Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 mois

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Vous écoutez Les Assassins sont parmi nous.
00:04Un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:08Ils sont comme vous, comme moi.
00:11Ils paient leurs impôts.
00:13S'effacent devant les dames.
00:17Aident les aveugles à traverser la rue.
00:21Jouent avec les petits enfants.
00:25Et puis un jour,
00:28ils tuent !
00:30Les Assassins sont parmi nous.
00:35Bonjour, mademoiselle Mathilde.
00:37Une baguette comme d'habitude ?
00:39Sourire, bruit de caisse enregistreuse,
00:42Monet.
00:44Baguette sous le bras,
00:45mademoiselle Mathilde file sur le trottoir glacial
00:47pour son parcours habituel.
00:49Une fois la journée de travail achevée,
00:51la porte du bureau refermée,
00:53elle entame une autre journée.
00:55Une journée de devoir.
00:57Les courses pour le dîner,
00:58les journaux, l'ascenseur,
01:00l'appartement qu'elle occupe avec sa mère depuis vingt ans.
01:03« Bonsoir, maman, je sors le chien. »
01:06Maman est une statue dans un fauteuil depuis vingt ans.
01:09Et depuis vingt ans,
01:11Mathilde se lève à l'aube pour les soins
01:13et se couche à minuit pour la même raison.
01:15Madame Veuve Harvey ne supporte pas d'autres infirmières que sa fille unique.
01:20Infirmière, femme de chambre,
01:22femme de chambre, cuisinière, dame de compagnie, souffre douleur.
01:26Le chien renifle le trottoir.
01:28Le chien renifle le trottoir, il prend son temps
01:30et Mathilde peut fumer l'ultime cigarette de la journée.
01:34Là-haut, elle ne pourra plus.
01:36À la moindre odeur de tabac,
01:38elle entendrait hurler
01:39« Et mon asthme ! Tu veux ma mort ? »
01:41immédiatement suivi par des commentaires sur le sujet.
01:43« Cette manie de sucé des bouts de papier,
01:45c'est d'un vulgaire !
01:46Tes vêtements en peste,
01:47tes cheveux en peste !
01:49Je me demande comment tes collègues le supportent ! »
01:52Mathilde a essayé les parfums
01:54pour couvrir son vis.
01:56Ça n'a pas marché non plus.
01:58« Ma pauvre fille !
01:59Il n'y a que les cocottes ou les duchesses
02:00pour supporter ça ! »
02:03Mathilde a quarante-deux ans.
02:05Ni cocotte, ni duchesse, ni rien.
02:07Rien qu'une employée.
02:09Un petit clair de notaire en jupe triste
02:11avec des cheveux tristes,
02:12des yeux tristes,
02:13derrière des lunettes.
02:15Tristes.
02:17Rien qu'un portefeuille aussi.
02:19Pour assurer à une mère paralysée
02:20et à cariatre
02:22le maximum de confort,
02:23payer les traites de l'appartement,
02:25payer les caprices,
02:26payer, payer,
02:27travailler pour payer et soigner une mère
02:29qui ne lui rend que des aigreurs.
02:32« Elle va t'en a mis du temps !
02:34Ce chien passe avant moi, évidemment ! »
02:36Ce chien.
02:38Et pourtant à elle, ce chien.
02:40Elle l'a voulu.
02:41Et elle le déteste.
02:42Elle déteste tout et tout le monde, d'ailleurs.
02:46La voisine, la concierge, le médecin,
02:48le facteur, le soleil, la pluie,
02:49les rideaux de la chambre
02:49et même les nouvelles de la journée.
02:52Et mon porto !
02:54Ah, il lui faut un petit verre de porto.
02:56Vers 7h du soir,
02:57tous les soirs sur un petit plateau d'argent
02:59avec quelques biscuits salés.
03:02Il faut pour cela que Mathilde
03:03la prenne dans ses bras,
03:04la sorte de son fauteuil roulant.
03:06Il faut qu'elle la dépose sur le divan.
03:08Il faut qu'elle lui masse les jambes
03:10à genoux comme une esclave,
03:11puis file à la cuisine,
03:13serve, desserve,
03:14écoute les griefs
03:15et les réflexions désobligeantes.
