00:01Pensez à covoiturer.
00:03RTL Matin, Thomas Soto.
00:08Il est 8h19, 40 morts, 116 blessés et des familles endeuillées, traumatisées,
00:12qui attendent des réponses, qui veulent comprendre ce qu'il s'est passé à Cran-Montana
00:16lors de la nuit du réveillon.
00:17Alors ce matin, Marc-Olivier Fogiel, vous avez choisi de recevoir Béatrice Piyou,
00:21c'est la procureure générale du canton du Valais en Suisse,
00:24autrement dit, c'est elle qui dirige l'enquête.
00:26Et bonjour Béatrice Piyou.
00:28Bonjour.
00:29L'enquête est en cours maintenant depuis 5 jours pour déterminer les causes de l'incendie,
00:33mais aussi les potentiels dysfonctionnements.
00:35Pour démarrer, avant de développer, est-ce que vous pouvez parler de négligence à ce stade ?
00:40Alors actuellement, en effet, les principales pistes qui sont,
00:44les principales hypothèses qui sont retenues,
00:47il s'agit d'un incendie par négligence,
00:50d'une lésion corporelle grave par négligence,
00:51ainsi que d'un homicide par négligence.
00:54Ce qu'on a vu, et on en parle depuis ce matin encore sur RTL,
00:57c'est la rapidité avec laquelle le feu a pris.
01:02Cette rapidité,
01:03c'est ce qui vous fait penser qu'il y a négligence ?
01:06En fait, il faut imaginer,
01:07vous avez vu les vidéos,
01:09on peut regarder sur ces vidéos,
01:11vous voyez là un embrasement très rapide
01:14et généralisé
01:14de l'entier, du plafond,
01:17du bar,
01:18et cet embrasement généralisé a causé ensuite
01:22une augmentation fulgurante de la température
01:25qui a entraîné ce drame.
01:30Mais c'est cette mousse anti-bruit au plafond
01:33qui est au centre de votre enquête,
01:34madame la procureure générale ?
01:36Alors c'est un élément de l'enquête,
01:38mais pas que.
01:39On attend également toute une série d'autres réponses
01:42concernant notamment les sorties de secours,
01:45les moyens d'extinction,
01:47la conformité de l'entier,
01:49de l'aménagement de ce bar.
01:51On ne se limite pas à une seule piste
01:54qui est privilégiée.
01:55A ce stade,
01:56quelles sont les pistes qui sont problématiques ?
01:58Vous les décrivez toutes,
02:00tout est ouvert.
02:01A ce stade,
02:01quelles sont les pistes qui sont problématiques ?
02:02Hier, j'interviewais ce héros
02:04qui a porté secours à des blessés.
02:07Il décrivait une seule sortie de secours
02:10et encore il disait qu'elle était fermée.
02:12Il appelait ça plutôt une porte de service.
02:14Vous qui avez été sur les lieux,
02:15ça, ça vous interroge ce matin précisément ?
02:18Aujourd'hui, il y a absolument tout
02:19qui m'interroge encore, vraiment.
02:21Et c'est important aussi qu'à ce stade,
02:23ici au ministère public,
02:24ainsi qu'à la police,
02:26on aille tout qui soit ouvert
02:28et toutes les interrogations
02:29doivent trouver une réponse.
02:32C'est quelque chose qu'on doit,
02:33c'est une justice qu'on doit rendre aux victimes.
02:36Et précisément, 5 jours après,
02:38l'état d'avancée de votre enquête,
02:40elle dit quoi ce matin ?
02:41En l'état, on a vraiment,
02:43comme je vous l'expliquais,
02:44un départ de feu qui est dû à ces fontaines.
02:47Ça s'appelle effectivement,
02:48le terme technique,
02:49c'est une fontaine
02:50qui a été mise sur ces bouteilles de champagne
02:52qui a créé un début d'incendie
02:54sur le plafond
02:56qui ensuite a causé cet embrasement général.
02:59C'est vraiment là le début de l'incendie.
