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  • il y a 2 jours
L’architecte d’intérieur, Jacques Garcia, parle de son histoire et de ses nombreux travaux en tant qu’architecte d’intérieur : «J’ai remeublé le château de Versailles pendant 10 ans».

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Transcription
00:00Déjà, dire les plus grands, les plus grands, ce n'est pas vraiment comme ça que je vois les choses.
00:05J'ai eu la chance d'être appelé pour des variétés colossales.
00:09J'ai toujours dit que j'étais un peu Dr Jekyll des Mr Hyde.
00:12Et je vais vous donner le meilleur exemple.
00:15J'ai fait les salles du Musée du Louvre pour le XVIIe, XVIIIe siècle.
00:19J'ai remeublé Versailles pendant dix ans.
00:21C'est une chose.
00:23Et j'ai fait le Wynn à Las Vegas.
00:25Donc c'est vraiment de monde, a priori, totalement incompatible.
00:30Et je sors de cette expérience dès ma jeunesse, puisque j'ai eu la passion de l'art contemporain très jeune.
00:39Et de par mon père, un G qui était émigré espagnol et qui était fasciné de littérature française, enfin un érudit.
00:48Et il m'a toujours dit, mais tu sais, au fond, c'est une phrase que je ressors souvent, mais c'est la réalité.
00:55Il m'a dit, ne t'intéresse pas aux choses anciennes.
00:58Intéresse-toi à l'histoire des choses anciennes.
01:01La France a commencé, la Révolution française a commencé par vendre le patrimoine des possédants.
01:10On est d'accord ou pas d'accord avec ça, je ne suis pas là pour juger de ça.
01:13Mais en tous les cas, si tu as la connaissance, tu n'es pas obligé d'acheter une commode Louis XV.
01:18Tu peux acheter la commode de Louis XV, il suffit juste de le savoir.
01:22Et c'est ça qui m'a passionné.
01:23Je me suis mis dans des histoires un peu absurdes, c'est vrai, à essayer de collectionner les inventaires, regarder des inventaires, les poinçons, des choses qui sont un peu rébarbatives, il faut bien le dire.
01:38Mais ces choses rébarbatives, c'est comme la culture.
01:40Quand on a pas mal, à la fin, on fait autrement que les autres.
01:46Donc vous êtes intéressé à l'histoire des objets.
01:51Je disais que vous vous êtes fait tout seul, en fait, et c'est quand même incroyable.
01:54Par votre père...
01:55Non, non, non, ne vous m'immisez pas, attention, je vous ai à l'oeil.
01:59Non, mais vous n'êtes pas mis avec une cuillère d'argent dans la bouche et vous avez grandi tout seul.
02:03Alors, le rapport à l'argent, certes, je me suis fait tout seul, le rapport à l'argent, une famille normale, classique, mais pas vraiment tout seul.
02:14Parce que je suis l'issue de deux mondes.
02:17Je suis issu d'un grand-père au Brot, du centre de la France, où on n'avait jamais quitté notre territoire, dans le Bourbonnet, ma mère, et qui épouse un émigré espagnol.
02:30Mais l'émigré espagnol, il l'a quitté à cause de Franco, son père, ils ont fui le fascisme, etc.
02:37C'était assez compliqué.
02:38Et donc, il a eu une intégration extraordinaire.
02:42Il parlait le français couramment, mes grands-parents aussi, aussi bien que l'espagnol.
02:47Ça aide.
02:48Et il m'a toujours inculqué des valeurs de la connaissance, cet amour de la France.
02:56Alors, la France, c'était vraiment un terre d'accueil.
03:00Incroyable.
03:01Qu'il en était plus amoureux, peut-être, que certains français.
03:04Et, si vous voulez, il m'a transmis ça.
03:08Très vite, par exemple, il y a un homme extraordinaire en France qui s'appelait Malraux.
03:12Et ce monsieur Malraux, j'espère que tout le monde le connaît, parce que c'est quand même quelqu'un d'important.
