00:00Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Actuel.
00:14Une histoire de migration et de femmes qui se passe entre l'Afrique subsaharienne et l'Afrique du Nord, du drame, des larmes, mais aussi beaucoup d'amour et de soutien.
00:23C'est Promis le ciel, le dernier film de la réalisatrice franco-tunisienne Érich Seiri.
00:30Et puis on ira aussi à la rencontre de ces baïqueuses qui partent à la rescousse de femmes enceintes.
00:35Ça se passe au Kenya et elles leur rendent un fier coup de main.
00:41Érich Seiri, bonjour. Vous êtes une réalisatrice franco-tunisienne, vous êtes née en France, vous vivez aujourd'hui en Tunisie, votre pays d'origine.
00:48Et vous signez ce film extrêmement émouvant, Promis le ciel.
00:51C'est l'histoire de trois femmes qui vivent sous le même toit.
00:54Il y a Marie, la pasteur, il y a Jolie, l'étudiante, et puis il y a Nanay, la débrouillarde.
00:59Trois ivoiriennes qui ont immigré en Tunisie et qui cherchent à s'y faire une place.
01:04Merci beaucoup d'être avec nous.
01:06Avant de parler un peu plus de ce film, je propose qu'on regarde la bande-annonce et on y revient juste après.
01:11Tu es au bon endroit.
01:15Tu es venu chercher celui qui n'échoue pas, celui qui n'échoue jamais, l'horloi des rois pour l'éternité.
01:23Alléluia.
01:25Alléluia.
01:26Comme ça, on va bien s'occuper de toi.
01:27Les clients d'origine subsaharienne qui s'y trouvent, étaient renflés par la police.
01:39Les tontons blancs disent qu'on mange le chat.
01:41Toi, tu manges le chat.
01:42Viens te manger.
01:43Tu vas me mettre dans des trafics, je n'ai pas assez de problèmes.
01:56On voit des larmes, mais il n'y a pas que ça dans votre film, Éric Seyri.
02:05Ça raconte une histoire de migration, d'immigration entre la Côte d'Ivoire, le pays d'origine de ces femmes, et la Tunisie, où elles arrivent.
02:11Et vous avez choisi de traiter ce thème sur le thème du féminin.
02:15Pour quelles raisons vous avez choisi des femmes ?
02:17Parce que j'ai rencontré des femmes, d'abord, premièrement, parce qu'on parle très peu de la migration féminine.
02:21Parce que j'ai été surprise qu'une amie journaliste ivoirienne m'avoue qu'elle avait un deuxième métier et que c'était pasteur.
02:29Je ne savais pas que les femmes pouvaient être pasteures aussi.
02:31Et donc, j'ai découvert tout un monde où, justement, ces églises évangéliques servent aussi de lien social, d'accompagnement, de soutien à des femmes, à d'autres femmes.
02:40Et j'ai trouvé ça tellement inspirant, plein de vitalité.
02:44Et j'ai eu envie d'apporter un autre maillon de la chaîne sur les histoires de migration.
02:48Vous auriez pu raconter cette histoire avec des personnages masculins ?
02:51Je pense que ça aurait été différent.
02:53En tout cas, ce qui m'intéressait, c'était comment ces femmes étaient très entreprenantes.
02:58Et que ce soit dans le business, le rapport à l'argent, le rapport à la religion, etc.
03:02Donc oui, bien sûr.
03:03Mais je pense que les parcours d'hommes migrants, on en a déjà eu.
03:05Il y a eu des histoires, des films qui ont été faits ces dernières années et qui ont été très, très beaux aussi.
03:11Mais je trouvais que c'était quand même des histoires qu'on voyait très, très peu, ces portraits de femmes.
03:14Vous avez travaillé votre scénario en vous inspirant aussi de la réalité, d'histoires qu'on vous a racontées, de personnages que vous avez rencontrés.
03:22Est-ce que, d'après votre expérience que vous avez pu voir, la migration, c'est plus difficile pour les femmes ?