03:03Ça, c'est un élément qui semble aujourd'hui
03:05être vraiment établi.
03:07On doit encore analyser d'autres pistes,
03:10d'autres éléments,
03:12mais on part vraiment dans cette hypothèse-là
03:14qui est une hypothèse qui est privilégiée pour l'instant.
03:16Et sur les plans,
03:17vous avez regardé évidemment les plans du bar,
03:20est-ce qu'il vous semble,
03:21à ce stade de l'enquête,
03:22qu'il y avait suffisamment de sorties de secours ?
03:25Alors, le fait qu'il y ait suffisamment de sorties de secours
03:27ou pas est une question qui est technique.
03:29Toutes les questions techniques
03:31ont été soumises à une expertise,
03:34que ça soit du Foreign Station Institute à Zurich
03:37pour déterminer effectivement les causes de cet incendie,
03:41mais également pour déterminer
03:43si toutes les mesures à IEI sont ou non respectées.
03:47Donc, toutes les mesures et toutes les normes
03:49en matière de sécurité incendie
03:50ont été ou non respectées.
03:52Vous attendez les retours, évidemment,
03:54mais vous vous interrogez,
03:56et c'est pour ça que vous avez ouvert pour négligence,
03:58vous vous questionnez là-dessus
03:59et vous avez comme des doutes.
04:01Actuellement, vraiment, il y a des doutes sur tout.
04:03Nous, le plus important, c'est de douter.
04:06Parce que si vous partez sur des certitudes dès le départ,
04:09vous arrivez dans un effet tunnel.
04:11Et c'est quelque chose qu'on ne peut pas se permettre.
04:13Nous, aujourd'hui, il y a absolument
04:14toutes les hypothèses qui sont ouvertes
04:16et c'est essentiel de toutes les examiner.
04:19Quand le gérant disait en 2016,
04:21au quotidien régional,
04:22avoir quasiment fait lui-même,
04:23tout fait lui-même,
04:24est-ce que vous vous interrogez aussi
04:26sur le fait que pour des impératifs économiques,
04:28tout a été fait un peu de façon à la va-vite
04:32et pas forcément en respectant toutes les normes ?
04:34De nouveau, c'est vraiment toutes des questions
04:35qu'on va se poser.
04:38Il y aura quand même passablement d'auditions
04:40qui vont être menées,
04:41qui vont également porter sur ces éléments-là.
04:44Et une fois qu'on aura toutes ces réponses,
04:46on sera en mesure de dire
04:47si, effectivement ou non,
04:49il y a eu des travaux qui ont été faits à la va-vite
04:52ou non,
04:53ou est-ce que c'est des professionnels qui ont fait,
04:55est-ce qu'il y a d'autres responsabilités
04:56qui doivent également être mises en cause ?
04:59Les auditions, vous en avez déjà fait une
05:01avec Jacques Moretti et son épouse Jessica.
05:04Comment elle s'est passée, cette audition,
05:05madame la procureure générale ?
05:07Alors, c'est une audition qui s'est déroulée
05:09où les deux gérants étaient entendus
05:11à titre de personne appelée à donner des renseignements,
05:13c'est-à-dire que c'est un statut quelque peu particulier.
05:16Et là, maintenant, il y a d'autres auditions
05:19qui vont être menées envers les deux gérants
05:22avec un statut de prévenu.
05:24Ce sont des auditions qui vont être différentes.
05:28Et la question qui se pose ici,
05:30c'est parce qu'on n'a peut-être pas la même législation,
05:32c'est qu'ils soient toujours en liberté.
05:34Il n'a pas été question chez vous,
05:35éventuellement, de les mettre en prison conditionnelle
05:39ou au minimum avec un contrôle judiciaire strict ?
05:42Alors, en effet, on n'a pas du tout la même législation.
05:44En Suisse, nous, pour mettre en détention,
05:47il nous faut trois conditions.
05:49Donc, je vous passe le risque de collusion
05:50et le risque de réitération
05:51qui, là, en l'espèce, ne sont pas examinés.
