00:00Ils ont fait preuve d'humanité envers leurs propres bourreaux.
00:04On imagine souvent la traite négative comme une violence, mais à sens unique.
00:10Des marins brutaux, des captifs qu'on pourrait dire écrasés.
00:15Mais ce que raconte Marcus Rediker dans l'ouvrage dont je vous ai déjà parlé à bord du papier est bouleversant, c'est vers la fin.
00:22Sur certains ports, ce sont les personnes réduites en état de lavage qui ont sauvé la vie des marins négatiers.
00:28A la fin des traversées, pour que vous compreniez bien, beaucoup de marins étaient abandonnés, malades, affamés, sans argent, jetés sur les quais comme des déchets humains.
00:38On parle là de maladies comme par exemple le scorbut, la malaria, les parasites, mais aussi des corps en décomposition.
00:46Et des hommes brisés par la traversée qu'ils avaient pourtant imposés eux-mêmes aux Africains.
00:52Et pourtant, Rediker dans l'ouvrage raconte que des Africains réduits en état de lavage prenaient ces marins en charge.
00:59Ils les faisaient entrer dans leur hutte, les nourrissaient, les soignaient.
01:03Alors même que ces hommes avaient participé à leur capture, leur enfermement et leur déportation au-delà de l'Atlantique.
01:11Et dans l'ouvrage, il cite à la page 512, un officier de la Royal Navy, je cite,
01:16Pas par obligation, vous l'avez vu, pas par intérêt, mais par compassion.
01:30Et je vous le dis, ce n'est pas tout.
01:31Quand ces marins mouraient, mouraient de faim, de maladie ou de misère,
01:35ce sont encore ces mêmes personnes qui s'en occupaient, qui transportaient les corps, qui les enterraient dignement.
01:42Rediker, toujours à la page 512, rapporte cela.
01:45Enterrés, par charité, par ces mêmes personnes.
01:48Est-ce que tu imagines ceux qu'on a enchaînés enterrent avec dignité ceux qui ont participé à leur déshumanisation ?
01:56Vous l'avez vu, on parle souvent de la violence des bourreaux, mais on parle rarement de cela.
02:02De l'humanité immense des femmes et des hommes réduits en état de lavage,
02:06qui ont pourtant choisi la compassion, même envers ceux qui les avaient opprimés.
02:10Ce n'était pas, vous l'avez compris, de la faiblesse.
02:12C'était une force morale extraordinaire.
02:16Et cela nous rappelle une chose essentielle.
02:18Même dans le système le plus brutal, le plus inhumain de l'histoire humaine,
02:24les personnes esthérisées ont conservé ce que les hommes cherchaient à détruire.
02:29J'ai nommé leur dignité.
02:31J'ai nommé.
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