00:00Patrick, le Mercosur, cette fois, c'est sûr.
00:02Oui, c'est sûr. L'Italie va dire oui.
00:04Giorgia Melloni, qu'Emmanuel Macron avait convaincu en décembre de le soutenir
00:07dans sa demande de report d'un mois, ne fait plus obstacle.
00:10Et sans les Italiens, les derniers pays opposants, France, Pologne et Hongrie,
00:15ne sont plus en mesure de former une minorité de blocage à cet accord commercial
00:18en discussion depuis 25 ans.
00:20Le vote formel au sein des 27 pourrait avoir lieu vendredi à Bruxelles
00:25et dans la foulée, Ursula von der Leyen ira en Amérique latine
00:28pour signer avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay.
00:32Événement qui sera vécu en France comme un drame par une partie du monde agricole,
00:36dénoncé comme un choc et une humiliation par la plupart des forces politiques
00:40et comme un discrédit supplémentaire pour le président qui avait promis de l'empêcher.
00:44Il est vrai qu'Emmanuel Macron s'est tellement enferré dans le refus de cet accord,
00:49lequel a été tellement caricaturé, qu'il est devenu difficile de présenter les choses autrement.
00:54Pourquoi est-ce que vous dites caricaturé ?
00:55Parce que si on regarde précisément les choses, le Mercosur n'est pas le monstre
00:59qui va ruiner notre agriculture, éradiquer nos éleveurs et empoisonner les consommateurs.
01:04Pour la viande importée, le point le plus sensible,
01:08l'accord prévoit un quota supplémentaire annuel pour toute l'Europe
01:12de 99 000 tonnes de bœuf sur un marché de plus de 6 millions de tonnes,
01:17soit 1,6% de la production totale, un steak par an et par européen.
01:23Pour les volailles, c'est 180 000 tonnes, 1,4%, soit moins que le volume importé
01:28ces dernières années de poulet ukrainien.
01:30Mais c'est potentiellement de la viande aux hormones, Patrick ?
01:32Je sens que vous allez me dire non.
01:33Non, en théorie, parce que c'est interdit en Europe,
01:38ni hormones ni antibiotiques, et ça continuera d'être interdit.
01:41Mais cela pose, c'est vrai, la question des contrôles et de leur fréquence.
01:46C'est un point central dans les modalités d'application de l'accord.
01:49En contrepartie, le traité ouvrirait aux Européens un marché de 270 millions de consommateurs,
01:54marché aujourd'hui très protégé, avec des droits de douane de 20 à 30%,
01:58qui demain seraient réduits à zéro, et qui représenterait une aubaine pour les filières industrielles
02:02à forte valeur ajoutée, automobiles, aéronautiques, pharmacies, produits de santé, chimie,
02:07activités de services, où la France est bien placée, et dans le domaine agricole,
02:11vin et fromage, avec protection des AOP, ce qui interdirait le faux champagne,
02:15le faux parmesan ou le faux roquefort.
02:17Il y a là un enjeu économique et industriel considérable,
02:20dont on ne parle presque jamais, sauf quelques fois dans les chroniques de Dominique Seux,
02:24et qui n'est défendu par personne dans le débat public,
02:28au point de laisser croire que le Mercosur n'est qu'une diabolique invention bruxelloise
02:33destinée à nous inonder de bœufs aux hormones et à faire disparaître nos éleveurs.
02:36Remarquez, c'est déjà à peu près ce qu'il disait du CETA,
02:39l'accord de libre-échange avec le Canada,
02:41qui a permis à la France depuis 8 ans de tripler son excédent agricole avec ce pays.
02:46Un dernier argument, enfin, pour ce traité indéfendable,
02:50la géopolitique, alors que Trump nous a déclaré la guerre commerciale
02:55et qu'il veut régner en maître sur le continent américain,
02:57l'Europe dispose d'une opportunité unique de faire pièce
03:00à la puissance états-unienne sur son propre terrain,
03:03dans une sorte de réplique au coup vénézuélien.
03:06Merci Patrick Cohen.
03:08Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Commentaires