00:00Avec le magnifique Olivier Benkemoun qui nous a rejoint.
00:04Salut Olivier, quelle élégance, quel sens, quel charme.
00:07Mais parce qu'on fait de la télé maintenant.
00:08Bien sûr, tu repens un télé.
00:10Je pense un jour à cette élégance effectivement.
00:13On va parler cinéma avec vous tout à l'heure.
00:15Et puis il y a la grande Sophie qui viendra chanter en live en fin d'émission.
00:19Et alors quel bonheur, quel bonheur d'accueillir une grande romancière,
00:22auteure de Noé Moi, de Rien ne s'oppose à la nuit,
00:26d'après une histoire vraie couronnée du prix Renaud Do
00:28ou encore le fameux Les Enfants sont rois.
00:31Elle signe un nouveau livre captivant.
00:33Je suis Romane Monnier.
00:35Mais elle, c'est bien Delphine De Vigan.
00:37Bonjour Delphine.
00:38Bonjour Thomas.
00:39Bonjour à tous.
00:40Merci d'être avec nous ce matin pour nous parler de ce roman.
00:43Donc édité à quelques 200 000 exemplaires.
00:46On sent la confiance de votre éditeur Gallimard.
00:49Et je pense qu'ils peuvent même partir en réimpression dès maintenant.
00:52Parce que c'est un roman absolument génial qu'on n'arrive pas à lâcher.
00:55C'est un roman qui part d'une idée qui est toute simple, mais qui est excellente.
01:00Un homme qui s'appelle Thomas, qui a à peu près mon âge, c'est ça ?
01:04On est dans ces eaux-là.
01:05Je ne sais pas quel âge vous avez, il a 47 ans.
01:08J'ai 44, voilà, on n'est pas loin.
01:10Et alors cet homme, il échange sans faire exprès dans une soirée son portable
01:14avec celui d'une inconnue qui s'appelle donc Romane Monnier, vous l'avez compris.
01:18Il se réveille avec ce portable qu'il n'arrive pas à déverrouiller.
01:21Alors il est un peu perdu au départ, hein Thomas ?
01:24Il est perdu comme on l'est aujourd'hui quand on n'a pas son téléphone portable.
01:29C'est le premier geste du matin, je pense, pour beaucoup d'entre nous.
01:32C'est de passer, d'ouvrir le portable.
01:35Et là, il se rend compte en effet que c'est le même téléphone que le sien,
01:39la même marque, le même modèle, mais qu'il n'arrive pas à l'ouvrir.
01:42Donc il a un temps de tupéfaction.
01:43Ce n'est pas le même fond d'écran.
01:44Voilà, ce n'est pas le même fond d'écran.
01:46Il se remémore quand même vaguement cette soirée qui semble-t-il a été un peu trop arrosée.
01:51Il s'est couché avec sa chemise, donc il en conclut que bon,
01:54il n'était pas tout à fait dans un état normal quand il est rentré.
01:57Mais au-delà de ça, il comprend assez vite que ça n'est pas son téléphone.
02:02Et donc il a un vague souvenir qu'il était dans ce bar où la promiscuité est importante.
02:08Il était à côté d'une jeune femme et donc assez vite, il en conclut que c'est probablement,
02:13il y a eu un échange, il ne sait pas très bien comment ça a pu se faire.
02:16Et donc il arrive à l'appeler.
02:17Voilà, il arrive finalement à la joindre sur son téléphone à lui, bien sûr.
02:22Et là, il comprend, au cours de cette conversation un peu étrange,
02:25elle lui dit, par deux fois, elle lui dit gardez-le.
02:29Je vais vous rapporter votre téléphone, en gros, mais je n'ai pas récupéré le mien.
02:33Et non seulement elle le lui laisse, mais elle lui donne les codes d'accès
02:37pour entrer dans le téléphone et y voyager.
02:41C'est ça qui est encore plus surprenant, elle lui donne son code PIN, le code d'accès.
