- il y a 9 mois
Survol de base militaire, sabotage de chemins de fer, coupures de câbles sous-marins : depuis plusieurs mois, des infrastructures stratégiques sont prises pour cible en France et à travers toute l'Europe. Pourquoi les autorités semblent-elles démunies face à ces nouvelles attaques dont la Russie est souvent soupçonnée d'être à l'origine. Comment protéger ces sites ultra-sensibles ? Des entrepôts secrets de l'armée française aux pétroliers de la flotte fantôme russe, cette grande enquête Ligne Rouge est signée Benoit Sarrade, Clément Granon et Lou Bourgoin.
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00:00Imaginez, vous êtes un militaire français en opération, quelque part sur le flanc est de l'Europe.
00:13Votre blindé vient de tomber en panne. Vous avez besoin de la pièce.
00:18Vous donnez l'alerte, le temps joue contre vous.
00:23À des milliers de kilomètres de là, un entrepôt entièrement robotisé se met en marche.
00:30Ici, juste après la commande, une pièce de char est livrée automatiquement dans une caisse.
00:45Là, vous avez l'équipement qui a été appelé tout à l'heure pour l'entretien du char Leclerc rénové.
00:54Et donc ce boîtier va être mis en préparation pour expédition dans quelques minutes.
01:00Une promesse de célérité rendue possible par une chorégraphie millimétrée pour que le blindé reparte au plus vite.
01:09On sait que derrière, il y a des hommes et des femmes investis pour la sûreté et la défense de la nation.
01:19Et nous, on est à leur service et on leur doit effectivement une efficacité sans faille.
01:23Cet entrepôt n'est pas un simple centre de stockage.
01:29C'est un des poumons logistiques de la défense française.
01:33Avec plus de 3 millions de pièces disponibles,
01:36s'il tombe, une partie de la manœuvre militaire peut être impactée.
01:40C'est pour limiter les risques de cyberattaque qu'il a été conçu pour fonctionner hors réseau.
01:49Situé en race campagne, il nous a été demandé de ne pas donner sa localisation.
01:54C'est un lieu que l'on vous souhaite discret.
01:59Nous sommes dans une activité de défense.
02:01On reste dans une activité qui est plutôt discrète.
02:07Sa capacité peut être triplée si la menace l'exige.
02:12En particulier venant du front ukrainien.
02:16L'Ukraine est une destination qui est aujourd'hui prioritaire.
02:19Une partie du matériel qui est ici est destinée à l'Ukraine et je ne peux pas vous en dire plus.
02:26Il conditionne donc la force de frappe ukrainienne,
02:30ce qui en fait une cible potentielle.
02:36En Angleterre, un dépôt lié à l'aide à l'Ukraine a été incendié.
02:40L'enquête a pointé des saboteurs recrutés par Moscou.
02:54Pour attaquer, plus besoin de soldats.
02:57Des criminels ou des hackers suffisent.
02:59Une guerre hybride où nos ennemis cherchent à nous affaiblir sans déclencher de conflits ouverts.
03:09Alors une question s'impose.
03:11Comment protéger nos infrastructures critiques ?
03:17En 2009, un État étranger a franchi la ligne rouge
03:22en attaquant le secteur stratégique du nucléaire.
03:26Ce qui a poussé la France à réagir.
03:29Bernard Barbier occupe alors un poste clé dans la défense de la nation.
03:36Il dirige la direction technique de la DGSE,
03:39c'est-à-dire les cyberespions du renseignement français.
03:45C'est la plus grosse direction au sein de la DGSE,
03:48c'est pas loin de 3000 personnes.
03:49C'est les écoutes au sens large,
03:52c'est la cyber, c'est le traitement des images,
03:54c'est les satellites, images, etc.
03:57Malgré des moyens considérables,
04:01une attaque d'ampleur va échapper aux capteurs de la DGSE.
04:09Le groupe Areva, champion du nucléaire français,
04:12a été infiltré par un État étranger, la Chine.
04:16Heureusement, la NSA, le puissant service de renseignement américain,
04:22repère l'anomalie et donne l'alerte.
04:25Ils nous disent, allez voir, chez Areva, il y a un souci,
04:29il y a quelque chose qui est anormal.
04:32Et nous, on avait développé, je dirais, des sondes réseau.
04:35C'est des outils techniques qui permettent d'aller dans un réseau informatique,
04:39de voir tout ce qui se passe.
04:40Donc, on pose cette sonde et on voit qu'il y a des choses qui sont anormales
04:47et qu'il y a un flux venant de l'extérieur.
04:49Donc, il y a une fuite de données qui sort de chez Areva.
04:53Donc, il y a un malware qui a été installé chez Areva
04:55et qui est en fonctionnement depuis plus d'un an, en fait.
04:58Les hackers pouvaient aller chercher, aller voler des données comme ils voulaient.
05:03Par exemple, tous les e-mails de Mme Lauvergeon,
05:07qui était la PDG d'Areva, étaient envoyés à une personne
05:11qui était en gros un fantôme
05:13et qui, donc, pouvait lire tous les e-mails
05:17qui échangeaient Mme Lauvergeon avec l'extérieur.
05:20Il y a eu des vols d'informations, de secrets commerciaux,
05:23de secrets des affaires et de secrets techniques.
05:28Un virus puissant, mais discret,
05:30est en train de piller le fleuron du nucléaire français de l'intérieur.
05:36La PDG du groupe, Anne Lauvergeon,
05:39aurait sous-évalué les conséquences de l'attaque.
05:43Donc, Mme Lauvergeon a dit, en gros,
05:45circuler, il n'y a rien à voir.
05:47Elle s'en fiche.
05:49Donc, on s'est dit, on ne peut pas continuer
05:51à être dans cette situation avec une grande entreprise comme Areva.
05:56Selon la direction d'Areva,
05:57aucun dossier classifié n'aurait fuité.
06:00En tout cas, face à la gravité de l'affaire,
06:04les services de renseignement convoquent
06:05les principaux ministères régaliens.
06:09Une réunion confidentielle se tient aux Invalides,
06:12salle Michel-Debré,
06:13réservée aux crises de sécurité nationale.
06:17Il y avait un écran, et on montrait sur un écran
06:20tout ce que les sondes voyaient en temps réel.
06:22Donc, les gens ont été impressionnés,
06:24parce que je leur dis, là, vous voyez,
06:26vous voyez du hacking en temps réel.
06:27Et donc, ça a été une grande perturbation.
06:32Ils se sont dit, waouh, c'est de la réalité,
06:34on n'est pas dans un film.
06:35Ça concerne une grande entreprise française stratégique,
06:38et donc, il faut peut-être faire quelque chose.
06:39Donc, il y a eu cette proposition
06:41de créer ce qu'on appelait
06:44des opérateurs d'importance vitale.
