44:37qu'elle était.
00:44:38Je suppose que je devrais
00:44:39déménager.
00:44:40Non,
00:44:41tu peux rester ici
00:44:42le temps qu'il faudra.
00:44:43Je te donnerai
00:44:44ce dont tu as besoin.
00:44:45Il savait
00:44:46qu'elle ne resterait pas.
00:44:47Elle ne voulait pas
00:44:48habiter avec un homme
00:44:49en plein redressement.
00:44:51Il avait réussi.
00:44:52Le mariage était rompu
00:44:53et Inès n'avait
00:44:55aucune idée
00:44:55de la véritable raison.
00:44:57Il venait d'acheter
00:44:58du temps,
00:44:58de l'espace.
00:44:59Le lendemain matin,
00:45:01Inès était partie
00:45:02avant l'aube
00:45:02en portant avec elle
00:45:04une valise de vêtements
00:45:05et un air de dignité
00:45:06blessé.
00:45:07Elle avait laissé
00:45:08une note polie
00:45:09et glaciale.
00:45:10Gabriel était seul
00:45:11dans l'appartement immense
00:45:12entouré par le luxe
00:45:13qu'il avait bâti.
00:45:15Pour la première fois
00:45:15depuis des années,
00:45:17il se sentait libre.
00:45:18Mais cette liberté
00:45:19était accompagnée
00:45:20de la plus grande responsabilité
00:45:22de sa vie.
00:45:23Il prit une nouvelle décision.
00:45:25Il ne pouvait plus
00:45:25se cacher derrière Arthur
00:45:27ou les tests ADN.
00:45:28Il devait aller voir Louise.
00:45:30Il devait lui parler.
00:45:32Mais il ne pouvait pas
00:45:33simplement frapper
00:45:33à sa porte.
00:45:34Il devait trouver
00:45:35le bon moment,
00:45:36le bon lieu,
00:45:37un lieu neutre.
00:45:38Il se souvint du café
00:45:39près de chez elle,
00:45:41celui où il l'avait vu tourner.
00:45:43Il se souvenait
00:45:43qu'elle aimait y passer
00:45:44parfois pour acheter
00:45:45un croissant.
00:45:46Il passa la journée
00:45:47à faire des recherches.
00:45:48Il trouva les horaires
00:45:49d'ouverture du café.
00:45:51Il trouva un petit parc
00:45:52non loin de là.
00:45:53Il élabora un plan simple,
00:45:55direct.
00:45:56Il devait la trouver seule.
00:45:58Le soir,
00:45:59il laissa l'audit
00:45:59et prit un taxi.
00:46:01Il voulait arriver
00:46:02comme un homme ordinaire,
00:46:03pas comme le PDG
00:46:04d'une firme internationale.
00:46:06Il arriva dans le premier
00:46:07arrondissement.
00:46:09Il se dirigea
00:46:09vers la petite rue latérale.
00:46:11L'odeur de pain frais
00:46:12était toujours là.
00:46:14Il passa devant
00:46:14l'immeuble de Louise.
00:46:16Il y avait de la lumière
00:46:17au troisième étage.
00:46:18Il savait
00:46:19qu'elle était là
00:46:19avec ses fils.
00:46:21Il se gara
00:46:21dans un café à l'angle,
00:46:23commanda un espresso
00:46:24et s'installa
00:46:25près de la fenêtre,
00:46:26observant.
00:46:27Il attendit.
00:46:28Il attendit
00:46:29le lendemain matin.
00:46:30À l'aube,
00:46:31il était de retour au café.
00:46:33Sept heures en.
00:46:34Les premières lumières
00:46:35s'allumaient.
00:46:36Il attendit
00:46:37jusqu'à 8h30.
00:46:38Les jumeaux
00:46:39devaient être réveillés.
00:46:40Le chaos
00:46:41devait être
00:46:42à son apogée.
00:46:43Il savait que,
00:46:44parfois,
00:46:45une jeune mère
00:46:46avait besoin de sortir,
00:46:47ne serait-ce que
00:46:48pour respirer.
00:46:508h45.
00:46:51Il la vit.
00:46:52Louise sortit
00:46:53de la porte cochère.
00:46:54Mais cette fois,
00:46:55elle n'avait pas
00:46:55la poussette double.
00:46:57Elle était seule.
00:46:58Elle portait un sac
00:46:59en bandoulière
00:46:59et semblait pressée.
00:47:01Elle se dirigea
00:47:02vers la boulangerie
00:47:03puis vers le café.
00:47:04C'était le moment.
00:47:05Gabriel se leva,
00:47:06son cœur battant
00:47:07un rythme d'urgence.
00:47:08Il se dirigea
00:47:09vers la porte,
00:47:10s'apprêtant
00:47:10à intercepter Louise
00:47:11avant qu'elle n'entre
00:47:12dans le café.
00:47:14Il sortit,
00:47:14fit quelques pas rapides.
00:47:16« Louise ! »
00:47:17lança-t-il.
00:47:18Elle s'arrêta net.
00:47:19Elle se retourna,
00:47:20le visage marqué
00:47:21par l'épuisement
00:47:22et la surprise.
00:47:23Elle le vit.
00:47:24Gabriel.
00:47:25Il était là,
00:47:26sous le soleil
00:47:27matinal parisien,
00:47:28l'homme
00:47:29qu'elle avait effacé
00:47:30de sa vie.
00:47:31Ses yeux noisettes,
00:47:32ceux qui hantaient
00:47:32ses nuits,
00:47:33s'écarquillèrent.
00:47:34Elle ne dit rien.
00:47:36Elle n'eut pas besoin
00:47:36de parler.
00:47:37La surprise,
00:47:39la confusion
00:47:39et une peur ancienne
00:47:41se lisaient sur son visage.
00:47:42« Nous devons parler ! »
00:47:44dit-il,
00:47:45s'approchant d'elle.
00:47:46Il pouvait sentir
00:47:47l'odeur du café
00:47:48et du pain chaud,
00:47:49mais tout ce qu'il voyait,
00:47:50c'était le choc
00:47:51dans ses yeux.
00:47:52« Gabriel ? »
00:47:53« Qu'est-ce que tu fais ici ? »
00:47:55Sa voix était faible,
00:47:56à peine audible,
00:47:57au milieu du bruit
00:47:58de la rue.
00:47:59« Les enfants,
00:48:00Louise. »
00:48:01« Je sais. »
00:48:01Il prononça ses mots
00:48:02et il vit son monde
00:48:04s'effondrer dans son regard.
00:48:06Le choc se transforma
00:48:07en une colère froide
00:48:08et instantanée.
00:48:09« Tu n'aurais jamais
00:48:10dû venir ici, »
00:48:11dit-elle,
00:48:12sa voix se renforçant,
00:48:13devenant dangereuse.
00:48:14« Tu n'as rien à faire ici. »
00:48:16Elle fit demi-tour
00:48:17essayant de s'éloigner,
00:48:18mais il la rattrapa.
00:48:19« Attends. »
00:48:20J'ai rompu mes fiançailles.
00:48:21« Je suis ici pour de bon. »
00:48:23« Je dois savoir
00:48:24pourquoi tu ne m'as rien dit. »
00:48:25Elle s'arrêta à nouveau,
00:48:27le fixant.
00:48:28Le fait qu'il ait rompu
00:48:29ses fiançailles
00:48:29ne semblait pas l'impressionner.
00:48:31« Tu as rompu
00:48:32tes fiançailles ?
00:48:33C'est censé m'impressionner ? »
00:48:34Elle ricana,
00:48:35un son amer.
00:48:36« Tu m'as quitté, Gabriel.
00:48:38Tu as choisi ta vie.
00:48:40Je t'ai laissé partir.
00:48:41Ses enfants,
00:48:42ils sont ma vie.
00:48:44Et toi,
00:48:44tu n'en fais pas partie.
00:48:45Tu ne peux pas me dire ça.
00:48:47J'ai fait un test.
00:48:48Je sais qu'ils sont mes fils.
00:48:50Cette fois,
00:48:51elle trembla.
00:48:52Elle avait la certitude
00:48:53que sa vie privée
00:48:54venait d'être violée.
00:48:55« Un test ?
