00:00L'Essentiel politique ce soir c'est avec Arnaud Benedetti. Bonsoir.
00:05Bonsoir à vous.
00:06Vous êtes directeur de la nouvelle revue politique et dans un instant on va revenir avec vous sur un discours devenu viral.
00:12Celui d'Emmanuel Macron mardi dernier à Davos, lunettes aviateurs sur le nez.
00:16Le président français a employé des formules choc pour défendre l'Europe et le Groenland.
00:20Est-ce suffisant pour redorer son image ? Vous nous donnerez votre sentiment.
00:24On évoquera aussi l'utilisation par Sébastien Lecornu du 49.3 pour faire passer le budget.
00:28Le volet recettes a été adopté. Ni le RN ni la France insoumise n'ont pu l'en empêcher.
00:34Est-ce une victoire de la méthode Lecornu ?
00:37Enfin les municipales c'est dans 50 jours précisément et à Paris il n'y a jamais eu autant d'incertitudes.
00:41Un sondage IFOP révèle une élection particulièrement serrée dans la capitale.
00:51Il a donc fait la une des journaux cette semaine avec son look de dur à cuire.
00:55Emmanuel Macron a pris la lumière lors du forum de Davos avec des formules chocs comme celle-ci.
00:59Having a place like Europe, which sometimes is too slow, for sure, and needs to be reformed, for sure, but which is predictable, loyal, and where you know that the rule of the game is just the rule of law, it's a good place.
01:22But we do prefer respect to bullies, we do prefer science to plotism, and we do prefer rule of law to brutality.
01:32Arnaud Benedetti, sur le fond tout d'abord, le fait que le président français tienne tête à Donald Trump, tout le monde applaudit ?
01:40Oui vraisemblablement en tout cas. Au niveau français, ce qui est intéressant c'est que son intervention n'a pas suscité de critique et on a vu d'ailleurs tant du côté de LFI que du Rassemblement national.
01:53On considérait qu'à partir du moment où le président de la République avait été attaqué par Donald Trump, c'était la France qui était attaquée, c'était l'image de la France qui était attaquée.
02:02Et donc il était hors de question, évidemment, de critiquer le président de la République et de l'affaiblir, d'autant plus qu'il s'exprimait à l'étranger.
02:11Donc il bénéficie, si vous voulez, d'un contexte de ce point de vue-là qui est plutôt favorable.
02:17Après, on voit qu'aussi sur le niveau européen, il a eu plutôt le soutien d'un certain nombre de responsables politiques européens.
02:24Quelque part, le contexte le sert. C'est vrai que l'international, aujourd'hui, pour un président de la République qui est en fin de mandat,
02:32une fin de mandat quand même particulièrement difficile et où il est quand même très empêché nationalement, où il ne peut plus véritablement peser sur le cours des choses,
02:40l'international devient une scène où il peut se redonner un peu de légitimité.
02:46Alors après, la question qu'il faut se poser, c'est de savoir si c'est la forme ou le fond, si c'est le signifiant ou le signifié, comme on dit en linguistique, qui l'emporte.
02:55Je pense que la forme, en effet, explique vraisemblablement la viralisation de ce discours, ce président qui vient avec des lunettes noires s'exprimer devant un parterre international.
03:08En tout cas, ce qui est évident et ce qui est sûr, c'est que pour ce moment très particulier, Emmanuel Macron s'en est plutôt bien sorti.
03:19Mais c'est un moment. Et un moment, par essence, c'est toujours éphémère.
03:24Il y a eu des mèmes à son sujet. Il y a eu des remixes eux-mêmes. La presse étangère l'a mis en une de ses journaux.
03:32Emmanuel Macron, il a compris qu'il fallait faire comme Trump de la politique spectacle ?
03:36Oui, alors vous savez, ça fait très longtemps qu'Emmanuel Macron a compris que la communication était un levier essentiel pour exister politiquement.
03:46Il se trouve qu'en 2018, j'avais publié un petit ouvrage qui s'appelait « Le coup de com' permanent » et qui décryptait les stratégies de communication d'Emmanuel Macron.
