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  • il y a 2 jours
Depuis la capture de Nicolas Maduro, le 3 janvier, beaucoup d’images du dirigeant vénézuélien de son épouse ont été diffusées, certaines postées par l’administration Trump elle-même. Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste en communication politique, décrypte ces images.

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Transcription
00:00Menotté, entouré de nombreux agents de la DEA, l'agence anti-drogue,
00:04en suite à capuche, en chaussettes et claquettes, la démarche lente.
00:07Nicolas Maduro effectue ses premiers pas sur le sol américain,
00:10quelques heures après sa capture.
00:12Et derrière ces images, difficile de ne pas y voir la main de l'administration Trump.
00:16Donald Trump, il revient un peu à l'époque des cow-boys, le goudron et les plumes.
00:19On ne cherche pas seulement à faire la justice,
00:21on cherche à humilier la personne qui a été arrêtée.
00:26Le propre de l'administration américaine, de cette administration en particulier,
00:29c'est cette façon d'exhiver le chef de l'État arrêté,
00:33cette façon de l'humilier et de se moquer de lui,
00:35parce que sur les réseaux sociaux, c'est ce qui se passe.
00:38Et c'est singulier à cette administration américaine-là,
00:40parce qu'avant, les autres ne disposaient pas des réseaux sociaux.
00:43Il n'y avait pas toute cette façon de faire.
00:45Donald Trump, il aime bien humilier ses adversaires, il aime bien s'en moquer.
00:49Il le fait avec Maduro, qui l'a peut-être mérité, ça, ce n'est pas la question,
00:54mais qui, au fond, est quand même avant tout, maintenant, injusticiable,
00:57qui devrait être respecté en tant qu'être humain.
00:59On ne va pas pleurer sur Maduro, mais il n'est pas respecté en tant que justiciable,
01:03il n'est pas respecté en tant que personne arrêtée qui a des droits.
01:06Et c'est piégeant pour tous ceux qui se trouvent en face,
01:09parce que si on commence à critiquer cette séquence,
01:11on a l'air de soutenir un dictateur.
01:13Depuis la capture de Nicolas Maduro, beaucoup d'images du dirigeant vénézuélien et de son épouse,
01:19Silvia Flores, ont été diffusées, certaines postées par l'administration Trump,
01:23ou par Trump lui-même, comme celle-ci, présentée comme la première de Maduro après sa capture.
01:27On est dans une mise en scène hollywoodienne, c'est-à-dire qu'on a un méchant,
01:30donc on renforce son caractère dangereux par des hommes en armes autour de lui,
01:35par le fait qu'on lui a bandé les yeux, qu'on l'a menotté de cette façon-là.
01:39Donc il y a toute une mise en scène pour montrer que c'est un vrai vilain,
01:42au sens américain du terme, un vrai méchant de film d'action.
01:47On pense aux images de Guantanamo, on l'empêche d'écouter, on l'empêche de voir,
01:50on l'entrave, etc. Et au fond, on cherche moins à nous donner des informations
01:55qu'à prouver que l'opération américaine a réussi, puisqu'on voit Nicolas Maduro physiquement.
02:00Le vêtement, il est très symbolique, c'est l'homme déchu, c'est-à-dire que c'est le président déchu.
02:06Au fond, il redevient un homme comme les autres, et il va être injusticiable comme les autres.
02:12Donc c'est vraiment l'incarnation de la perte de puissance.
02:15Il passe de l'uniforme au jogging et avec les chaussettes claquettes,
02:18et d'une certaine façon, les gens aiment bien ça,
02:21parce que ça entretient un fonds démagogique populiste
02:24qui est le fonds de commerce de Donald Trump.
02:26Une grosse partie de Donald Trump, de sa promesse, c'est la vengeance.
02:30On va vous venger de tous les gens qui vous ont, d'une façon ou d'une autre,
02:33des plus ou contrariés.
02:34Maduro a fait les frais de cet esprit de vengeance,
02:36et il en fait les frais jusqu'au bout, probablement.