02:45Donc voilà, gardez mon téléphone, faites-en ce que vous voulez.
02:47Parce qu'aujourd'hui, il n'y a rien de plus intime que nos téléphones portables.
02:50Et donc on se pose forcément la question, qu'est-ce que je ferais de ce portable ?
02:55C'est assez tentant de fouiller pour en savoir plus sur cette personne
02:58qui n'a pas l'air de tenir à cet objet qui est ultra personnel.
03:01C'est quand même, c'est vrai, l'objet qui renferme le plus d'infos sur nous.
03:05Et du coup, ce téléphone, ça va devenir une obsession pour lui.
03:08Oui, sans doute, parce que d'ailleurs, ça arrive à un moment de sa vie
03:11qui est un petit peu vide.
03:13On le comprend assez vite, sans en dire trop.
03:16Il a élevé seule une fille qui est devenue une jeune adulte, qui est partie.
03:21Voilà, il a une petite affaire de reprographie, qui ne marche pas trop mal.
03:26Voilà, il est sans doute un peu dans un tournant,
03:28à un moment en tout cas où il lui faut trouver un nouveau souffle,
03:31de nouvelles perspectives.
03:33Et voilà, il va se plonger chaque soir dans ce téléphone qui n'est pas le sien,
03:38développant en effet une espèce d'obsession, d'addiction.
03:42Mais parce que c'est assez vertigineux,
03:44parce que finalement, il essaye de comprendre pourquoi elle lui a confié à lui,
03:49pourquoi une jeune femme de 29 ans lui confie toutes ses traces,
03:52parce que c'est vraiment ça dont il est question,
03:54qu'est-ce qu'elle a voulu lui dire,
03:57ou à quoi elle n'a pas pu renoncer finalement,
04:01en lui laissant ce téléphone.
04:02C'est vrai, je disais que c'est une formidable idée,
04:04parce que ça pose beaucoup de questions sur tout ce qu'on donne au monde numérique.
04:09Aujourd'hui, Delphine Devigan, j'ai regardé,
04:10moi j'ai 27 553 photos et vidéos dans mon portable,
04:15j'ai plus de 30 000 emails, 473 notes,
04:17des milliers de messages, de WhatsApp,
04:19sans compter compte Instagram, Twitter, compagnie,
04:22enfin c'est délirant tout ce qu'on donne,
04:24et je pense qu'on est tous à peu près au même niveau, au même stade.
04:28Notre seule limite, c'est la limite de stockage.
04:30Voilà, et d'ailleurs on est devenus incapables en plus de trier tout ce bazar.
04:35En fait c'était ça aussi qui m'interrogeait beaucoup,
04:38parce que bien sûr on a tous cette utilisation du téléphone,
04:41qui est très intensive on va dire,
04:43en fonction de nos métiers, elle l'est plus ou moins,
04:45mais ce qui m'intéressait c'est que le plus intime finalement,
04:49puisque nos téléphones contiennent nos conversations
04:51avec nos amours, nos amis, nos parents, nos enfants, etc.
04:56Toute cette partie la plus intime, elle est noyée,
04:59me semblait-il, dans une masse de données,
05:03d'informations semi-professionnelles, anecdotiques, inutiles.
05:07Et je me disais, mais qu'est-ce qui restera de tout ça ?
05:10Parce qu'on s'interroge beaucoup,
05:11enfin on se dit beaucoup, oui on laisse des traces partout,
05:13tout ce qui est vrai, mais est-ce que les traces les plus précieuses
05:16ne sont pas englouties par quelque chose finalement d'assez banal, d'assez trivial ?
05:23D'ailleurs il y a un moment où vous posez cette question,
05:25c'est vrai je ne me l'étais jamais posée,
05:25mais que deviennent les portables des personnes décédées ?
05:29Qu'est-ce qu'on en fait, toute cette masse d'informations ?
