00:00Bonjour Thomas Bommelard, vous êtes chirurgien urologue à Lille, vous exercez en clinique.
00:04La ministre de la Santé, Stéphane Iriste, semble avoir entendu un certain nombre de revendications
00:08qui ont été formulées ces derniers jours lors de ce mouvement de grève.
00:11Elle annonce ce matin par exemple vouloir enlever d'un futur projet de loi
00:14la mesure qui consistait à encadrer les prescriptions d'arrêt maladie quand elles sont conséquentes.
00:18Alors ça c'est une annonce qui s'adresse plutôt aux médecins généralistes.
00:22Vous chirurgien, vous avez entendu de la part de la ministre ces derniers jours
00:25des choses qui vont dans votre sens, qui répondent d'une certaine manière à vos revendications ou pas ?
00:29Nous les premiers retours qu'on a eus datent d'hier après-midi par nos syndicats.
00:34Nos syndicats n'ont pas encore communiqué par écrit donc je ne peux pas vous faire un retour tout de suite.
00:38Ce que je sais c'est que la discussion était un petit peu tendue
00:39et qu'on n'a pas eu des retours francs et sincères comme on le voulait avec des engagements clairs.
00:45On a des engagements sur des promesses éventuelles mais comme on sait la stabilité du gouvernement actuellement
00:50et de la ministre avec son avenir qui peut être un petit peu incertain, on ne sait pas trop où aller.
00:54Vos revendications à vous chirurgiens portaient notamment sur la tarification des actes,
00:59c'est-à-dire sur les remboursements des opérations que vous menez au quotidien.
01:03De quoi s'agit-il exactement ? Qu'est-ce que vous portiez dans le cadre de ce mouvement ?
01:07Alors tout le mouvement n'est pas que sur le secteur 2, en fait souvent on l'emmène là-dessus,
01:10ce n'est pas tout le sujet.
01:11Le mouvement il est né surtout d'un point de vue des chirurgiens et des spécialistes,
01:15d'un rapport qui est arrivé sur des députés Ménière-Rousseau,
01:19demandé par François Bayrou sur les compléments d'honoraires.
01:23Et donc tout vient de là effectivement mais ce n'est pas que ça.
01:26Les compléments d'honoraires c'est ce qui permet de faire survivre notre entreprise,
01:29c'est ce que l'on va demander aux patients de régler en plus de ce que la sécurité sociale va rembourser.
01:34Ces compléments d'honoraires ils sont remboursés par les mutuels,
01:37ou en tout cas en partie en fonction du contrat de mutuel qu'on va avoir.
01:39Et ces compléments d'honoraires ils viennent compenser un tarif de la sécurité sociale
01:44qui est trop bas pour faire survivre une activité de chirurgie.
01:48Et aujourd'hui ils peuvent être un reste à charge pour les patients si les mutuels ne les remboursent pas complètement.
01:51Il y a une volonté aujourd'hui politique, vous l'avez entendu, de limiter ces compléments d'honoraires,
01:57parce que effectivement c'est pratiqué aujourd'hui, vous l'avez souligné,
01:59parce que les actes n'ont pas forcément été réévalués.
02:02Ce que rembourse par exemple sur une intervention, ce que rembourse l'assurance maladie,
02:06tout ça est à un niveau, vous êtes obligé de pratiquer des dépassements ou des compléments d'honoraires.
02:10Il y a une volonté aujourd'hui politique de les limiter, parce qu'il y a peut-être aussi des abus, ça peut exister ?
02:15Alors la volonté politique elle est claire, elle est dans le rapport justement qui a été remis,
02:19donc elle est marquée, elle est claire.
02:21Effectivement une intervention chirurgicale, les tarifs des chirurgies n'ont pas été réévalués depuis 20 ou 30 ans.
02:27Une effrectomie, quand on a un rein à un patient, c'est l'une des interventions les plus risquées en urologie,
02:31c'est 500 euros brut, c'est ce qu'on va toucher brut.
02:34500 euros ça paye même pas les charges, ça paye pas la redevance que l'on va payer pour la robotique,
02:38la chirurgie robotique qui coûte 500 euros elle-même, c'est-à-dire que si on ne prend pas de compléments d'honoraires,
02:42on est déficitaire.
02:43On ne peut pas opérer de manière déficitaire, on ne peut pas travailler de manière déficitaire,
02:46donc on est obligé de demander ces compléments d'honoraires, qui n'est pas une volonté en soi pour nous,
02:51de vouloir asseoir une volonté de richesse, mais juste de faire tenir une entreprise libérale.
02:55Je rappelle qu'on a des salariés, on a des aides opératoires, des secrétaires que l'on paye comme n'importe quel salarié,
03:00et donc notre entreprise doit être viable.
03:01Si à la fin de l'année on n'est pas positif, l'entreprise elle ferme, il n'y a plus de médecin libéral.
03:06Et là-dessus vous n'avez rien entendu ces dix derniers jours de la part de la ministre qui pourrait montrer une volonté de dialogue,
03:11puisque c'est ça qu'elle dit encore une fois dans son interview ce matin sur notre radio.
03:14Il y a un petit peu des soubresauts de discussion, mais en fait l'argument souvent évoqué,
03:20c'est qu'il n'y a pas d'attaque sur les secteurs de serré, qu'il n'y a pas d'attaque frontale dans la loi de financement,
03:24mais on voit bien un certain autoritarisme qu'il y a dans ce projet de loi et dans cette loi de financement,
03:29avec une volonté de contrôle.
03:31D'ailleurs M. Fatou me demande à revenir là-dessus un petit peu.
