00:00Bonjour Raphaël Dachicourt. Bonjour. La ministre de la Santé, Stéphanie Riste, s'est exprimée à plusieurs reprises ces derniers jours
00:05pour tenter de rassurer les médecins libéraux sur un certain nombre de choses.
00:09A priori, ça ne vous a pas convaincu puisque vous êtes gréviste aujourd'hui.
00:13Contre quoi vous faites-vous grève exactement ?
00:15Ce mouvement de contestation, finalement, c'est un mouvement de ras-le-bol de l'ensemble de la profession
00:19qui constate une certaine dérive dans les politiques actuelles,
00:23qui vise à faire des médecins et des médecins libéraux, en particulier les boucs émissaires du déficit de la sécurité sociale.
00:30En les pointant du doigt, en disant que soi-disant ils prescrivent trop, que ça coûte trop cher.
00:35Et finalement, quand on prend un exemple comme les arrêts de travail, qui est assez symbolique de cette dérive,
00:41on se rend compte que le choix est fait de taper sur les doigts des prescripteurs
00:45plutôt que de comprendre les causes réelles de l'augmentation des arrêts de travail.
00:49Sur les arrêts de travail, une mesure a été adoptée lors du vote au Parlement de la loi de financement de la sécurité sociale
00:55pour limiter leur durée.
00:58Un mois d'arrêt de travail, pas plus pour une primo-prescription, deux mois pour un renouvellement.
01:02En quoi vous considérez que c'est problématique ?
01:04Ça, par exemple, puisque c'est une mesure concrète.
01:06Alors, ce seuil a été augmenté de base dans la première version du projet de loi.
01:10Il était de deux semaines.
01:12Ce qu'il faut comprendre, c'est que ça sort complètement de toute logique médicale.
01:15C'est une attaque au code de déontologie, puisqu'on atteint la liberté de prescription du médecin.
01:20C'est une dérive qui, finalement, va aller cibler, encore une fois, ces prescripteurs
01:25en faisant croire que, soi-disant, ils prescrivent trop, ils prescrivent des arrêts trop longs,
01:29alors que leur seul intérêt, c'est de prescrire des arrêts pour des patients qui en ont besoin.
01:33Ça n'amuse personne de prescrire des arrêts de travail.
01:36Si on le fait, c'est pour répondre à un besoin et non pas pour répondre à des objectifs économiques.
01:40Mais l'argument de ceux qui ont défendu cette mesure, c'est de dire que, voilà,
01:43ça permet aussi un suivi plus régulier.
01:46Finalement, ça va augmenter peut-être aussi le nombre de visites chez le médecin,
01:49mais que ça permettait éventuellement des arrêts trop longs
01:52qui feraient qu'au bout d'un certain moment, la personne, le patient, en l'occurrence,
01:56n'est plus malade et peut retourner travailler.
01:59En quoi ça change quelque chose ?
02:00C'est vraiment parce qu'on attaque votre liberté de prescription que vous mobilisez aujourd'hui.
02:04La première idée, c'est vraiment celle-ci.
02:06C'est qu'attaquer cette liberté de prescription, c'est remettre en cause l'indépendance du médecin
02:11qui agit dans l'intérêt premier du patient,
02:13et non pas dans un objectif politique.
02:15Par contre, derrière, vous citez finalement l'argument de devoir réévaluer régulièrement.
02:21En fait, tout médecin le fait déjà.
02:23Donc ça, ça ne change rien là-dessus.
02:25C'est déjà le rôle du médecin de réévaluer régulièrement.
02:28Et c'est une pensée magique, en fait, politiquement,
02:30de se dire qu'en allant limiter la durée de prescription,
02:33on va favoriser...
02:34Non, ce n'est pas vrai.
02:35C'est déjà fait.
02:37Et on a aussi un frein qu'il faut prendre en compte,
02:39qui sont les difficultés d'accès aux soins.
02:40Et aller encore une fois pénaliser des patients en leur faisant revoir le médecin,
02:45alors que lui-même, parfois, ne le juge pas nécessaire, c'est incompréhensible.
02:49Ici Norelle, 7h47, nous sommes en direct avec Raphaël Dachicourt,
02:52médecin généraliste dans la métropole illoise et membre du syndicat MG France.
02:55Pour continuer sur ce sujet des arrêts maladie, des arrêts de travail,
03:00le gouvernement met face à vos revendications un constat,
03:03qui est que cela augmente d'année en année,
03:05autant ce que ça coûte à la sécurité sociale,
03:07que le nombre d'arrêts de travail en valeur absolue.
03:09Est-ce que c'est un problème, selon vous, que les arrêts maladie augmentent aujourd'hui ?
03:12Oui, c'est un problème.
03:13Et c'est un problème qu'on voit aussi dans nos cabinets.
03:15Ce qui est important, c'est qu'on aille saisir le cœur du problème.
03:19Quelles sont les raisons, finalement, de cette augmentation de prescription des arrêts de travail,
03:24d'indemnités journalières ?
03:25Et en fait, on voit qu'on a une grande cause nationale,
03:27qui était celle de la santé mentale, et qui explique quand même beaucoup de choses.
03:31Et si on ajoute à ça l'augmentation de la masse salariale,
03:34l'augmentation, finalement, du SMIC et de certains salaires,
03:37on explique aussi cet effet volume,
03:39et pourquoi on a une augmentation croissante des indemnités journalières
03:43remboursées par l'assurance maladie.