05:32Bien sûr, et comment est-ce qu'on s'autorise justement à regarder dans le téléphone
05:36de quelqu'un qui est mort, aujourd'hui, sachant que, encore une fois,
05:40ça contient des choses très très intimes,
05:42et je ne parle pas des notes,
05:44parce que beaucoup de gens maintenant aussi prennent des notes,
05:46parfois assez intimes, sur leur téléphone,
05:48des échanges de messages vocaux, etc.
05:51Un jardin secret probablement, que nous avons dans nos téléphones.
05:55Qu'est-ce qu'on en fait ? Est-ce qu'on s'autorise à regarder ?
05:57Est-ce qu'on a le code ? Est-ce qu'on ne l'a pas ?
05:59Si on ne l'a pas, est-ce qu'on essaye de, malgré tout, de le contourner ?
06:02C'est une vraie question.
06:04Que pour l'instant, Dieu merci, je n'ai jamais eu à me poser.
06:07Quand ma mère est morte, il y a déjà maintenant pas mal d'années,
06:11elle avait un Nokia de première génération,
06:15qui ne contenait pas grand-chose.
06:17Et alors, votre héroïne, Romane Monnier,
06:19en tout cas celle qui est sur la couverture de votre livre,
06:22elle a 29 ans.
06:23Il se trouve que je crois que vous avez une fille qui a à peu près cet âge d'âge.
06:25Depuis il y a 30 ans.
06:26Est-ce que vous lui avez posé des questions sur son usage du portable,
06:30sur les applications qu'elle utilise ?
06:32Parce qu'on sent que vous avez cherché, dans ce livre,
06:34à être au plus proche d'une femme de cet âge-là.
06:37Oui, parce qu'en plus, c'était, me semble-t-il,
06:39un terreau romanesque fantastique.
06:41Alors oui, bien sûr, j'ai interrogé mes enfants.
06:43Mon fils a 27 ans, ma fille en a 30.
06:46D'une manière générale,
06:47j'ai une petite idée de comment ils utilisent
06:49leur téléphone portable.
06:50Ma fille n'est pas très représentative, je pense,
06:53de sa génération, ce qu'elle m'a dit d'ailleurs assez vite.
06:55Mais elle m'a dit, en revanche,
06:57j'ai des amis qui l'utilisent davantage,
06:59notamment d'ailleurs parfois pour des raisons professionnelles.
07:02Donc grâce à elle,
07:03j'ai pu interroger de manière un peu approfondie
07:06trois jeunes femmes de cette génération,
07:08qui d'ailleurs avaient des utilisations
07:10pas tout à fait semblables,
07:11parce qu'on a un rapport très personnel aussi
07:13avec notre téléphone,
07:15ce en quoi d'ailleurs un écran de téléphone
07:17déjà raconte des choses,
07:19selon les applications dont on dispose, etc.
07:21Et donc j'ai interviewé, entre guillemets,
07:24ces trois jeunes femmes qui m'ont raconté
07:25un petit peu leur utilisation,
07:28m'ont fait découvrir des applications
07:29dont je n'avais jamais entendu parler,
07:31qui contiennent là aussi beaucoup d'intimité,
07:34qui permettaient d'emmener le roman
07:37un peu plus loin,
07:38puisque ce qui m'intéressait aussi,
07:40c'est que dans la découverte que Thomas fait,
07:43dans ce voyage qu'il fait parmi les traces,
07:44parce que c'est vraiment les traces qui m'intéressent,
07:47les traces numériques,
07:49il y a beaucoup de choses qui viennent en écho
07:52avec sa propre histoire,
07:53et ça l'amène à réinterroger sa propre histoire.
07:56Et il va mener une forme d'enquête,
07:58finalement, qu'on vous invite à lire,
08:00ça s'appelle Je suis Romane Monnier,
08:02c'est publié chez Gallimard,
08:04et c'est signé Delphine de Vigan,
08:06vous n'allez pas lâcher ce livre,
08:07je peux vous le garantir.
08:08Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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