03:30Les femmes sont en général, de toute façon, plus vulnérables sur le chemin de la migration.
03:34Elles sont victimes de tas de choses, sont obligées de faire certaines choses.
03:38On en parle un petit peu dans le film, mais c'est en filigrane.
03:40C'est très pudique.
03:41C'est très pudique.
03:42Ça laisse le spectateur imaginer ce qui aurait pu arriver avant.
03:46Ils ont plusieurs vies, les migrants, quand leur parcours est très long.
03:49Mais ce n'est pas là que je voulais mettre la caméra.
03:51Je voulais vraiment voir ce moment de vie très particulier, où le pays est aussi face à une crise migratoire, à une politique économique difficile,
04:03qui aussi pousse les autorités à être, on va dire, assez violents avec la communauté migrante sur place.
04:11Et donc, on voit comment elles arrivent à tirer leur épingle du jeu de cette situation-là.
04:14Et moi, c'est ce qui m'intéresse, c'est comment on arrive à vivre, et encore à survivre, mais vivre dans des situations pareilles.
04:20L'autre thème de ce film, c'est la sororité, en réalité, parce qu'on voit ces trois femmes qui se sont constituées comme une famille d'adoption,
04:27qui se soutiennent les unes les autres.
04:28Il y a donc Marie, la pasteur, il y a l'étudiante, jolie, qui aimerait un peu plus de liberté.
04:33Et puis, il y a Nanel, la débrouillarde.
04:35Cette sororité, c'est quelque chose qui vous tenait à cœur ?
04:39Je pense qu'elle est naturelle.
04:40Là où on trouve des femmes, on trouve de la sororité, on trouve de la solidarité.
04:44Mais en même temps, on voit qu'elle est mise à l'épreuve,
04:47que l'individu devient aussi important dans les moments où il doit s'en sortir, où il est en danger.
04:51Et quand on est en danger, on fait aussi appel à l'urgence de vivre.
04:55Et donc, elle est mise à l'épreuve.
04:57Je ne suis pas naïve par rapport à la sororité.
04:59Je vois bien que parfois, ce n'est pas très facile.
05:01Il y a d'ailleurs une expression qu'on utilise beaucoup dans le film, c'est « copine à vie ».
05:04Et en fait, ce n'est pas toujours copine à vie.
05:06Ça peut changer rapidement.
05:08Voilà.
05:08Vous parlez de ces mille vies qu'ont les migrants quand on les rencontre
05:12et qui sont dans leur parcours de migration.
05:13C'est effectivement le cas de ces femmes dont vous racontez l'histoire.
05:17Je vous propose d'écouter d'ailleurs ce qu'en dit votre actrice Aïssa Maïga.
05:21Elle tient donc le rôle de Marie.
05:23Elle est au micro de Valérie Fayol et Pauline Hellman.
05:25Ce qui m'a séduit, c'est le côté multidimensionnel.
05:31C'est une femme qui est pasteur et qui porte à bout de bras une communauté
05:33qui est vraiment marginalisée en Tunisie.
05:37C'est également une femme qui cache une blessure.
05:40Et les rôles avec des secrets comme ça sont toujours des rôles très forts
05:43parce que ça ajoute beaucoup de matière, en fait.
05:47Et c'est un personnage qui me touche aussi
05:50parce qu'elle est constamment en quête du divin dans son existence.
05:54Mais le divin vraiment incarné dans ce qu'elle mène,
05:59ce qu'elle fait pour autrui.
06:02Et c'est en même temps une intellectuelle.
06:04C'est une journaliste, une ancienne journaliste.
06:06Donc voilà, il y avait beaucoup de choses comme ça à convoquer
06:09dans sa vie de femme, de pasteur, de mère aussi d'une certaine façon.
06:14Éric, c'est Éric.
06:15Qu'est-ce qui vous a inspiré pour justement distiller au compte-gouttes
06:18les informations sur ces femmes qui existent en particulier,
06:21en partie dans la vraie vie ?