03:17Parce que monsieur Malraux invente un truc de dingue.
03:20Il permet aux pauvres châtelains ou riches châtelains, peu importe, qui ont des châteaux,
03:26de les ouvrir au public, moyennant la défiscalisation.
03:30S'ils ouvrent au public, ils peuvent défiscaliser les frais occasionnés par leur château.
03:35Bien évidemment, mon père s'est précipité dans tous les châteaux qu'on pouvait visiter.
03:42Car nous n'avions pas l'accès à ces choses.
03:45Mais on a eu l'accès grâce à cette loi.
03:48Et c'est peut-être ça qui m'a donné ce goût des châteaux.
03:52Anecdote, à l'âge de 10 ans, je visite avec mon père le château du Champ de la Taille,
03:56qui avait été repris par Duc d'Arcourt, un peu dans un état de dévastation totale.
04:02Complètement délabré.
04:02Et je dis à mon père, c'est lui qui me le rappelle quand j'achète Champ de la Taille,
04:07« Ah papa, je voudrais être architecte. »
04:09Et il me dit, « Ah bon, mais ça vient comment cette histoire ? »
04:13Je voudrais être architecte parce que je voudrais faire des belles choses comme ça.
04:16À 10 ans.
04:17Ça démarre très jeune.
04:18Ça démarre très jeune et je retiens que ça démarre aussi par votre père,
04:22immigré espagnol et son amour de la France.
04:26Lorsqu'on vous parle de la France, Jacques Garcia, qu'est-ce que vous répondez ?
04:30Alors moi, je suis un optimiste.
04:33Tous mes amis vous le diront.
04:36Devant le désastre, je pense toujours, c'est pas si mal, ça aurait pu être pire.
04:42Donc évidemment ça.
04:43Oui, on aime bien.
04:45Je ne vais pas vous dire que je suis d'un optimiste actuellement total.
04:48Mais bon, on ne parle plus d'un abruti de service.
04:53Mais quand je pense de la France, franchement, de mon sujet,
04:57c'est inimaginable comme pays.
05:01Nous avons d'abord, pour commencer, plus de mille ans d'histoire.
05:06On pourrait dire une histoire.
05:07OK.
05:08Mais nous avons eu dans notre monde artistique 400 ans de domination.
05:16Comment voulez-vous que ça s'arrête, ça ?
05:18C'est impossible.
05:20Alors il y a des hauts débats, il y a des transformations, il y a tout un tas de choses.
05:24Tout d'un coup, on aime telle chose, on dit que l'artiste contemporain n'est pas bien,
05:28on dit que le Louis XV s'est démodé.
05:31On a le droit de dire des bêtises toute la sainte journée.
05:33Après tout, ça occupe beaucoup de la population.
05:36Mais pour autant, la réalité, elle est claire.
05:39La France, il y a deux villes éternelles et deux pays qui sont éternels.
05:44Il y a Rome et Paris.
05:46Il y a Rome, c'est l'éternité spirituelle, et Paris, c'est l'éternité intellectuelle.
05:51Vous ne pourrez jamais enlever ça.
05:53Jacques Garcia, vous êtes en train de nous dire que la France restera éternelle, quoi qu'il advienne.
06:00Elle l'a toujours été.
06:02Elle a subi des moments absolument abominables.
06:06Vous imaginez qu'en 1793, c'était formidable.
06:10Vous imaginez qu'en 1815, c'était formidable.
06:13La France devait être totalement occupée par les armées étrangères.
06:17Vous imaginez qu'en 1830, c'était formidable.
06:20En 1848, c'était formidable.
06:22En 1875, c'était formidable.
06:25En 1814, c'était formidable.
06:28En 1849, c'était formidable.
06:30Mais bon, voilà, on est là, en gloire et tout.
06:33Il faut se battre et ça va.
06:35Il faut se battre, c'est tout.
06:37Il faut se battre et ça va.
06:38Une autre question, ensuite je laisse la place à Marc maintenant,
06:40parce que je sens qu'il y a une question aussi à vous poser.
