00:00Maître Calvin Job, bonjour.
00:01Bonjour.
00:02Dans le procès de l'assassinat de Martinez Zogo,
00:04les débats sur le fond ont débuté il y a seulement 4 mois.
00:08Alors, quels sont les premiers enseignements de ces audiences
00:10et surtout ont-ils permis de faire plus de lumière dans cette sombre affaire ?
00:14Alors, les enseignements de ces audiences ont permis de comprendre un peu la chaîne de commandement,
00:19en fait, dans le fonctionnement notamment de cet organe de renseignement qu'est la DGRE.
00:25ont permis en quelque sorte aussi de clarifier certaines responsabilités, si vous voulez.
00:31Parce que dans un premier temps, on sait que, comme l'un des enquêteurs,
00:35enfin l'une des personnes auditionnées au cadre de cette structure,
00:39a fait comprendre que tout ce mécanisme s'est mis hors chaîne de commandement.
00:44Donc, ça nous a permis, nous, le Parti civil,
00:47de comprendre ce qui a amené à une sorte de privatisation de cet organisme de sécurité.
00:53Et il y a eu pas mal de témoignages aussi, des amis, de Martinez, des collègues,
01:00qui ont permis de comprendre l'environnement dans lequel il évoluait
01:05et le contexte dans lequel il a été enlevé puis assassiné.
01:08Parmi les accusés figurent plusieurs au cadre de la DGRE, le contre-espionnage camerounais,
01:14dont l'ancien grand patron des services, Léopold Maxime Ecoéco.
01:18Est-ce qu'on peut parler d'une affaire d'État ?
01:20Le narratif est important là-dessus.
01:22C'est pas une affaire d'État en soi.
01:24Je m'explique.
01:25C'est un assassinat qui a été permis par l'utilisation des moyens de l'État.
01:29Mais une fois de plus, l'évolution des débats qu'il y a devant le tribunal militaire
01:33nous permet de comprendre qu'à ce stade, du moins,
01:36on ne peut pas dire que c'est un crime d'État.
01:39On ne peut pas dire que cette décision a été prise au haut sommet de l'État
01:42pour assassiner Martinez Zogo.
01:44Tout ce qu'on comprend, c'est que des personnes ont utilisé les services de l'État
01:48pour assassiner Martinez Zogo.
01:50Vous disiez que les audiences ont pu apporter certains éclairages sur la chaîne de commandement.
01:54Quels sont ces éclairages pour l'instant ?
01:56On sait que, finalement, du moins d'après ce qui a été dit,
02:00c'est que l'ex-directeur de la DGRE que vous avez cité
02:03n'avait pas participé aux réunions,
02:06ne savait pas que cette mission était en cours dans son service,
02:10ce qui est quand même un peu étonnant, mais bon, soit.
02:12Et que, finalement, on a utilisé comme ça des individus
02:17qui gravitent autour de ce service de renseignement
02:20pour appâter Martinez Zogo, le localiser pour procéder à son enlèvement.
02:24Parmi les témoins, il y a l'ancienne patronne de la division de surveillance électronique
02:28qui affirme que Martinez Zogo était sur écoute.
02:31Et puis, il y a aussi l'accusé Justin Danoué,
02:33ex-directeur des opérations à la DGRE,
02:36qui reconnaît avoir participé à l'enlèvement d'autres confrères,
02:38mais qui nie l'assassinat.
02:39Alors, est-ce qu'on sait à peu près quel groupe, quel service
02:44ou qui a mobilisé de tels moyens contre le journaliste ?
02:46Et puis surtout, quel était le mobile de son assassinat ?
02:49Tous les témoignages, les auditions, les dernières récentes auditions
02:53tentent aller dans le sens de c'est M. Danoué
02:56qui a organisé tout ça de A à Z, du moins à l'intérieur.
03:00Maintenant, le tribunal s'est rendu avec tout l'ensemble des partis
03:05dans la chaîne officier de Martinez Zogo pour écouter les voices.
03:10Il y a des noms qui revenaient, des dénonciations qui revenaient,
03:13qui ont permis de comprendre qui a été, du moins à l'initiative,
03:17qui a approché le colonel Danoué pour organiser cet enlèvement de Martinez Zogo.
03:23Donc, à ce stade, il y a une sorte de clarification.
03:26Il y a une sorte de clarification.
03:27Il y a le puzzle en train de se reconstituer au fil des auditions.
03:32On sait à peu près ce qu'on peut qualifier de mobile
03:35parce que Martinez Zogo, à longueur d'émission,
03:38a dénoncé certains détonnements et certaines personnes
03:41qui gravitaient autour de ces détonnements,
03:44parmi lesquels des individus qui sont mis en cause dans cette affaire.
03:48Donc, au fur et à mesure, l'histoire, ça se reconstitue.
03:50Et même si nous avons ces difficultés-là de ne pas avoir accès aux dossiers,
03:55on arrive, à travers des auditions, à déterminer le mobile
03:59et les différentes responsabilités des uns et des autres.
