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  • il y a 9 mois
Auteure, compositrice et interprète, La Grande Sophie occupe une place à part dans l’univers de la chanson française. Après neuf albums et quatre disques d’or, elle se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». De la littérature au théâtre en passant par les musiques de films ou la chanson, cette artiste, ancienne élève des Beaux-arts de Marseille, ne s’interdit aucune discipline. Sur le plateau d’Un Monde Un Regard, face à Rébecca Fitoussi, elle se livre sur son passé, son besoin d’autonomie, le temps qui passe, ses combats et ses émotions. Année de Production :

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Transcription
00:00Générique
00:01...
00:02Notre invitée est une artiste qui a un parcours atypique.
00:26Elle n'a pas connu une notoriété fulgurante grâce à un jeu.
00:30Ou une émission de télé.
00:31Ce n'est pas un tube ou un album qui a fait d'elle une interprète connue et reconnue.
00:35Non.
00:36Sa carrière de chanteuse, d'autrice, de compositrice,
00:39elle l'a construite étape par étape.
00:42Épreuve après épreuve, de façon autonome, indépendante,
00:46un peu seule même, chez elle, avec son matériel et ses instruments,
00:49allant de concert de rue en concert de terrasse,
00:52de salle en salle, petite ou grande,
00:55avec une guitare, une grosse caisse, sa voix bien sûr,
00:58et puis ses textes, ses lettres, ses mots, ses personnages réels ou imaginaires.
01:03Plus que des chansons, c'est tout un univers qu'elle crée d'album en album.
01:08Un univers humain, humaniste même,
01:11tout en douceur, tout en pudeur,
01:14inclassable et tant mieux.
01:15Elle aurait horreur d'être enfermée dans une case, un registre, un style.
01:19Comment continuer sa route ainsi, dans un monde musical si corseté, si marketé,
01:25qui fonctionne par case, justement, à coup de streaming et de bruit médiatique ?
01:29Comment préserve-t-elle son univers bien à elle, son identité musicale ?
01:34Posons-lui toutes ces questions.
01:35Bienvenue dans Un Monde, un Regard, bienvenue à vous.
01:37La Grande-Sophie, merci d'avoir accepté notre invitation ici au Sénat.
01:41Votre tournée avec le seul en scène, lettres musicales continues,
01:44spectacle adapté de votre tout premier livre,
01:47Tous les jours, Suzanne, paru chez Phébus.
01:50Du chant, des lectures de lettres, de la danse,
01:53vous, toute seule, sur scène, un show hybride, on peut le qualifier ainsi ?
01:57Alors, au début, c'est le terme que j'ai employé, hybride.
02:00Et en fait, je me suis dit, si tu prends ce mot en soi, ça ne veut pas dire grand-chose.
02:06Les gens ont besoin de savoir vraiment ce qu'il y a à l'intérieur.
02:09Et avec le temps, j'ai pu le définir.
02:11C'est vraiment ma petite comédie musicale à moi.
02:14Je suis donc seule sur scène, je raconte une histoire,
02:17ce n'est pas que des lettres lues, je suis obligée de jouer mon personnage.
02:20Je chante, je reviens sur de nombreuses chansons que j'ai écrites,
02:24puisque j'ai maintenant neuf albums.
02:27Je rechante ces chansons-là, pas toutes, mais j'ai dû faire des choix.
02:30Et il y a aussi trois nouveaux titres.
02:33Je disais que vous n'aimiez pas être classée, catégorisée.
02:36C'est vrai, il est inclassable, ce show, et vous êtes inclassable, et tant mieux.
02:39C'est ce qu'on me dit, en fait.
02:41J'aime bien écouter ceux qui viennent me voir en concert,
02:45qui viennent voir ce spectacle.
02:47J'ai toujours pris, depuis mes débuts,
02:49le temps d'aller parler aux gens après les concerts.
02:52Je trouve ça chaleureux.
02:54Je me dis que c'est aussi grâce à eux, grâce à ce public,
02:57que je suis encore là, puisque maintenant, je ne compte plus les années,
03:00mais j'arrive vers 30 ans de carrière, presque.
03:05Mais voilà, c'est le public.
03:07C'est le public qui a toujours été au rendez-vous.
03:09Et ce public aime bien me voir à la fin, et j'écoute ce qu'ils disent.
03:12Vous avez une relation privilégiée avec ce public.
03:15Qu'est-ce que vous êtes pour ?
03:16Est-ce que vous les réconfortez, vous les rassurez ?
03:18Vous êtes un peu la grande copine, plus que la grande Sophie ?
03:22C'est vrai qu'on m'a souvent dit ça, un petit peu le rôle de la grande sœur.
03:25Alors moi, je ne sais pas si j'aime ce terme-là,
03:28mais en tout cas, je crois que finalement, ils se retrouvent.
03:32On se ressemble quelque part.
03:34Même si moi, vous voyez là, sur Tous les jours, Suzanne,
03:37je raconte le parcours d'une chanteuse.
03:39Au départ, je me disais, mais en fait, oui, c'est très égro-centré.
03:43C'est la vie d'une chanteuse à qui ça va parler.
03:45Et en fait, je me rends compte que je plonge les gens dans une époque,
03:49que je les ramène dans leur époque avec des souvenirs,
03:53que ce que je suis en train de vivre en tant que femme,
03:55de nombreuses femmes sur d'autres métiers, le vivent aussi.
03:59Donc, ça fait écho.
04:01Je reviens sur le côté très particulier de votre spectacle.
04:04Ça ne doit pas être si évident que ça,
04:05de résister aux modes, aux demandes des producteurs
04:09ou à tous ceux qui sont impliqués dans un spectacle.
04:12Vous arrivez à résister, à garder votre identité musicale ?
04:15Alors finalement, ça, je l'ai toujours eu parce que je viens de la scène.
04:18J'ai commencé, comme vous avez dit tout à l'heure,
04:20dans des tout petits lieux, des bars,
04:23où je n'avais même pas la place de mettre ma guitare comme ça.
