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00:00Musique
00:12Musique
00:13Voilà le trousseau de mariage de ma fille,
00:28il y a des couvertures et des affaires, je vais vous montrer.
00:38Ce sont les vases que je lui ai aussi achetés.
00:44Asma, divorcée et mère de trois enfants, vit seule dans cet appartement.
00:50Tout ce qu'elle possède est emballé dans ses sacs.
00:53Pour marier sa dernière fille, elle a dû acheter les meubles,
00:55l'électroménager et la litterie de son futur foyer.
01:00En échange, son fiancé a acheté un appartement et de l'or.
01:05Cette coutume reste ancrée en Égypte, quel que soit le prix à payer.
01:09Je les ai élevés dans la souffrance et la misère,
01:12en faisant le ménage et en mendiant.
01:14Mais pour moi, il n'a jamais été question de ne pas leur acheter leur trousseau.
01:17Quand j'aurai marié ma fille, je n'aurai plus besoin de rien dans ce monde.
01:23Il manquait 100 euros à Asma pour compléter le trousseau.
01:27Pour les trouver, elle a eu recours à une pratique courante en Égypte,
01:31signé un chèque en blanc.
01:32C'est une dame qui m'a prêté l'argent.
01:35J'ai signé avec mon nom et mon numéro de carte d'identité.
01:38Mais quand je suis arrivée au montant et que j'ai écrit 100 euros,
01:41elle l'a déchirée.
01:42Elle m'en a fait signer un autre, mais elle n'a jamais écrit le montant.
01:45Elle ne m'a pas dit qu'il y aurait des intérêts.
01:48J'espère rembourser d'ici cinq mois, sinon la somme passera à environ 500 euros.
01:52Ça me terrifie.
01:53Ça me réveille la nuit et je pleure.
01:55Mon objectif est de trouver cette somme d'argent.
01:57Je ne veux pas aller en prison.
01:58La prison pour dettes, le droit international l'interdit
02:10et cette peine est abolie dans la plupart des pays.
02:15L'Égypte est un des derniers à l'appliquer
02:17et ce sont en majorité les femmes qui en payent le prix.
02:21En 2021, l'État estimait à 30 000 le nombre de femmes endettées en prison.
02:26Aucun chiffre n'a été publié depuis,
02:29mais elles seraient bien plus nombreuses selon les ONG.
02:33Le phénomène est tel qu'elles ont même un nom,
02:36les garimates.
02:38Veux ou divorcés pour la plupart,
02:40beaucoup sont sans ressources ni travail.
02:43Des créanciers profitent de leur faiblesse
02:45pour leur faire signer des chèques en blanc
02:47et les menacer de prison si elles ne remboursent pas.
02:50Le poste de police, c'est là, à droite.
02:54Attends, attends, cache la caméra.
02:58J'ai été arrêtée ici, j'ai passé deux ans en prison.
03:03Allez, allez, on part.
03:07En 2010, Nermine est emprisonnée
03:09suite à une vengeance de son ex-mari
03:11qu'elle accusait de violence.
03:12Elle partage sa cellule avec 25 femmes,
03:16des garimates pour la plupart.
03:18À sa sortie, elle leur fait une promesse
03:20qui va changer sa vie,
03:22ne jamais les abandonner.
03:25Dans sa ville d'origine,
03:26Zagazig, à 100 kilomètres du Caire,
03:29elle a fondé ce foyer unique en Égypte.
03:31Voilà, on l'appelle la maison de la vie.
03:34On l'a créée en 2019.
03:39Jusqu'à 24 femmes,
03:41ex-prisonnières ou poursuivies par leurs créanciers
03:43peuvent y trouver refuge.
03:47Nour, divorcée, a passé six mois en prison pour dette.
03:51Ma fille avait besoin d'une opération.
03:53Elle avait une tumeur dans la poitrine
03:55qui devait être retirée.
03:56J'ai demandé une décision ministérielle
03:58et ils m'ont dit qu'elle passerait trois mois plus tard.