05:54C'est principalement le risque de fuite.
05:56Et le risque de fuite,
05:58pour qu'on puisse mettre quelqu'un en détention
06:00sur une base de risque de fuite,
06:02on doit effectivement avoir des éléments concrets.
06:04Et là, en l'espèce,
06:06mais c'est quelque chose qui peut être amené à évoluer.
06:08Jusqu'à présent, nous n'avons pas eu d'éléments concrets
06:11qui laissent présager une fuite.
06:14Je tiens à préciser que cela peut être examiné
06:17et réexaminé à tout instant.
06:19Que risque-t-il juridiquement, madame la procureure générale ?
06:22Juridiquement, d'un point de vue pénal,
06:24il risque d'être condamné pour homicide par négligence,
06:28ainsi que lésion corporelle par négligence
06:30et, à tout le moins, incendie par négligence.
06:34Ce qu'il faut savoir aussi,
06:35c'est qu'il n'est pas impossible
06:36qu'il y ait d'autres chefs d'accusation
06:37qui s'ajoutent à cela.
06:39Selon, en tout cas, nos informations,
06:41le casier judiciaire de Jacques Moretti
06:42est assez chargé.
06:45Proxénétisme, fraude, en 2005 notamment,
06:48il a fait de la prison.
06:49Ça, ça joue dans votre enquête ?
06:51Est-ce que, notamment, quand on a un casier judiciaire tel que celui-là,
06:54ça permet d'avoir des bars qui sont ouverts comme ça,
06:59notamment à des mineurs ?
07:00Alors, actuellement, ces informations ne sont pas confirmées
07:02dans le cadre du dossier mené par le ministère public.
07:08Donc, c'est des éléments
07:09qu'il nous faut laisser encore un peu de temps
07:10pour en décider.
07:12Et d'un point de vue pénal,
07:13les secours aussi, j'imagine,
07:15font partie de votre enquête.
07:17Hier, le témoin que j'avais à ce micro
07:19dénonçait, pointait une forme de dysfonctionnement
07:22des secours qui sont arrivés très tardivement.
07:24Et il pense que, là-dessus,
07:27il y a eu du retard.
07:28Est-ce que ça, ça peut être l'objet
07:29d'une partie de votre enquête également,
07:30madame la procureure générale ?
07:32Alors, ça fait partie des éléments
07:33que nous avons très rapidement aussi examinés.
07:35Les informations qui nous sont parvenues
07:37de façon extrêmement rapide.
07:38c'est que l'alarme a été donnée de tête
07:42et sauf erreur de ma part à 1h28
07:44et que les secours,
07:46quelques minutes plus tard,
07:47étaient déjà sur place.
07:48Actuellement, dans le cadre...
07:50Mais pas en nombre suffisant.
07:51Il décrivait pas en nombre suffisant.
07:52Il disait que, notamment,
07:53des victimes qu'il a sorties,
07:54justement, de cette sortie de secours
07:56sont restées au sol 2 heures
07:58à moins 11 degrés
07:59et qu'il aurait fallu plus de moyens
08:01et qu'ils ont mis du temps à arriver, ceux-là.
08:03Alors, c'est la déclaration de cette personne.
08:07Actuellement, ce que j'aimerais
08:08déjà relever, c'est franchement...
08:10Et puis, ça, c'est essentiel.
08:11C'est la solidarité qui a prévalu
08:13pour secourir toutes ces personnes.
08:15Ça, c'est absolument remarquable et héroïque.
08:19Pour toutes les personnes,
08:20il y a des privés qui sont intervenus,
08:21il y a des professionnels qui sont intervenus.
08:23Ça, c'est déjà important de le souligner.
08:24Absolument.
08:25La vitesse à laquelle les gens sont intervenus,
08:27les professionnels sont intervenus sur place
08:29doit également être soulignée.
08:31Il y aura, bien entendu,
08:31un retour d'expérience
08:32qui devra être effectué.
08:34Chacun devra analyser
08:35où il y a des problèmes qu'il a rencontrés,
08:37ou les éléments qui se sont bien déroulés.