06:23L'idée, c'était de faire des personnages complexes.
06:26Complexes, nuancés, multifacettes.
06:28À la fois, il y a le mystère de cette pasteur,
06:30de qu'est-ce qu'elle a été avant.
06:32Elle s'appelait Aminata, maintenant elle s'appelle Marie.
06:34Donc elle a eu d'autres vies.
06:36Et puis, voilà, cette étudiante ivoirienne
06:39qui, elle, veut se distinguer de sa communauté
06:41en disant, je ne suis pas une migrante.
06:42Après tout, je suis étudiante.
06:43J'ai mon visa, j'ai mes papiers, je n'ai pas de problème.
06:47Et en même temps, qu'il se rend compte qu'à un moment donné,
06:49elle va avoir besoin de cette communauté, de ce collectif, de ces femmes.
06:53Et puis Déborah Nané qui a laissé sa fille au pays
06:55et qui, en même temps, adopte cet enfant qui est réfugié dans l'église de Marie.
07:00Et ça fait comme un effet miroir entre l'enfant qu'on accueille
07:03et l'enfant qu'on a laissé derrière.
07:05Voilà.
07:05Donc c'est plein comme ça de petites histoires,
07:07mais qui viennent d'interroger leur vie.
07:09Il y a aussi tous ces renoncements, tous ces sacrifices qu'elles font.
07:13Est-ce que vous diriez que c'est particulier à ces femmes
07:15dans leur rôle, notamment de famille, par exemple ?
07:18Ou est-ce que c'est une tendance plus générale ?
07:21Tout le monde essaye de s'en sortir
07:22et que c'est difficile pour les hommes et pour les femmes.
07:25Et là, c'est particulier parce que c'est très, très récent
07:28qu'on voit ces histoires de femmes qui,
07:31avant, c'était la migration des hommes
07:32qui allaient travailler pour ramener de l'argent à la famille.
07:35Là, c'est des femmes qui partent.
07:36Ce sont des femmes aussi monoparentales, parfois.
07:38Donc elles sont déjà seules, mais en plus,
07:39elles doivent partir seules, ramener de l'argent
07:42pour que les enfants puissent étudier.
07:43C'est quand même compliqué, quoi, à gérer tout ça.
07:46Et je trouve qu'elles le font avec beaucoup de créativité,
07:49de force.
07:50Et elles m'ont beaucoup inspirée.
07:53Et je pense que c'est ce qu'on ressort du film.
07:55On n'est pas là dans une énième histoire dramatique.
07:59On est surtout dans cette humanité, féminité, cette force.
08:03Il y a une menace qui plane tout au long du film,
08:05c'est celle de la police, le risque d'être reconduite
08:08à la frontière expulsée du pays.
08:09Et cette menace, elle est incarnée au masculin.
08:12C'est quelque chose dont vous avez pris conscience
08:13en cours de route ?
08:14Il y a les deux, parce qu'il y a vraiment tout ce qu'il y a autour.
08:16C'est-à-dire, comme vous dites, la menace des autorités,
08:19la menace mondiale.
08:21Aujourd'hui, on se sent menacé, en fait.
08:23On n'est pas tranquille partout.
08:24D'ailleurs, ce film pourrait se passer en Tunisie.
08:28Il pourrait se passer aux États-Unis aussi.
08:29Il y a des scènes similaires même à l'époque Trump.
08:32Et puis, les masculins, les hommes, personnages hommes
08:35dans le film sont aussi victimes d'une société
08:37dans laquelle ils ont été socialement rétrogradés
08:40d'une certaine manière, économiquement aussi.
08:43Donc, il y a la peur qui s'installe, la lâcheté aussi parfois.
08:46C'est complexe, ces sujets.
08:48Et j'ai essayé au maximum de faire des personnages complexes
08:50et de raconter un moment de vie tel que moi,
08:54comme une photographie du moment.