04:25J'étais obligée de mettre ma guitare comme ça.
04:26J'avais une grosse caisse.
04:28En fait, j'ai essayé plein de choses.
04:30J'ai expérimenté.
04:31Et c'est comme ça que, de fil en aiguille,
04:33le public revenait me voir.
04:35Et des bars, je suis passée à des petites salles.
04:38Ensuite, je suis rentrée dans une maison de disques.
04:42J'ai eu un premier titre qui est passé à la radio.
04:45Il y avait de plus en plus de monde.
04:46J'ai fait les salles moyennes parisiennes,
04:49jusqu'à faire un Zénith, un Olympia, des Olympias.
04:52J'en ai fait beaucoup.
04:54Et les gens ont suivi, en fait.
04:56Les gens, il y a une fidélité qui est restée.
04:59Et c'est ça qui vous aide à résister à d'éventuels pressions ?
05:02Eh bien, je crois que quand je suis arrivée dans une maison de disques,
05:04j'avais ce bagage.
05:06J'avais ce bagage.
05:07Je savais d'où je venais.
05:08Et j'ai toujours favorisé le dialogue.
05:11C'est-à-dire que quand on essayait de m'imposer quelque chose,
05:13parce que vous avez raison.
05:14Vous avez raison, les modes, on vous dit,
05:16il y a un tel qui sort, tu vas prendre les mêmes producteurs.
05:19Et moi, je disais, mais je ne fais pas la même musique.
05:22Est-ce qu'il ne serait pas intéressant de travailler avec cette personne
05:25que j'ai repérée ?
05:26Et en dialoguant, en faisant comprendre à l'autre,
05:30eh bien, souvent, j'arrivais quand même à orienter.
05:33C'est important, en fait, de savoir ce qu'on veut
05:35et ce qu'on ne veut pas.
05:36On peut le payer d'être une artiste quand même différente, hybride ?
05:39Est-ce que typiquement, je ne sais pas,
05:40des radios peuvent se dire, on ne la diffuse plus,
05:42ça ne correspond pas au mode du moment, au code du moment ?
05:45Alors moi, ce que j'ai souvent entendu dans mon parcours,
05:48et je ne comprenais pas pourquoi,
05:50c'est qu'on me disait souvent, tu es décalée.
05:54Alors, je me dis, avec les années,
05:57je me dis, tu es décalée, qu'est-ce que ça veut dire ?
05:59Finalement, je le prends comme tu es singulière.
06:02Et oui.
06:02Et c'est, je crois, ce qui compte pour un artiste,
06:05d'avoir sa personnalité.
06:07Je vais dire, c'est presque le propre d'un artiste.
06:08Je crois.
06:09Singulier et décalé.
06:10Mais c'est vrai que je ne savais pas trop comment le prendre.
06:12J'avais l'impression, au début, d'être à côté de la plaque.
06:15Et en fait, non, je me dis que, voilà, j'espère.
06:18J'espère, en tout cas, et j'essaie d'être plus juste de ce que je suis.
06:22Vous évoquez souvent ce moment où on vous a fait sentir
06:24que vous étiez trop vieille pour continuer la musique,
06:26et vous répondez à quelque chose de très utile à entendre,
06:28je trouve, en tout cas, de mon point de vue.
06:30Il y a des révolutions féminines, féministes,
06:32et c'est très bien, dites-vous,
06:33mais celle de l'âge n'est pas encore arrivée.
06:35Qu'est-ce que vous voulez dire ?
06:36Oui, je pense que c'est peut-être la future révolution,
06:39mais elle va faire partie du féminisme aussi,
06:41et puis ça concerne aussi les hommes.
06:43Mais, bien sûr, tout le monde le sait,
06:46les femmes, c'est un degré nettement plus élevé,
06:48on s'en prend plein la figure.
06:50Ça, en fait, ce que vous avez dit, c'est très juste.
06:52Je l'ai entendue très tôt, cette phrase.
06:54Je n'avais que 28 ans,
06:55quand j'ai entendu trop vieille.
06:58À cette époque-là, comme moi, j'ai choisi depuis l'enfance
07:01ce que je voulais faire, j'étais très déterminée.
07:03Je voulais être chanteuse.
07:04Donc, tout au long de ma vie,
07:06même si j'ai fait des petits boulots,
07:08il y avait chanteuse, chanteuse, chanteuse,
07:10je n'ai surpris personne.
07:11Mais vous diriez que ça concerne vraiment tout le monde,
07:14ou quand même un peu que les femmes ?
07:15Parce qu'il y en a des artistes et des chanteurs
07:18qui ont quand même un certain âge,
07:19et qui continuent, et qui cartonnent.
07:21Je pense à Souchon, Voulzy, Jean-Louis Aubert,
07:23on ne leur dit pas qu'ils sont trop vieux.
07:24Non, mais vous savez, c'est la fameuse phrase
07:26qu'on entend souvent entre les hommes et les femmes.
07:29Un homme plus âgé qui passe à la télé,
07:31on dit, oh, il a du charme.
07:32Et une femme, on dit, qu'est-ce qu'elle a pris ?
07:35Vous l'avez déjà entendue, cette phrase ?
07:36Mais vous l'avez déjà entendue ?
07:37Oui, oui, oui.
07:38Et ça, ça fait un petit peu, malheureusement,
07:40partie des mœurs.
07:42Donc, je me dis qu'il y a plein de choses à changer.
07:45Le fait d'être présente et d'avoir encore envie,
07:48c'est ce qui compte.
07:49C'est déjà une forme de résistance.
07:51Voilà.
07:51Balance ton jeuniste, ça va être ça,
07:53le mouvement non à lancer ?
07:54Jeunisme, vous voyez, c'est un mot
07:56qui est arrivé dans mon vocabulaire
07:58à partir de 45, 50 ans,
08:01alors que je n'avais jamais entendu ce mot-là
08:03avant quand je présentais un projet.