06:46Le concept d'opérateur d'importance vitale
06:52est inscrit en décembre 2013
06:54dans le Code de la Défense.
06:57Est un OIV,
06:59tout opérateur public ou privé,
07:02dont l'indisponibilité aurait des effets graves
07:04sur l'économie, la sécurité
07:07ou la capacité de survie de la nation.
07:10La liste détaillée est classifiée,
07:16donc elle n'est pas accessible,
07:17mais c'est à peu près,
07:18c'est au moins 300 organismes privés ou publics.
07:24300 entités stratégiques
07:26réparties dans 12 secteurs,
07:29comme la défense,
07:32la communication,
07:33les transports ou l'énergie.
07:35Derrière cette liste,
07:40faire de la capacité à résister
07:42une affaire d'État.
07:44Si le réseau électrique tombe,
07:47les activités s'arrêtent.
07:50Les OIV sont en quelque sorte
07:52les organes vitaux du pays.
07:55Si l'un d'entre eux est empêché,
07:57la France peut rapidement
07:58se retrouver fragilisée.
08:00Monsieur, dame, tous les mains,
08:01sinon, dame, la force.
08:02Que se passerait-il
08:06s'il n'y avait plus d'électricité
08:07sur la Côte d'Azur
08:08pendant une semaine ?
08:10Il n'y a plus d'électricité
08:11dans la ville de Cannes.
08:13Tous les magasins ont fermé, regardez.
08:15Les panneaux, ils ne marchent plus.
08:18Ou si une puissance étrangère
08:19prenait le contrôle
08:20d'une chaîne de télévision publique.
08:22TV5 a été victime
08:24d'une cyberattaque extrêmement puissante.
08:26Nos sociétés modernes
08:28sont-elles si vulnérables ?
08:29Notre pays a connu
08:31une nouvelle agression.
08:36Comment nos opérateurs
08:37d'importance vitale
08:38sont-ils attaqués ?
08:40Le journal d'Hélène Philly.
08:50Bonsoir, Hélène.
08:50Bonsoir à tous.
08:52Une scène olympique,
08:53une scène qui fourmille
08:55à 24 heures
08:56du spectacle planétaire
08:57de l'ouverture des Jeux.
08:58Les infrastructures sont prêtes,
09:00les athlètes sont arrivés,
09:02la flamme olympique avance.
09:03C'est la dernière ligne droite
09:05pour la grande cérémonie
09:06d'ouverture des Jeux olympiques
09:08sur la scène.
09:08Le monde entier
09:09a les yeux braqués
09:10sur Paris et la France.
09:12Demain, ce sera la fête.
09:21Mais alors que le pays s'endort,
09:24loin de la capitale,
09:25dans plusieurs régions,
09:27quatre équipes de saboteurs
09:28se mettent en mouvement.
09:31Leur objectif,
09:32plonger le réseau ferroviaire
09:33dans le chaos.
09:34A 4h59,
09:37le téléphone du ministre
09:38des Transports sonne.
09:41Patrice Vergritte
09:42est réveillé brutalement.
09:45Oui, je suis dans mon lit.
09:47Je suis en train de dormir
09:48et mon téléphone sonne.
09:51C'est mon directeur de cabinet
09:52qui m'appelle
09:53et ma forme d'un sabotage.
09:55Il emploie, je crois,
09:56tout rapidement,
09:57le mot sabotage
09:58sur les lignes SNCF
10:00qui perturbe très fortement
10:03le trafic,
10:04donc sur trois grandes lignes.
10:08Une cellule de crise
10:10est déclenchée.
10:12En route,
10:13le ministre avise
10:13le président de la République
10:15sur la messagerie cryptée
10:16Telegram.
10:19Monsieur le président,
10:21je tenais à vous informer
10:22des événements
10:23qui se sont produits
10:24dans la nuit
10:24sur le réseau TGV.
10:26Plusieurs sabotages importants
10:27et concomitants
10:28ont eu lieu
10:28sur les lignes nord,
10:30est et sud-ouest.
10:32Sur ces trois axes,
10:33le trafic est interrompu.
10:36Le sabotage
10:37est d'une ampleur inédite.
10:40800 000 voyageurs
10:41sont impactés.
10:42Du jamais vu
10:43dans l'histoire
10:44de la SNCF.
10:46Notre train
10:46va être arrêté
10:47pour une durée
10:48indéterminée.
10:51Voilà,
10:51nous ne savons pas
10:52si nous allons monter
10:53jusqu'à Paris-Mamparnasse.
10:55La circulation des trains
10:56à grande vitesse
10:57est interrompu
10:58sur la ligne
10:58à grande vitesse.
10:59Ainsi,
11:00c'est un acte
11:01de malveillance.
11:03Parmi les voyageurs
11:03impactés,
11:04des délégations
11:05d'athlètes étrangers
11:06et même le chef
11:07du gouvernement britannique.
11:11Le ministre doit rassurer
11:14et incarner
11:14la réponse de l'État
11:15face à ce sabotage.
11:17Notre réseau
11:18de lignes
11:19à grande vitesse
11:20a fait l'objet
11:21d'opérations
11:22de sabotage criminel
11:23au cours de la nuit
11:24autour de 4 heures
11:25du matin.
11:26Nous condamnons
11:26avec fermeté
11:27ces opérations
11:28de sabotage
11:29et nous pensons
11:29bien entendu
11:30à toutes ces familles
11:31parce que c'est aujourd'hui
11:32les...
11:32Mon objectif
11:33à ce moment-là
11:33c'est qu'il n'y ait pas
11:34de conséquences
11:35en cascade.
11:36J'essaie de donner
11:36des informations
11:37aux voyageurs
11:38pour éviter
11:38un deuxième effet
11:39c'est-à-dire
11:40un effet de panique
11:40un effet aussi
11:42qui peut se retourner
11:42contre les agents
11:43de la SNCF.
11:44Voilà, moi je veux éviter
11:45les moments de panique
11:46et un peu plus tard
11:47je dis ne venez pas en gare
11:48si vous n'avez pas
11:48la certitude de votre train
11:49pour ne pas rajouter
11:50du chaos
11:51j'ai envie de dire.
11:55Un chaos
11:56d'autant plus imprévisible
11:57que les saboteurs
11:58ont frappé
11:59loin des grandes gares
12:00en pleine campagne
12:02à proximité
12:03de villages
12:04traversés
12:04par les lignes
12:05à grande vitesse.
12:13Sur l'axe nord
12:14leur cible
12:15s'appelle
12:16Croisilles.
12:18Petite commune
12:19de 2000 habitants
12:19du Pas-de-Calais
12:20que dirige
12:22Gérard Dué.