04:00Mais on ne pouvait pas attendre aussi longtemps.
04:02Alors j'ai contracté cette dette.
04:04C'était environ 200 euros.
04:06Grâce à l'aide de ses proches,
04:08Nour a pu rembourser une partie de ses dettes
04:10et être libérée.
04:11Mais aidant encore de l'argent à un prêteur.
04:14Bien sûr, je suis inquiétée.
04:15J'ai peur que quelqu'un vienne frapper à ma porte.
04:17La prison, c'est la galère, l'humiliation, la dévalorisation.
04:20Quand une femme sort de prison,
04:21c'est toujours perçu de manière négative.
04:23Tout le monde la voit d'un mauvais oeil.
04:26Comme des milliers de femmes,
04:28Nour risque de ne jamais sortir
04:30du cycle infernal des dettes.
04:32En Égypte, des peines de prison
04:34de plusieurs dizaines d'années
04:35sont prononcées pour des dettes impayées,
04:38souvent contractées pour rembourser les précédentes.
04:41A deux kilomètres du foyer,
04:43dans le bureau de l'association,
04:45Nermine et son équipe reçoivent en moyenne
04:47trois appels à l'aide chaque jour.
04:49On a le problème d'une femme qui a emprunté 100 euros.
04:58Elle a signé un reçu de confiance en blanc
04:59sans que le montant ne soit écrit.
05:03On doit savoir combien elle peut payer chaque mois
05:05pour monter un dossier.
05:06Donc faites-moi un rapport indiquant
05:08qui va s'occuper de ce dossier,
05:10un psychologue, un travailleur social, un juriste.
05:12Dans 70% des cas traités par l'ONG,
05:18les femmes se sont endettées
05:19pour marier leur fille.
05:20Mais elles sont aussi victimes
05:22d'un autre phénomène insidieux.
05:24Les prêteurs essaient par tous les moyens
05:26de récupérer leur argent.
05:28Donc même si c'est le mari qui est emprunté,
05:30dans la plupart des cas,
05:31ce sont les femmes qui sont amenées
05:32à signer les reçus.
05:34Ils préfèrent les femmes car
05:35ils peuvent les contrôler,
05:37alors qu'un homme peut s'enfuir.
05:38Une femme est responsable de ses enfants,
05:40elle reste à la maison
05:40et ses déplacements sont plus restreints.
05:47Que deviennent les enfants
05:49quand leur mère finit derrière les barreaux ?
05:53Au Caire, cette association est la première en Égypte
05:56à s'être occupée de leur sort il y a 30 ans.
05:59Nawal Moustapha est la fondatrice.
06:02Plusieurs fois par semaine,
06:04elle organise des ateliers
06:05pour les enfants de Garimath
06:06gardés par leur famille.
06:08Pour protéger leur image
06:10et éviter toute stigmatisation,
06:12l'association nous demande
06:13de cacher leur visage.
06:15Je ne sais pas depuis quand je viens,
06:17mais depuis longtemps,
06:18environ 3 ans.
06:20On fait des excursions aux pyramides,
06:22à la campagne,
06:23et tout ça.
06:25On s'aime tous,
06:26on ne se dispute pas.
06:27S'il y a des nouveaux,
06:28on ne doit pas leur dire
06:29nous, on ne veut pas de vous,
06:31vous n'êtes pas bien habillés,
06:32on ne sera pas vos amis.
06:33Au contraire,
06:34on doit s'aimer,
06:35on est tous comme des frères et sœurs.
06:36Dans les années 90,
06:43Nawal Moustapha est journaliste.
06:45Pendant un reportage
06:46dans une prison pour femmes au caire,
06:48elle découvre le quotidien
06:49des Garimaths
06:51et de leurs enfants.
06:53En Égypte,
06:54les mères emprisonnées
06:55ont le droit de les garder
06:56à leur côté jusqu'à l'âge de 4 ans.
06:58Nawal Moustapha est bouleversée
07:00par ces rencontres.
07:01Elle crée l'association
07:02et organise des visites
07:04pour leur fournir de l'aide.
