00:00Les autorités du Togo ont confirmé avoir remis le colonel Paul-Henri Sandaogo d'Amiba aux autorités burkinabées.
00:06Arrivé au pouvoir après le coup d'état contre le président Kaboré, avant d'en être lui-même chassé par le capitaine Ibrahim Traoré,
00:14Paul-Henri d'Amiba est accusé de plusieurs tentatives de déstabilisation à Ouagadougou.
00:20Pourquoi l'OME a-t-elle cédé aux demandes du Burkina ?
00:23Frédéric Gara a posé la question au politologue Mohamed Djabakate,
00:27pour qui les réseaux sociaux pro-Traoré et la volonté du Togo de garder un rôle central dans les échanges entre l'Alliance des États du Sahel
00:35et la communauté des États d'Afrique de l'Ouest ont été déterminants.
00:39Tout cela a mis le Togo dans une sorte de tourmente et si vous suivez la dynamique des réseaux sociaux et autres,
00:44tous les activistes de l'AES ont commencé par pointer le Togo de faire un jeu trouble ou un jeu double en gardant d'Amiba ici.
00:52Donc je pense que face à cette pression un peu sur le pouvoir togolais,
01:00mais aussi le fait que le gouvernement d'Ukinabe tenait coûte que coûte à ce que d'Amiba soient remis entre leurs mains,
01:08ça a mené le Togo à prendre une décision plus stratégique que tout.
01:12Le fondement de cette décision est purement stratégique parce qu'aujourd'hui, qu'on veuille ou pas,
01:18Fon Yasinghe veut rester l'intermédiaire avec l'AES et il veut également continuer par promouvoir certaines relations
01:27qui peuvent être dans son propre intérêt quand on tient compte de la dynamique qu'il y a aujourd'hui dans la région des Savannes
01:32avec ce mouvement vers la côte de groupes terroristes et armées présumées.
01:38Donc il veut quand même maintenir cette bonne relation et elle est très bénéfique pour lui depuis le début
01:44parce qu'aujourd'hui, quoi qu'on dise, personne ne peut aller avec l'AES sans faire un crochet allommé.
01:51Donc il s'est trouvé un bon rôle qui le conforte aussi dans sa position de médiateur qui cherche la paix à tout prix.
01:59Oui, mais ce faisant, en devenant un interlocuteur incontournable, on va dire, de l'AES sur le littoral,
02:06il peut se mettre à dos aussi les autres pays voisins du littoral, on pense au Ghana, la Côte d'Ivoire, au Bénin,
02:13qui eux ont des rapports plus compliqués avec l'AES.
02:16Oui, certes ils ont des rapports plus compliqués, mais comme on le dit dans les traditions africaines,
02:21il ne faut jamais fermer la porte à la négociation.
02:23Donc ils ont compris chacun dans une posture et eux tous savent qu'au cas où ça va mal se passer,
02:29ils peuvent quand même recourir au Togo qui joue sur les deux bords.
02:32Et vous avez vu, quand il s'est agi de ces affaires de militaires ivoiriens qui avaient été pris entre-temps au Mali,
02:40le Togo a tout joué au point où ces militaires ont dû transiter par le Togo avant de retourner en Côte d'Ivoire.
02:46Donc, quoi qu'il en soit, aujourd'hui, il est vu comme le parrain des États de l'AES,
02:51il est vu comme celui qui peut les amener à arrondir les bords.
02:55Donc, il reste un élément utile aussi à la CDAO, puisque la CDAO n'a pas réellement fermé la porte à ces pays
03:02et la CDAO continue d'espérer que ces pays pourront revoir leur position et rentrer dans la dynamique régionale.
03:09Mais il ne reste que les conditions de l'extradition extrêmement rapides,
03:12après trois ans d'exil au Togo de Paul-Henri Damiba, les perplexes.
03:16On s'interroge notamment sur les conditions obtenues par Lomé en ce qui concerne les garanties d'intégralité physique
03:22ou un procès équitable pour l'ex-dirigeant burkinabé.
03:25Je pense que Lomé vient de créer un précédent en livrant un ancien chef d'État à son pays.
03:30Et donc, ça, c'est un mauvais signal qui est envoyé.
03:32Et ça veut dire aussi que demain, s'il faut penser peut-être désescaler certaines crises
03:38et trouver une porte de sortie aux gens, personne ne se sentira plus en sécurité
03:43de dire « je quitte le pouvoir et je vais trouver asile dans un pays voisin ».
03:48Donc, il y a déjà ça.
03:49De secondo, Lomé, en prenant une décision politique, a mis de fait un argumentaire juridique
03:56pour montrer que la justice togolaise a pu analyser le dossier et a vu suffisamment de garanties.
04:02Cela ramène à un questionnement fondamental.
04:04Quelle est la perception des togolais eux-mêmes d'abord par rapport à leur justice
04:08en matière de droits fondamentaux ?
04:10Quand vous voyez la date où la requête est arrivée, le 12 et le 16,
04:14Damiba passe devant la cour d'appel et le 17, il est remis au Burkina,
04:19on se pose beaucoup de questions.
04:20Et quand vous fouillez les archives de la cour de justice de la CDAO,
04:23je pense que le Togo fait partie des mauvais élèves en matière de respect des droits fondamentaux et autres.
04:29Donc, cette procédure, elle reste questionnable.
04:31Est-ce que Damiba a accepté cela ?
04:34Est-ce qu'il avait la possibilité de faire appel ?
04:36Est-ce qu'on lui a laissé le temps de se défendre ?
04:39Tout cela reste entre guillemets parce qu'on conviendra que le gouvernement togolais
04:43n'a communiqué que lorsque la chose est sortie officiellement
04:47et les gens en avaient l'information.
04:49Si notre tour avait été fait en Kativini, ce qui aurait été le plus important,
04:52c'est que le pays d'asile puisse voir la possibilité d'offrir un procès équitable.
04:57Si les éléments avancés étaient vraiment des éléments pertinents,
05:01je pense que le Togo, du fait que Damiba est accusé de poser des actes
05:05qui d'ailleurs, sur le sol togolais, sont punissables,
05:08le Togo était compétent pour pouvoir prendre cette action.
05:12Et ceci pour continuer par garantir l'accès à un procès équitable.
05:16Ce qui fait manquement aujourd'hui et ce qui pose problème pour d'autres relations futures.
05:21Mohamed Jamakate, je vous remercie.
05:23C'est moi qui vous remercie.
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