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00:00Et on passe à présent à notre focus de ce dimanche soir consacré à l'élection présidentielle du 15 janvier en Ouganda.
00:08Le président, Yoveri Musevini, 81 ans, brigue un septième mandat, fort de 40 ans au pouvoir.
00:14Face à lui, le leader de l'opposition, Bobby Wine, tente de mobiliser une jeunesse frustrée dans un climat de répression.
00:21Une élection sous haute surveillance où plane aussi l'ombre du fils Musevini, Muozi, pressenti comme successeur.
00:28Quelle lecture tirer de ce scrutin ? Continuité, transition ou recomposition ?
00:33Pour en parler, nous recevons Christophe Titeka, politiste belge, professeur à l'université d'Anvers.
00:40Merci Christophe Titeka et bienvenue dans le JTA.
00:43Nous avons une première question pour vous.
00:46Qu'est-ce qui distingue cette élection de 2026 des scrutins précédents sous Musevini ?
00:51S'agit-il d'un moment particulier dans ce que vous appelez le late musevinisme ?
00:57Comment vous l'analysez ?
00:58Merci beaucoup.
01:01En effet, c'est une élection tout à fait particulière.
01:04Comme vous l'avez dit, le président Musevini est au pouvoir depuis 1986.
01:10Ça fait presque 40 ans de règne.
01:13La grande question aujourd'hui, c'est celle de sa succession.
01:17Elle est devenue claire que cette succession ne se fera pas par les urnes
01:21et que la vraie question est donc de savoir ce qui se passera après les élections.
01:25Et dans ce contexte, les élections ressemblent presque à un spectacle secondaire.
01:31Ce ne sont pas les élections qui vont constituer l'enjeu principal.
01:36Alors, on vous entend là-dessus.
01:37On parlera de la succession.
01:39D'abord, peut-être expliquer, est-ce qu'on peut parler vraiment d'élections démocratiques dans un contexte aussi verrouillé ?
01:47Merci.
01:49C'est une bonne question.
01:50Et la réponse, en fait, est double.
01:52Si on parle des élections présidentielles, ou plus largement de l'avenir politique du pays,
01:57la réponse est clairement non.
01:59Les vraies décisions ne sont pas prises par des responsables élus,
02:03mais par un petit cercle qui est très restain.
02:06Le président est la figure centrale, et ce sont essentiellement le président et sa famille qui décident.
02:12En revanche, quand on parle des élections, il faut aussi penser aux élections parlementaires.
02:18Et là, on peut encore voir des surprises et des résultats inattendus.
02:22Que ce soit dans l'opposition ou même au sein du parti au pouvoir,
02:26des changements peuvent encore se produire et des surprises restent possibles.
02:32Amnesty International a dénoncé une campagne brutale de répression,
02:37arrestation arbitraire, usage de la torture, censure numérique.
02:40Est-on allé plus loin qu'en 2021 ?
02:44Merci. La réponse est non. Enfin, elle est à la fois oui et non.
02:50D'abord non, parce que lors des élections de 2021, il y a eu des épisodes extrêmement brutaux et violents.
02:57En novembre 2020, au moins 54 personnes ont été tuées par des forces de sécurité.
03:03Cela s'est produit lors des manifestations contre la arrestation du leader de l'opposition, Bobby Warren.
03:09et beaucoup de personnes qui ont été tuées étaient des simples passants, par exemple.
03:15De plus, à cette époque-là, de nombreuses personnes ont été enlevées par ce qu'on appelait des drones.
03:21C'était des minibus qui n'étaient pas identifiables.
03:23Oui, alors je propose, alors excusez-moi, monsieur Titeka, je propose d'ailleurs, maintenant que vous parlez de Bobby Warren,
03:33qu'on écoute des militants qu'on a à interroger justement et on en parle juste après.
03:38Il n'y a pas beaucoup de monde ici. Les autres se font gazer par les forces armées plus loin sur la route.
03:45Ils auraient dû tous être ici pour écouter ce que Bobby Warren a à dire, mais ils ne sont pas là.
03:50En tant qu'Ougandais, nous sommes prêts à protéger notre vote si l'il est volé.
03:57Trop c'est trop.
03:59Mousséveni nous gouverne depuis plus de 40 ans.
04:02Aujourd'hui, la jeune génération dit ça suffit.
04:06Ils utilisent des forces de sécurité pour truquer les élections.
04:08Nous on dit assez, laissez-nous décider de notre avenir.
04:10Bobby Warren, le leader de l'opposition, aussi candidat, il fait partie des sept candidats.
04:20Finalement, est-ce que l'histoire se répète ? Quelles sont les chances de Bobby Warren ?