08:06Et c'est très sournois,
08:08la manière dont ça arrive aussi,
08:10dont on vous parle de votre âge.
08:11C'est très sournois,
08:12parce qu'on peut vous faire des compléments,
08:14puis vous dire, des compliments, pardon,
08:16et vous dire,
08:17oh, c'est bien parce que tu n'es pas dans le jeunisme.
08:20Et là, vous vous posez 3000 questions.
08:22Vous dites, ce mot, pourquoi il arrive ?
08:23Et en fait, ça veut dire ça.
08:25Donc, il y a des traductions.
08:28Et même les bienveillants,
08:29voilà, il faut parler comme ça, parfois.
08:31De manière générale,
08:32vous êtes quand même très lucide
08:33sur l'univers artistique
08:35et sur tout ce qui gravite autour.
08:36Vous dites, c'est un métier
08:37qui fonctionne avec des chiffres.
08:39Je trouve ça assez vulgaire
08:40de considérer quelqu'un comme un chiffre.
08:42Les artistes sont des Kleenex.
08:43Une fois qu'on a fait un certain chiffre,
08:45on passe à quelqu'un d'autre.
08:46Il ne faut pas que cela tue nos envies.
08:48Ça a failli tuer vos envies, vous ?
08:50Ça m'a...
08:51Alors, vous voyez,
08:52ça m'a perturbée à un moment donné.
08:53À force d'entendre ces phrases,
08:54comme je les entendais depuis longtemps,
08:56vous vous rendez compte,
08:56depuis mes 28 ans.
08:58Mais au départ,
08:59rien ne pouvait m'atteindre
09:00jusqu'à ce que ça ne devienne plus sournois.
09:04Et là, j'ai perdu confiance.
09:06Ah oui, quand même.
09:07J'ai perdu confiance.
09:08Je me suis posé beaucoup de questions.
09:10J'ai été très atteinte, vraiment.
09:12Et je sentais comme un abandon.
09:16Et j'ai eu besoin...
09:17C'est pour ça qu'écrire ce livre,
09:18pour moi, c'était une nécessité.
09:19J'ai eu besoin de revenir sur mon parcours.
09:22Moi, l'autodidacte,
09:24elle l'a déterminé,
09:25mais aussi la froussarde.
09:26J'ai eu besoin de revenir
09:28sur tout ce que j'avais fait
09:29et en me disant,
09:31mais tu vois,
09:32tu as fait tout ça
09:33et tu es en train, finalement,
09:34d'écrire ton livre.
09:35Et de ce livre va être issu
09:37un spectacle
09:37que tu n'as jamais fait,
09:39encore quelque chose
09:39dont tu n'as jamais expérimenté.
09:42Donc, vous avez repris confiance en vous ?
09:43Oui.
09:43J'ai repris confiance en moi
09:45et je me suis posé cette question.
09:47Pourquoi as-tu voulu faire ce métier ?
09:49Qu'est-ce qui te plaisait dans ce métier ?
09:50Et c'est vraiment le plaisir.
09:52Ça a toujours été un plaisir
09:53pour moi de chanter.
09:54C'est aussi un plaisir
09:56d'aller donner des petits bonheurs aux gens.
09:59J'ai l'impression, en tout cas,
10:00de donner ces petits bonheurs aux gens,
10:02de les partager.
10:03Donc, oui,
10:05je sais pourquoi je suis là aujourd'hui.
10:08Sur cette question des chiffres, quand même,
10:10si on sort un peu de notre naïveté
10:12ou de notre idéalisme,
10:13il faut aussi imaginer que c'est un business
10:15et que parfois, les maisons de disques...
10:16C'est une industrie.
10:17Voilà, chiffres et comptes et décomptes,
10:19mais aussi pour peut-être financer
10:20des artistes plus confidentiels
10:21et plus libres après.
10:22C'est-à-dire que ça fait vaste communiquant.
10:24Est-ce qu'on peut vraiment s'extraire de ça ?
10:26Alors, à une époque,
10:27c'était un peu le cas, quand même.
10:29Mais maintenant, j'ai l'impression
10:30que vous voyez, les nouveaux artistes,
10:32si une maison de disques veut les signer,
10:35il n'y a plus vraiment de coup de cœur.
10:37Moi, j'ai connu les coups de cœur,
10:39des journalistes qui ont des coups de cœur
10:40pour moi, pour ma musique.
10:42Il n'y a plus ça.
10:42J'ai l'impression qu'on l'a perdu.
10:44C'est qu'on va aller voir les chiffres
10:46de ces réseaux sociaux.
10:48C'est ça qui a changé.
10:49Même pour les nouveaux.
10:50Même pour les nouveaux.
10:51Donc, je trouve ça compliqué
10:53parce qu'on ne laisse pas les gens
10:54véritablement se développer aussi.
11:00Essayer.
11:00J'ai l'impression que peut-être
11:02ce que se disent les jeunes maintenant,
11:03c'est qu'il faut arriver parfait dès le début.
11:06Alors que moi, j'étais totalement imparfaite
11:08et je le suis toujours.
11:10Et c'est ce qui fait votre charme
11:11et votre singularité, évidemment.
11:13J'espère.
11:13Oui, bien sûr.
11:14Mais quand vous voyez ces articles
11:15qui sortent des télécrochets
11:17et des radiocrochets,
11:18qu'est-ce que vous vous dites ?
11:19Attention à la gloire éphémère.
11:21Alors, certains ont les épaules pour.
11:23Je pense que comme les émissions comme ça,
11:25maintenant, ont un certain nombre d'années,
11:27les jeunes ne sont pas bêtes.
11:29Ils ont appris ici à savoir.
11:31Très aguerris.
11:32Bien sûr.
11:33Bien sûr.
11:33Parfois, certains jeunes
11:35sont de véritables entrepreneurs maintenant.
11:36Et donc, alors oui,
11:39ça dépend des tempéraments.