07:07C'est dans la prison.
07:08Ça, c'est une crèche
07:09que nous avions demandé
07:10d'aménager à l'intérieur.
07:12C'était il y a longtemps.
07:13Ça, c'est l'aide que nous apportions.
07:15De la nourriture,
07:16du lait,
07:16des médicaments.
07:19Jusqu'en 2020,
07:20ces visites étaient autorisées
07:21une fois par mois.
07:23Depuis,
07:24la prison a été déplacée
07:25en dehors du caire
07:26et l'association n'a plus
07:27l'autorisation d'y entrer.
07:30Selon elle,
07:317000 enfants ont séjourné
07:32dans des prisons égyptiennes
07:33entre 1990 et 2020.
07:37Aujourd'hui,
07:37l'ONG n'a plus qu'une arme
07:39pour aider les enfants
07:40de Garimat,
07:41participer à leurs frais
07:42de scolarité et de santé
07:44et leur offrir une parenthèse
07:45loin de leur quotidien.
07:49C'est l'épreuve la plus cruelle
07:50à laquelle les enfants
07:51peuvent faire face,
07:52comme si la colonne vertébrale
07:53de leur vie
07:54disparaissait soudainement
07:55après l'emprisonnement
07:56de la mère.
07:57La mère est toujours celle
07:58qui rassemble la famille
07:59et qui s'occupe des enfants.
08:01Un enfant en très bas âge
08:03ne comprend pas vraiment
08:04où il se trouve.
08:05Mais quand il grandira
08:06et qu'il devra affronter
08:07la société,
08:08la stigmatisation
08:08risque de le poursuivre
08:09toute sa vie.
08:11Notre rôle est d'essayer
08:12d'atténuer cet impact
08:13par l'art,
08:14la culture
08:15et la musique.
08:16Chaque année,
08:34le gouvernement libère
08:35des centaines de femmes
08:36endettées à l'occasion
08:37de grâces présidentielles.
08:39Mais pour les associations,
08:41ça ne suffit pas.
08:42Elles demandent
08:43l'abolition de la prison
08:44pour dette.
08:45Des peines alternatives
08:46comme le service communautaire
08:48sont prévues
08:49dans un projet de loi,
08:51mais elles n'ont pas encore
08:51été ratifiées
08:52par le gouvernement.
08:54Selon les ONG,
08:56la menace de la prison
08:57reste un levier
08:58pour les autorités,
08:59une mesure
09:00qui rassure
09:00les créanciers.
09:03À Zagazic,
09:04dans son appartement
09:05où elle vit seule,
09:07Nermine en est convaincue.
09:09Seule l'autonomie financière
09:10et la lutte
09:11contre les dictats
09:11de la société
09:12permettront aux femmes
09:14d'assurer leur liberté.
09:18Plus une femme travaille
09:19et peut sortir de la maison,
09:21plus elle aura envie
09:21de prendre soin d'elle.
09:23Ça donne de la confiance
09:24en soi,
09:24de la force.
09:26Parfois,
09:26il y a de la résistance
09:27à cela.
09:28Mais si les femmes
09:29sont capables
09:29de changer leur vie
09:30et la société
09:31autour d'elles
09:31et de réussir,
09:33ça changera complètement
09:34les choses.
09:34Ça, c'est mon fils
09:40et là, c'est ma fille.
09:43Les enfants de Nermine
09:44avaient environ 10 ans
09:45quand elle a été incarcérée.
09:47Voilà le cahier
09:48dans lequel mes enfants
09:49me racontaient leur vie
09:50quand j'étais en prison.
09:51Prends soin de toi
09:52et ne t'inquiète pas,
09:53maman.
09:54Beaucoup de temps a passé
09:55et tu as tant souffert.
09:57Malgré la douleur,
09:58Nermine a toujours
09:59voulu garder ses souvenirs.
10:01Cette épreuve
10:02et ses rencontres
10:03avec les garimates
10:04sont même marquées
10:05à jamais
10:05dans son livre.