08:40De mon côté,
08:41au niveau des échos que j'ai obtenus,
08:44que ça soit au niveau du poste médical avancé
08:46ou également au niveau des secours de l'OCVS,
08:50il y a des éléments
08:51qui se sont extrêmement bien déroulés.
08:53Les secours ont été extrêmement bien organisés.
08:55Mais cela fait partie également.
08:57Si on a des éléments concrets
08:58qui nous démontrent
08:59que tel n'était pas le cas,
09:01il va de soi que ces pistes-là
09:02également sont ouvertes.
09:03Et madame la procureure générale,
09:04sur l'identification des victimes,
09:06on entendait ici également
09:07des témoins, notamment français,
09:08qui disaient que l'attente
09:09avait été interminable
09:10et ils pointaient du doigt.
09:12Là aussi, je comprends bien,
09:14après un drame,
09:14toutes les problématiques,
09:16mais une trop longue attente
09:18et des gens laissés seuls,
09:19sans réponse.
09:20Est-ce que là aussi,
09:21pour vous,
09:22il y a un problème à pointer ?
09:24Alors, dès les premiers instants,
09:26dès les premières minutes,
09:27on a fait appel au DVI
09:29et j'ai pu aller examiner personnellement
09:32le DVI,
09:34la façon dans laquelle il fonctionnait.
09:35Ils ont été extrêmement bien organisés.
09:37Au début,
09:38on nous parlait d'un délai d'identification
09:40de plusieurs jours,
09:42voire on parlait même de semaines.
09:44Et finalement,
09:45on a pu terminer l'identification
09:48de façon extrêmement rapide.
09:51Je souligne également
09:52que toutes les autorités
09:53nous ont félicité
09:54sur la façon dans laquelle
09:55cette identification
09:56avait été menée.
09:58Est-ce que vous avez reçu
09:59des plaintes
09:59de familles de victimes,
10:01françaises ou autres,
10:02ou pas encore ?
10:05Alors, il faut savoir,
10:06c'est qu'actuellement,
10:07on a énormément de courriers
10:08qui nous est parvenus,
10:09énormément de courriels également
10:10qui nous sont parvenus.
10:12Il y a déjà des plaintes
10:13qui nous sont parvenues.
10:14Elles vont arriver petit à petit.
10:15Pour conclure
10:15et revenir un tout petit peu en arrière,
10:18on parlait donc
10:18des premières auditions
10:20des gérants
10:21dans un statut particulier.
10:22Ils changent de statut aujourd'hui.
10:24La prochaine audition
10:24est prévue quand,
10:26Madame Piou ?
10:27La prochaine audition
10:27des prévenus
10:28doit encore être mise sur pied.
10:30Il y a un délai
10:30qui leur a été accordé
10:31pour se constituer un avocat.
10:34Vous ne pouvez pas mener
10:35une audition d'un prévenu,
10:36en tous les cas ici,
10:37compte tenu des chefs d'accusation
10:38et des enjeux,
10:39sans qu'il y ait un avocat.
10:41Donc, tout ça doit encore
10:42se mettre en place,
10:44mais ça ne serait tardé.
10:45Se serait tardé,
10:46on peut imaginer
10:46que dans la semaine,
10:47ils seront maintenant
10:48entendus en tant que prévenus
10:50par vous-même.
10:52Alors,
10:52ils seront probablement
10:53entendus assez rapidement,
10:55obligatoirement par moi-même.
10:56Il faut savoir vraiment
10:57qu'on collabore étroitement
10:58avec la police
10:59et toutes les premières mesures
11:00d'enquête,
11:01ici en Valais,
11:02à tout le moins,
11:02sont effectuées
11:03par la police
11:04sur mandat du procureur.
11:06Merci d'avoir été
11:07en ligne avec nous,
11:08Madame la procureure générale,
11:09pour ces premiers mots
11:12aux Français.
11:13Merci à vous.
11:13Merci à vous.
11:14Merci.
11:15Merci.
11:17Merci.
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