11:41Moi, j'ai eu besoin de ce parcours d'apprentissage
11:44parce que ça correspondait à qui je suis,
11:46à mon caractère.
11:48Mais certaines personnes à 20 ans
11:50sont très déterminées,
11:51savent ce qu'elles veulent.
11:52Moi, j'ai eu besoin d'essayer sur scène.
11:54J'ai eu besoin de me prendre des râteaux aussi.
11:57J'essayais vraiment tout
11:59dans ces petits lieux
11:59dont je vous parlais tout à l'heure.
12:01Et parfois, je n'avais pas peur du ridicule,
12:04mais ça m'a construite.
12:07Construite.
12:08On parlait de votre rapport au public tout à l'heure.
12:10Et c'est vrai que lorsqu'un spectateur
12:11vient vous voir et vous demande
12:12la signification d'une chanson,
12:14d'un texte,
12:15ou qui est Suzanne, par exemple,
12:16qui est ce personnage fictif
12:17que vous avez créé pour vous confier,
12:19vous ne répondez pas.
12:20Vous préférez laisser libre cours
12:22à l'imagination de chacun.
12:23Et vous dites,
12:23je ne veux pas brider l'interprétation
12:25d'une chanson.
12:26J'aime bien que l'auditeur s'empare
12:27de ce dont il veut s'emparer.
12:30Pourquoi ça vous semble si important ?
12:31C'est l'imaginaire.
12:33Je trouve que c'est ce qu'il y a
12:34de plus précieux, l'imaginaire.
12:36On peut tout envisager.
12:38Vous savez,
12:39quand on entend une chanson,
12:40parfois, moi, ça m'arrive souvent,
12:41je prends un mot
12:42et je la rapporte à mon histoire.
12:44Une imagination qui se perd peut-être
12:45aussi à cause des technologies
12:46qui ont envahi notre quotidien,
12:48des smartphones, par exemple.
12:49C'est le sujet de votre chanson
12:50La vie moderne,
12:51tirée de votre 9e album.
12:53Vous évoquez ces évolutions technologiques
12:54qui nous éloignent les uns des autres.
12:56Et je vais lire un extrait.
12:57Dans les rues,
12:58les gens penchent la tête
13:00comme des fleurs fanées.
13:01Dans leur tête,
13:02il y a des oiseaux
13:02qui veulent s'envoler.
13:03Tu vois,
13:03la vie moderne nous entraîne.
13:05On s'affiche comme des héros.
13:06On ne s'approche plus.
13:07Non, non, non, non.
13:08Tu sais,
13:08la vie moderne me rappelle
13:10qu'on est tous des numéros
13:11et tu ne réponds plus
13:12quand le mien sonne.
13:13C'est un constat un peu amer,
13:15un peu sombre aussi sur l'époque.
13:17C'est de l'observation.
13:19Je suis très observatrice.
13:20Du réalisme.
13:21Je suis très observatrice.
13:24Et je fais partie aussi
13:25de ces gens-là.
13:26Attention,
13:26c'est aussi l'autodérision.
13:27Parce que je suis aussi penchée
13:29sur mon téléphone.
13:30Comme une fleur fanée.
13:31Mais je me dis aussi,
13:33je vais plus loin dans mon raisonnement
13:34en me disant,
13:35un jour,
13:35les hommes et les femmes
13:37vont naître comme ça.
13:38Ça va transformer
13:39notre colonne vertébrale.
13:41C'est ce que je me dis aussi.
13:43Jusqu'où allons-nous aller ?
13:45Je ne sais pas vraiment.
13:46Mais ça peut être effrayant.
13:49Et en même temps,
13:49j'ai envie d'être
13:50dans mon époque aussi.
13:51Et c'est fou
13:52parce que j'ai découvert
13:53en travaillant sur cet entretien
13:54que parfois,
13:55les duos ne se faisaient plus
13:56à travers une rencontre.
13:57On s'envoie des fichiers.
13:58C'est ce que vous dites ?
13:59Oui.
13:59Alors ça, c'est incroyable.
14:01Il n'y a plus forcément
14:02de rencontres.
14:02On ne dit plus les duos.
14:03On ne dit même plus les duos.
14:04Je suis complètement out.
14:06On dit un fit maintenant.
14:07Ah oui, c'est vrai.
14:07C'est l'évolution du langage
14:09aussi à travers les modes.
14:11Donc on s'envoie des fichiers
14:12aujourd'hui ?
14:12Oui, on peut s'envoyer des fichiers.
14:14On peut travailler aussi.
14:15Alors ça peut être utile
14:16si on veut travailler
14:16avec quelqu'un
14:17qui est à l'autre bout du monde.
14:18D'accord.
14:18Mais donc il n'y a plus
14:19de rencontres artistiques.
14:20Très peu.
14:21Parfois, il faut la provoquer
14:22cette rencontre.
14:23Moi, j'aime bien
14:24provoquer la rencontre.
14:24Mais j'imagine.
14:25Vous savez,
14:25c'est ce qui m'a fait peur
14:26quand il y a eu le Covid
14:27où tout le monde
14:29s'est retrouvé derrière son écran.
14:30Les chanteurs ont fait
14:31des concerts face à leur téléphone,
14:33dans leur cuisine,
14:34dans leur salle de bain,
14:35partout.
14:36Donc là, on tuait vraiment
14:36beaucoup le mystère.
14:38Et puis on se retrouvait
14:41face à un bout de plastique.
14:42Et j'en ai très peu fait
14:44de concerts comme ça
14:45derrière mon écran.
14:47Parce qu'évidemment,
14:48venant du live,
14:49j'attends ces moments.
14:50J'attends l'odeur d'une salle.
14:52Vous voyez ce que c'est
14:53une odeur,
14:54une réverbération.
14:56Une salle,
14:57c'est on change de région.
14:59On découvre tout, en fait.
15:02On change d'atmosphère.