03:17Le poisson est mal cuit.
03:18Meule est coiffée comme un plumeau.
03:20Elle n'a jamais rien à dire.
03:22La radio ne nique des bêtises.
03:24Mais les genoux sont stupides.
03:26Et elle n'a plus de remont à lire.
03:27La compote de pomme est infecte.
03:29Et puis l'eau du bain sera trop froide
03:30ou trop chaude.
03:31Les oreillers trop mous.
03:32Et Mathilde décidément
03:34ne comprend rien aux échecs.
03:35C'est à quoi qu'elle fait exprès de perdre !
03:40Fatigue.
03:41Fatigue, dégoût,
03:43humiliation, lassitude.
03:46Il est minuit
03:47et Mathilde ne dort pas.
03:53Elle rêve.
03:57C'est ce rêve que nous raconte
03:59Marie-Thérèse Cuny.
04:00La défunte était âgée de 64 ans.
04:05Malade depuis plus de 20 ans.
04:07Paralysée à la suite d'un grave accident de voiture
04:09au cours duquel son mari a trouvé la mort.
04:11Le couple n'avait qu'un enfant.
04:13Mathilde, âgée de 16 ans.
04:16Mathilde a survécu à l'accident.
04:17Ses blessures étaient légères.
04:19Mais un traumatisme crânien
04:20elle a maintenu plusieurs heures dans le coma.
04:23Aucune séquelle.
04:24Elle a eu de la chance.
04:26Sa mère le lui disait toujours.
04:27Pendant quelques années bénie,
04:31Mathilde a bénéficié de la pension
04:32et fait ses études de droit
04:33grâce à l'indemnité de l'assurance
04:35et aux précautions prises par son père
04:37avant sa mort.
04:38Une fois par semaine,
04:40elle rendait visite à sa mère à l'hôpital.
04:42Une drôle de mère
04:43que les chirurgiens tentaient de raccommoder
04:45par petits bouts
04:46comme une poupée cassée.
04:49D'hôpital en clinique
04:50puis en maison de repos,
04:52la mère était un personnage lointain
04:54pour Mathilde.
04:55Un souvenir, presque.
04:57Ce drame, curieusement,
04:58l'avait soulagée.
04:59Elle n'entendait plus les disputes,
05:01les reproches perpétuels du couple,
05:03les bagarres même.
05:05Quelques années de répit bien heureux
05:06ou presque.
05:08Mais à 22 ans,
05:09c'était fini.
05:11Son devoir était tracé,
05:12plus question de poursuivre
05:14ses études de droit.
05:15la mère
05:16avait besoin d'elle.
05:18Avocat ?
05:19Tu veux devenir avocat ?
05:21Mais la pauvre fille,
05:22ce n'a pas de sens.
05:23Ce n'est pas un métier de femme.
05:25Et puis,
05:25tu dois gagner ta vie.
05:27Et puis,
05:27je ne vais pas rester
05:28dans cette maison d'infirme.
05:29Je veux rentrer à la maison.
05:32La faculté était d'accord.
05:34Mademoiselle,
05:36nous ne pouvons plus rien
05:36pour votre mère,
05:37il faut la reprendre avec vous.
05:4020 ans.
05:42Ça avait duré 20 ans,
05:446 mois.
05:45Et quelques jours.
05:48Et à présent,
05:48la mère était là,
05:49raide sur son lit,
05:51le visage mauvais
05:52jusque dans la mort.
05:56Pourquoi n'avait-elle pas
05:57cette aire de calme repos
05:58que l'on voit aux défunts
06:00et qui rassurent ?
06:03Pourquoi, Mathilde,
06:04était-elle si nerveuse
06:05en expliquant au médecin ?
06:08Je l'ai trouvée ce matin
06:08comme ça,
06:09ou presque.
06:11J'ai cru qu'elle dormait.
06:13Vous lui aviez donné
06:14ces médicaments pour le cœur ?
06:16Comme d'habitude.
06:17Le médecin insiste.
06:19C'est vous
06:20qui les lui donniez ?
06:22Toujours vous ?
06:24Pas toujours.
06:25Enfin,
06:26si,
06:26je les préparais
06:27avec son plateau du soir.