06:42Moi, je veux voir, qu'est-ce que vous voyez lorsqu'on vous dit l'élégance à la française ?
06:47Ça, c'est quelque chose qu'on vient chercher en France, que le monde nous envie.
06:52L'élégance à la française.
06:53Vous incarnez dans tout ce que vous faites.
06:55Non, Christine Kelly.
06:56Non, moi, non.
06:57L'élégance à la française.
06:59Non, mais comment je suis ?
07:01Non, mais Jacques Garcia, dans votre rôle,
07:05dans votre regard, dans la façon dont vous touchez les bâtiments,
07:08la décoration, dans la façon dont vous faites parler les objets,
07:11vous incarnez, dans la façon dont vous êtes,
07:14dans la façon dont vous racontez la France.
07:15Vous êtes l'élégance à la française.
07:17Mais pour vous, dites-moi, avec vos mots,
07:19qu'est-ce que l'élégance à la française ?
07:20Qu'est-ce que le monde vient nous envie ?
07:23Les choses dont on donne des noms sont inexplicables.
07:28C'est la même histoire que ces 400 ans de pouvoir esthétique que nous avons.
07:34Pourquoi les femmes françaises ont une attitude particulière dans le monde
07:37et qu'elles ont tout le temps été copiées ?
07:40Est-ce qu'elles sont plus belles, plus ci, plus ça ?
07:42Non, il y a un truc différent.
07:44C'est comme ça.
07:46Pourquoi au XVIIIe siècle, tout le monde a essayé de nous copier ?
07:51Et les palais autrichiens, allemands, etc., sont des copies.
07:55C'est très bien, mais ça n'a pas un petit truc en plus.
08:00Le début du XXe siècle, on réinvente un monde.
08:04Je parle toujours dans mon univers.
08:06Je ne sais pas, tous les arts décoratifs des années 20, 30, 40,
08:14c'est extraordinaire.
08:15Nous possédons le monde, on l'exporte.
08:18On a une manière de faire que les autres ne savent pas faire.
08:22Et ça, je voudrais juste insister là-dessus,
08:25c'est ce que j'ai essayé de faire toute ma carrière.
08:28À savoir exporter.
08:30Mais exporter ce savoir-faire.
08:31Nous avons des entreprises inimaginables en France.
08:34qu'on a un savoir-faire que d'autres n'ont pas.
08:38Et on va vendre nos staffers,
08:40on va vendre nos peintres décorateurs,
08:42etc., etc.
08:44Dans ce métier, c'est dingue.
08:46Et donc, c'est ça qu'il faut continuer.
08:48Et ça, ce n'est pas du tout perdu.
08:49Il suffit juste de dynamiser un petit peu de temps en temps
08:52et ça repart.
08:53Dix secondes, maintenant.
08:54C'est une réponse à Mélenchon.
08:57Non, non, mais ce que je veux dire, c'est extraordinaire.
09:00Ça montre cet esprit français qui existe,
09:03qui est enraciné
09:04et qui est bien perçu à travers le monde.
09:07Qu'est-ce que vous pouvez dire à des gamins
09:09qui aujourd'hui sont un peu en perdition
09:10pour leur dire,
09:12eh bien oui, la passion, ça doit vous guider.
09:14Et quel petit conseil
09:15pour qu'ils se lancent sur vos traces ?
09:18Dix secondes avant le JT de 20h.
09:19Eh bien moi, je vais vous dire en deux mots.
09:21Parce que ce que je voudrais dire,
09:24j'ai eu la chance
09:25d'avoir la variété.
09:27C'est-à-dire, on m'a apporté tous les modèles.
09:29Les choses historiques, les choses futuristes,
09:33des grandes expositions,
09:35des magasins vraisemblables, tout ça.
09:38Ça veut dire simplement une chose,
09:41n'ait pas peur de rien.
09:43Moi, j'ai jamais eu peur.
09:44Sous-titrage Société Radio-Canada
09:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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