04:02Un mobile qui conduise à l'enlèvement, la torture, a priori, pendant plusieurs jours,
04:07qui mobilise les moyens des services, des renseignements, du contre-espionnage.
04:11C'est un mobile suffisant pour vous ?
04:12Il faut comprendre que c'est une affaire purement politique, on va le dire.
04:17L'assassinat de Martinez Zogo est lié aux dénonciations de détournement des fonds publics
04:22qu'il n'arrêtait de décrier à longueur d'émission.
04:25Et les individus dont il citait les noms,
04:28les individus dont il disait avoir la preuve de ces détournements,
04:32avaient tout intérêt à ce que Martinez Zogo arrête de les dénoncer.
04:37Je ne dis pas qu'ils avaient un intérêt ou qu'ils avaient pour ambition ou pour projet de l'assassiner.
04:42Ce qu'ils dénonçaient était suffisant pour susciter une volonté de le faire taire.
04:45Tout ça, nous les avocats de la défense,
04:48tous ces éléments viennent suffisamment corroborer cette idée
04:52de que le mobile en soi est clairement politique.
04:57Et cette affaire baigne vraiment dans cette atmosphère de détournement,
05:01de prévarication, de la fortune publique.
05:04L'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou-Bélinga
05:06et Stéphane Martin Savom, maire de Bibé, sont aussi poursuivis.
05:10Est-ce qu'on en sait plus sur leur rôle présumé ?
05:12Je vais commencer par M. Martin Savom.
05:13Il y a l'une des personnes qui a été auditionnée
05:16qui a indiqué qu'il était clairement impliqué
05:19dans l'enlèvement et l'assassinat de Martinez Zogo.
05:22Il a même aussi indiqué qu'il était impliqué dans d'autres affaires
05:25qui ont défrayé la chronique en termes d'assassinat et d'enlèvement au Cameroun.
05:29Pour nous, à ce stade, à part ce témoignage isolé,
05:33nous n'avons pas d'élément suffisant pour confirmer aller dans ce sens.
05:38Tout ce qu'on sait, c'est qu'effectivement, il a participé.
05:40S'il a été mis en examen, s'il a été placé sous mandat de dépôt,
05:43s'il y a son nom indiqué dans l'ordonnance de renvoi,
05:46c'est qu'il a une participation à un quelconque niveau dans cette affaire.
05:51Concernant M. Amourou Bélinga,
05:52comme je le disais tout à l'heure,
05:54quand nous nous sommes rendus à la chaîne de Martinez Zogo,
05:56nous avons écouté les émissions de Martinez Zogo.
05:59Moi, j'ai noté Martinez Zogo, cité son nom,
06:02plus de 52 fois dans une seule émission.
06:05Une fois de plus, je ne dis pas qu'il y avait une volonté
06:08de forcément assassiner Martinez Zogo de la sorte,
06:11mais il y avait clairement, il y a des indices qui nous conduisent à dire
06:15qu'il avait un intérêt à ce que Martinez Zogo arrête de le citer de la sorte.
06:21Donc pour nous, ces éléments-là, en plus d'autres que nous espérons
06:25qui viendront avec d'autres témoins qui arriveront dans la suite,
06:28permettront vraiment d'étayer, de corroborer cette version initiale,
06:32de corroborer ce que l'enquête préliminaire et l'instruction
06:37ont commencé à déterminer, à mettre à jour.
06:40Maître Calvin Job, vous représentez la famille de Martinez Zogo.
06:44Trois ans après la découverte de la dépouille de votre confrère,
06:48dans quel état d'esprit la famille aborde les audiences aujourd'hui ?
06:52La famille, elle a un peu...
06:55Parce que c'est des gens, bien évidemment,
06:56qui n'ont pas l'habitude des prétoires, l'habitude des procès,
06:59surtout un procès aussi complexe, ne retentissant que celui-là.
07:03Elle est un peu désabusée à ce stade,
07:05parce que la longueur de la procédure, la longueur du procès y est pour beaucoup.
07:10Au départ, il y avait une véritable volonté, une véritable,
07:13une sorte d'optimisme assez poussé quant à la manifestation de la vérité.
07:18Quand on a vu que finalement, de janvier 2025 à septembre 2025,
07:23il ne s'est rien passé, parce qu'il y a eu des exceptions de procédure
07:27et quelqu'un qui a été soulevé, qui ont ralenti le processus,
07:30la famille a commencé à perdre espoir.
07:33Aujourd'hui, clairement, la famille est dans une optique de « advienne que pourra ».
07:38Il arrivera ce qui arrivera.
07:40S'ils veulent, un jour, nous donnerons le corps,
07:42et quand on sera prêt, on enterrera Martin Azzogot,
07:45parce qu'il est toujours à la morgue trois ans après.