08:56Est-ce que vous diriez que c'est un film optimiste,
08:59réaliste, fataliste ?
09:01Non, alors, je ne dirais ni fataliste ni optimiste.
09:04Je dirais que c'est un film qui raconte la réalité d'aujourd'hui,
09:07malheureusement, où il y a énormément de xérophobie,
09:10de déshumanisation de l'autre, de racisme aussi,
09:14avec beaucoup d'instrumentalisation de la question migratoire.
09:17Et c'est bien de souffler, de voir des films
09:19où il y a une sorte de fraîcheur dans les personnages
09:22qui font du bien.
09:23Et je dirais que c'est un film, après, de l'espoir.
09:25Il doit y en avoir.
09:27Et on voit bien, elles continuent leur chemin, elles persévèrent.
09:29Et elles sont d'ailleurs dans l'église de la persévérance.
09:32Et ce n'est pas anodin.
09:32J'ai adoré ce nom.
09:34Merci beaucoup, Erice et Erie, d'être venus nous parler
09:37de votre film Promis le ciel.
09:38Il sort en France ces jours-ci, également en Tunisie
09:40et en Côte d'Ivoire, les trois pays de ce film.
09:43Merci infiniment.
09:44Et c'est un très beau, très beau film que je recommande à tout le monde.
09:47Merci.
09:47Merci beaucoup, Erice et Erie.
09:49On reste en Afrique et on continue de parler
09:52de cette solidarité entre femmes
09:54avec des infirmières d'un genre particulier.
09:57Au Kenya, les Bodha Girls n'ont besoin de personnes
10:00pour sauver des vies.
10:01Sur leur moto, elles parcourent les villages isolés
10:04pour amener les femmes enceintes à l'hôpital.
10:06Laurent Berstécher.
10:09Toutes vêtues de roses,
10:10elles arpentent les sentiers de la campagne kenyane
10:13dans un vrombissement de moteur.
10:15Ce groupe de bikeuses surnommés les Bodha Girls
10:19ne sont pas de simples amatrices de moto,
10:22mais également des infirmières certifiées.
10:25Leur mission, assurer l'accès aux soins
10:27aux femmes enceintes de la région.
10:29Un jour, une cliente m'a appelée à 6 heures du matin.
10:34Elle avait déjà perdu les os.
10:36Quand je l'ai amenée à l'hôpital,
10:39elle s'agrippait à moi.
10:41C'était difficile de conduire.
10:44Mais Dieu merci, nous sommes arrivés à temps
10:46et elle a pu accoucher sur place.
10:47L'initiative a été lancée en 2022
10:52pour répondre à un besoin essentiel
10:54dans ces zones reculées de l'Ouest Kenyan.
10:59L'accès au transport est un enjeu majeur
11:01pour la santé des femmes,
11:02surtout dans les zones rurales
11:04où la distance et le coût entravent l'accès aux soins.
11:09Selon l'UNICEF, des milliers de femmes enceintes
11:12et de nouveau-nés meurent chaque année au Kenya
11:14de complications post-partum,
11:16des décès évitables
11:17que les Bodha Girls espèrent aujourd'hui minimiser
11:20en offrant un moyen de transport ponctuel
11:23et gratuit vers l'hôpital.
11:26Ça a toujours été difficile de me rendre à la clinique.
11:29Je ratais souvent mes rendez-vous.
11:30Mais aujourd'hui, c'est devenu beaucoup plus simple.
11:33Je préviens une des infirmières
11:34et elle vient me chercher en moto le jour J.
11:37Le programme commence déjà à porter ses fruits.
11:40Les soignants de la clinique Matibabou
11:42affirment que les accouchements à l'hôpital
11:44ont augmenté de 67%
11:46depuis le lancement de l'initiative.
11:50Et c'est déjà la fin de cette édition.
11:51Merci à vous de nous avoir suivis.
11:53A très bientôt sur France 24.
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