06:28vous l'avez vu avaler
06:31les cachets ?
06:33Il me semble.
06:35D'ailleurs,
06:36oui,
06:36elle les a pris.
06:37Il n'était plus sur le plateau
06:38quand j'ai fait la vaisselle.
06:41A-t-elle pu en prendre
06:41d'autres par erreur ?
06:43Donc,
06:43je ne crois pas.
06:46Et vous ?
06:48Avez-vous pu faire une erreur ?
06:50Oh non,
06:50j'ai trop l'habitude.
06:53Écoutez,
06:53Mathilde,
06:54je vous connais depuis longtemps.
06:56Vous êtes quelqu'un d'efficace
06:58et vous soignez votre mère
06:59depuis longtemps.
07:01Vous n'avez pas oublié
07:01qu'une surdose de ce produit
07:03peut entraîner
07:04un accident mortel,
07:05surtout
07:06si l'on n'intervient pas immédiatement.
07:09Non,
07:09bien sûr.
07:10Mais vous croyez que...
07:12C'est une hypothèse pour l'instant,
07:13mais l'examen de l'œil
07:14et la couleur de la peau...
07:17Enfin...
07:20Je suis désolé,
07:21mais il faudra sûrement
07:23vérifier ça.
07:25Je crains qu'elle n'ait pris
07:25une dose trop forte.
07:29Je vais être franc avec vous.
07:31Il y a deux solutions.
07:33L'erreur,
07:34la vôtre ou la sienne,
07:36ou bien...
07:38le suicide.
07:40Mais je ne crois pas au suicide
07:42pour plusieurs raisons.
07:42D'abord,
07:43votre mère n'avait pas
07:44un caractère à ça
07:45et son comportement
07:46le confirmait chaque jour.
07:48Qu'en pensez-vous ?
07:49Oui.
07:52C'est...
07:52Enfin,
07:53vous avez raison.
07:54Je pense comme vous.
07:56Reste l'accident.
07:58Ce que je crois.
08:00Si elle avait voulu se suicider,
08:02elle aurait avalé
08:02carrément le flacon.
08:04Or,
08:04a priori,
08:05elle n'a avalé
08:05qu'une ou deux doses supplémentaires.
08:07En contrôlant
08:08la date de l'ordonnance
08:09et le nombre de prises quotidiennes,
08:10le calcul est simple.
08:13La question est...
08:15Qui s'est trompé ?
08:16Je suis obligé
08:19de vous poser la question.
08:22Obligé de faire un rapport.
08:25Il ne s'agit pas
08:25d'une mort naturelle.
08:28Vous me comprenez ?
08:30Votre mère ne pouvait pas
08:31avoir d'accident cardiaque
08:32si elle respectait les doses.
08:35Le dernier examen
08:36m'en donne la certitude.
08:38Mais je ne peux rien
08:39vous dire de plus, docteur.
08:40C'est moi qui ai placé
08:41le médicament sur son plateau.
08:43J'ai mis le nombre
08:43de cachets habituels.
08:44Enfin,
08:45enfin, sûrement,
08:46c'est ce que j'ai dû faire.
08:49Si vous en aviez mis davantage,
08:51par erreur,
08:53les aurait-elle avalé
08:54sans vous le faire remarquer ?
08:56Non, non, je ne crois pas.
08:58Vous savez bien
08:58que ma mère était maniaque.
09:01Et vous n'avez rien entendu
09:02cette nuit.
09:03Elle ne s'est pas plainte.
09:05Non,
09:06rien.
09:06Mais,
09:09enfin,
09:09je prends des somnifères
09:11depuis quelque temps.
09:12Je dors mal.
09:14Mais vous ne m'avez pas
09:15parlé de ça, Mathilde ?
09:17Qu'est-ce que vous prenez ?
09:18Oh, pas grand-chose.
09:19J'ai demandé aux pharmaciens
09:20et ça me suffit.
09:21Je n'ai pas l'habitude
09:22des drogues,
09:23vous savez.
09:24Je sais.
09:26Il y aura une enquête,
09:27Mathilde.
09:29Ne m'en veuillez pas,
09:30j'y suis obligé.
09:31Je ne peux pas délivrer
09:32un permis d'illumée
09:33dans ces conditions
09:34sans demander l'avis
09:35d'un confrère légiste.