12:28Ici se trouve
12:28un point stratégique
12:29du réseau ferroviaire
12:30européen.
12:33La population
12:34n'est même pas au courant
12:35qu'il y a un centre
12:36néphalgique ici.
12:37Ça fait partie
12:38des matériels
12:38du TGV.
12:41Moi je connaissais
12:42mais 80%
12:43de la population
12:44se demandait
12:44ce que c'était.
12:49perdu au milieu
12:51des champs
12:52ce site stratégique
12:53est un poste
12:54à relais.
12:58Ça c'est
12:58le bâtiment relais.
12:59C'est là
13:00que tous les câbles
13:01arrivent.
13:05Ce n'est pas
13:05un simple site technique.
13:08Ici convergent
13:08les câbles
13:09qui commandent
13:09les aiguillages
13:10qui régulent
13:11cette bifurcation.
13:12Soit les TGV
13:16vont vers Arras
13:17soit vers la Belgique
13:18les Pays-Bas
13:19et Londres.
13:25Un train
13:25passe ici
13:26toutes les 3 minutes.
13:28Autant dire
13:28que si un incendie
13:29s'y propage
13:30c'est tout le trafic
13:31nord-européen
13:32qui s'arrête.
13:35C'est exactement
13:36ce qui va se passer
13:37la nuit du 26 juillet.
13:42Pourtant
13:42les saboteurs
13:43n'ont pas eu
13:43à forcer
13:44l'entrée
13:44du bâtiment
13:45à relais
13:45protégé
13:46par 3 sas
13:47de sécurité.
13:52En contrebas
13:53du poste
13:54ils ont attaqué
13:54une partie
13:55plus vulnérable
13:56du système électrique
13:57cachée
13:59sous ces lourdes plaques.
14:02Après les avoir
14:03soulevées
14:04ils y ont mis
14:06le feu.
14:08Les flammes
14:08ont attaqué
14:09les câbles.
14:12Ce qui a provoqué
14:13des courts-circuits
14:14qui se sont propagés
14:15jusqu'aux armoires
14:16du poste à relais.
14:22Ils savaient
14:23qu'il y avait
14:23des câbles
14:24qui remontaient
14:24sur ce bâtiment
14:25à relais.
14:26Ils ont mis le feu
14:26donc les courts-circuits
14:28ont eu lieu
14:29et à partir de là
14:30ça a chauffé
14:33dans le bâtiment
14:33et ça a pris feu.
14:34Au petit matin
14:41sur les trois points
14:43attaqués
14:43les électriciens
14:45de la SNCF
14:45constatent
14:46l'ampleur des dégâts.
14:50Chaque câble brûlé
14:51à remplacer
14:52et à reconnecter
14:53est aussi épais
14:54qu'un cheveu.
14:55Les voies ferrées
15:18ont des allures
15:18de scènes de crime.
15:19Les gendarmes
15:21recherchent des indices
15:22en particulier
15:23près de ces trappes
15:25qu'on appelle
15:26des chambres
15:27de tirage.
15:28Elles sont présentes
15:29tous les 1500 mètres
15:30sur les 30 000 kilomètres
15:32de voies.
15:36En pleine crise
15:37le ministre découvre
15:39l'existence
15:39de ce maillon faible
15:41de la sécurité
15:41du réseau ferroviaire.
15:44On repère
15:44dans ce coup
15:45une faille.
15:46Je ne savais pas
15:46que c'était
15:47aussi peu protégé
15:48par exemple.
15:48Ça je l'ai découvert
15:49le jour J.
15:51J'ai posé la question
15:51je dis mais
15:52ces armoires
15:53ne sont pas sécurisées
15:54ne sont pas particulièrement
15:55protégées.
15:56On m'a dit
15:57il y a trop d'armoires
15:58sur l'ensemble
15:59du réseau TGV
16:00pour pouvoir sécuriser
16:02chacune de ces armoires.
16:03C'est ce qu'on m'a répondu
16:03ce jour-là.
16:05Ce qui est clair
16:06c'est que les renseignements
16:06n'ont pas eu
16:07cette information-là.
16:12Prix de cours
16:13les services de renseignement
16:14et la SNCF
16:15réunis au sein
16:16de la cellule de crise
16:17doivent réagir
16:18dans l'urgence
16:19pour empêcher
16:20de nouveaux sabotages.
16:22Une riposte
16:24est décidée
16:24présentée comme immédiate
16:26et exceptionnelle.
16:28Nous avons mobilisé
16:32environ un millier
16:33de cheminots
16:34et de cheminotes
16:35pour pouvoir
16:36notamment de la maintenance
16:37pour pouvoir surveiller
16:38le réseau.
16:39Nous avons mobilisé
16:40250 agents
16:41de la sûreté ferroviaire
16:43les hélicoptères
16:44de la gendarmerie
16:4550 drones.
16:48On est monté
16:48à 90 mètres
16:49pour pouvoir voir
16:50s'il y a des individus
16:52sur la voie ferrée.
16:53des images infrarouges
16:56qui permettent
16:57au drone
16:57de repérer
16:58tout comportement
16:59suspect.
17:01Une autre faille
17:02se révèle,
17:04l'accès aux données.
17:06Sur Internet,
17:07en quelques clics,
17:09on peut localiser
17:09le point kilométrique
17:10du poste à relais
17:11de croisilles.
17:12Et pour s'y rendre
17:16virtuellement,
17:17des cartographies
17:18précises des rails
17:19qui jalonnent
17:20les chambres de tirage
17:21sont disponibles
17:22sur le propre site
17:23de la SNCF.
17:28En l'occurrence,
17:28pour des questions
17:29de sécurité,
17:29la transparence
17:30sur des réseaux
17:31aussi sensibles,
17:33notamment le fait
17:35qu'on puisse repérer
17:36ces chambres de tirage
17:36ne me semble pas
17:37une bonne chose.
17:39D'autres sites
17:40donnent la position
17:40des stations électriques
17:41qui fournissent
17:42l'énergie nécessaire
17:43à la traction
17:44des trains.
17:50Plus de 15 mois
17:51après le sabotage
17:52des JO,
17:53aucune interpellation
17:54n'a encore eu lieu.
17:57La piste de l'ultra-gauche
17:59est privilégiée
17:59par les enquêteurs,
18:01mais l'implication
18:02d'une puissance étrangère
18:03n'est pas écartée.
18:06Des actes
18:06de malveillance
18:07qui continuent,
18:09comme ici,
18:09à 15 kilomètres
18:10au sud de Bordeaux.
18:11C'est parti.
18:14Bonjour, monsieur.
18:17Désolé de vous déranger.
18:18Vous travaillez
18:19sur le chantier, là ?
18:20Celui qui a été incendié,
18:23plutôt ?