03:54Donc ce n'est pas nouveau, si vous voulez. Sauf que, clairement, Trump a, j'allais dire, upgradé d'une certaine manière les dispositifs communiquants
04:04en étant dans un rapport de force constant, en étant brutal, en cassant les codes de la communication.
04:11Alors, Emmanuel Macron n'est pas tout à fait dans ce registre.
04:14Mais quelque part, il veut montrer à Trump qu'il veut imposer un rapport de force que l'on qualifierait de viril,
04:20qu'il en est capable lui aussi. Mais encore une fois, on est véritablement là dans des questions d'images.
04:27Est-ce que les questions d'images ont ensuite, j'allais dire, un impact sur l'opinion, et notamment sur l'opinion publique nationale ?
04:33C'est véritablement là, pour le coup, une autre question, une autre interrogation.
04:37Sébastien Lecornu a lui aussi sorti les muscles cette semaine avec un passage en force budgétaire.
04:41Il a utilisé le 49.3 pour faire adopter le volet recette du budget, même s'il avait promis de ne jamais le faire.
04:48La méthode Lecornu a fonctionné. Les deux motions de censure déposées contre lui ont été rejetées.
04:54Cela devrait également être le cas la semaine prochaine pour la partie dépense du budget.
04:57Bref, on en voit enfin le bout. Est-ce que Sébastien Lecornu sort renforcé de cette séquence
05:04et est parti pour durer jusqu'à la fin du mandat d'Emmanuel Macron ?
05:07En tout cas, c'était une hypothèse qui apparaissait hautement improbable il y a encore quelques mois, voire quelques semaines.
05:14Et l'hypothèse que finalement Sébastien Lecornu accompagne le président de la République jusqu'à la fin de son quinquennat
05:22est une hypothèse qui aujourd'hui est possible.
05:24Alors, est-ce qu'il y a un succès de la méthode Lecornu ?
05:28Je ne suis pas sûr qu'on puisse le dire dans ces termes.
05:31La réalité, c'est qu'il a, à la différence de ses prédécesseurs, il n'a pas essuyé les plâtres.
05:36Les deux prédécesseurs qui ont été à Matignon, autant M. Barnier que M. Bayrou,
05:42se sont retrouvés dans une situation qui était en effet particulièrement nouvelle et inédite.
05:48Et de ce point de vue-là, Sébastien Lecornu a quelque part peut-être tiré des leçons des échecs de ses prédécesseurs.
05:56Et puis il a fait beaucoup de concessions, non ?
05:57Ensuite, voilà, le deuxième point, c'est qu'il fait des concessions importantes,
06:01notamment des concessions importantes au Parti Socialiste,
06:04et que ce qui l'a servi, vraisemblablement, d'une certaine manière,
06:08c'est que les anciennes forces de gouvernement, que sont d'un côté LR et de l'autre le Parti Socialiste,
06:15ont quelque part, sans le dire, eu peur des électeurs.
06:18C'est-à-dire qu'un retour aux urnes, pour l'un comme pour l'autre,
06:22c'est-à-dire une censure qui aurait entraîné une dissolution,
06:26a peut-être réfréné, d'une certaine manière, les pulsions de censure dans cette année 2025,
06:34dans cette fin d'année 2025 et dans ce début d'année 2026,
06:38de ces deux formations politiques,
06:40ceci expliquant, d'une certaine façon, le succès de M. Lecornu.
06:46Maintenant, c'est de savoir qu'est-ce qu'il va faire ?
06:48Comment peut-il être encore utile ?
06:50Rappelez-vous, le président de la République avait dit qu'il fallait que cette année soit utile.
06:53Le problème, c'est que le calendrier est compliqué, d'abord,
06:56parce que nous avons les municipales,
06:57ensuite nous aurons des sénatoriales au mois de septembre,
07:00et puis arrivera à nouveau le budget,
07:01et qu'on rentrera très vite dans une élection présidentielle.
07:04La capacité, si vous voulez, du Premier ministre à pouvoir faire adopter des textes,
07:10qui soient des textes structurants,
07:11apparaît quand même considérablement limité.