09:38Et vous comprenez ?
09:41Mathilde comprend
09:42un signe de tête.
09:45Elle est pâle,
09:46presque verte.
09:48Sans visage un peu ingrat
09:49de vieille fille,
09:50sans joie,
09:51s'est chiffonnée.
09:54Elle dit quand même
09:55« Si je me suis trompée,
09:59j'ai tué ma mère. »
10:03Mais le médecin la console.
10:05Il la connaît depuis si longtemps.
10:07Un modèle de patience
10:08et de dévouement.
10:10Rien ne dit qu'elle soit fautive.
10:11Rien.
10:12Mathilde peut compter sur lui
10:14pour faire admettre l'accident.
10:15Avec ce genre de produit,
10:17il arrive parfois des accidents.
10:18Rarement,
10:19mais ça arrive.
10:21Mathilde attend,
10:22seule dans le salon,
10:23devant le fauteuil vide
10:24de sa mère,
10:26que l'enquête
10:26suive son cours,
10:27que le légiste arrive,
10:28qu'un policier arrive,
10:30que l'on décide
10:30d'une autopsie.
10:31quel silence.
10:35Quel repos.
10:38Quelle drôle d'impression
10:39de liberté.
10:43Cette mort est-elle un rêve
10:44ou un cauchemar
10:47ou la réalité.
10:50Vous écoutez
10:51« Les assassins sont parmi nous ».
10:54Mathilde est toujours seule
10:58dans le salon.
10:59Midi a sonné
11:00depuis longtemps.
11:02Elle a téléphoné au bureau,
11:03reçu les condoléances
11:04de son notaire de patron,
11:06ceux de la voisine
11:07et elle attend.
11:09Ils ont emporté
11:10le corps de sa mère
11:11en ambulance
11:11et un policier
11:12a fouillé la pharmacie,
11:14fait des petits paquets,
11:16écouté le médecin de famille,
11:17fait le tour de la maison,
11:19avant de s'asseoir
11:20en face de Mathilde
11:21dans le salon.
11:22Le fauteuil roulant
11:26est entre eux,
11:28vide,
11:30comme un reproche.
11:34Le policier est un homme
11:35d'âge mûr,
11:36calme,
11:37ni effrayant,
11:38ni réconfortant.
11:41Il commence par dire
11:42« Il n'y en a pas pour longtemps,
11:45juste quelques questions
11:46pour mon rapport
11:46et je vous laisse en paix. »
11:49« Vous viviez seul
11:51avec votre mère ? »
11:53« Oui. »
11:54« Pas de famille. »
11:56« Un frère de ma mère
11:57vit en province en Bretagne.
11:59Nous ne le voyons pas souvent. »
12:01« Votre mère a-t-elle fait
12:03un testament ? »
12:05« Non. »
12:06« Vous en êtes sûr ? »
12:08« Je travaille chez un notaire.
12:10Si elle l'avait fait,
12:11elle l'aurait déposé l'étude.
12:13De toute façon,
12:14elle n'a pas de biens personnels.
12:15Cet appartement,
12:16nous le louons depuis des années,
12:18alors à part les meubles. »
12:21« C'est vous qui l'entreteniez,
12:22donc ? »
12:22« Oui. »
12:24« Au début,
12:25nous avons eu l'assurance-vie
12:26de mon père,
12:27il y a longtemps.
12:28J'étais encore à l'école.
12:30Après, j'ai dû travailler
12:31pour qu'elle puisse vivre ici. »
12:35« Vous croyez
12:35qu'elle s'est suicidée ? »
12:37« Non. »
12:39« Pourquoi ? »
12:41« Les grands handicapés
12:42ont parfois l'envie
12:42d'en finir,
12:43par ma mère.
12:45Elle aimait vivre.
12:47Pourtant,
12:48elle vivait mal, non ?
12:50Paralysie totale
12:51des membres inférieurs,
12:52problème cardiaque,
12:53problème nerveux,
12:54la liste du tout-bib est longue.
12:57Elle ne s'est pas suicidée.
12:59Alors,
13:00vous vous êtes trompé
13:02dans l'épilure.