02:38À chaque étape de sa détention, Nicolas Maduro est évidemment suivi par des équipes de télé.
02:43Plus surprenant, on voit aussi à plusieurs reprises des membres de l'agence antidrogue
02:46filmés ou photographiés.
02:47On n'est même pas au fond, totalement, dans une intervention militaire.
02:50On n'est pas non plus dans une opération de justice.
02:53On est dans un spectacle.
02:54Et quand le président Trump parle de cette intervention,
02:57il dit « moi je l'ai regardé à la télévision »
02:58parce que tout est filmé en direct,
03:00pour que les chefs d'État puissent voir en direct l'opé de l'intervention.
03:02Il dit « moi j'ai regardé ça comme je regarde une émission de télévision ».
03:06Il a utilisé cette expression, donc lui il fait de la télé-réalité de Trump.
03:13Il produit un show.
03:14Le show il est très simple.
03:16Je suis capable d'arrêter cet homme, qui est pourtant un chef d'État, regardez.
03:19Je rends la justice.
03:20Et pour ça on a besoin de photos, de vidéos.
03:23Donc les soldats n'ont pas seulement pour mission, sous Donald Trump,
03:26d'arrêter un criminel.
03:28Et ils ont pour mission de documenter,
03:30pour qu'on puisse utiliser tout ça,
03:32pour produire un grand spectacle,
03:34qui permettra à Donald Trump de montrer qu'il est puissant, efficace.
03:39Avec la capture de Nicolas Maduro et via les images,
03:42ou ce montage vidéo moqueur à l'égard du dirigeant vénézuélien par exemple,
03:45posté sur le compte X de la Maison Blanche,
03:47Donald Trump entend aussi faire passer des messages.
03:51Ça permet d'intimider les adversaires des États-Unis en leur montrant.
03:55Regardez, on peut venir vous chercher chez vous, la nuit,
03:58sans goût de sachier, peut-être parce que vous avez été trahi.
04:01Et on est les seuls au monde à pouvoir faire ça,
04:03ce qui est probablement vrai en opération.
04:06Deux, vous pouvez nous marcher sur les pieds et nous insulter,
04:09mais pas pendant très longtemps.
04:10C'est un message aussi aux Européens qui ont dit
04:12« Attention, peut-être qu'on va venir chercher Groenland demain. »
04:15Et puis ça envoie un message à la Chine.
04:16Si vous nous cherchez, on est là.
04:18Ça envoie un message aussi peut-être à la Russie, un peu moins,
04:20qui est de dire « On va limiter votre sphère d'influence. »
04:23Donc c'est un peu un coup de billard à 25 bandes.
04:25Les fois où on arrête des chefs d'État en exercice,
04:29où on les met devant des juges,
04:31ce sont des événements historiques considérables.
04:33On pense bien sûr à Nuremberg, on peut penser à d'autres événements.
04:36On pense aussi à la Cour pénale internationale
04:38avec les présidents, les dirigeants serbes, par exemple.
04:41On est dans des événements extraordinairement rares.
04:43Donc c'est ça qui renforce l'image.
04:45Au fond, ce que veut la Maison-Blanche,
04:47c'est de nous raconter une jolie histoire en images,
04:49avec des images chocs qui vont devenir virales,
04:51qui vont devenir des mêmes.
04:53C'est le cas des images de Maduro.
04:54Et on va en faire un objet qu'on va balancer comme ça.
04:57Et ça correspond à ce que souhaitait Donald Trump,
05:00à la fois pour montrer sa puissance,
05:02et puis aussi parce qu'il a des élections internes,
05:03ce qu'on appelle les midterms,
05:04les élections de mi-mandat,
05:06qui arrivent très vite.
05:07Et il est en très, très mauvaise posture.
05:09Il est au plus bas dans les sondages.
05:10Donc il avait aussi besoin de cette démonstration de force
05:13pour exister,
05:14ce qu'il cherche toujours à faire,
05:15et puis pour montrer qu'il est capable en tant que président.
05:18– Sous-titrage Société Radio-Canada –
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