10:08Voici le livre
10:09que j'ai écrit
10:09à l'intérieur de la prison.
10:11Les toilettes
10:12n'ont pas de porte
10:12et font face
10:13à la fenêtre
10:13de la porte
10:14en fer des cellules.
10:15L'air est chaud
10:16et suffocant.
10:17Il n'y a qu'une seule
10:18ventilation dans les cellules.
10:19Les femmes ne peuvent
10:20pas supporter la chaleur.
10:22L'injustice, mon ami,
10:23nous enlève notre humanité
10:24lorsque notre liberté
10:25nous est retirée.
10:27Quand je lis ça,
10:28je pleure.
10:29D'ailleurs, mon livre,
10:30je n'arrive pas
10:31à le lire souvent.
10:31Je veux aider
10:33toutes les femmes
10:34qui sortent de prison.
10:35La prison est une punition,
10:37une punition temporaire.
10:39Pourquoi nos vies entières
10:41doivent-elles être détruites
10:42après notre sortie ?
10:44Aider les femmes
10:47à reconstruire leur vie
10:48et chasser pour toujours
10:49la menace des dettes,
10:51c'est la plus grande bataille
10:52de l'association de Nermine.
10:55Chaque semaine,
10:56elle organise
10:56des cours de prévention
10:57sur l'échec en blanc.
10:59Si une femme parmi vous
11:02ne peut pas lire
11:03et écrire
11:03et veut par exemple
11:04acheter de l'électroménager
11:05pour le mariage,
11:07elle doit absolument
11:08être conseillée avant
11:09par un avocat
11:09car il est impossible
11:11que le créditeur
11:12accepte la présence
11:13d'un avocat
11:13au moment de la signature.
11:18Elle propose aussi
11:19des ateliers
11:20aux femmes endettées.
11:22Asma participe
11:22à son premier cours
11:23de couture.
11:24L'association a négocié
11:26avec son prêteur
11:27pour retarder
11:28et échelonner
11:29le paiement
11:29de sa dette.
11:31C'est maintenant
11:32à son tour
11:33de se former
11:34pour la première fois
11:35à un métier.
11:36Je rêve de lancer
11:36un projet,
11:37d'acheter une machine,
11:38de devenir indépendante.
11:40Je travaillerai
11:40depuis la maison.
11:41D'abord,
11:42je rembourserai ma dette.
11:43C'est la chose
11:44la plus importante
11:44pour que je ne doive
11:45plus rien à personne.
11:50Avant de se quitter,
11:51Nermine nous emmène
11:52dans son village d'enfance
11:54pour rencontrer
11:54celle qui ne l'a jamais
11:55abandonnée.
11:57Sa mère, Amina,
11:58avait 70 ans
12:00quand elle a dû
12:00endosser une deuxième fois
12:02le rôle de maman.
12:05Bien sûr,
12:05ses enfants étaient
12:06avec moi.
12:08J'étais très heureuse
12:09avec eux,
12:09mais bien sûr,
12:10j'étais inquiète
12:11pour elle.
12:12Oui, j'étais très forte,
12:13bien sûr,
12:14mais elle était
12:14plus forte que moi.
12:15Elle était plus forte
12:16que moi en prison.
12:18Je suis très fière d'elle
12:19parce qu'elle travaille
12:20très bien.
12:21Elle vient en aide
12:21à beaucoup de personnes
12:22démunies
12:23et elle soutient
12:23des familles entières.
12:28Les femmes égyptiennes
12:29sont majoritairement fortes.
12:31Nous faisons face
12:31à de nombreux défis ici.
12:33Nous n'avons pas
12:34d'autre solution
12:34que d'être plus fortes
12:36que les expériences
12:36qu'on traverse
12:37et de continuer nos vies.
12:39s'il y a plus fortes.
12:41Je suis très forte.
12:43Je suis très forte.
12:46Je suis très forte.
12:47Sous-titrage Société Radio-Canada
12:48C'est bon, c'est bon.
12:50C'est bon, c'est bon.
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