13:05Ce doit être ça,
13:07je ne vois pas
13:07d'autres explications.
13:10C'est ma faute.
13:13Et puis,
13:13je n'ai rien entendu.
13:14elle a dû souffrir.
13:17Le médecin dit
13:18qu'elle s'est asphyxiée
13:19ou quelque chose comme ça.
13:22C'est ma faute.
13:26C'est moi
13:26qui l'ai tuée.
13:29Vous n'avez pas fait exprès.
13:31Et puis,
13:31rien n'est sûr.
13:33C'est peut-être elle.
13:34Non,
13:34non, non.
13:37C'est moi.
13:38Mathilde regarde
13:42ses mains longues,
13:43nues,
13:43sans bijoux.
13:45Des mains qui ont soigné,
13:47lavé,
13:47habillé sa mère
13:48pendant des années.
13:49J'ai mis deux cachets
13:58de plus dans son potage.
14:02Je l'ai salé
14:03pour qu'elle ne sente pas
14:04le goût.
14:07Elle a même dit
14:07« Ton potage est infecte »
14:10et elle n'en a bu
14:10que la moitié.
14:14Alors,
14:14j'en ai pris un autre,
14:15je l'ai écrasé
14:16dans la compote
14:16et j'ai mis du sucre
14:19en plus.
14:22Et elle n'a rien dit.
14:25Elle adore la compote.
14:30Il manque trois cachets,
14:31vous pouvez vérifier.
14:35Après,
14:36j'ai pris un somnifère
14:37pour dormir.
14:37J'avais peur
14:40que...
14:42Enfin,
14:44j'avais peur
14:46que ça ne marche pas,
14:47qu'elle se réveille,
14:48qu'elle crie.
14:50J'aurais été obligé
14:50d'appeler le médecin
14:51et il l'aurait encore sauvée.
14:57J'avais peur de rater.
15:00Mais pourquoi ?
15:02Mais pourquoi avez-vous fait ça ?
15:06Votre médecin dit que
15:07vous vous êtes dévouée
15:08pour elle pendant des années.
15:10Oui, oui, je sais.
15:12Et j'aurais pu continuer
15:13des années encore.
15:15Ça n'avait plus d'importance.
15:17Ma vie est fichue
15:18de toute façon.
15:20Pas de mari,
15:20pas d'enfant,
15:22pas d'ami,
15:23rien qu'elle.
15:23toujours elle.
15:27À râler,
15:28à se plaindre,
15:29à exiger,
15:30à m'humilier.
15:32J'étais habitué,
15:33vous savez,
15:33comme une somnambule.
15:35Je dormais ma vie.
15:37Je la dormais.
15:39Et alors,
15:40qu'est-ce qui vous a poussé ?
15:40J'ai rêvé il y a quelque temps.
15:45Un drôle de rêve
15:46qui m'a réveillé en sursaut.
15:49C'était avant l'accident
15:50sur la route.
15:51J'avais 16 ans.
15:53Nous partions en vacances
15:53en Bretagne.
15:55Mon père et ma mère
15:55se disputaient.
15:57Elles criaient.
15:58Elles surtout,
15:59comme d'habitude.
16:00Elles le traitaient
16:00de minable
16:01ou je ne sais quoi.
16:03J'avais oublié tout ça.
16:05Mais le rêve
16:06m'a tout remis en mémoire,
16:08comme si j'y étais.
16:09Les cris,
16:09mon père qui s'énerve,
16:11ma mère qui le gifle
16:11et la voiture qui dérape.
16:14C'était comme au ralenti.
16:16Le fossé,
16:18la voiture qui tourne,
16:19tourne,
16:19tourne
16:20et le choc,
16:22comme une énorme éclaboussure,
16:24un bruit terrible.
16:27À l'époque,
16:28je me suis réveillé à l'hôpital.
16:30Je ne me souvenais plus de rien.
16:33Cette nuit-là,
16:33tout est revenu d'un seul coup.
16:36Elle l'a tué.
16:37C'est de sa faute.
16:38Elle le savait.
16:39Elle n'a rien dit.
16:40Rien.
16:42Tout ce que j'ai entendu
16:43pendant vingt ans,
16:44c'est ton père conduisait
16:45comme une brute.