00:48:56Comment as-tu ? »
00:48:57Elle s'interrompit,
00:48:58réalisant l'horreur.
00:48:59« C'était toi,
00:49:00l'homme dans les poubelles ? »
00:49:01Elle recula d'un pas,
00:49:02dégoûtée.
00:49:03« Tu es malade, Gabriel.
00:49:05Tu es un monstre.
00:49:06Tu as fouillé mes ordures ?
00:49:08J'avais besoin de savoir.
00:49:09Tu as disparu.
00:49:11Tu les as cachées.
00:49:12Je ne les ai pas cachées.
00:49:14Je t'ai laissé vivre
00:49:14la vie que tu voulais.
00:49:15Une vie sans moi,
00:49:17sans responsabilité.
00:49:19Ses yeux brillaient
00:49:19de larmes non versées.
00:49:21Tu crois que c'était facile ?
00:49:23Élever des jumeaux
00:49:23toute seule ?
00:49:24Pendant que tu achetais
00:49:25des pivoines hollandaises
00:49:27pour ta fiancée parfaite ?
00:49:28La mention des pivoines
00:49:29le frappa de plein fouet.
00:49:31Elle savait.
00:49:32Elle avait vu sa Bentley.
00:49:34Elle avait tout compris.
00:49:34« J'ai fait des erreurs, Louise.
00:49:37Des erreurs monumentales.
00:49:38Mais tu ne peux pas
00:49:39me priver de mes enfants. »
00:49:41« Ce sont mes enfants, »
00:49:42insista-t-elle,
00:49:43crachant presque les mots.
00:49:45« Et je n'ai pas besoin de toi.
00:49:46Je me débrouille. »
00:49:47Il regarda autour de lui.
00:49:49Les gens commençaient
00:49:50à les regarder.
00:49:51Ils ne pouvaient pas faire
00:49:52de scène dans cette rue.
00:49:53« Je ne pars pas, Louise.
00:49:55Je suis leur père.
00:49:56J'ai de l'argent.
00:49:57Je peux vous aider. »
00:49:58Elle ricana à nouveau.
00:49:59« Ton argent ? »
00:50:01« Garde ton argent, Gabriel.
00:50:02Je ne suis pas à vendre.
00:50:04Et je ne te laisserai pas
00:50:05venir jouer les pères modèles
00:50:06quand tu t'ennuieras
00:50:07de ta vie de milliardaire. »
00:50:09Elle se retourna,
00:50:10décidée à s'enfuir.
00:50:11« Louise, s'il te plaît. »
00:50:13Il tendit la main
00:50:14mais n'osa pas la toucher.
00:50:16« Je ne veux pas te faire de mal.
00:50:17Je veux juste être là. »
00:50:19Elle s'arrêta une dernière fois
00:50:21sans se retourner.
00:50:22« Tu veux être là ? »
00:50:24« D'accord.
00:50:24Mais sache ceci.
00:50:26Le jour où tu es parti
00:50:27pour ta grande carrière,
00:50:28tu as renoncé à tout droit sur moi.
00:50:30Et sur eux.
00:50:31Pour que tu puisses t'approcher d'eux,
00:50:33tu devras me convaincre
00:50:34que tu n'es plus le Gabriel
00:50:36que j'ai connu.
00:50:37Et ça, c'est impossible. »
00:50:39Elle entra dans le café,
00:50:40le laissant seul sur le trottoir.
00:50:42Elle n'avait même pas jeté
00:50:43un regard en arrière.
00:50:45Gabriel resta immobile,
00:50:47la gorge serrée.
00:50:48Il avait la vérité
00:50:49mais il venait d'ouvrir une guerre.
00:50:51Il était le père de jumeaux
00:50:52et leur mère le haïssait.
00:50:55Le mariage avec Inès était fini
00:50:56mais le combat pour Louise
00:50:57et ses fils ne faisait que commencer.
00:50:59Il n'avait plus le luxe de la discrétion.
00:51:02Maintenant, il devait se battre
00:51:03à visage découvert.
00:51:05Continua.
00:51:06Elle entra dans le café,
00:51:08claquant la porte vitrée derrière elle.
00:51:10Le bruit résonna sur le trottoir,
00:51:12un point final brutal à la conversation.
00:51:14Gabriel resta là,
00:51:16sous le soleil,
00:51:16qui commençait à se faire plus chaud,
00:51:18les mains serrées en poings.
00:51:20Il avait l'impression
00:51:21d'avoir été frappé au visage,
00:51:23non pas par la force physique
00:51:24mais par la violence de son mépris.
00:51:26Elle l'avait appelé « monstre ».
00:51:28Elle avait eu raison.
00:51:30Fouiller ses poubelles,
00:51:31c'était le geste le plus abject
00:51:33qu'il ait jamais posé.
00:51:34Le summum de l'arrogance
00:51:36de l'homme puissant
00:51:36qui pense que l'argent
00:51:38peut tout acheter,
00:51:39même la vérité.
00:51:40Il n'avait pas anticipé
00:51:42que la découverte de cette vérité,
00:51:44l'existence de ses fils,
00:51:45serait accueillie par une telle haine.
00:51:48Il resta figé quelques instants.
00:51:50Le regard rivé
00:51:50sur la porte du café.
00:51:52Il ne pouvait pas entrer.
00:51:53Il ne pouvait pas risquer
00:51:54une autre scène.
00:51:56Il venait d'apprendre
00:51:56qu'il était père
00:51:57et son premier contact
00:51:59avec la mère de ses enfants
00:52:00s'était soldé par un désastre.
00:52:02Il se força à bouger,
00:52:04retournant vers la rue principale.
00:52:06Il prit un taxi au hasard.
00:52:08Il avait besoin de distance,
00:52:10de silence.
00:52:11Il avait besoin d'Arthur.
00:52:13La Bentley était au garage.
00:52:15Inès était partie.
00:52:16Et la vie qu'il avait
00:52:17minutieusement construite
00:52:18était en ruine.
00:52:20Mais étrangement,
00:52:21il ne ressentait pas
00:52:22la panique financière
00:52:23qu'il aurait dû ressentir.
00:52:24La seule chose qui comptait,
00:52:26c'était ce qu'elle avait dit.
00:52:28Ce sont mes enfants.
00:52:29Et toi,
00:52:30tu n'en fais pas partie.
00:52:31Quand il arriva à son bureau,
00:52:33il était à peine 9 heures.
00:52:34Il n'y avait personne.
00:52:36Il s'assit,
00:52:37le cœur battant la chamade
00:52:38et appela Arthur
00:52:39sur la ligne cryptée.
00:52:41Arthur,
00:52:41le mariage est rompu.
00:52:43Inès est parti.
00:52:44L'accord de Singapour
00:52:45a fait son office.
00:52:46Excellent, Gabriel.
00:52:48La première phase est achevée.
00:52:49Vous êtes libre
00:52:50de vous concentrer
00:52:51sur le reste.
00:52:52Le reste est plus compliqué.
00:52:53J'ai vu Louise.
00:52:55Je lui ai dit que je savais.
00:52:57Un silence.
00:52:58Arthur était un homme
00:52:59qui mesurait chaque mot.
00:53:01Et quelle a été sa réaction.
00:53:03Elle est furieuse.
00:53:04Elle m'a traité de monstre
00:53:05parce que j'ai fouillé
00:53:07ses poubelles.
00:53:08Elle refuse que je m'approche d'eux.
00:53:10Elle veut m'exclure totalement.
00:53:11Arthur soupira.
00:53:13Un bruit sec
00:53:14qui résonna dans le haut-parleur.
00:53:16C'était prévisible, Gabriel.
00:53:18Vous avez agi comme un prédateur.
00:53:20Maintenant,
00:53:20vous devez agir comme un père.
00:53:22Mais nous ne pouvons pas
00:53:23nous permettre
00:53:24d'attendre sa bonne volonté.
00:53:26Nous devons établir
00:53:27votre filiation légale.
00:53:29Comment ?
00:53:29Elle ne va jamais coopérer.
00:53:31Nous allons lui envoyer
00:53:32une mise en demeure.
00:53:34C'est froid,
00:53:34c'est légal.
00:53:35Mais c'est la seule façon
00:53:36de la forcer
00:53:37à reconnaître la situation.