18:24Ça, c'est les capes brûlées,
18:26incendies.
18:27Les gaines,
18:27ça ne permet pas
18:28d'empêcher le feu ?
18:29Quand il y a un cloisonnement
18:30avec 1200 degrés,
18:33on peut mettre ce qu'on veut
18:34dedans, en fait.
18:35C'est vraiment...
18:36Il n'y a pas de câbles
18:37infugés, en fait.
18:38Ça peut recommencer
18:39ce soir, demain ?
18:42Ça peut recommencer
18:43n'importe quand.
18:44Après, il faut poser une tente
18:45et puis se surveiller,
18:46j'ai envie de dire,
18:46mais je ne sais pas, en fait.
18:48Malheureusement,
18:48il n'y a pas de solution
18:49pour sécuriser.
18:50S'il y en avait,
18:51ça se saurait.
18:52Le principe, c'est ça.
18:53On ne peut pas sécuriser
18:54en pratique.
18:55Les câbles, ils sont comme ça,
18:57c'est fermé.
18:58Les gens qui ont décidé
18:59à rentrer, ils rentreront.
19:06Ces failles,
19:07certains sénateurs
19:08alertent dessus
19:09depuis des années
19:10et déplorent
19:11le manque d'investissement
19:12du gouvernement.
19:12Sur les 1500 postes
19:17d'aiguillage du réseau,
19:19un tiers sont des postes
19:20mécaniques très anciens
19:21commandés à la main.
19:23Une centaine vont dépasser
19:24une durée de vie
19:25de 100 ans.
19:26L'archaïsme du système
19:28d'aiguillage français
19:29nuit gravement
19:30à la sécurité
19:31et à la performance
19:32des infrastructures
19:33ferroviaires.
19:36Contrairement à la SNCF,
19:38chez TV5MONDE,
19:39rien ne semblait
19:40annoncer la tempête.
19:42En quelques secondes,
19:47les réseaux sociaux
19:48de la chaîne TV5MONDE
19:49basculent sous contrôle
19:51ennemi.
19:53Sur son Facebook,
19:55un nouveau logo apparaît.
19:58Un homme cagoulé,
19:59une bannière noire
20:00et ce message.
20:03Je suis ISIS,
20:05l'acronyme
20:05de l'organisation terroriste
20:07État islamique.
20:10Ça fout la trouille.
20:11Moi, je suis au restaurant.
20:12Quand d'un seul coup,
20:13mon téléphone portable
20:14se met à devenir fou,
20:15il fait quasiment des bons
20:16tellement il reçoit
20:17de messages en même temps.
20:20Des messages d'alerte
20:21de ses collègues.
20:24On est trois mois
20:25après les attentats
20:25de Charlie Hebdo
20:26et de l'hypercachère.
20:29Une attaque physique
20:29contre TV5MONDE
20:31est redoutée.
20:33Yves Bigot fonce
20:34dans Paris
20:35vers le 131 avenue
20:36de Wagram,
20:37le siège
20:37de TV5MONDE.
20:40À son arrivée,
20:42des démineurs
20:43et des CRS
20:43bouclent déjà
20:44les lieux.
20:4950 minutes
20:50après la prise
20:51des réseaux sociaux,
20:52les 11 antennes
20:53de TV5MONDE
20:54tombent les unes
20:55après les autres.
20:57C'est le blackout total.
20:59Écran noir.
21:03Nos caméras
21:04sont présentes
21:05ce soir-là
21:05sur les lieux.
21:08Une cellule de crise
21:09s'improvise
21:10dans le bureau
21:10d'Yves Bigot.
21:12Ça a démarré
21:13sur les comptes
21:14Twitter de la chaîne,
21:15on l'a vécu en direct.
21:17Ça a irradié
21:17sur Facebook,
21:18sur l'ensemble
21:19de nos comptes sociaux
21:20et au même moment,
21:21de façon synchrone,
21:22les antennes
21:23sont tombées.
21:24Pour une chaîne de télé,
21:25quand vous avez
21:25un écran noir,
21:26il ne faut rien
21:26vous arriver de pire
21:27puisque c'est
21:28la négation
21:31de ce que vous êtes.
21:34Vers minuit,
21:35une décision radicale
21:36est prise,
21:37tout débranché.
21:42Yves Bigot
21:42choisit de parler.
21:44Une vidéo
21:45tournée au téléphone
21:46comme la chaîne
21:47ne peut plus émettre.
21:49Le 8 avril
21:50à 22h,
21:51heure de Paris,
21:51TV5MONDE
21:52a été victime
21:53d'une cyberattaque
21:54extrêmement puissante.
21:55L'ensemble
21:56de nos équipes
21:57travaillent d'arrache-pied
21:58depuis pour rétablir
22:00les programmes
22:00auxquels vous êtes
22:01habitués.
22:03Des ingénieurs
22:04arrivent discrètement
22:05rue de Wagram.
22:06Ils appartiennent
22:07à l'ANSI,
22:09l'agence de la sécurité
22:10des systèmes d'information,
22:12les pompiers du net
22:12pour les entreprises stratégiques.
22:14après des mois
22:20d'investigations,
22:23les enquêteurs
22:23de l'ANSI
22:24finissent par identifier
22:25le groupe de hackers.
22:27L'un d'eux
22:28a accepté
22:28de nous parler
22:29sous couvert
22:29d'anonymat.
22:34Rapidement,
22:35un détail
22:35nous interpelle.
22:37Les messages
22:37en arabe
22:38n'étaient pas
22:38très bien écrits,
22:39ça faisait vraiment
22:40Google Translate.
22:41En clair,
22:43l'assaillant
22:43n'est peut-être
22:44pas celui qu'on croit.
22:47La première chose
22:48qu'a fait l'attaquant,
22:49c'est connaître
22:50son adversaire,
22:51c'est-à-dire
22:52les serveurs
22:52de TV5Monde
22:53qui étaient accessibles
22:55depuis Internet.
22:56Et il va essayer
22:57de trouver
22:57des vulnérabilités
22:59sur ce serveur-là
22:59pour y entrer.
23:02Le but de l'attaquant,
23:04trouver un point d'entrée
23:05dans les serveurs
23:05de TV5Monde
23:06depuis l'extérieur.
23:07Deuxième étape,
23:11récupérer
23:11les mots de passe
23:12pour s'y connecter.
23:14Les pirates
23:15les dénichent
23:16dans l'ordinateur
23:16d'un prestataire
23:17néerlandais
23:18chargé des caméras
23:19de plateau
23:20qui disposent
23:20d'un accès extérieur
23:21au réseau de la chaîne.
23:24Son poste
23:24est vulnérable
23:25car il se connecte
23:26au serveur
23:26de TV5Monde
23:27via des Wi-Fi
23:28non sécurisés.