16:46Il allait trop vite.
16:47Elles lui ont voulu
16:48d'être infirme.
16:49Vous comprenez ?
16:50Le comble,
16:52c'est qu'elles lui ont voulu.
16:55Mais quand j'ai revu
16:56tout ça dans ma tête,
16:58j'ai compris pourquoi
16:59je la détestais
17:00depuis si longtemps.
17:01Je ne pouvais plus supporter ça,
17:05la baigner,
17:05la dorloter,
17:06la masser,
17:06la nourrir.
17:07Elle me dégoûtait
17:08comme un serpent
17:09pour quelque chose comme ça.
17:14Elle n'avait plus d'excuses.
17:18Et je voulais qu'elle disparaisse,
17:21ne plus la voir,
17:21ne plus l'entendre,
17:23ne plus avaler ses mensonges.
17:25Je l'ai tué.
17:31Et je le dis parce que finalement,
17:34je ne veux pas vivre comme elle
17:35dans le mensonge.
17:37Oh, j'ai cru que je pourrais
17:38me taire,
17:39ne rien dire,
17:40que l'on croirait
17:41à l'accident,
17:44à l'erreur.
17:47C'était le cas.
17:49Ça a failli marcher,
17:51le Toubib.
17:52Vous faisiez confiance.
17:54Je sais, je sais.
17:55Mais c'est mieux comme ça.
17:59Tout de même,
18:01votre père,
18:02c'était un accident.
18:03D'accord,
18:04elle l'a cherché,
18:05mais elle ne voulait pas le tuer.
18:08Ni vous.
18:09Mais c'est de sa faute.
18:11Elle a renié cette faute
18:12jusqu'au bout.
18:13Moi, je préfère
18:14être un assassin
18:15devant tout le monde.
18:18En fait,
18:20vous étiez à bout de nerfs, non ?
18:22Peut-être,
18:22mais ça n'a pas d'importance.
18:25J'ai décidé de la tuer
18:26parce qu'elle était
18:26mauvaise, menteuse,
18:28exigeante, égoïste
18:29et qu'elle ne méritait pas
18:30de vivre même comme ça.
18:31Vous savez pourquoi
18:34elle se discutait
18:35avec mon père
18:35ce jour-là ?
18:37Pourquoi elle l'a giflé ?
18:39Pourquoi elle le bourrait
18:40de coups
18:41au point de faire
18:41dévier le volant ?
18:44Parce qu'il n'avait pas
18:45choisi l'hôtel
18:46qu'elle voulait.
18:48Et s'il ne l'avait pas choisi,
18:49c'est qu'il était trop cher.
18:51Et si l'hôtel
18:51était trop cher pour lui,
18:53c'est qu'il n'était
18:53qu'un minable,
18:54un bon à rien,
18:55un petit avocaillon
18:56de quatre sous,
18:57tout juste capable
18:57de s'occuper
18:58de dossiers
18:58aussi minables que lui.
19:01Et j'entendais
19:01sa voix dans mon rêve,
19:03criarde,
19:04mauvaise.
19:06Et je l'entends encore.
19:14Mathilde H.
19:15a été condamnée
19:16à quinze ans de prison.
19:19À quarante-deux ans,
19:21elle n'a pas bénéficié
19:22des circonstances atténuantes.
19:25Pour le jury,
19:26cette histoire de rêve,
19:27de cauchemar
19:28plus tôt,
19:29n'était qu'une invention.
19:31Ils ont jugé
19:32que Mathilde
19:32voulait se débarrasser
19:34de sa mère
19:34pour être libre.
19:36Un point,
19:38c'est tout.
19:41Vous venez d'écouter
19:43Les assassins sont parmi nous,
19:45un podcast issu
19:46des archives de repeint.
19:48Réalisation,
19:49Julien Tarot.
19:50Production,
19:51Estelle Lafon.
19:52Patrimoine sonore,
19:54Sylvaine Denis,
19:55Laetitia Casanova,
19:56Antoine Reclut.
19:58Sous-titrage Société Radio-Canada
19:59Sous-titrage Société Radio-Canada
20:00Sous-titrage Société Radio-Canada
20:00– Sous-titrage FR 2021
Commentaires

Recommandations