00:53:39Nous allons exiger
00:53:40un droit de visite provisoire,
00:53:41basé sur la preuve ADN
00:53:43que nous détenons.
00:53:44Gabriel se sentit mal à l'aise.
00:53:46Il voulait éviter
00:53:47la voie légale.
00:53:48Il voulait que Louise
00:53:49lui pardonne.
00:53:50Mais il savait
00:53:51qu'il n'avait pas
00:53:51le luxe de l'émotion.
00:53:53Cela va la mettre
00:53:53encore plus en colère.
00:53:55Peut-être.
00:53:56Mais cela lui montrera
00:53:57que vous êtes sérieux
00:53:58et que vous ne disparaîtrez plus.
00:54:00Je prépare les documents.
00:54:02Vous les signerez
00:54:02cet après-midi.
00:54:03Gabriel raccrocha,
00:54:05se sentant pris au piège
00:54:06par sa propre logique.
00:54:07Il avait tout fait
00:54:08pour éviter les tribunaux
00:54:09et maintenant,
00:54:10il était sur le point
00:54:11d'y plonger.
00:54:12Il passa le reste
00:54:13de la matinée
00:54:14à simuler
00:54:14des réunions d'urgence,
00:54:16s'enfermant
00:54:17dans son bureau.
00:54:18Il ne pouvait s'empêcher
00:54:19de penser à Louise,
00:54:20seule avec ses fils,
00:54:22luttant dans cet appartement exigu.
00:54:24Il se revoyait
00:54:25dans la Bentley,
00:54:26ignorant les détails
00:54:27de sa vie
00:54:28pendant qu'il planifiait
00:54:29des mariages
00:54:29à des millions d'euros.
00:54:31L'hypocrisie de sa vie
00:54:32le submergeait.
00:54:34Pendant que Gabriel
00:54:34planifiait l'offensive légale,
00:54:37Louise était dans son appartement,
00:54:38le cœur battant
00:54:39à tout rompre.
00:54:40Elle avait tremblé
00:54:41en entrant dans le café,
00:54:43avait commandé un croissant
00:54:44et un café
00:54:44et était restée assise,
00:54:46les mains glacées,
00:54:47jusqu'à ce qu'elle soit certaine
00:54:49qu'il était parti.
00:54:50Elle était terrifiée.
00:54:51Non seulement Gabriel
00:54:52était là,
00:54:53mais il avait la preuve.
00:54:55Le test ADN.
00:54:56Le monstre avait fouillé
00:54:57ses poubelles
00:54:58pour voler l'ADN
00:54:59de ses fils.
00:55:00L'idée la répugnait.
00:55:02Elle rentra chez elle
00:55:02en courant.
00:55:03Raphaël et Nathan
00:55:04dormaient encore,
00:55:06mais elle les prit
00:55:06dans ses bras,
00:55:07l'un après l'autre,
00:55:08laissait rencontrer
00:55:09comme si elle pouvait
00:55:10les protéger
00:55:10du monde extérieur,
00:55:12de l'homme
00:55:12qui venait de réapparaître.
00:55:14Elle se sentait violée,
00:55:15trahie et surtout
00:55:16incroyablement seule.
00:55:18Elle avait tenu le coup
00:55:19pendant quatre mois,
00:55:21gérant les nuits blanches,
00:55:22les factures,
00:55:23le travail.
00:55:24Elle avait réussi
00:55:24à construire un rempart.
00:55:26Et en cinq minutes,
00:55:27Gabriel avait tout fait exploser.
00:55:30Elle appela
00:55:30sa meilleure amie,
00:55:31Mila,
00:55:32une pédiatre
00:55:32qui vivait dans le 18e,
00:55:34sa seule véritable confidente.
00:55:36Mila,
00:55:37il est là.
00:55:38Gabriel,
00:55:39il sait pour les garçons.
00:55:41Mila,
00:55:41qui était au courant
00:55:42de toute l'histoire,
00:55:43laissa échapper un juron.
00:55:45Quoi ?
00:55:46Comment ?
00:55:46Louise raconta la scène,
00:55:48la Bentley,
00:55:48les poubelles,
00:55:50la confrontation matinale.
00:55:52Il a rompu ses fiançailles.
00:55:53Il dit qu'il veut être là.
00:55:55Et toi ?
00:55:56demanda Mila.
00:55:57Je ne veux pas de lui.
00:55:58Il m'a quitté
00:55:59pour sa putain de carrière.
00:56:01Il ne va pas revenir maintenant
00:56:02juste parce qu'il s'ennuie
00:56:03ou parce qu'il a eu
00:56:04une crise de la quarantaine.
00:56:06La voix de Louise
00:56:07était pleine de larmes.
00:56:09Louise,
00:56:09écoute-moi.
00:56:10Tu es épuisée.
00:56:11Mais tu ne peux pas l'ignorer.
00:56:13Il est le père biologique.
00:56:15S'il est déterminé,
00:56:16il peut te traîner en justice.
00:56:18Tu as besoin d'un avocat.
00:56:19Louise détestait l'idée.
00:56:21Elle détestait l'idée
00:56:22de transformer sa vie
00:56:23en bataille juridique,
00:56:25de mettre ses fils
00:56:26sur la place publique.
00:56:27Je n'ai pas d'argent
00:56:28pour un avocat.
00:56:29Je peux à peine
00:56:30payer les couches.
00:56:31Je t'aiderai.
00:56:32Je te donnerai le nom
00:56:33d'une avocate spécialisée
00:56:34en droit de la famille.
00:56:35Elle est excellente.
00:56:37Mais tu dois te préparer
00:56:38au combat.
00:56:39Il n'est pas venu
00:56:39pour faire la paix.
00:56:41Il est venu
00:56:41pour prendre.
00:56:43Louise accepta,
00:56:44le cœur serré.
00:56:46Elle devait se battre.
00:56:47Pour ses fils,
00:56:48elle se transformerait
00:56:49en Lyon.
00:56:50Dans son immense bureau,
00:56:52Gabriel signait
00:56:53les documents
00:56:53préparés par Arthur.
00:56:55Chaque ligne de jargon légal
00:56:56sonnait comme une trahison
00:56:57de l'amour
00:56:58qu'il avait portée à Louise.
00:57:00La mise en demeure
00:57:00était froide.
00:57:02Notification de reconnaissance
00:57:03de paternité biologique,
00:57:05demande d'établissement
00:57:06d'un calendrier
00:57:07de visite provisoire,
00:57:08offre de soutien financier
00:57:10immédiat pour les enfants.
00:57:12L'offre financière
00:57:13était généreuse,
00:57:14presque insultante,
00:57:16mais nécessaire
00:57:16pour prouver
00:57:17sa bonne foi
00:57:18aux yeux de la loi.
00:57:19Nous allons l'envoyer
00:57:20par coursier ce soir,
00:57:21dit Arthur.
00:57:22Elle sera obligée
00:57:23de réagir.
00:57:24Je ne veux pas
00:57:24qu'elle pense
00:57:25que je lui offre
00:57:25de l'argent
00:57:26pour qu'elle disparaisse,
00:57:27insista Gabriel.
00:57:29Elle pensera
00:57:29ce qu'elle voudra,
00:57:30Gabriel.
00:57:30Pour l'instant,
00:57:32vous établissez
00:57:33votre position légale.
00:57:35C'est le seul langage
00:57:36que vous puissiez utiliser
00:57:37avec elle maintenant.
00:57:38Arthur avait raison.
00:57:40Il avait détruit
00:57:40le langage de l'amour
00:57:41et de la confiance
00:57:42cinq ans auparavant.
00:57:44Il ne lui restait
00:57:44que le langage
00:57:45des contrats.
00:57:46Le soir,
00:57:47Gabriel retourna
00:57:47dans son appartement vide.
00:57:49L'absence d'Inès
00:57:50était palpable.
00:57:51Il n'y avait plus
00:57:52d'odeur de lisse,
00:57:53plus de conversation
00:57:54sur les pivoines.
00:57:55Le silence
00:57:56était assourdissant.
00:57:57Il ne pouvait pas
00:57:58rester là.
00:57:58Il devait revoir
00:58:00Louise même de loin.