15:03D'atmosphère.
15:04Les gens ne sont pas les mêmes.
15:05Ils réagissent différemment.
15:06C'est vraiment la spontanéité
15:08qui prime.
15:09Et c'est ce que j'attends
15:10quand je pars.
15:11Comme ça,
15:11c'est ce que j'aime retrouver.
15:12Recréer du lien,
15:13susciter l'émotion,
15:14c'est précisément
15:15ce que vous essayez de faire.
15:16Et vous dites,
15:17j'espère que j'amène
15:17des émotions aux gens.
15:19Moi, quand je vais en concert,
15:20j'aime avoir un frisson.
15:22Qui peut provoquer
15:22ce frisson en vous aujourd'hui ?
15:24J'en ai eu de nombreux.
15:25J'en ai eu de nombreux
15:26qui m'ont donné envie
15:27de poursuivre.
15:28Des femmes qui chantaient.
15:29Je pense à...
15:30J'avais vu,
15:31quand j'avais 16 ans,
15:3218 ans,
15:32c'était le jour
15:33de mes 18 ans,
15:33les Pretenders.
15:34Il y avait Chrissy Hine
15:36avec sa guitare électrique,
15:37leaders du groupe.
15:38Je me suis dit,
15:39mais moi,
15:39je veux aussi.
15:41Voilà,
15:42ça m'a poussée
15:43à continuer.
15:44Il y a eu Suzanne Vega.
15:46En France,
15:47Catherine Ringer.
15:48Beaucoup de femmes.
15:49John Bez.
15:51J'étais très impressionnée
15:52par les voix de femmes.
15:54Chrissy,
15:54je l'ai déjà dit,
15:55PJ Harvey.
15:56J'ai eu des frissons
15:57en allant voir
15:58toutes ces femmes
15:59en concert.
15:59La musique,
16:00vous en faites
16:00depuis toute petite.
16:01vous le racontez
16:02de façon très jolie d'ailleurs.
16:03La guitare m'accompagne
16:04depuis mes 9 ans.
16:05J'ai commencé à chasser
16:06l'ennui de mes vacances
16:07en écrivant des chansons.
16:09Quand ça ne va pas,
16:10je la prends dans mes bras.
16:11Elle est là,
16:11elle est précieuse.
16:13Si vous aviez eu
16:13un smartphone
16:14entre les mains
16:15à 9 ans,
16:15est-ce que vous pensez
16:15que vous auriez fait
16:16de la guitare
16:16et de la musique même ?
16:18C'est une bonne question.
16:20Je pense que j'aurais été
16:21dans mon époque.
16:21J'aurais embêté mes parents
16:23en leur disant
16:24je veux...
16:24Mais je pense...
16:25Alors, mes parents
16:25n'auraient pas cédé.
16:26J'en aurais pas eu un
16:27à 9 ans,
16:27ça c'est sûr.
16:29Moi, à mon âge,
16:29j'avais pas droit...
16:30Dans ma génération,
16:31j'avais pas droit
16:32à la mobilette.
16:33Donc je sais que mes parents
16:34n'auraient pas cédé au portable.
16:35Mais ce qu'on entend
16:35dans cette phrase,
16:36c'est que c'est aussi
16:36l'ennui qui vous a amené
16:38vers cet objet magique
16:39qui est devenu votre amie.
16:40L'ennui qui fait travailler
16:41l'imaginaire.
16:43C'est vrai que je peux...
16:45Moi, je suis très oisive.
16:47Je peux passer des heures
16:48à observer un chat
16:50dehors dans une cour,
16:52une branche dans le vent.
16:55Super !
16:56Et je me dis...
16:56Et ça vous inspire ?
16:58Mais il faut ces moments-là
16:59dans la vie
17:00parce que tout va très vite.
17:01Tout va...
17:02Il faut savoir
17:03avoir ces moments-là.
17:04Mais tu es en train
17:05de disparaître.
17:05Avec un smartphone,
17:06on est tous occupés.
17:08On a tous le cerveau occupé.
17:08Mais je peste, moi,
17:09devant mon téléphone
17:11quand je me dis
17:11j'ai perdu une demi-heure
17:13à faire ça.
17:15Donc après, évidemment,
17:16qu'est-ce qu'il me reste ?
17:17La fenêtre avec la lumière
17:19du jour
17:19et regarder ce qui se passe dehors.
17:22Regarder...
17:23C'est important
17:23d'avoir ce regard-là.
17:26Et comment elle arrive
17:27entre vos mains,
17:28cette guitare ?
17:28Et comment vous arrivez
17:29à faire de la musique ?
17:30En fait,
17:30ce n'était pas du tout
17:31votre environnement familial.
17:33Alors, mon père avait une batterie.
17:36Il avait eu un groupe
17:36quand il était ado
17:37avec son frère.
17:38Mais malheureusement,
17:39ses parents n'ont jamais poussé à ça.
17:41Donc, il avait ce petit regret.
17:42Et mon frère s'est emparé
17:44de la batterie.
17:45Et moi, je voulais faire du piano.
17:47Mais mes parents,
17:48le piano,
17:49c'était un peu imposant.
17:50C'était un peu cher aussi.
17:51Donc, ils m'ont dit
17:52« Tu vas voir,
17:52fais de la guitare.
17:54Tu pourras l'emmener
17:55avec tes copains. »
17:55C'est plus pratique.
17:56C'est plus pratique.
17:57Tu pourras l'emmener
17:57avec tes copains
17:58quand tu seras plus grande.
17:59Et effectivement,
18:00je me suis collée
18:00à la guitare.
18:01Et très vite,
18:03j'ai voulu refaire
18:04les tubes de l'époque
18:05que j'entendais.
18:06Avec mon frère,
18:07on a eu un groupe
18:07avec notre voisin.
18:09On habitait
18:10dans une petite rue.
18:10et avec Fabrice,
18:13on a monté le groupe
18:13qui s'appelait
18:14« Entrée interdite ».