23:33Ils ont rentré
23:34ses identifiants
23:35et à partir de là,
23:36ils étaient dans
23:37le réseau TV5Monde.
23:39Donc,
23:39ils pouvaient joindre
23:40n'importe quel ordinateur
23:41dans le réseau.
23:42Ils ont eu accès
23:43au wiki interne,
23:44c'est-à-dire
23:45une base de connaissances
23:46où les informaticiens,
23:48les ingénieurs
23:48mettent ce qu'ils connaissent
23:50du réseau
23:50pour s'en souvenir.
23:52Ils vont aussi prendre
23:53le contrôle
23:53de l'administrateur système.
23:56À partir de là,
23:57l'attaquant était
23:58comme un dieu
23:59dans le réseau.
24:00Ils pouvaient faire
24:00ce qu'ils voulaient.
24:01Une fois la porte
24:04d'entrée ouverte,
24:06l'assaillant
24:06prend le contrôle
24:07des caméras de plateau.
24:09Ce qui va lui permettre
24:10le jour J
24:11d'empêcher la diffusion.
24:17Mais un détail
24:18va trahir
24:18le vrai visage
24:19de l'assaillant.
24:21Il a laissé
24:22une empreinte informatique
24:23connue
24:24des ingénieurs
24:24de l'ANSI.
24:26Celle d'un collectif
24:27de hackers russes
24:28répertoriés
24:29sous le nom
24:30de APT-28.
24:33Un groupe
24:34lié au GERU,
24:35les services
24:36de renseignement
24:36militaire russe.
24:38Daesh
24:39n'était donc
24:40qu'un leurre.
24:41Nous n'avons pas
24:42la moindre idée
24:43pour laquelle
24:43la Russie
24:44en voudrait
24:45à TV5MOND.
24:46L'enquête
24:46a démontré
24:47deux choses.
24:48Elle a démontré
24:49que c'était bien
24:49ce groupe
24:50de hackers russes
24:51APT-28
24:52qui nous a attaqués
24:53et que l'attaque
24:54était destinée
24:55à nous détruire.
24:56Vladimir
24:58Vladimirovitch
24:59Poutine.
25:02Deux ans plus tard,
25:04interrogés
25:04sur les hackers
25:05russes
25:05qui ont aussi
25:06interféré
25:06dans les élections
25:07américaines
25:07de 2017,
25:09Vladimir Poutine
25:10ne nie
25:11pas leur activisme.
25:15Les hackers
25:16sont des personnes
25:16libres d'esprit
25:17comme les peintres.
25:18S'ils se réveillent
25:19de bonne humeur,
25:20alors ils se mettent
25:21à peindre des tableaux.
25:22C'est la même chose
25:23avec les hackers.
25:23Des artistes
25:27du Kremlin
25:27qui,
25:28trois ans plus tard,
25:29tenteront cette fois
25:30de prendre le contrôle
25:31du système électrique
25:32français
25:32en implantant
25:34un virus
25:34dans les réseaux
25:35d'éoliennes.
25:36Sans succès
25:37cette fois.
25:40Avant la finale
25:41de la Coupe du monde
25:41de football
25:42en Russie
25:42remportée
25:43par la France,
25:46le président Macron
25:46ira au Kremlin
25:47preuve à l'appui,
25:49demander des comptes
25:50à Vladimir Poutine.
25:53Donc Macron
25:56a expliqué
25:57qu'on n'était pas contents
25:59et donc les Russes
26:00ont dit
26:00ben non,
26:01rien à voir.
26:03C'est-à-dire que
26:03les Russes
26:04ont dénié,
26:06on dit
26:07ben non,
26:07nous,
26:08il n'y a pas
26:08de hackers
26:08en Russie.
26:11Après les infrastructures
26:12électriques
26:13et les médias,
26:14les Russes
26:14s'attaquent
26:15à de nouvelles cibles,
26:16encore plus critiques.
26:18Les câbles sous-marins.
26:19C'est une infrastructure
26:31invisible
26:32mais essentielle
26:33à notre vie
26:33de tous les jours.
26:35Une toile
26:35de près de 600
26:36câbles sous-marins
26:37qui relient
26:38les continents
26:38et les pays
26:39entre eux.
26:42Alors cette carte,
26:43elle représente
26:44l'ensemble
26:45des câbles majeurs
26:46de télécommunications
26:47sous-marins.
26:48Et en fait,
26:48cette carte,
26:48c'est la représentation
26:50cartographique
26:50de notre vie numérique.
26:52Pour une raison simple,
26:53c'est qu'aujourd'hui,
26:54nos appareils,
26:55nos ordinateurs,
26:56nos téléphones,
26:57ils stockent
26:58très peu
26:58des données
26:59qu'on utilise.
26:59La plupart
27:00des données
27:00qu'on utilise,
27:01par exemple,
27:01quand on va regarder
27:01une vidéo
27:02sur une plateforme,
27:03elles sont stockées
27:04ailleurs.
27:05Notamment,
27:05il y en a énormément
27:05qui sont stockées
27:06aux Etats-Unis.
27:07Ça veut dire
27:07que quand sur son téléphone,
27:08sur son ordinateur,
27:09on regarde une vidéo,
27:11on appelle des données
27:12qui sont stockées
27:14quelque part.
27:15Donc ça veut dire
27:15que ces données,
27:16il faut bien qu'elles
27:16transitent par quelque chose.
27:18Or, aujourd'hui,
27:18le transit de données,
27:20quand on envoie des mails,
27:21quand on regarde des vidéos,
27:22quand on interagit
27:23sur les réseaux sociaux,
27:25ça passe
27:25par ces câbles sous-marins.
27:2798% des données numériques
27:30de la planète
27:30passent par les câbles sous-marins
27:32aujourd'hui.
27:34Si un grand nombre
27:35d'entre eux sont rompus,
27:37plus de flux bancaires,
27:38plus de téléphones,
27:39plus d'Internet,
27:40nos économies
27:41s'effondrent
27:42en quelques heures.
27:46Pour ne pas dépendre
27:47de quelques câbles,
27:49la France multiplie
27:51les connexions.
28:04Ce jour-là,
28:05la plage de Marseille
28:07a des allures
28:08de forage pétrolier.
28:09Ce nageur ne la voit
28:14peut-être pas,
28:16mais juste en dessous
28:17de lui,
28:18une chambre forte
28:19bétonnée de 300 mètres
28:20vient d'être coulée.
28:23Un tunnel
28:24construit par l'opérateur
28:25Orange
28:25pour accueillir
28:26un nouveau câble sous-marin.
28:29Il y a quelques années,
28:30le câble,
28:31il arrivait jusqu'à la plage.
