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[#Reportage] « Votre pays est trop bizarre » : liberté d’expression sous surveillance ?

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Transcription
00:00Il n'était ni politologue, ni juriste, ni opposant déclaré.
00:06Juste un gabonais lambda a interrogé lors d'un micro-trottoir de Gabon Media Time.
00:10Mais en une phrase, il a résumé un malaise national devenu viral.
00:14Vous interviewez les gens, quand ils parlent, vous les arrêtez.
00:18Ce n'est donc pas la peine d'interviewer les gens.
00:21Depuis, comme disent les jeunes du quartier, le vieux a débloqué une nouvelle REF.
00:26Dans le jargon des réseaux sociaux, une REF, c'est une référence, une punchline,
00:32une formule qui dit tout sans avoir besoin d'en dire trop.
00:36Et celle-ci fait mouche.
00:37Car depuis plusieurs jours, ce court extrait est repris, partagé, détourné, commenté.
00:43Non pas pour son humour, encore que, mais parce qu'il touche un air avif.
00:48La tolérance de plus en plus limitée des autorités face à la parole citoyenne.
00:52On interviewe, on parle, on est convoqué.
00:56Le schéma est devenu si banal qu'il en devient absurde.
00:59À tel point que certains internautes proposent déjà d'ajouter un avertissement avant chaque micro-trottoir.
01:05Toute opinion à exprimer pourrait être tenue contre vous.
01:08Quand la parole devient un sport à risque.
01:12La satire ici dépasse la caricature.
01:15Elle décrit un climat.
01:16Un climat où l'expression d'un avis, même sans injure, même sans appel à la violence,
01:21est perçue comme une provocation.
01:23Un climat où l'on confond critique et subversion, opinion et offense, désaccord et menace à l'ordre public.
01:31Résultat, les citoyens apprennent à se taire, ou à parler à demi-mot,
01:35ou à rire jaune en partageant dès même la démocratie, version silencieuse.
01:41Petit rappel juridique pour autorité à mémoire courte.
01:44Ce qui rend la situation encore plus bizarre, pour reprendre le mot du citoyen,
01:48c'est que la liberté d'expression n'est pas une faveur accordée par l'État.
01:52C'est un droit garanti.
01:54La constitution gabonaise consacre explicitement la liberté d'opinion,
01:59la liberté d'expression, la liberté de communication et d'information.
02:04Le code de la communication en vigueur en République gabonaise
02:08rappelle quant à lui que les professionnels de la communication ont le droit de collecter
02:13et de diffuser l'information.
02:15Les citoyens ont le droit d'exprimer librement leurs opinions.
02:18Dans le respect de la loi, la critique des institutions et des gouvernants
02:21ne constitue pas en soi une infraction.
02:24En clair, parler n'est pas un délit.
02:27Donner son avis n'est pas un crime.
02:29Répondre à un micro n'expose pas à une garde à vue.
02:33Mais alors, pourquoi tant de nervosité ?
02:36C'est là que la satire devient politique.
02:38Si la parole dérange autant, ce n'est peut-être pas parce qu'elle est dangereuse,
02:42mais parce qu'elle est révélatrice.
02:44Elle met en lumière les incohérences, les frustrations, les attentes non satisfaites.
02:49Elle rappelle que la transition ne se mesure pas seulement au discours,
02:52mais aussi à la capacité d'un pouvoir à accepter la contradiction.
02:55Et visiblement sur ce point, la tolérance est en rupture de stock.
02:59Le plus ironique dans cette affaire, c'est que la tentative de contenir la parole l'a rendue encore plus puissante.
03:07La phrase du micro-totoir est désormais entrée dans le langage courant.
03:11Elle circule plus vite que n'importe quel communiqué officiel.
03:14« Votre pays est trop bizarre » est devenu une grille de lecture, un miroir, un avertissement.
03:19Dans un pays où la liberté d'expression est inscrite dans la loi, mais tolérée à géométrie variable,
03:26ce ne sont pas les citoyens qui débloquent.
03:28Ce sont les principes qu'on débranche.
03:30Et comme dirait désormais tout gabonais un peu lucide,
03:34si c'est pour arrêter ceux qui parlent, autant couper le micro.
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