00:58:01Il devait comprendre
00:58:02la vie qu'il venait
00:58:03d'envahir.
00:58:04Il reprit le taxi
00:58:05et retourna
00:58:06dans le premier arrondissement.
00:58:08Il s'installa
00:58:09dans un bar discret
00:58:10à l'angle de sa rue,
00:58:11le genre d'endroit sombre
00:58:12où personne ne le remarquerait.
00:58:14Il regarda l'immeuble.
00:58:15La lumière était toujours
00:58:16allumée au troisième étage.
00:58:18Il imaginait Louise,
00:58:20épuisée,
00:58:20en train de bercer
00:58:21les garçons.
00:58:22Il resta là,
00:58:23buvant un verre
00:58:24de vin rouge,
00:58:25le regard fixé
00:58:26sur cette fenêtre
00:58:27éclairé,
00:58:28se sentant à la fois
00:58:29le plus puissant
00:58:29et le plus impuissant
00:58:31des hommes.
00:58:32Vers 21 heures,
00:58:33il vit une silhouette
00:58:34familière sortir
00:58:35de l'immeuble.
00:58:36C'était Louise.
00:58:37Elle marchait rapidement,
00:58:39vêtue d'une veste en jean.
00:58:41Elle avait l'air de fuir.
00:58:42Il la suivit discrètement,
00:58:44gardant ses distances.
00:58:45Elle ne se dirigeait pas
00:58:46vers une fête
00:58:47ou un restaurant.
00:58:48Elle se dirigeait
00:58:49vers un petit immeuble
00:58:50de bureau,
00:58:50un peu plus loin.
00:58:52Elle entra dans
00:58:52un cabinet médical.
00:58:54L'enseigne indiquait
00:58:55docteur Mila Laurent,
00:58:57pédiatrie.
00:58:58Gabrielle se gara
00:58:59dans l'ombre
00:58:59et attendit.
00:59:01Il réalisa
00:59:01qu'elle n'allait pas
00:59:02voir un pédiatre
00:59:03pour les enfants.
00:59:04Elle la voyait,
00:59:05elle.
00:59:06Elle avait besoin
00:59:06de parler.
00:59:08Elle avait besoin
00:59:08d'aide.
00:59:09Il attendit une heure.
00:59:10Quand Louise sortit,
00:59:11elle était accompagnée
00:59:12de Mila,
00:59:13une femme rousse
00:59:14et énergique.
00:59:15Elle parlait
00:59:16avec animation.
00:59:17Tu ne peux pas
00:59:18céder sur les visites,
00:59:19Louise.
00:59:19Pas tout de suite.
00:59:21Il doit prouver
00:59:21qu'il est fiable.
00:59:23Il doit prouver
00:59:23qu'il n'est pas
00:59:24juste un touriste
00:59:24dans leur vie.
00:59:26Gabrielle entendit
00:59:26la conversation,
00:59:27le cœur serré.
00:59:29Il était déjà catalogué.
00:59:30Le touriste.
00:59:32Louise hocha la tête.
00:59:33Je sais.
00:59:34Mais j'ai peur
00:59:35de ce qu'il va faire.
00:59:36Il a l'air obsédé.
00:59:37Reste forte
00:59:38et appelle
00:59:39Maître le Roi demain.
00:59:40Elle te dira
00:59:41quoi faire.
00:59:42Gabrielle se glissa
00:59:43dans le taxi
00:59:43avant qu'elle ne le remarque.
00:59:46Il avait confirmé
00:59:46deux choses.
00:59:48Louise était en train
00:59:48de se préparer
00:59:49à une bataille légale
00:59:50et elle se sentait
00:59:52menacée.
00:59:52Il était l'ennemi.
00:59:54Le lendemain matin,
00:59:55le coursier d'Arthur
00:59:56frappa à la porte
00:59:57de Louise.
00:59:58Elle ouvrit,
00:59:59tenant Raphaël
01:00:00dans un bras.
01:00:01Le coursier lui tendit
01:00:02une enveloppe épaisse
01:00:03portant le sceau
01:00:04d'un cabinet
01:00:04d'avocat parisien.
01:00:06C'est une mise
01:00:06en demeure,
01:00:07Madame Dubois.
01:00:08Veuillez signer
01:00:09l'accusé de réception.
01:00:10Louise signa,
01:00:11la main tremblante.
01:00:13Elle referma la porte,
01:00:14déposa Raphaël
01:00:15dans son berceau
01:00:16et déchira l'enveloppe.
01:00:18Elle lut le document,
01:00:19le cœur se serrant
01:00:19à chaque ligne
01:00:20de jargon froid.
01:00:21Gabrielle était là,
01:00:23noir sur blanc,
01:00:24affirmant sa paternité,
01:00:26exigeant son droit.
01:00:28L'offre financière
01:00:29était là aussi,
01:00:30une somme exorbitante
01:00:31pour couvrir
01:00:32les frais de garde
01:00:32et de logement.
01:00:34Elle éclata en sanglots,
01:00:35une réaction rare
01:00:36chez elle.
01:00:37La colère se mêla
01:00:38à la peur.
01:00:39Il ne jouait pas,
01:00:41il était sérieux
01:00:42et il utilisait
01:00:43sa richesse
01:00:43pour la dominer.
01:00:44Elle appela
01:00:45Maître le roi
01:00:46immédiatement.
01:00:47Maître,
01:00:47j'ai reçu le document,
01:00:48il est là,
01:00:49il offre une fortune.
01:00:51Ne touchez pas
01:00:51à cet argent,
01:00:52Madame Dubois,
01:00:53répondit Maître le roi,
01:00:54la voix sèche,
01:00:55l'argent est son piège.
01:00:57Il veut acheter
01:00:58votre silence
01:00:58et votre coopération.
01:01:00Nous allons répondre
01:01:01fermement.
01:01:02Nous allons accepter
01:01:03la reconnaissance
01:01:03de paternité,
01:01:05car il a la preuve,
01:01:06mais nous allons
01:01:06refuser catégoriquement
01:01:08tout droit de visite
01:01:09non supervisée
01:01:10pour l'instant.
01:01:11Nous allons exiger
01:01:11un calendrier
01:01:12de rencontres progressifs,
01:01:14dans un lieu neutre,
01:01:15sous supervision.
01:01:16Il doit prouver
01:01:17qu'il est capable
01:01:18de s'occuper d'eux.
01:01:19Louise se sentit
01:01:20un peu mieux.
01:01:21Elle avait un plan.
01:01:22Elle n'était plus seule
01:01:23contre le milliardaire.
01:01:24Gabriel,
01:01:25pendant ce temps,
01:01:26était en train
01:01:27de revoir sa stratégie.
01:01:28Il savait
01:01:29que l'approche légale
01:01:30était nécessaire,
01:01:31mais il craignait
01:01:32de s'aliéner Louise
01:01:33définitivement.
01:01:34Il devait trouver
01:01:35un moyen
01:01:36d'humaniser son retour,
01:01:37de lui montrer
01:01:38qu'il n'était plus
01:01:39le Gabriel
01:01:39obsédé par les chiffres.
01:01:41Il pensa aux jumeaux.
01:01:42Il ne les avait vus
01:01:43que de loin,
01:01:44endormis dans leurs poussettes.
01:01:46Il avait besoin
01:01:46de les voir,
01:01:48de les sentir.
01:01:49Il se rappela la rue
01:01:50où il avait vu
01:01:51Louise pour la première fois.
01:01:53Il y avait
01:01:53un petit parc public,
01:01:55juste à côté
01:01:55de l'ancienne boulangerie,
01:01:57un endroit
01:01:58où les mères
01:01:58emmenaient leurs enfants.
01:02:00Il décida
01:02:00de prendre
01:02:01une journée de congé,
01:02:02sans prétexte,
01:02:03sans mensonge.
01:02:05Il devait s'immerger
01:02:06dans leur monde.
01:02:07Il s'habilla
01:02:07de manière décontractée,
01:02:09un jean,
01:02:10un pull simple,
01:02:11des vêtements
01:02:11qu'il n'avait pas porté
01:02:12depuis des années.
01:02:13Il se sentait étrange,
01:02:14presque déguisé.
01:02:16Il arriva au parc
01:02:17vers midi.