28:32Et donc là,
28:32il y a cette conduite sous-marine
28:34qui ferait
28:35qu'il ne sera pas accessible.
28:37Donc les câbles sous-marins
28:37sont de plus en plus protégés.
28:39C'est stratégique,
28:40ça transporte
28:41de plus en plus de données.
28:42Donc effectivement,
28:43ils font l'objet
28:44de mesures de protection
28:46de plus en plus importantes.
28:49C'est la 17e fois
28:51que Marseille
28:51va être connectée
28:52au reste du monde.
28:56Ce que vous voyez là,
28:57c'est le câble sous-marin
28:58à fibre optique,
29:00son extrémité
29:00qui est arrivée
29:01sur la Terre
29:02qui permettra
29:03donc finalement
29:03le raccordement
29:04du câble sous-marin
29:05au réseau terrestre.
29:07De toute façon,
29:08c'est la radio
29:09qui est branchée
29:09donc on peut communiquer
29:11directement
29:11avec le navire
29:11si besoin.
29:15C'est à proximité
29:16des terres
29:17par faible profondeur
29:18que ces câbles
29:19sont les plus vulnérables.
29:22Une menace
29:23prise en compte
29:23lors de leur conception.
29:24Alors, là,
29:27je peux vous montrer
29:28exactement
29:30quel câble
29:32est en train
29:32d'être tiré
29:33à terre.
29:34Et c'est exactement
29:35celui-ci.
29:36Donc vous voyez
29:37à l'intérieur du câble
29:38il y a
29:38des fibres optiques
29:40et puis
29:41le câble lui-même
29:42est protégé
29:43par une double couche
29:44de fil d'acier
29:45ce qu'on appelle
29:45les armures.
29:48Ce qui peut endommager
29:49un câble,
29:50c'est un navire,
29:50un très gros navire
29:51avec une grosse encre
29:52qui dérive
29:53et qui peut arracher
29:54un câble.
29:56Ça, c'est vrai,
29:56malgré les armures,
29:57ça peut se produire.
30:01Pour dérouler
30:02cette colonne
30:02vertébrale numérique,
30:05Orange s'appuie
30:05sur ses navires,
30:07des câbliers.
30:11Il n'en existe
30:12qu'une cinquantaine
30:13dans le monde
30:13et la France
30:15à elle seule
30:15en possède
30:16près du tiers.
30:18C'est OK pour toi ?
30:20Tu augmentes un peu
30:21la vitesse, là ?
30:22Tu mets à 0,5 ?
30:23Classés stratégiques
30:26par l'État,
30:27ils permettent
30:28de poser un câble
30:29par 5000 mètres
30:30de profondeur.
30:34Sans ces câbliers,
30:36Internet ne serait
30:37pas disponible
30:37en France.
30:42Ils doivent être
30:43opérationnels
30:4324 heures sur 24,
30:45365 jours par an,
30:47même en pleine crise.
30:49Pour permettre
30:50au groupe Orange
30:51d'assurer
30:52la continuité
30:53des communications
30:53françaises.
30:55Une obligation
30:56héritée de son statut
30:58d'opérateur
30:58d'importance vitale.
31:03Le câblier,
31:05parti de Marseille,
31:06va désormais dérouler
31:07la fibre
31:07sur 8750 km
31:09en direction
31:10du Maroc
31:10et de la Tunisie.
31:14La mer Méditerranée
31:15est encore épargnée
31:16par les sabotages.
31:23Mais ailleurs,
31:24autour de Taïwan
31:25et en mer Baltique,
31:26les câbles
31:27sont devenus
31:28un nouveau champ
31:29de bataille.
31:29Ce navire qui est ici,
31:35c'est un navire
31:35qui s'appelle
31:35le Yantar.
31:36C'est un navire
31:37du ministère de la Défense
31:38de la Fédération de Russie
31:39qui est censé faire
31:40des recherches
31:41océanographiques
31:41pour cartographier
31:43le fond marin,
31:44cartographier
31:45pour savoir
31:45où, potentiellement
31:47demain,
31:48pour eux,
31:48il serait pertinent
31:49d'agir.
31:50Il est un outil
31:51qui peut se révéler
31:52idéal
31:52pour venir conduire
31:54des manœuvres
31:55de disruption
31:56de nos sociétés,
31:58c'est-à-dire attaquer,
31:59espionner,
32:01poser des objets,
32:03avoir une action,
32:04qu'elle soit offensive
32:06de manière directe
32:07ou non,
32:07sur des câbles sous-marins
32:09ou sur des infrastructures
32:10sous-marines.
32:12Une opération méthodique
32:14de repérage
32:15avant l'attaque.
32:17Et ce moment
32:18est arrivé.
32:21Le jour de Noël 2024,
32:24un pétrolier,
32:25le Eagle S,
32:26quitte le port russe
32:27de Oustluga
32:28à l'aube,
32:30chargé de 35 tonnes
32:31de carburant.
32:35À 12h26,
32:37il sectionne
32:38le Eastlink 2,
32:40un câble capable
32:40d'alimenter en électricité
32:42une ville comme Toulouse.
32:47Puis il endommage
32:48quatre autres câbles Internet.
32:49La ministre finlandaise
33:00des Transports
33:01est en famille
33:02quand l'alerte tombe.
33:07On s'attendait
33:08à ce que quelque chose
33:09comme ça se produise.
33:11Cela n'a pas été
33:12une surprise,
33:13mais la période particulière
33:14qu'ils ont choisie
33:15pour attaquer,
33:16on s'est dit
33:17« Ah, d'accord,
33:19quand on essaie
33:19d'avoir un peu
33:20de vacances,
33:21voilà ce qui se passe.
33:23Mais nous étions prêts. »
33:26Les gardes-côtes finlandais
33:30identifient immédiatement
33:31le navire fautif.
33:34Deux hélicoptères
33:35se mettent en route.
33:37Aidé par les forces spéciales,
33:38la Finlande prend alors
33:40le contrôle du Eagle S.
33:43Une opération spectaculaire,
33:46du jamais vu en mer Baltique
33:48depuis la Seconde Guerre mondiale.
33:55C'était une démonstration
33:57de force.
33:58La Finlande voulait montrer
33:59au monde entier
33:59qu'elle pouvait réagir.
34:02Cette action devient
34:03une vitrine,
34:05celle d'un État
34:05prêt à défendre
34:07ses points vitaux.
34:09« Si le réseau
34:10de télécommunications
34:11ne fonctionne plus,
34:12s'il est détruit,
34:13c'est toute la Finlande
34:14qui va s'écrouler. »
34:18Le Eagle S
34:19est arraisonné.
34:21Son capitaine
34:22et ses deux officiers
34:23sont placés
34:23sous contrôle judiciaire.