07:47La famille estime que, bon, il y a tellement de soubresauts,
07:51tellement de ralentissements, tellement de blocages,
07:54tellement d'interventions politiques, financières,
07:57et qu'on sort autour de cette procédure,
07:59qu'au final, ils se disent, bon,
08:01si, au moins, nous avons un jour le nom du principal responsable de cela,
08:06c'est bien, si nous n'avons pas, c'est la justice,
08:09on fera avec, et nous, de toute façon,
08:12ça ne nous ramènera pas notre fils, notre père, notre époux.
08:15Mais vous l'avez dit, la famille a fait le choix
08:17de ne pas enterrer Martin Azzogot,
08:20elle a gardé la dépouille à la morgue.
08:22Est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi ?
08:23Alors, ce n'est pas la famille qui a gardé la dépouille à la morgue.
08:25Aujourd'hui, le corps est sous-scellé.
08:27Sur le plan légal, comme on dit, c'est le corps du délit,
08:30le corps de Martin Azzogot.
08:32Donc, il est sous le main de justice.
08:35La complexité, une fois de plus, de cette affaire,
08:37conduit les juges, si vous voulez,
08:39à avoir des réticences quant à la volonté aussi
08:42de mettre rapidement à disposition le corps à la famille.
08:45Parce qu'il peut y avoir de nouvelles expertises demandées,
08:48comme il y a eu des contestations, notamment sur l'identité du corps
08:52qui a été retrouvé.
08:53C'est un estimé que ce n'était pas Martin Azzogot.
08:55Pourtant, les autopsies ont clairement identifié que c'était lui.
08:58Tout ça participe du fait que, finalement,
09:01un corps étant sous main de justice,
09:03une famille qui n'en peut plus de pleurer,
09:06qui a fait son deuil,
09:07qui essaye d'avancer, même si c'est évident,
09:09le jour où on va lever les sellés sur le corps de Martin Azzogot
09:14et qu'on va nous le rendre,
09:15on fera ce qu'on a à faire.
09:16Mais pour l'instant, nous, on ne fait pas de démarche particulière
09:18pour solliciter la mise à disposition de ce corps.
09:22Maître Job, les audiences ont lieu deux jours
09:26toutes les trois semaines.
09:28Est-ce que c'est le rythme de la justice militaire ?
09:31Est-ce que c'est le rythme de la justice camerounaise ?
09:33Ou est-ce que vous sentez comme une lenteur
09:35dans le rythme de la justice, dans le rythme des débats ?
09:38Moi, la lenteur, clairement, elle est liée
09:40aux différentes procédures annexes qui sont organisées.
09:43Parce qu'il faut comprendre que nous avons une particularité,
09:46une affaire qui, en même temps,
09:48devant le tribunal militaire,
09:49devant la Cour d'appel et devant la Cour suprême,
09:52dont tous les trois niveaux de juridiction camerounaises
09:54connaissent de cet affaire à ce stade,
09:56et c'est inédit dans les annales de l'histoire du Cameroun.
09:59Les audiences, tous les deux jours,
10:01nous l'avons décrié dès le départ.
10:02On demandait ce qu'il y ait des sessions.
10:04On nous a fait comprendre qu'on y reviendra à temps opportun.
10:06Le temps opportun, ça fait quasiment deux ans.
10:09Il faut noter que nous avons eu la première audience,
10:12il me semble, si ma mémoire est bonne,
10:14autour de mars 2024.
10:16Donc depuis, on poursuit comme ça.
10:18Toutes les trois semaines, on a deux jours,
10:20ce qui ne participe pas en vrai à l'avancée de la procédure.
10:24Rien que le ministère public a en lui seul,
10:26il me semble, une quarantaine de témoins à auditionner.
10:29Il y a à peine une vingtaine qui a été auditionnée à ce jour.
10:31Ça accentue la lenteur.
10:32Nous avons sollicité, vraiment,
10:34nous avons réitéré cela dernièrement,
10:36qu'il fallait qu'on fasse des sessions,
10:38peut-être même d'une semaine,
10:40en près d'une semaine.
10:41Mais on nous a rétorqué qu'effectivement,
10:43la composition du tribunal militaire,
10:45les contingences des uns et des autres,
10:47parce que le tribunal militaire est composé,
10:48le président, c'est un militaire,
10:50et les deux autres juges sont des juges civils.
10:54Donc ce qui fait que les autres ont aussi des audiences.
10:56Donc c'est impossible de pouvoir les bloquer
10:59pendant une semaine ou deux.
11:01Nous avons sollicité, nous allons encore réitérer cela
11:03à la prochaine audience lundi,
11:05parce qu'il faut effectivement que la justice soit dite
11:09et qu'elle soit dite le plus tôt possible.
11:12Parce qu'il y a une famille qui a besoin de faire son deuil,
11:15il y a des populations caméronaises
11:17qui ont besoin de savoir
11:19chez qui s'est réellement passé
11:20pour le cas de Martinez-Zogo.
11:22Merci, Maître Calvin Job.
11:23C'est moi qui remercie.
11:24Merci.
11:25Merci.
11:26Merci.
11:27Merci.
11:28Merci.
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