07:15Troisième et dernier titre,
07:17thème Paris à 50 jours,
07:19très précisément des municipales.
07:20Les sondages montrent un scrutin extrêmement serré.
07:23Selon un sondage IFOP fiducial pour le Parisien,
07:26le candidat socialiste Emmanuel Grégoire
07:27est donné en tête du premier tour,
07:29devant l'actuel ministre de la Culture,
07:31la candidate LR Rachida Dati.
07:33Malgré tout, l'issue du second tour reste incertaine,
07:36en fonction des alliances et des reports de voix.
07:40Qui a les meilleures cartes,
07:41aujourd'hui, Arnaud Benedetti,
07:43pour remporter Paris ?
07:44On est véritablement dans un brouillard.
07:46Parce que quand vous regardez les équilibres de force,
07:48vous voyez quasiment au premier tour,
07:51finalement, M. Grégoire et Mme Dati,
07:54qui ne sont pas loin l'un de l'autre.
07:56Et puis ensuite, vous avez trois, voire quatre offres politiques,
08:00qui, derrière, vont jouer un rôle extrêmement important au second tour.
08:03Vous avez M. Bournazel,
08:05qui est le candidat d'horizon,
08:06qui, selon les sondages, est donné à 12 ou à 16,
08:09et dont, finalement,
08:10le poids au second tour de cette élection
08:12sera absolument capital.
08:14Vous avez ensuite Mme Chikirou de la France Insoumise.
08:17Est-ce qu'il y aura alliance
08:18entre le candidat socialiste et la France Insoumise ?
08:23En tout cas, ça n'en prend pas le chemin à ce stade.
08:26Vous avez ensuite, en effet,
08:28quelles seront les forces politiques
08:30que constituent Reconquête,
08:32avec Mme Knafou et le Rassemblement National,
08:34qui sont en main.
08:34Ils prennent des voix à Rachida Dati, non ?
08:35Ils prennent des voix à Rachida Dati.
08:37Là aussi, il faudra savoir ce qu'ils feront dans un second tour.
08:39Donc, on est véritablement...
08:41On a ouvert une boîte de Pandore,
08:42et on ne sait pas trop ce qui va en sortir
08:45dans les semaines qui viennent.
08:48Ce qui est sûr, c'est que, si vous voulez,
08:49Mme Dati a l'avantage, aujourd'hui,
08:52de combattre les sortants.
08:54De combattre les sortants qui, finalement,
08:57gèrent la capitale depuis 25 ans.
08:59Donc, quand vous êtes un sortant,
09:01c'est surtout après une très longue période
09:04de gestion municipale, plus de deux décennies,
09:07évidemment, vous pouvez être confronté
09:09à un besoin d'alternance,
09:11un besoin de changement,
09:12et, clairement, aujourd'hui, Rachida Dati joue cette carte.
09:17Elle joue une carte qui sera, en tout cas,
09:21extrêmement tributaire,
09:22à la fois de M. Bournazel,
09:25également de Mme Knafot,
09:26parce qu'il y a une petite dynamique pour Mme Knafot,
09:29comme le montre, aujourd'hui, le sondage de l'IFOP.
09:32Il semblerait qu'elle prenne dans pas mal de catégories sociales,
09:35dans pas mal d'arrondissements.
09:37Donc, il faudra voir quelles sont ces évolutions
09:41et quelle est l'évolution de la tectonique électorale
09:43et des intentions de vote dans les jours qui viennent,
09:45et dans les semaines qui viennent.
09:46Et il y a, bien sûr, d'autres villes à suivre très près,
09:49comme celle de Marseille ou de Lyon.
09:51On aura l'occasion d'en reparler dans nos prochaines émissions.
09:55Merci à vous, Arnaud Benedetti, d'avoir fait le déplacement.
09:58Merci à France 24 et à vous de nous rester fidèles pour cette émission.
10:02Tout de suite, c'est le Journal de l'Afrique avec Fatima Tawan.
10:05Sous-titrage Société Radio-Canada
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