18:15C'est un nom
18:16qui n'est pas très accueillant.
18:17Mais en tout cas,
18:18il fallait trouver un nom.
18:20Et c'est vrai
18:21qu'on refaisait
18:21les tubes de l'époque,
18:23aussi bien les Beatles
18:24que les chansons des Yéyés.
18:27Voilà, j'ai appris comme ça.
18:28Et tous les week-ends,
18:29on se retrouvait dans ce garage.
18:31C'est le garage de mes parents.
18:32À la lueur de celle
18:33que vous êtes aujourd'hui,
18:33quel conseil donneriez-vous
18:34à la petite fille
18:35que vous étiez ?
18:36Qu'est-ce que vous lui diriez
18:36avant qu'elle ne se lance
18:37dans la vie ?
18:39Je crois que...
18:42C'est vrai qu'il y a parfois
18:44des personnes
18:45qui ne savent pas
18:45ce qu'ils veulent faire
18:46dans la vie.
18:47Et j'adore la période
18:48de l'adolescence,
18:49justement,
18:49pour voir comment se construit
18:50un être humain,
18:51vers quoi il va être attiré.
18:53Donc, je lui dirais vraiment
18:55« Suis tes envies ».
18:56Moi, j'ai eu la chance
18:57d'avoir mes parents
18:58qui m'ont accompagnée
19:00dans mes envies.
19:00C'est-à-dire qu'à aucun moment,
19:02ils ne m'ont dit
19:03« Oui, c'est ça,
19:04tu vas être chanteuse ».
19:05Non, ils m'écoutaient.
19:07En fait, ils me disaient
19:07« Tu as envie d'être chanteuse ?
19:08Pourquoi pas ? »
19:10Et je sais que de nombreux parents
19:11ne sont pas forcément comme ça.
19:13Souvent par peur.
19:14Oui, par peur.
19:14Et je comprends.
19:15Maintenant, en faisant ce métier,
19:16je comprends la peur.
19:17Je peux comprendre la peur
19:19parce que c'est un métier
19:19quand même très instable.
19:21C'est les montagnes russes.
19:23Alors que...
19:24Ces parents, finalement,
19:26mes parents,
19:28je crois que je ne les remercierai
19:29jamais assez
19:30d'avoir écouté
19:32ce que je voulais faire
19:33comme métier
19:33et de ne jamais avoir mis
19:34de bâton dans mes roues
19:36pour...
19:37Au contraire,
19:38si je voulais
19:39une pédale de distorsion,
19:40mon père me disait
19:41« Ok, ok,
19:42tu l'auras à Noël. »
19:43Ok.
19:43Incroyable.
19:44J'ai un document
19:44à vous proposer,
19:45la grande Sophie.
19:46Je vais le mettre
19:46entre vos mains, évidemment.
19:47Je vais le lire
19:47pour les gens qui nous écoutent
19:48et le décrire.
19:49C'est une archive.
19:50Il s'agit de la lettre
19:51d'un matelot français
19:52de Bizerte
19:53à sa bien-aimée Antoinette.
19:55Écrite le 24 juillet 1941.
19:57Une vraie déclaration d'amour.
19:59Il écrit
19:59« Ma chère Antoinette,
20:01j'aime mieux te dire tout de suite
20:02que c'est toi que j'aime
20:03et que j'aimais
20:04quand j'étais à Lens.
20:05Il n'y a que toi seule
20:06à présent
20:07qui peux me remonter le moral. »
20:09Dès septembre 1939,
20:10le Comité international
20:11de la Croix-Rouge
20:11crée l'Agence centrale
20:13des prisonniers de guerre
20:14et joue le rôle d'intermédiaire
20:15pour la transmission
20:16de la correspondance.
20:1720 millions de lettres
20:18seront transmises.
20:20Beaucoup n'arriveront pas
20:20à destination.
20:21Celle-ci n'est jamais arrivée,
20:23par exemple.
20:23Elle n'a jamais été reçue.
20:25Et je crois savoir
20:25que cette correspondance de guerre,
20:27ça correspond aussi
20:28à votre histoire.
20:29C'est quelque chose
20:29qui vous parle.
20:30Oui, c'est comme ça
20:31que se sont rencontrés
20:32mes grands-parents.
20:35Donc, mon grand-père
20:37était parti à la guerre
20:38et il a été blessé de guerre
20:40à l'oreille.
20:42Donc, il a été à l'hôpital
20:43et elle correspondait avec lui.
20:44Elle a entretenu
20:45une correspondance
20:46et après la guerre,
20:47ils se sont rencontrés.
20:48Ils sont tombés amoureux
20:48par lettres,
20:50par correspondance ?
20:51Ça a été un moyen
20:52de communication
20:52qui a fait qu'ils se sont rencontrés,
20:54oui,
20:54et qu'il y a eu quelque chose
20:55entre eux,
20:56une étincelle,
20:56j'espère.
20:58Au minimum.
20:59Voilà.
21:00Mais en tout cas,
21:00c'est vrai que la correspondance,
21:03surtout là,
21:04vous voyez,
21:04là, j'ai la lettre
21:05devant les yeux
21:06que vous m'avez donnée.
21:07Ce qu'il y a dans une correspondance,
21:08c'est très précieux,
21:09je trouve.
21:11J'ai relu beaucoup
21:11de lettres de ma grand-mère
21:12et je trouve
21:13qu'il y a l'écriture
21:15qui nous ramène
21:16à la personne
21:17de qui elle était,
21:17ce qu'on a reçu
21:18quand on était enfant.
21:19Je me souviens
21:19de l'écriture de ma grand-mère.
21:21Moi,
21:21j'ai une voix
21:22qui me revient aussi.
21:23Il y a la voix,
21:24je suis très sensible
21:25aux odeurs,
21:25peut-être parce que
21:26j'ai un grand-né,
21:27je suis très sensible
21:28aux odeurs.