01:02:18C'était un petit espace vert,
01:02:19bondé d'enfants,
01:02:21de poussettes
01:02:21et de parents épuisés.
01:02:23L'air était rempli
01:02:24de cris et de rires.
01:02:25Il s'assit sur un banc,
01:02:26observant.
01:02:27Il n'avait jamais
01:02:28prêté attention
01:02:29à la vie réelle avant.
01:02:31Il voyait la fatigue
01:02:32sur les visages des mères,
01:02:33la patience des pères.
01:02:35Il était un étranger
01:02:36dans ce monde.
01:02:37Il attendit une heure.
01:02:39Il commençait à penser
01:02:40qu'il s'était trompé
01:02:40dans son timing
01:02:41quand il la vit.
01:02:42Louise arrivait,
01:02:44luttant avec la double poussette.
01:02:46Elle avait l'air encore
01:02:47plus épuisée
01:02:47qu'il ne l'avait imaginé.
01:02:49Ses cheveux étaient
01:02:50attachés en bataille
01:02:51et elle portait
01:02:52des cernes profonds.
01:02:53Elle avait l'air
01:02:54d'avoir dormi deux heures.
01:02:56Elle gara la poussette
01:02:57près d'un grand arbre,
01:02:58l'ombre étant le seul luxe
01:03:00qu'elle pouvait s'offrir.
01:03:01Elle ouvrit la poussette.
01:03:03Les jumeaux étaient réveillés.
01:03:04Gabriel sentit son souffle
01:03:06se couper.
01:03:07Ils étaient minuscules,
01:03:08mais si vivants.
01:03:09Ils portèrent les bonnets
01:03:10qu'il lui avait envoyés,
01:03:12le verre pomme sur Raphaël,
01:03:14l'orange sur Nathan,
01:03:15le trèfle à quatre feuilles.
01:03:17Elle les avait gardés.
01:03:18Nathan, l'un des deux,
01:03:20pleurait doucement,
01:03:21un petit son aigu
01:03:22et persistant.
01:03:23Louise le prit
01:03:24dans ses bras,
01:03:25le berçant maladroitement
01:03:26tout en essayant
01:03:27de donner à Raphaël
01:03:28une bouteille.
01:03:29Elle était débordée,
01:03:31complètement.
01:03:32Gabriel se leva
01:03:33de son banc.
01:03:34Il voulait courir vers elle,
01:03:35lui arracher Nathan
01:03:36des bras
01:03:37et lui dire
01:03:37« Laisse-moi faire.
01:03:39repose-toi. »
01:03:40Mais il se rappela
01:03:41son regard de la veille.
01:03:42Il était le monstre.
01:03:44Il recula,
01:03:45s'enfonçant dans l'ombre.
01:03:46Il ne pouvait pas
01:03:47l'approcher,
01:03:47pas encore.
01:03:48Il resta là
01:03:49à observer ses filles.
01:03:51Nathan pleurait,
01:03:52mais quand Louise
01:03:53réussit à lui donner
01:03:54la bouteille,
01:03:55il se calma immédiatement,
01:03:56ses petits yeux
01:03:57fixés sur sa mère.
01:03:58Gabriel remarqua
01:03:59les détails,
01:04:00la façon dont Raphaël
01:04:01agitait ses petits pieds,
01:04:03la faussette sous l'œil
01:04:04de Nathan
01:04:04quand il souriait
01:04:05en buvant.
01:04:06Il était submergé
01:04:07par une émotion nouvelle,
01:04:09une tendresse brutale
01:04:10et irrépressible.
01:04:12Ce n'était pas un contrat,
01:04:13ce n'était pas une acquisition,
01:04:15c'était du sang,
01:04:16c'était sa chair.
01:04:18Il resta 30 minutes,
01:04:19hypnotisé par la scène.
01:04:21Il vit Louise
01:04:22laisser échapper
01:04:22un soupir de soulagement
01:04:23quand les deux garçons
01:04:25s'endormirent enfin.
01:04:26Elle s'assit sur le banc,
01:04:28les épaules relâchées
01:04:29et regarda le ciel,
01:04:30l'air d'une femme
01:04:31qui venait de survivre
01:04:32à une tempête.
01:04:33Elle sortit son téléphone
01:04:35et commença
01:04:36à taper frénétiquement.
01:04:38Gabrielle se demanda
01:04:39si elle était en train
01:04:40d'appeler son avocat.
01:04:41Il se força à partir.
01:04:43Il avait vu assez.
01:04:44Il avait vu la vérité
01:04:45de sa vie,
01:04:46la lutte,
01:04:47l'amour,
01:04:48l'épuisement.
01:04:49Il retourna
01:04:49à son bureau,
01:04:50transformé.
01:04:51Il ne pouvait pas
01:04:52se contenter
01:04:52d'envoyer des lettres
01:04:53d'avocat.
01:04:54Il devait agir.
01:04:55Le soir,
01:04:56il rappela Arthur.
01:04:58Arthur,
01:04:59je veux suspendre
01:05:00l'offensive légale
01:05:01pour l'instant.
01:05:02Arthur était consterné.
01:05:04Gabrielle,
01:05:04vous ne pouvez pas
01:05:05vous permettre
01:05:05d'être sentimentale.
01:05:07Elle va prendre ça
01:05:08pour de la faiblesse.
01:05:09Je ne suis pas faible.
01:05:11Je suis réaliste.
01:05:12J'ai vu leur vie.
01:05:13Elle est seule
01:05:14et elle lutte.
01:05:15Je ne peux pas
01:05:16lui infliger une guerre.
01:05:18Je veux
01:05:18qu'elle accepte mon aide.
01:05:20Et comment comptez-vous
01:05:20faire cela
01:05:21en lui envoyant des fleurs ?
01:05:23Non,
01:05:24je vais l'aider
01:05:24sans qu'elle le sache.
01:05:26Gabrielle avait une idée.
01:05:27Une idée qui utilisait
01:05:28ses talents
01:05:29de milliardaire,
01:05:30mais cette fois,
01:05:30non pas pour l'acquisition,
01:05:32mais pour la protection.
01:05:34Arthur,
01:05:35je veux que vous trouviez
01:05:36un appartement
01:05:37pour Louise Dubois.
01:05:38Un appartement plus grand,
01:05:40dans le même quartier,
01:05:41mais avec un ascenseur
01:05:42et un concierge.
01:05:43Quelque chose de discret,
01:05:44mais confortable.
01:05:45Je veux qu'il soit acheté
01:05:46au nom d'une société écran.
01:05:48Elle ne doit jamais savoir
01:05:49que c'est moi.
01:05:51Quand vous voulez lui offrir
01:05:52un logement
01:05:52sans qu'elle le sache,
01:05:54c'est inhabituel.
01:05:55Je veux qu'elle pense
01:05:56qu'elle a gagné à la loterie
01:05:57ou qu'une vieille tante riche
01:05:59lui a légué un bien.
01:06:00Trouver un moyen légal
01:06:01de lui transférer ce bien.
01:06:03Et je veux que ce soit fait
01:06:04dans la semaine.
01:06:05Et les frais de garde ?
01:06:06Je veux qu'elle ait
01:06:07une place en crèche,
01:06:08trouver le meilleur
01:06:09établissement du quartier
01:06:10et faire un don anonyme
01:06:12si nécessaire
01:06:13pour ouvrir une place
01:06:14immédiatement.
01:06:15Arthur Lemoyne,
01:06:16l'homme qui gérait
01:06:17les fusions d'entreprises
01:06:18à milliards,
01:06:19était désormais chargé
01:06:20d'organiser un miracle
01:06:21logistique
01:06:22pour une mère célibataire.
01:06:23« C'est une opération coûteuse,
01:06:25Gabrielle.
01:06:26Et si elle découvre
01:06:27que c'est vous,
01:06:28si elle le découvre,
01:06:29elle me renverra en enfer.
01:06:31Mais si elle ne le découvre pas,
01:06:33elle aura l'aide
01:06:33dont elle a besoin
01:06:34et je saurai
01:06:35que mes fils sont en sécurité. »
01:06:37Gabrielle se sentit
01:06:38pour la première fois
01:06:38depuis des jours
01:06:39comme s'il faisait
01:06:40quelque chose de juste.