03:45Donc nous, on appelle principalement à renouer le dialogue,
03:47et à aller travailler sur les causes profondes de ces arrêts de travail,
03:51plutôt que d'aller cibler ceux qui sont en bout de chaîne,
03:54les effecteurs, les prescripteurs.
03:56Cela vous concerne, en premier lieu, vous, les médecins généralistes,
03:58il y a d'autres mesures qui sont contestées par les syndicats,
04:01mais ce débat sur les arrêts de travail n'est pas terminé,
04:03puisqu'il y a déjà cette mesure limitée à un mois,
04:06un premier arrêt de travail quand on va chez le médecin,
04:08et le débat n'est pas terminé,
04:10puisqu'ensuite, il y aura un projet de loi
04:11qui vise à lutter contre les différentes fraudes,
04:13avec là une notion de mise sous objectif de certains médecins.
04:17Cela veut dire quoi exactement ce texte reviendra à l'Assemblée nationale
04:21dans quelques jours ?
04:21De quoi va-t-il être question exactement ?
04:23La symbolique est forte,
04:25cela veut dire qu'on va considérer que certains médecins sont des fraudeurs.
04:29C'est ça, les intégrer dans ce projet de loi contre la fraude,
04:33et avec des mesures qui visent à les mettre sous objectif,
04:36c'est-à-dire mettre des objectifs chiffrés
04:39de diminution de prescription d'arrêt de travail,
04:41mais aussi potentiellement de médicaments ou d'actes qui sont réalisés,
04:47si on considère statistiquement qu'ils en font plus que leurs confrères.
04:50Mais un médecin peut toujours se justifier,
04:52ensuite auprès de la caisse primaire d'assurance maladie,
04:54dire « j'ai prescrit tant d'arrêt de travail »
04:56en disant « parce que j'ai ce profil-là de patient dans ma patientèle »,
04:59il y aura vraiment des sanctions contre les médecins qui arriveront à se justifier ?
05:03Les médecins peuvent se justifier,
05:04d'ailleurs on les invite à se justifier là-dessus
05:06et à être très clairs sur pourquoi ils prescrivent les arrêts de travail.
05:10Ils le savent d'ailleurs et ils le tracent.
05:12Par contre, on a des appréciations qui sont différentes
05:14en fonction des caisses d'assurance maladie.
05:17Et ce qu'on voit, en tout cas en tant que syndicat,
05:19c'est qu'il y a une tendance à durcir le ton
05:21et à être de plus en plus ferme dans l'appréciation de ces justifications
05:24en disant « non, finalement, ça ne justifie pas,
05:27donc on va aller vous forcer à prescrire moins d'arrêt de travail. »
05:31Et ça change toute la logique dans la tête d'un médecin
05:33qui finalement ne prescrit plus en pensant uniquement à l'intérêt du patient
05:37mais va se dire « mince, est-ce que je ne prescris pas plus que mes confrères ?
05:40Est-ce que je ne vais pas me faire taper sur les doigts par l'assurance maladie ? »
05:42De manière générale, Raphaël Dachicourt,
05:44vous semblez rejeter tout ce qui pourrait entraver votre liberté d'exercer,
05:48votre liberté de prescription,
05:49mais dans la mesure où vos actes sont remboursés d'une certaine manière
05:51par l'assurance maladie,
05:53est-ce que ce n'est pas normal qu'elle ait son mot à dire aussi
05:55d'une certaine manière sur un certain nombre de choses ?
05:58Bien sûr, et d'ailleurs, c'est tout l'intérêt d'avoir un dialogue avec l'assurance maladie
06:01et il y a un espace qui est dédié pour ça
06:03qui s'appelle les négociations conventionnelles.
06:05C'est des négociations qui sont entre l'assurance maladie et la profession
06:09et qui visent non seulement à fixer des tarifs
06:12mais aussi à travailler sur ces sujets.
06:13D'ailleurs, dans la dernière convention, ça a été discuté,
06:16il y a eu des objectifs qui ont été mis en place,
06:18il y a des leviers qui sont à actionner encore
06:21et d'ailleurs, c'est un travail qui est en cours
06:22et ce qu'on constate, c'est que malheureusement, on a cette dérive politique autoritaire
06:26qui vise à contourner toute négociation
06:28pour avoir, certes, plus d'efficacité, mais à quel prix ?
06:33C'est contre cette logique que vous mobilisez aujourd'hui,
06:35Raphaël Dachy-Cour, médecin généraliste dans la métropole lilloise.
06:38Je souligne que les autres médecins libéraux
06:41sont également appelés à la grève spécialistes,
06:43praticiens également qui travaillent en clinique avec une grève
06:46partie pour durer dix jours.
06:48Vous allez faire grève pendant les dix jours ?
06:49Alors, chacun va se mobiliser différemment,
06:52on ne peut pas prévoir précisément
06:54quelles seront les modalités de grève de chaque médecin.
06:56Ce qui est certain, c'est qu'il y aura une restriction
06:58au niveau de l'accès au cabinet sur ces dix jours.
07:02Pour ma part, je suis fermé aujourd'hui
07:04et en service minimum sur tout le reste de la semaine.
07:07Je sais que des confrères dans la métropole
07:09ont fermé strictement pendant dix jours.
07:11Chacun est libre de sa mobilisation.
07:13qui débute donc aujourd'hui cette mobilisation
07:15des médecins libéraux partout en France.
07:17Merci encore Raphaël Dachy-Cour,
07:19médecin généraliste dans la métropole lilloise,
07:20à Croix en l'occurrence,
07:21et membre du syndicat MG France.
07:23Bonne journée.
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