04:25Oui, oui, aussi c'est une bonne question.
04:30Alors, aussi dans ces élections-ci, il n'y a pas eu des épisodes aussi spectaculaires ou brutaux comme les élections en 2021,
04:39mais on reste dans un contexte qui est globalement extrêmement répressif,
04:43dans lequel, par exemple, le nombre d'arrestations est comparable ou supérieur à celui des élections précédentes.
04:51Il y a la présence indépendante qui n'a pas pu travailler librement.
04:55Elle a été empêchée de couvrir correctement les campagnes présidentielles.
05:00Et Bobby Warren et son parti, la NUP, ils ont été empêchés de faire campagne dans des régions clés.
05:07Donc, il n'y a pas d'élections libres à ce moment-là.
05:12Il n'y a pas d'élections libres.
05:14La question qu'on s'oppose, Christophe Titeka, c'est finalement, est-ce que la répression qu'on entend,
05:19qui devient une arme finalement, est-ce que ça sert à verrouiller la victoire de Museveni ?
05:24Ou aussi, est-ce que ça prépare finalement le terrain de son fils, Mouosi,
05:28dont on parle beaucoup comme potentiellement un successeur au père ?
05:33Merci, c'est une bonne question.
05:37Et ce qui est intéressant, c'est que depuis le début de cette campagne électorale,
05:41donc son fils Mouosi Kaneregaba, il est resté très silencieux sur les réseaux sociaux.
05:47Auparavant, Mouosi, il n'a jamais hésité à recourir à la violence
05:52ou à utiliser des déclarations très dures pour intimider toute personne
05:58qui osait le critiquer ou remettre en cause sa personne.
06:01Donc la violence actuelle, en revanche, ne semble pas être directement liée à ce processus de succession.
06:09D'accord, donc vous ne croyez pas à cette thèse-là.
06:12Parlons du commandement des forces spéciales,
06:15souvent présentées comme une garde présidentielle qui joue un rôle central.
06:20Est-ce qu'on peut parler d'armée privée ?
06:24Oui, tout à fait.
06:26Donc la SFC ou Special Forces Command,
06:28on peut le comparer en fait avec la RSF au Soudan.
06:31C'est une armée au sein de l'armée.
06:34A l'origine, c'était une brigade présidentielle directement au service du président,
06:39mais c'est devenu quelque chose de beaucoup plus large que ça.
06:41Et aujourd'hui, c'est l'unité qui est la mieux équipée de toute l'armée.
06:46Mais surtout, c'est la base de pouvoir du fils du président, Morosi,
06:51et il s'en sert à la fois comme base de pouvoir militaire et comme base de pouvoir politique.
06:57Alors parlons de la succession.
06:59Néanmoins, vous, vous pensez que dans cette élection-là,
07:03peut-être que la répression ne sert pas directement les intérêts du fils,
07:06mais est-ce qu'il est le successeur désigné ?
07:09Et si oui, quel rôle est-ce qu'il joue finalement dans cette séquence électorale, Morosi ?
07:14Ok, merci.
07:16Donc depuis à peu près dix ans, des responsables militaires de premier plan,
07:20ils parlent ouvertement d'un scénario de succession dans lequel Morosi serait le successeur.
07:26C'est le Morosi Project.
07:29Et donc des acteurs politiques et militaires clés se sont en train de positionner.
07:33Ce processus est devenu encore plus visible au cours de cinq dernières années.
07:38Cela peut être comparé à une succession en préparation dans laquelle le père,
07:45donc le président, semble clairement vouloir passer la main.
07:49Mais à d'autres moments, il paraît d'hésiter.
07:51Notamment lorsque Morosi faisait des déclarations très provocatrices,
07:56par exemple à propos de Nairobi et Kenya, en disant qu'il allait l'envahir.
08:04Cela dit, depuis qu'il a été devenu chef de l'armée, ce doute semble avoir disparu.
08:09On n'entend pratiquement plus de critiques à son égard, ni sur sa personne.
08:14Oui, donc vous pensez qu'effectivement, il a dû se faire peut-être profil bas.
08:20Merci beaucoup Christophe Titeka.
08:22Merci d'être venu avec nous dans ce Focus sur l'Ouganda.
08:26Merci à vous, c'est vraiment d'être venu.
08:29Merci beaucoup.
08:30Et c'est la fin de cette édition.
08:32Merci à tous ceux qui nous ont suivis partout dans le monde,
08:35et en particulier ce soir de Kampala à Kotonou, en passant par Diamena.
08:38Restez avec nous, car l'actualité continue sur France 24.
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