01:06:42Il ne pouvait pas
01:06:43acheter l'amour de Louise,
01:06:44mais il pouvait
01:06:45acheter son confort.
01:06:46Il passa la nuit
01:06:47à planifier avec Arthur.
01:06:49L'opération
01:06:50« Logistique Louise »
01:06:51était lancée.
01:06:52Il utilisait
01:06:53les mêmes ressources,
01:06:55le même secret,
01:06:56mais pour un objectif
01:06:57radicalement différent.
01:06:58Pendant que Gabrielle
01:06:59travaillait
01:07:00à transformer sa vie,
01:07:01Louise était chez elle
01:07:02essayant de faire face
01:07:03à la réalité
01:07:04de la mise en demeure.
01:07:05Elle avait appelé
01:07:06« Maître le roi »
01:07:07qui l'avait rassurée.
01:07:08« Il vous a envoyé
01:07:09une lettre,
01:07:10Madame Dubois.
01:07:11Nous allons lui répondre
01:07:12avec une lettre.
01:07:13Ce sera un jeu
01:07:13d'échec légal. »
01:07:14Mais Louise ne voulait
01:07:15pas de jeu d'échec.
01:07:17Elle voulait la paix.
01:07:18Elle se sentait
01:07:19de plus en plus épuisée.
01:07:20Les nuits étaient brutales.
01:07:22Le stress était constant.
01:07:24Elle avait besoin
01:07:25d'une pause,
01:07:26d'un moment de répit.
01:07:27Elle regarda
01:07:28les bébés endormis.
01:07:29Ils étaient sa joie,
01:07:31mais aussi son fardeau.
01:07:32Elle se rappela
01:07:33le parc.
01:07:34Elle avait remarqué
01:07:34un homme étrange,
01:07:36bien habillé,
01:07:37sur un banc,
01:07:38la fixant.
01:07:39Elle s'était sentie
01:07:39observée.
01:07:40Était-ce lui,
01:07:42Gabriel ?
01:07:43L'idée qu'il rôde
01:07:44autour d'elle
01:07:44la rendait paranoïaque.
01:07:46Elle prit son téléphone
01:07:47et envoya un message
01:07:49à Maître le Roi.
01:07:50« J'ai peur.
01:07:51Je crois qu'il me suit. »
01:07:52Maître le Roi répondit
01:07:54immédiatement.
01:07:55« Nous allons ajouter
01:07:55une clause de non-approche
01:07:56dans notre réponse,
01:07:58mais nous devons aussi
01:07:59lui donner un peu
01:07:59d'espoir.
01:08:00Nous allons lui proposer
01:08:01une première rencontre
01:08:02supervisée la semaine prochaine
01:08:04dans un centre social. »
01:08:06Louise détestait
01:08:07cette idée,
01:08:08laissait Gabriel
01:08:09voir ses fils,
01:08:10mais elle savait
01:08:11qu'elle ne pouvait pas
01:08:12se battre éternellement
01:08:13contre la loi.
01:08:14Quelques jours plus tard,
01:08:16alors que Gabriel et Arthur
01:08:17finalisaient l'achat
01:08:18de l'appartement
01:08:18via une obscure fiducie
01:08:20basée au Luxembourg,
01:08:21Louise reçut
01:08:22un appel étrange.
01:08:24C'était un notaire.
01:08:25« Madame Dubois,
01:08:26je m'appelle Maître Vidal.
01:08:28Je vous appelle
01:08:28au sujet d'une succession. »
01:08:30« Une succession ?
01:08:32Je crois que vous faites erreur.
01:08:33Je n'ai pas de famille éloignée. »
01:08:35« Non, madame,
01:08:36c'est une fiducie anonyme
01:08:37qui a décidé
01:08:38de vous transférer
01:08:38un bien immobilier.
01:08:40Un geste de génération. »
01:08:41« Une curiosité inexpliquée. »
01:08:42Un appartement de trois pièces
01:08:44avec ascenseur
01:08:45dans le premier arrondissement.
01:08:47Louise crut
01:08:47qu'on lui faisait
01:08:48une blague cruelle.
01:08:49« Je suis désolé,
01:08:50je n'ai pas le temps pour ça.
01:08:52Je vous assure, madame,
01:08:53que c'est tout à fait sérieux.
01:08:55Tous les frais de notaire
01:08:56sont pris en charge.
01:08:57Vous êtes l'unique bénéficiaire. »
01:08:59Louise raccrocha,
01:09:00le cœur battant.
01:09:02Elle rappela Mila.
01:09:03« Mila,
01:09:04il se passe un truc bizarre.
01:09:05Un notaire vient de m'appeler
01:09:06pour me dire
01:09:07que j'hérite d'un appartement. »
01:09:09Mila était sceptique.
01:09:10C'est sûrement une arnaque.
01:09:12Mais il a donné
01:09:13des détails précis
01:09:13sur l'immeuble.
01:09:15C'est un bel immeuble
01:09:16avec un concierge.
01:09:17Pendant deux jours,
01:09:19Louise lutta
01:09:19contre l'idée.
01:09:21Elle se rendit
01:09:21finalement au bureau
01:09:22de maître Vidal,
01:09:23accompagnée
01:09:24de maître le roi.
01:09:25Maître le roi,
01:09:26après avoir examiné
01:09:27les documents,
01:09:28était perplexe.
01:09:29« C'est légal,
01:09:30madame Dubois. »
01:09:31La fiducie est étanche.
01:09:33Il n'y a absolument
01:09:34aucune trace du donateur.
01:09:36C'est un cadeau,
01:09:37un miracle.
01:09:38Louise n'y croyait pas.
01:09:39Mais l'appartement
01:09:40était magnifique,
01:09:41spacieux,
01:09:42avec assez de place
01:09:43pour les jumeaux
01:09:44et un bureau.
01:09:45Elle pouvait enfin respirer.
01:09:47La fatigue accumulée
01:09:48depuis des mois
01:09:49s'effondra.
01:09:50Elle accepta,
01:09:51se sentant coupable
01:09:52et soulagée.
01:09:53Elle déménagea
01:09:54en quelques jours,
01:09:55laissant son petit studio
01:09:56derrière elle.
01:09:57Elle ne pouvait pas
01:09:58se permettre de refuser
01:09:59ce cadeau du ciel.
01:10:01Dans son nouveau logement,
01:10:02Louise se sentait
01:10:03paradoxalement
01:10:04plus en sécurité.
01:10:05Elle attribuait
01:10:06ce miracle à la chance.
01:10:08Elle se dit
01:10:08que la vie
01:10:09lui devait bien ça.
01:10:10Pendant ce temps,
01:10:11Gabriel,
01:10:12observant de loin
01:10:13l'ancien immeuble vide,
01:10:14se sentait satisfait.
01:10:16Ses fils avaient
01:10:17une meilleure qualité de vie.
01:10:19Il reçut la réponse
01:10:19de maître le roi
01:10:20à sa mise en demeure.
01:10:23Elle était ferme.
01:10:24Acceptation de la paternité,
01:10:26mais refus catégorique
01:10:27de tout contact
01:10:28non supervisé.
01:10:29Proposition d'une première
01:10:30rencontre dans une semaine.
01:10:32Gabriel accepta immédiatement.
01:10:35Il avait une semaine
01:10:36pour se préparer
01:10:36à rencontrer ses fils
01:10:37pour la première fois.
01:10:39Une semaine pour prouver
01:10:40à Louise
01:10:40qu'il n'était pas seulement
01:10:41un portefeuille,
01:10:43mais un homme.
01:10:44Il se rendit
01:10:45au centre commercial.
01:10:46Il devait acheter
01:10:47des vêtements,
01:10:48des jouets.
01:10:49Il ne savait rien
01:10:49des bébés.
01:10:50Il acheta tout
01:10:51ce qu'il vit,
01:10:52des doudous,
01:10:53des hochets,
01:10:54des pyjamas.
01:10:55Il se sentait ridicule,
01:10:56mais l'acte d'achat
01:10:57le rapprochait
01:10:58de ses fils.
01:10:59Il passa la semaine
01:11:00à lire des livres
01:11:01sur la parentalité.