34:24« Salle 209,
34:40dossier Eagle S,
34:42retour en salle d'audience. »
34:46Le procès du Eagle S
34:48s'ouvre au tribunal d'Helsinki.
34:49Dans la salle d'audience,
34:59l'atmosphère est glaciale.
35:01D'un côté,
35:02le parquet
35:02qui défend
35:03les infrastructures
35:05critiques finlandaises.
35:07De l'autre,
35:08des membres de l'équipage
35:10suspectés du sabotage.
35:11Au premier rang,
35:16impassible,
35:18le capitaine
35:18du Eagle S
35:19est juste derrière lui.
35:24Son premier officier,
35:25Robert Eguizarian.
35:30Un géorgien de 38 ans
35:32qui parle parfaitement
35:33russe et anglais.
35:35« On n'a rien fait de mal.
35:37On n'y est pour rien. »
35:39À bord,
35:40une des missions
35:40de Robert Eguizarian
35:42était de superviser
35:43l'encre du navire.
35:46Longue de près
35:47de 4 mètres,
35:48pesant plus de 11 tonnes,
35:50elle a endommagé
35:515 câbles,
35:52dont le East Link 2.
35:54Elle est donc
35:55la principale pièce
35:56à conviction du procès
35:57et Robert Eguizarian,
35:59le suspect numéro 1.
36:02L'officier a accepté
36:04de nous présenter
36:05sa version des faits.
36:08« On ne sait toujours
36:09pas exactement
36:09ce qui s'est passé
36:10ni pourquoi c'est arrivé.
36:12Moi y compris.
36:14C'est pour cela
36:14que nous sommes
36:15devant la justice. »
36:17Le jour de l'incident,
36:22vers 15h20,
36:23les gardes-côtes finlandais
36:25alertés par plusieurs coupures,
36:27remarquent que le Eagle S
36:28navigue à proximité.
36:31Il le contacte.
36:33« Eagle S,
36:34Eagle S,
36:35Eagle S,
36:37pouvez-vous confirmer
36:39que votre encre
36:40est sécurisée ? »
36:43C'est Eguizarian
36:44qui répond.
36:45« Oui,
36:46elle est relevée. »
36:49Ils m'ont contacté
36:50pour me demander
36:52« Vous êtes dans notre zone
36:54de trafic maritime.
36:56Pouvez-vous confirmer
36:57que votre encre
36:58a bien été relevée ? »
37:00La question semblait
37:01routinière,
37:02alors j'ai répondu
37:03immédiatement
37:04« Oui,
37:05notre encre est relevée
37:06et sécurisée. »
37:08« Mais avez-vous vérifié
37:10de vos propres yeux
37:11que l'encre
37:11était bien remontée ? »
37:13« Non,
37:13personne n'a vérifié physiquement. »
37:16Une possible négligence
37:18ou bien peut-être
37:19un acte volontaire.
37:22En tout cas,
37:23l'encre de 11 tonnes
37:24du Eagle S
37:25racle déjà
37:26le fond de la mer
37:27baltique
37:27depuis plusieurs heures.
37:30À 18h45
37:31précisément,
37:32les autorités finlandaises
37:34ont acquis
37:34la certitude
37:35que l'encre
37:36du Eagle S
37:36est au fond.
37:39« Selon nos observations,
37:43vous traînez
37:43quelque chose
37:44au fond de la mer.
37:45Depuis notre position,
37:47nous voyons
37:47que votre encre
37:48est sortie.
37:49Remontez votre encre
37:50immédiatement. »
37:54« Ok,
37:55je vais vérifier.
37:57Robert Eglisarian
37:59mettra plus de deux heures
38:01à confirmer
38:01que l'encre
38:02est bel et bien tombée
38:03alors qu'un simple
38:04coup d'œil
38:04sur la caméra
38:05de surveillance
38:06aurait suffi
38:07pour s'en rendre compte.
38:10Pourquoi,
38:12selon vous,
38:13tout cela est arrivé ?
38:14« C'est un enchaînement
38:17d'événements malheureux.
38:18L'un entrait
38:19dans l'autre
38:19jusqu'à provoquer
38:21un accident
38:21comme celui-là.
38:25On peut dire
38:25que c'est la faute
38:26à pas de chance.
38:26Un concours
38:27de circonstances
38:28doublé
38:29d'un dysfonctionnement
38:30technique. »
38:34Pour les autorités
38:35finlandaises,
38:36cette version
38:36de la faute
38:37à pas de chance
38:37ne tient pas.
38:41Comment Robert Eglisarian
38:43et son équipage
38:43n'ont-ils pas ressenti
38:44les vibrations
38:45de l'encre
38:46de 11 tonnes
38:46racler les fonds ?
38:50Comment n'ont-ils pas
38:50entendu sa chaîne
38:51se dérouler
38:52toute seule ?
38:54Sur cette vidéo
38:56tirée de l'enquête,
38:57voilà son grincement
38:58quand elle mouille.
39:04Un vacarme métallique.
39:05pour comprendre
39:17ce qui s'est passé,
39:18la Finlande
39:19fait appel
39:19à son armée.
39:22Notre équipe
39:22est autorisée
39:23à monter à bord.
39:24A la tête
39:32des opérations,
39:34le capitaine
39:34Marcus Tarka.
39:38Sa mission
39:38est claire,
39:40retrouver l'encre
39:40qui est restée au fond
39:41après avoir sectionné
39:42plusieurs câbles
39:43et comprendre
39:44si l'acte
39:45était volontaire.
39:47« C'est là
39:49qu'on a
39:49tous nos drones
39:50sous-marins. »
39:52Des robots
39:53capables
39:54de plonger
39:54à 6000 mètres.
39:57« On les a utilisés
40:02pour recueillir
40:03des données
40:03sur le sillon
40:04que nous avons
40:07ensuite analysées
40:08afin de comprendre
40:10ce qui s'était
40:11réellement passé.
40:13Et pour filmer
40:14l'encre,
40:15nous avons utilisé
40:15la caméra
40:16embarquée
40:17de ce drone.
40:17des yeux
40:24sous-marins
40:25qui vont lui
40:25permettre
40:26de retracer
40:27le parcours
40:27de l'encre.
40:29En tout,
40:3190 kilomètres
40:32de Sillon.
40:34Comme si
40:34l'encre
40:34de 11 tonnes
40:35du Eagle S
40:36avait servi
40:37de charrue
40:38pour labourer
40:38les fonds marins.
40:39L'enquête
40:47va aussi
40:47révéler
40:47que le Eagle S
40:48en traînant
40:49son encre
40:50a perdu
40:51plus d'un quart
40:51de sa vitesse
40:52passant
40:53de 12
40:53à 9 nœuds.