21:29j'ai l'odeur
21:30de l'appartement
21:32de ma grand-mère.
21:33Vous voyez,
21:34toutes ces choses
21:34qui, dans un mail,
21:36on ne retrouve pas forcément
21:37et ça fait pleurer une lettre.
21:40Ça fait pleurer.
21:41C'est une enveloppe,
21:42c'est un timbre,
21:42c'est quelque chose
21:43que je sens, moi.
21:43C'est très sensoriel.
21:44Qu'est-ce qu'on dit par lettre
21:46qu'on ne peut pas dire oralement ?
21:48Les détails, en fait.
21:50Les petits détails.
21:51Vous savez,
21:52avant,
21:52j'ai eu la chance
21:53de correspondre
21:53avec Françoise Hardy
21:54et comme c'est une icône,
21:58c'était une icône,
21:59quand elle m'a demandé
22:00de la rencontrer,
22:02j'étais effrayée.
22:03C'était trop pour moi.
22:04Donc, je lui ai dit
22:05non, non,
22:05on va s'écrire
22:06dans un premier temps.
22:07Et à partir d'un moment,
22:09j'ai accepté de la rencontrer
22:10parce qu'on avait fait connaissance
22:12par lettre
22:12et à travers des détails,
22:14mais aussi banal
22:15que prendre un petit déjeuner
22:16et dire ce qu'on...
22:18On apprend à connaître la personne.
22:19Et c'est à partir
22:20de ces petits détails,
22:21je trouve qu'on arrive mieux
22:23à connaître
22:24qui est l'autre.
22:25À cerner une personne.
22:26Et j'adore,
22:26j'adore les lettres pour ça
22:28parce que c'est plein
22:28de petits détails.
22:30Qu'est-ce que vous croyez
22:30avoir su ou vu
22:31ou perçu de Françoise Hardy
22:32peut-être grâce à ces lettres,
22:33justement ?
22:34Sa spontanéité.
22:36Alors, vous voyez,
22:38elle, on s'est écrit...
22:39Parfois, je suis envoyée
22:40des cartes postales
22:41quand je partais en vacances,
22:42mais sinon,
22:43on s'écrivait des mails.
22:44Et j'ai senti
22:45sa spontanéité
22:46à travers les mails
22:47parce qu'elle répondait
22:49parfois dix minutes après.
22:51Donc, je savais que c'était...
22:53Oui, je trouve que c'était
22:54quelqu'un de très spontané.
22:56C'est ce qui a inspiré aussi
22:56la chanson que vous avez écrite
22:57pour elle, peut-être ?
22:58Alors, c'est vrai
23:00que j'avais envie
23:01d'écrire pour elle.
23:02J'en ai écrit deux
23:02pour elle,
23:04dont la dernière,
23:04Le Large,
23:06qui est sur son dernier album,
23:07qui a été le single.
23:08Et j'ai essayé...
23:09C'est vrai qu'à force
23:10de la connaître,
23:11j'avais envie
23:13de parler d'un thème.
23:14Alors, elle,
23:15elle l'a pris
23:15de façon plus morbide.
23:17Elle l'a vue
23:17comme une fin de vie,
23:18Le Large.
23:19Mais mon thème
23:20était plus large que ça.
23:24Oui, c'était aussi...
23:25Elle m'avait dit
23:26qu'elle pensait
23:27que c'était son dernier album.
23:29Moi, j'ai écrit
23:30cette chanson aussi
23:31pour prendre du recul
23:33par rapport au métier.
23:34Il n'y avait pas
23:35que la mort,
23:35mais comme vous savez,
23:36elle était retombée malade.
23:39Je comprends
23:39que dans ses pensées,
23:41ses pensées,
23:41elle est plus
23:42vers quelque chose
23:42de morbide.
23:44Mais c'était très émouvant,
23:45justement,
23:45de travailler avec elle
23:46et en plus
23:47avec ce thème-là.
23:47Dans ce contexte-là.
23:49J'ai des photos
23:52à vous proposer,
23:53la grande Sophie.
23:54Ça fait partie
23:54des rituels
23:55de cette émission.
23:56Et justement,
23:56c'est un hasard,
23:58mais la première
23:58que j'ai à vous proposer,
23:59c'est celle-ci.
24:00On parlait du large,
24:01on parlait de la mer.
24:02Il se trouve que c'est
24:02la skipeuse Alexia Barrier
24:04et son équipage,
24:05100% féminin.
24:07Elles sont les premières
24:08dans l'histoire
24:08du Trophée Jules Verne
24:09à avoir franchi le Cap Horn.
24:10Et je m'adresse
24:11à la femme et l'amoureuse
24:12de la mer
24:13que vous êtes, je crois.
24:14Qu'est-ce que vous inspire
24:15la mer ?
24:16C'est une religion
24:17dans ma famille,
24:18la mer.
24:19C'est-à-dire que mes parents,
24:21qui n'étaient pas du tout
24:22de la région du Sud-Est
24:23où j'ai grandi,
24:24à côté de Marseille,
24:26c'était leur rêve.
24:27Donc, on est allés
24:28s'installer là-bas
24:29et c'est vrai
24:30que c'est un point
24:31où on se réunit
24:32en famille.
24:33c'est vital.
24:35L'eau, c'est magnifique.
24:37La mer, c'est l'infini.
24:38C'est beau.
24:40Et souvent, c'est vrai
24:41qu'on est déçus
24:43de voir qu'il y a
24:44ce fameux océan
24:45rempli de déchets.
24:47C'est horrible.
24:49C'est horrible.
24:49Et de voir que
24:50certaines personnes
24:51peuvent jeter des mégots,
24:52des plastiques dans la mer.
24:53Donc, c'est vrai que c'est...
24:55Enfin, voilà.
24:56Moi, je sais que parfois,
24:57avec mon mari,
24:58quand on nage,
24:58on ramasse.
24:59On essaie de faire
25:01à notre échelle.
25:01mais c'est tellement beau,
25:03la mer.