01:11:03Il étudiait
01:11:03les stades de développement,
01:11:05les besoins des jumeaux.
01:11:06Il était Gabriel Lemoyne,
01:11:08le stratège,
01:11:09et il allait appliquer
01:11:10la même rigueur
01:11:10à la paternité
01:11:11qu'à la finance.
01:11:12Le jour de la rencontre
01:11:13arriva.
01:11:14Le centre social
01:11:15était un lieu neutre,
01:11:17rempli d'une odeur
01:11:17de désinfectant
01:11:18et de jouets en plastique.
01:11:20Gabriel arriva en avance,
01:11:21vêtu sobrement.
01:11:22Il était nerveux,
01:11:23plus nerveux qu'avant
01:11:25n'importe quelle fusion
01:11:26d'entreprise.
01:11:27Louise arriva,
01:11:28accompagnée de Maître le Roi
01:11:29et d'une assistante sociale.
01:11:31Elle était tendue,
01:11:32ses yeux étaient durs.
01:11:34Elle tenait les jumeaux
01:11:35dans leur siège auto.
01:11:36Raphaël portait
01:11:37un petit pull vert,
01:11:38Nathan,
01:11:39un pull orange.
01:11:41Le temps s'est figé.
01:11:42Gabriel s'avança.
01:11:44Il regarda ses fils.
01:11:45Ils étaient éveillés,
01:11:47regardant autour d'eux
01:11:48avec une curiosité silencieuse.
01:11:50Il se tourna vers Louise.
01:11:51« Bonjour, Louise.
01:11:53Bonjour, Gabriel. »
01:11:54Sa voix était glaciale.
01:11:56« Vous avez une heure. »
01:11:57« Sous la surveillance
01:11:58de Madame Deschamps. »
01:12:00Gabriel hocha la tête.
01:12:01Il s'assit par terre,
01:12:02maladroitement entouré
01:12:03de jouets en plastique.
01:12:05Il se pencha vers Nathan.
01:12:06Il lui tendit la main,
01:12:08une main habituée
01:12:09à signer des chèques
01:12:10à 6 zéros.
01:12:11Nathan la regarda,
01:12:12puis sourit,
01:12:13révélant une petite faussette
01:12:14sur son menton.
01:12:15Le même sourire
01:12:16que Gabriel.
01:12:17Il prit Nathan
01:12:18dans ses bras.
01:12:19C'était la première fois.
01:12:20Le bébé était petit,
01:12:22lourd,
01:12:23et sentait le lait
01:12:24et la poudre.
01:12:25Gabriel sentit
01:12:25une vague d'émotions
01:12:26si forte
01:12:27qu'elle faillit
01:12:28le faire pleurer.
01:12:29Louise,
01:12:30assise à l'autre bout
01:12:31de la pièce,
01:12:31le fixait,
01:12:33attendant le moindre faux pas.
01:12:34Gabriel berça Nathan.
01:12:36Il ne savait pas quoi faire,
01:12:37ni quoi dire.
01:12:38Il se contenta
01:12:39de le regarder,
01:12:40de sentir son poids.
01:12:42Puis il regarda Louise.
01:12:43Elle ne le haïssait pas,
01:12:44pas en cet instant.
01:12:45Elle le regardait
01:12:46avec une intensité étrange,
01:12:48l'intensité d'une mère
01:12:49observant un étranger
01:12:50tenir son précieux fardeau.
01:12:52Il savait qu'il était
01:12:53loin d'avoir gagné.
01:12:55Mais pour la première fois,
01:12:56il était en contact
01:12:57avec la réalité de sa vie.
01:12:59Il était père.
01:13:00Et il allait se battre
01:13:01pour eux,
01:13:02même si cela signifiait
01:13:03se battre contre la seule femme
01:13:04qu'il ait jamais aimée.
01:13:06Continua.
01:13:07Il se pencha vers Nathan.
01:13:09Il lui tendit la main,
01:13:10une main habituée
01:13:10à signer des chèques
01:13:11à 6-0.
01:13:12Nathan la regarda,
01:13:14puis sourit,
01:13:15révélant une petite faussette
01:13:16sur son menton.
01:13:17Le même sourire
01:13:18que Gabriel.
01:13:19Il prit Nathan dans ses bras.
01:13:21C'était la première fois.
01:13:22Le bébé était petit,
01:13:23lourd et sentait le lait
01:13:24et la poudre.
01:13:26Gabriel sentit une vague
01:13:27d'émotions si forte
01:13:28qu'elle faillit
01:13:29le faire pleurer.
01:13:30Louise,
01:13:31assise à l'autre bout
01:13:32de la pièce,
01:13:33le fixait,
01:13:34attendant le moindre faux pas.
01:13:36Gabriel berça Nathan.
01:13:37Il ne savait pas quoi faire
01:13:38ni quoi dire.
01:13:39Il se contenta
01:13:40de le regarder
01:13:41et de sentir son poids.
01:13:42Puis,
01:13:43il regarda Louise.
01:13:44Elle ne le haïssait pas,
01:13:45pas en cet instant.
01:13:47Elle le regardait
01:13:48avec une intensité étrange.
01:13:50L'intensité d'une mère
01:13:51observant un étranger
01:13:52tenir son précieux fardeau.
01:13:54Il savait
01:13:54qu'il était loin
01:13:55d'avoir gagné.
01:13:56Mais pour la première fois,
01:13:58il était en contact
01:13:59avec la réalité de sa vie.
01:14:00Il était père
01:14:01et il allait se battre
01:14:03pour eux,
01:14:03même si cela signifiait
01:14:04se battre contre
01:14:05la seule femme
01:14:06qui l'ait jamais aimée.
01:14:07L'heure passa
01:14:08dans un silence tendu,
01:14:10seulement brisé
01:14:10par les bruits
01:14:11des bébés.
01:14:12Gabriel se concentra
01:14:13sur les garçons.
01:14:14Il changea la couche
01:14:15de Raphaël.
01:14:16Une opération
01:14:17qu'il exécuta
01:14:18avec une maladresse étonnante
01:14:19pour un homme
01:14:20qui dirigeait des empires,
01:14:21mais avec une douceur sincère.
01:14:24Il donna le hochet
01:14:24qu'il avait acheté à Nathan
01:14:25qui le fixa
01:14:27avec des yeux ronds
01:14:27et curieux.
01:14:29Louise ne dit rien.
01:14:30L'assistante sociale,
01:14:31Madame Deschamps,
01:14:32notait scrupuleusement
01:14:33le déroulement
01:14:34de la visite.
01:14:35Gabriel parlait au bébé
01:14:36avec une voix basse
01:14:37et hésitante,
01:14:38racontant des choses absurdes
01:14:40sur les actions boursières
01:14:41et les yachts,
01:14:42puis se reprenant
01:14:43pour parler des couleurs
01:14:44vives des jouets.
01:14:45Il était pathétique
01:14:46et Louise le voyait.
01:14:48Mais elle voyait aussi
01:14:49la sincérité.
01:14:50Il n'était pas là
01:14:51pour jouer un rôle
01:14:52de père parfait.
01:14:53Il était simplement là,
01:14:55présent,
01:14:55maladroitement ému.
01:14:57Quand l'heure fut écoulée,
01:14:58Madame Deschamps
01:14:59se racla la gorge.
01:15:00Mlle Dubois,
01:15:01M. le moine,
01:15:02le temps est écoulé.
01:15:04Louise se leva
01:15:04immédiatement.
01:15:06Elle prit Raphaël
01:15:07puis Nathan,
01:15:07les installant rapidement
01:15:08dans leur siège.
01:15:10Gabriel se leva aussi.
01:15:12Il se sentait lourd
01:15:12de l'émotion
01:15:13et du poids des bébés.
01:15:15« Je serai là
01:15:16la semaine prochaine,
01:15:16dit-il, sa voix ferme. »
01:15:18Louise le regarda
01:15:19enfin dans les yeux.
01:15:20Il n'y avait plus
01:15:21de colère brûlante,
01:15:22juste une fatigue profonde,
01:15:24une lassitude.
01:15:25« C'est ce que les avocats
01:15:26ont décidé, »
01:15:27répondit-elle,
01:15:28évitant toute
01:15:29implication personnelle.