40:55Des preuves
40:56accablantes.
40:58Pourtant,
40:58l'officier
40:58géorgien
40:59reste de marbre.
41:01Il répète
41:02imperturbable
41:03que personne
41:03à bord
41:04ne s'est rendu
41:04compte de rien
41:05et qu'il ignorait
41:07qu'une encre
41:07pouvait provoquer
41:08de tels dégâts.
41:10Saviez-vous,
41:11avant d'embarquer,
41:11qu'avec votre encre,
41:13vous pouviez
41:13arracher
41:14un câble sous-marin ?
41:16Non,
41:17c'est assez surprenant.
41:19Ça arrive rarement.
41:21On ne pense pas
41:22à ce genre de choses.
41:26Normalement,
41:26les câbles
41:27sont posés
41:27tout au fond de la mer.
41:28Ils n'ont en principe
41:29aucun impact
41:29sur la navigation.
41:32En tant qu'ancien capitaine,
41:35je peux vous dire
41:36qu'il aurait dû
41:36se rendre compte
41:37que quelque chose
41:38n'allait pas
41:38avec son navire.
41:40Il est difficile
41:41de savoir
41:42ce qu'il pense vraiment,
41:43de savoir
41:44qui lui a soufflé,
41:45de présenter
41:46les faits
41:46de cette manière
41:47aux médias.
41:54Selon ce capitaine
41:55finlandais
41:55de pétrolier,
41:56l'officier géorgien
41:57joue la comédie.
41:59Il n'a pas pu
42:00se rendre compte
42:00de rien.
42:02Impossible aussi
42:02qu'il ne sache pas
42:03qu'une encre
42:04puisse arracher
42:05des câbles.
42:05en mer Baltique,
42:10c'est même
42:11inscrit en gros
42:11sur ces panneaux.
42:14Le panneau jaune
42:17indique qu'il y a
42:18un câble
42:19d'ici à l'île
42:20là-bas.
42:20Il est interdit
42:21de mouiller son encre
42:22ici.
42:23C'est une zone
42:24interdite.
42:28Malgré
42:28ces avertissements,
42:29depuis le début
42:30de la guerre
42:30en Ukraine,
42:32les coupures
42:32suspectes
42:33de câbles
42:33en mer Baltique
42:34ont triplé.
42:37La Russie
42:37est clairement
42:38pointée du doigt
42:39avec ses pétroliers.
42:43Là-haut,
42:44c'est nos amis.
42:48Oui,
42:48c'est les gardes-côtes.
42:49Ils font de nombreuses
42:57rotations,
42:57car il y a
42:58beaucoup de pétroliers
42:59de la flotte
42:59fantôme
43:00qui traversent
43:01le golfe de Finlande.
43:02Et si les gardes-côtes
43:04ne connaissent pas
43:04l'identité du navire,
43:06le nom de son propriétaire
43:07ou celui de sa compagnie
43:08d'assurance,
43:09ils vont aller vérifier.
43:11Ils ne peuvent pas
43:11intervenir directement,
43:13mais ils prennent des photos
43:13pour les analyser ensuite.
43:15Au total,
43:21ces navires
43:21sans identité claire
43:23composeraient
43:23une flotte
43:24dite fantôme
43:25de près de 600 navires.
43:29Ils ont des pavillons
43:30sans lien apparent
43:31avec Moscou,
43:32comme la Turquie,
43:34le Panama,
43:35le Bénin.
43:38C'était le pavillon
43:39qu'arborait
43:39le Pouchpa.
43:41Un pétrolier
43:42a raisonné
43:42par les commandos
43:43marines français
43:44en septembre dernier.
43:45alors qu'ils naviguaient
43:46près d'un parc éolien.
43:52Mais derrière eux,
43:54c'est la Russie
43:55qui les utilise
43:56pour contourner
43:56les sanctions internationales
43:58et acheminer son pétrole.
44:02C'est ainsi
44:03qu'elle finance
44:04son économie de guerre.
44:09Le Eagle S
44:10en fait partie.
44:12Pavillon des îles Cook,
44:15propriétaires domiciliers
44:16en Azerbaïdjan,
44:18sociétés écrans
44:18à Dubaï,
44:19gestion indienne,
44:21clients,
44:22compagnies pétrolières
44:23russes.
44:28Des navires écrans,
44:30symboles d'une guerre hybride
44:32qui se joue désormais
44:32sous la surface
44:33et qui inquiètent
44:37les services
44:37de renseignement
44:38finlandais.
44:49Je m'appelle Lothar Akala.
44:52J'évalue les menaces
44:53qui pèsent sur nos
44:54infrastructures critiques
44:55pour les services
44:55de renseignement
44:56finlandais.
44:56Nous observons actuellement
45:01un risque élevé
45:02d'incidents
45:02en mer Baltique.
45:05Ce que la Russie
45:11cherche à faire
45:12avec ces sabotages,
45:14c'est de décourager
45:15l'Europe,
45:16faire peur
45:17aux Européens
45:18qui soutiennent
45:18l'Ukraine.
45:18Et si la Russie
45:26attaquait directement
45:27l'une de nos
45:28infrastructures critiques,
45:29nous considérerions
45:31cela comme un acte
45:32de guerre.
45:43Juste après l'affaire
45:44du Eagle S,
45:46l'OTAN a renforcé
45:47sa présence dans la zone.
45:48Une montée en puissance
45:53pour protéger
45:54les infrastructures
45:55sous-marines critiques.
46:00L'opération a été
46:01baptisée
46:02Sentinel Balt.
46:07Combien de bateaux
46:08participent à cette opération ?
46:11Dans cette opération,
46:14on a le bateau lituanien.
46:18Là, on a le chasseur
46:22de mines allemands,
46:23Dlingen.
46:25Et juste devant nous,
46:26on a un navire néerlandais.
46:31Une armada
46:32de neuf bateaux.
46:33Et juste ici,
46:36on a le bateau français
46:37Andromède.
46:39A-t-on vraiment besoin
46:41de tous ces navires
46:41pour protéger
46:42les infrastructures
46:43sous-marines ?
46:44D'après moi,
46:45c'est le seul moyen
46:47de montrer
46:47qu'on est là,
46:48qu'on a nos yeux dessus.
46:59Depuis ce déploiement
47:00de force,
47:03plus aucune rupture
47:05de câbles
47:05n'a été signalée
47:06en mer Baltique.
47:07Concernant l'affaire
47:11du Eagle S,
47:13le tribunal finlandais
47:14s'est déclaré incompétent
47:15car le navire
47:17a été arraisonné
47:18dans les eaux internationales.
47:21Le parquet a fait appel.
47:23La guerre des câbles
47:24ne fait que commencer.
47:25Sous-titrage Société Radio-Canada