25:04Et puis, il y a une vie.
25:05Il y a une autre vie aussi.
25:06Donc, bravo, bravo
25:07à toutes ces femmes.
25:07Oui, équipage 100% féminin,
25:09en plus,
25:09vous qui êtes très inspirée
25:10par les femmes.
25:11Alors, moi, je n'ai jamais
25:11fait de voile.
25:15C'est quelque chose,
25:15même, je pense,
25:16alors que j'adore la mer
25:18et je sais bien nager,
25:19tout ça,
25:19mais qui pourrait m'effrayer
25:20partir comme ça.
25:22Une fois,
25:23j'ai joué en Nouvelle-Calédonie
25:24et on a fait un tour de bateau
25:26et on m'a dit,
25:27ben voilà, tu peux nager.
25:28J'ai vu le fond,
25:29le précipice,
25:30comme ça,
25:31j'ai eu très, très peur.
25:32Donc, elles sont vraiment
25:33courageuses aussi.
25:34Je crois que c'est un nom,
25:35c'est la thalassophobie.
25:36On a peur de l'immensité
25:38de la mer, comme ça.
25:39J'ai une deuxième photo.
25:41Alors, il s'agit
25:42de l'entreprise
25:42Novasco,
25:43jadis Asco Metal,
25:45sur le point de fermer.
25:46Trois sites liquidés
25:47dans la Loire,
25:48en Meurthe-et-Moselle
25:49et en Moselle.
25:50Disparition de 500 emplois.
25:52C'est la fin de l'acier
25:53en Moselle.
25:54Vous êtes née, je crois.
25:55Oui, de l'acier,
25:56vous avez dit ?
25:56Oui, parce que mon père
25:57travaillait dans...
25:59Alors, ça a changé
25:59plein de fois de nom.
26:00Il y a eu Solmer.
26:01Maintenant, c'est ArcelorMittal.
26:02D'ailleurs, c'est comme ça
26:03qu'il travaillait
26:05dans l'est de la France,
26:07à Thionville.
26:07Et c'est comme ça
26:08qu'on est partis
26:08dans le sud
26:09parce qu'il y avait
26:10ArcelorMittal
26:11qui ouvrait à Fosse-sur-Mer.
26:13Donc, ça fait complètement
26:13partie de votre histoire,
26:14ce combat.
26:14Oui, et de la vue.
26:17Moi, quand j'allais
26:17à la plage,
26:18quand j'étais petite,
26:19il y avait ces usines
26:19face à...
26:21C'était la vue que j'avais.
26:23C'est aussi
26:24une odeur particulière
26:25parce que ça recrache beaucoup.
26:27Vous savez que
26:27dans la région
26:28où j'ai vécu,
26:29c'est vraiment...
26:30Il y a énormément
26:31de pollution
26:31et il y a énormément
26:33de cancers
26:34qui se développent
26:35à cause de ça.
26:36Donc, je sais
26:36qu'il y a eu un procès
26:37en cours par rapport à ça.
26:39Et c'est vrai que
26:40quand on est dans une zone
26:41comme ça sidérurgique,
26:43l'air qu'on respire...
26:45Et je pense que
26:46ces entreprises
26:47devraient faire
26:48beaucoup plus attention
26:49à ce qu'elles recrachent
26:49dans l'air
26:50parce qu'encore une fois,
26:51elles sont proches
26:52de la mer
26:52et il y a énormément
26:54de malades.
26:55Donc, ce n'est pas normal.
26:56J'ai une dernière question
26:57qui est en lien
26:58avec le décor
26:59qui nous entoure,
27:00la grande Sophie.
27:01Nous sommes entourés
27:01de quatre statues
27:02qui représentent
27:03chacune une vertu.
27:05Il y a la sagesse,
27:06la prudence,
27:07la justice
27:07et l'éloquence.
27:08Est-ce qu'il y a
27:09une de ces vertus
27:10qui vous parle,
27:11qui vous caractérise peut-être
27:12ou que vous auriez
27:13envie de défendre ?
27:14Alors,
27:15je dirais que
27:16par mon prénom,
27:17la sagesse, Sophie.
27:18Ah oui,
27:19l'amour de la sagesse.
27:21Ça fait partie de moi.
27:21Il y en a une
27:23que je rêverais d'avoir.
27:25Je me dis que
27:25dans une future vie,
27:26je veux avoir l'éloquence.
27:28Une future vie ?
27:29Une autre vie
27:30ou une réincarnation ?
27:31Je ne sais pas,
27:32un futur.
27:32D'accord ?
27:33Quel qu'il soit.
27:34L'éloquence.
27:35L'éloquence parce que
27:37moi, vous savez,
27:40j'ai l'esprit en escalier.
27:41Après cette interview,
27:42par exemple,
27:42je vais sortir en me disant
27:43« Mais j'aurais pu dire ça,
27:44mais pourquoi tu as dit ça ? »
27:46Et je me pose
27:46tout un tas de questions.
27:48Donc, l'éloquence,
27:49c'est une habilité
27:52à avoir le bon vocabulaire
27:53au bon moment.
27:55Donc, j'aimerais…
27:56Oui, j'aimerais…
27:57Je pense que le théâtre
27:58le permet.
27:58Je devrais faire
27:59un peu plus de théâtre.
28:00Mais l'éloquence,
28:02c'est quelque chose
28:02qui m'impressionne.
28:04Soyez rassurée,
28:04vous avez été très éloquence
28:05pendant cette interview.
28:06Mais ce sera votre mot.
28:07Merci.
28:08Merci infiniment
28:08d'avoir participé
28:09à cette interview,
28:10à cette émission.
28:11Et merci à vous
28:11de nous avoir suivis
28:12comme chaque semaine.
28:13Émission à retrouver
28:13en replay sur publicsena.fr
28:15et en podcast.
28:16À très vite.
28:17Merci beaucoup.
28:17– Sous-titrage ST' 501

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