03:33Directeur de l'assurance maladie.
03:34Directeur de l'assurance maladie, qui entend un petit peu le message qu'on avait véhiculé là-dessus,
03:38et nos inquiétudes.
03:39Et donc on sent qu'il y a une certaine autorité qui commence à se mettre en place,
03:43et qui inquiète énormément et qui va être liberticide pour un exercice justement qui est censé être libéral
03:48et donc assez libre dans la prise en charge, dans le soin et dans la qualité du soin.
03:536h-7h47, vous écoutez Cynor, nous sommes en direct avec Thomas Bommelard, chirurgien urologue à Lille.
03:58Est-ce que la grève va se poursuivre ?
03:59La grève elle se poursuit sous sa forme un peu plus douce,
04:04mais malgré tout bien présente, c'est sur la permanence de soins en établissement de santé,
04:07ce qu'on appelle la PDSES.
04:08Ça ne concerne pas tous les chirurgiens, ça concerne les chirurgiens qui vont avoir une ligne de garde
04:12ou d'astreinte organisée avec les ARS depuis longtemps.
04:16Et sur cette ligne de garde, il y a un mot d'ordre des syndicats de dire de continuer la grève
04:20et de ne plus maintenir cette permanence de soins, indépendamment des patients déjà hospitalisés bien sûr.
04:24Ce sont par exemple les permanences chez SOS Médecins, ce genre de choses ?
04:27Voilà exactement, ce type de permanence là, où chaque syndicat après est libre de suivre ou non le mouvement
04:31dicté par l'insert syndical.
04:32Cela veut dire que certaines prises en charge, a priori, vont être transférées sur l'hôpital public,
04:36sur les urgences, il n'y a pas un risque d'engorgement ?
04:39On a vu ces derniers jours avec la grippe en même temps qu'il pouvait y avoir certaines difficultés
04:42dans certains CHU.
04:45Ne risquez pas que ça se produise ça chez des gens qui sont vos collègues
04:49et également qui travaillent aussi dans le domaine de la santé.
04:50Il faut savoir que c'est, je pense, en 20 ans, peut-être la deuxième grève des médecins.
04:57Donc en fait, ce n'est pas déjà ce qu'on aime faire, la grève, et ce n'est pas ce qu'on sait faire.
05:01Et puis, ce n'est pas une volonté d'aller justement faire tout déborder sur le public.
05:04Malheureusement, aujourd'hui, pour se faire entendre, c'est le seul moyen que l'on a.
05:08Donc, il est évident qu'on ne va pas laisser une urgence vitale sur le trottoir de la clinique.
05:11Je pense qu'il n'y a aucun médecin qui va accepter ça.
05:14Et d'ailleurs, c'est avec ça qu'on joue, c'est avec notre sensibilité à ce sujet-là.
05:18On est des professionnels de santé, on soigne.
05:20Et donc, effectivement, s'il y a un patient qui ne va pas bien, on le prendra en charge.
05:24Néanmoins, il y a des urgences qui peuvent être légèrement différables
05:26et qu'on peut se permettre de reporter un petit peu,
05:29qui vont mettre une pression, mais c'est cette pression qui nous permet aujourd'hui
05:31d'essayer de nous faire entendre un petit peu.
05:32Vous y attendiez à faire grève comme ça pendant 10 jours,
05:35quand vous vous êtes lancé en tant que chirurgien, quand vous êtes arrivé à Lille.
05:38Un mouvement qui dure pendant 10 jours, encore une fois,
05:41mouvement des chirurgiens et aussi des médecins généralistes avec d'autres problématiques.
05:44On ne sait pas encore s'ils vont poursuivre leur grève.
05:46Mais vous, personnellement, une grève comme ça qui dure avec un gouvernement
05:50que vous décrivez comme autoritaire, vous vous y attendiez quand vous êtes lancé ?
05:53On ne s'y attend pas parce que le principe même de l'exercice de la médecine en France,
05:57c'est basé sur une convention.
05:58Une convention, ça porte bien son nom, c'est-à-dire que c'est une discussion
06:00entre deux parties qui se tombent d'accord et qui avancent ensemble.
06:03Cet esprit de la convention, il existe depuis la sécurité sociale
06:06et il permet de travailler ensemble par rapport aux contraintes sociétales
06:09et budgétaires qu'on peut avoir.
06:10Si on en arrive à un rapport de force aujourd'hui avec la grève,
06:13c'est que justement la convention, l'esprit de la convention n'est plus là.
06:16Et le projet de loi de financement et la loi de financement de la sécurité sociale
06:19vient mettre des mesures autoritaires sur cette convention
06:21et vient donc écraser le pouvoir de la convention
06:24parce que la loi est au-dessus de la convention, bien évidemment.
06:26Donc non, on ne s'y attend pas et on ne le souhaite pas
06:29et on voudrait que ça s'arrête rapidement avec un dialogue qui s'inscrit dans le temps, surtout.
06:32C'est pour ça que vous êtes mobilisés ces derniers jours,
06:35c'est pour ça que votre syndicat, il y a deux jours, a appelé à cette grève des permanences
06:38et je le souligne encore une fois, syndicat qui regroupe des chirurgiens,
06:42c'est-à-dire qu'il y a aussi les médecins généralistes dans ce mouvement,
06:44il n'y a pas encore eu d'informations sur est-ce que la grève va se poursuivre ou non chez eux.
06:47En tout cas, merci beaucoup Thomas Baumlarge, chirurgien urologue,
06:50d'avoir accepté notre invitation ce matin pour nous expliquer.
06:52Bonne journée.
06:52Avec plaisir.