01:15:31« Mais sachez que
01:15:32si vous pensez pouvoir
01:15:33acheter votre place
01:15:33dans leur vie,
01:15:34vous vous trompez. »
01:15:36« Je sais, »
01:15:37dit Gabriel sincèrement.
01:15:39Il pensa à l'appartement,
01:15:40à la crèche,
01:15:40aux actes anonymes
01:15:41qu'il avait posés.
01:15:43Il ne pouvait pas
01:15:43les mentionner.
01:15:44Il devait laisser
01:15:45ses actions parler.
01:15:47« Je ne veux rien acheter,
01:15:48Louise.
01:15:48Je veux juste être un père. »
01:15:50Elle ne répondit pas.
01:15:51Elle tourna les talons,
01:15:53maître le roi
01:15:53et l'assistante sociale
01:15:54la suivant.
01:15:55Gabriel resta seul
01:15:56dans le centre social,
01:15:58entouré des jouets
01:15:59en plastique.
01:16:00Il avait échoué
01:16:01à la reconquérir,
01:16:02mais il avait réussi
01:16:03à établir le contact
01:16:04avec ses fils.
01:16:05« C'était un début,
01:16:06un minuscule,
01:16:07fragile début. »
01:16:09Il appela Arthur.
01:16:10« C'était difficile.
01:16:11Mais je continue.
01:16:13Je veux que l'opération
01:16:14logistique Louise
01:16:15se poursuive.
01:16:16Je veux que sa vie
01:16:17soit plus facile,
01:16:18sans qu'elle sache
01:16:18pourquoi. »
01:16:19« Je m'en occupe,
01:16:20Gabrielle. »
01:16:21« Mais attention.
01:16:22Elle a une première audience
01:16:23fixée dans deux semaines
01:16:25pour établir officiellement
01:16:26les droits de visite.
01:16:27Nous devons répondre
01:16:28avec une contre-proposition
01:16:30de calendrier de visite.
01:16:31Fais-le. »
01:16:32« Mais propose une progression
01:16:34très lente.
01:16:35Je veux qu'elle voit
01:16:35que je respecte son rythme.
01:16:37Je ne suis pas pressé,
01:16:38je serai là aussi longtemps
01:16:39qu'il le faudra. »
01:16:40Gabriel avait compris.
01:16:42Il avait passé sa vie
01:16:43à chercher la ligne droite
01:16:44vers le succès.
01:16:45La paternité,
01:16:46avec Louise,
01:16:47était un labyrinthe
01:16:48de patience et de sacrifice.
01:16:50Il avait besoin
01:16:51de se défaire
01:16:52de son ancienne identité
01:16:53pour en créer une nouvelle,
01:16:55celle d'un homme
01:16:56qui mettait les autres
01:16:57avant les chiffres.
01:16:59Il retourna à son appartement
01:17:00qui lui semblait désormais
01:17:01un mausolée vide.
01:17:03Il commença à le vider,
01:17:05à le rendre moins luxueux,
01:17:06moins froid.
01:17:07Il savait qu'il ne pouvait pas
01:17:09vivre dans ce temple
01:17:10de l'ambition
01:17:10s'il voulait se rapprocher
01:17:12de la simplicité
01:17:13et de l'honnêteté de Louise.
01:17:15Il ne revit Inès
01:17:16qu'une fois
01:17:17pour signer les documents
01:17:18d'annulation des fiançailles.
01:17:20Elle était froide,
01:17:21digne,
01:17:22obsédée par la manière
01:17:23dont elle allait expliquer
01:17:24cette catastrophe financière
01:17:26à ses amis.
01:17:28Elle ne mentionna jamais Louise.
01:17:30Elle ne mentionna jamais
01:17:31le soupçon
01:17:31qu'elle avait eu.
01:17:32Elle était trop concentrée
01:17:33sur sa propre image
01:17:34pour voir la vérité
01:17:36derrière son mensonge.
01:17:37Quelques mois passèrent.
01:17:39Gabriel respecta
01:17:40scrupuleusement
01:17:40les visites supervisées.
01:17:42Il apprit à changer
01:17:43les couches rapidement,
01:17:44à préparer les biberons.
01:17:46Il apprit les rythmes
01:17:46de ses fils,
01:17:47leurs petits bruits,
01:17:48leurs expressions.
01:17:50Louise,
01:17:50observant sa constance,
01:17:52commença lentement
01:17:52à relâcher sa garde,
01:17:54permettant même,
01:17:55après la troisième visite,
01:17:56à Madame Deschamps
01:17:57de se retirer discrètement
01:17:58pendant quelques minutes.
01:18:00Un après-midi,
01:18:01lors d'une visite,
01:18:02Nathan pleurait,
01:18:03inconsolable.
01:18:04Louise était épuisée,
01:18:06les bras tremblant.
01:18:07« Tiens, » dit Gabriel,
01:18:09tendant les mains.
01:18:10Louise hésita une seconde,
01:18:12puis lui donna Nathan.
01:18:13Gabriel le prit
01:18:14contre sa poitrine
01:18:15et commença à marcher,
01:18:16berçant le bébé
01:18:17avec une aisance nouvelle.
01:18:19Nathan se calma
01:18:20presque immédiatement.
01:18:21Louise le regarda,
01:18:23les larmes aux yeux,
01:18:24cette fois non pas de colère,
01:18:26mais d'épuisement
01:18:27et d'une gratitude forcée.
01:18:28« Il...
01:18:29Il ne se calme qu'avec moi
01:18:30d'habitude, » murmura-t-elle.
01:18:32« Je sais, » répondit Gabriel,
01:18:35regardant son fils.
01:18:36« Mais je suis là maintenant. »
01:18:38C'était la première fissure
01:18:39dans le mur qu'elle avait érigée.
01:18:41Il n'y eut pas de pardon
01:18:42ce jour-là,
01:18:43pas de réconciliation romantique.
01:18:45Il y eut juste un père
01:18:46qui tenait son fils,
01:18:47offrant un répit à la mère.
01:18:49Gabriel continua son travail
01:18:50de sape discrète.
01:18:52Les jumeaux eurent
01:18:53leur place en crèche.
01:18:54Louise, allégée du poids
01:18:55constant de la garde,
01:18:57trouva plus de temps
01:18:57pour son travail,
01:18:59ses revenus augmentèrent
01:19:00et elle eut l'impression
01:19:01que le ciel s'éclaircissait.
01:19:03Elle ne comprit jamais
01:19:04pourquoi le notaire
01:19:05ne l'avait plus jamais recontacté,
01:19:07ni pourquoi son nouveau quartier
01:19:08était soudain si accommodant
01:19:10pour les jeunes mères.
01:19:11Il savait que le chemin
01:19:12vers la rédemption
01:19:13serait long.
01:19:14Il avait détruit leur confiance
01:19:15avec son ambition
01:19:16et son argent.
01:19:18Maintenant,
01:19:19il devait la reconstruire
01:19:20avec sa présence
01:19:20et sa patience.
01:19:22Il avait deux raisons
01:19:23de rester ancré à Paris,
01:19:24deux petits bonnets bleus
01:19:25et il ne les laisserait
01:19:27plus jamais prouver.
01:19:28Le milliardaire avait enfin
01:19:29trouvé sa vraie fortune.
01:19:31Attendez, attendez une seconde,
01:19:33on parle de Gabriel
01:19:34qui a foutu sa vie en l'air,
01:19:36qui a menti à Inès
01:19:37sur une faillite
01:19:37pour pouvoir se concentrer
01:19:38sur Louise et les jumeaux.
01:19:40Mais Inès, elle,
01:19:42l'antagoniste de cette histoire,
01:19:44la seconde où elle a senti
01:19:45que l'argent s'éloignait,
01:19:47elle a plié bagage
01:19:48sans un regard en arrière,
01:19:50laissant Gabriel
01:19:51gérer son désastre personnel.
01:19:53C'était la chose
01:19:54la plus choquante
01:19:54de toute cette histoire, non ?
01:19:56L'amour était conditionnel.
01:19:58Les filles, dites la vérité.
01:20:00Pardonneriez-vous
01:20:00une telle trahison
01:20:01ou serait-ce à Dieu
01:20:02pour toujours ?
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