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  • il y a 2 mois
Victime de menaces, le maire d'Alès Christophe Rivenq a été exfiltré de son domicile par le Raid, dans la nuit de lundi 20 à mardi 21 juillet. 

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Transcription
00:00Est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui s'est passé et est-ce que ça va aujourd'hui
00:04?
00:05– Écoutez, bonjour, raconter ce qui s'est passé, je l'ai raconté un peu,
00:09mais je n'ai pas souhaité non plus faire plus de communication que cela à l'époque.
00:14Ce qui s'est passé, ce que vous avez expliqué, je reçois, enfin mon épouse reçoit
00:17d'un botonnet des menaces, un courrier, des balles à l'intérieur, des tags sur mon mur.
00:21Voilà, les enquêteurs arrivent, les parquets se saisissent, les autorités s'inquiètent
00:27et effectivement prennent l'affaire très au sérieux.
00:29Et puis quelques jours après, le ministre de l'Intérieur m'appelle,
00:32alors que je n'avais pas repris une activité totalement normale, mais quasiment,
00:35sans être protégé et autres.
00:37Et le ministre de l'Intérieur m'appelle lui-même à 23h pour me dire
00:41on a des informations assez inquiétantes, de sources assez sûres,
00:44donc je ne prends pas de risques, je vous envoilerai, on vous exfiltre,
00:48le préfet arrive chez vous et donc vous prenez deux affaires de toilettes,
00:52une brosse à dents et on vient vous chercher.
00:55– Et c'est le ministre de l'Intérieur lui-même qui à 23h03 vous appelle et vous dit il
00:59faut partir.
00:59– Je suis directement de son portable sur mon portable, il se trouve qu'on se connaît un petit peu,
01:02il me dit il faut partir et le raid arrive et là c'est assez sidérant.
01:08Alors mon épouse est bien sûr stressée, moi j'arrive un peu à garder la tête froide
01:12et voilà, et donc là deux vannes arrivent avec une voiture, des policiers armés,
01:19voilà, c'est hyper professionnel, on m'embarque dedans et on me met en sécurité
01:24sans que je puisse prévenir mes proches et ça c'était un peu la chose la plus importante.
01:29Voilà et puis après je reprends une vie normale dès le lendemain,
01:31je reviens au travail escorté par le raid en l'occurrence.
01:34– Sous escorte du raid, j'avais un séminaire avec les maires de mon agglomération
01:38que j'ai l'honneur de présider, donc voilà, j'ai repris, je n'ai pas arrêté un jour de
01:43travailler.
01:43– Vous n'avez pas eu peur ?
01:44– Alors, non en fait, je n'ai pas vraiment eu peur parce que je pense que c'est…
01:48alors est-ce que c'est l'adrénaline, la sidération, le fait de se dire que tout ça n'est
01:52qu'un mauvais rêve,
01:53le fait de peut-être pas croire que la DZ avait un intérêt vraiment à me faire disparaître,
01:58le fait peut-être de dire aussi que s'ils avaient voulu, vous savez, moi je suis un maire présent,
02:02je roule en vélo dans ma ville, je marche à pied, je conduis ma voiture,
02:05si on avait voulu attendre ma vie, j'osais penser qu'on n'allait pas m'envoyer des balles
02:10mais que je prendrais un coup de rafale dans ma voiture ou sur mon vélo.
02:13Donc je voulais croire à l'intimidation, je me dis à ce moment-là qu'effectivement,
02:18peut-être que c'est pour se rassurer que tout ça est lié au fait que peut-être j'ai
02:21pris des décisions
02:22qui n'allaient pas dans le sens de ce que certains souhaitaient.
02:25– Quelles décisions ?
02:26– Un certain nombre de décisions.
02:27– À l'aise, dans le Gard évidemment, 46 000 habitants, une lutte des territoires,
02:33j'ai presque envie de dire que vous êtes aussi le symptôme de cette France
02:36où désormais la lutte contre le trafic de drogue c'est absolument partout,
02:41c'est partout, c'est dans toutes les communes, de toutes les tailles,
02:44la vôtre est conséquente mais c'est également désormais aussi dans le monde rural,
02:49c'est ce basculement, pourquoi vous, pourquoi à l'aise ?
02:52– J'en sais rien, j'espère que l'enquête le dira, les magistrats le diront,
02:55ce que je veux dire c'est qu'à l'aise, et c'est aussi la raison de ma présence
02:58sur ce plateau,
02:59c'est pour dire aussi qu'à l'aise c'est pas ce qu'on veut en dire ou ce
03:01que cette affaire veut dire,
03:03à l'aise c'est une ville magnifique, à l'aise c'est la capitale des Cévennes,
03:06à l'aise c'est une ville, aujourd'hui il fait bon vivre, à l'aise c'est une ville
03:09qui est la ville la plus dynamique de France démographiquement,
03:11donc depuis 6 ans on est la ville de France, devant Toulouse, devant Montpellier, voilà,
03:15donc c'est qu'il se passe quelque chose, il y a une qualité de vie à nul autre pareil
03:18dans notre territoire.
03:18– Vous avez bien raison de le dire.
03:19– Voilà, c'est aussi pour ça, et parallèlement il y a comme dans toutes les villes, des lieux très
03:25anciens,
03:25par exemple les Cévennes dont on parle aujourd'hui, c'est un quartier où il y a toujours eu des
03:28points de deal.
03:28– Et monsieur le maire, est-ce que ça a donné un sens supérieur à votre fonction ?
03:33Je veux dire, vous êtes maire, vous l'avez dit, vous roulez en vélo, vous êtes proche de vos habitants,
03:37mais là c'est différent, on parle de la possibilité de la disparition de la République sur un territoire,
03:42est-ce que vous vous êtes senti un soldat pour la République qui désormais est en enjeu dans certains territoires
03:48?
03:49– Oui, un peu, pour tout vous dire, je pense que quand vous vous présentez la fonction de maire,
03:52vous savez que, peut-être pas ce genre de choses, je ne l'avais pas imaginé,
03:55mais vous pouvez être soumis à des pressions, à des tentatives de corruption,
04:00voilà, ça vous le savez, donc vous vous y préparez, vous ne pouvez pas diriger une ville,
04:03mon agglo fait 150 000 habitants, c'est la 29e de France, c'est assez gros,
04:07j'ai 71 communes, donc si vous voulez, on ne peut pas dire qu'on y va comme ça,
04:10donc ça, on s'y prépare, pas à ça, certes, et on s'y prépare,
04:13et du coup, c'est vrai qu'on prend ce rôle très à cœur,
04:15et si je suis présent aussi sur un plateau, alors que je n'ai pas souhaité vraiment très médiatiser,
04:20j'ai fait le choix de rester dans ma ville, j'aurais pu essayer d'occuper d'autres mandats nationaux,
04:25moi ce qui m'intéresse, c'est ma ville, c'est parce que je veux aussi porter la voix de
04:28tous ces élus,
04:28vous l'avez dit à juste titre, là où l'État ne peut pas être présent, les maires sont présents,
04:33et nous sommes officiers d'État civil, nous sommes officiers de police judiciaire,
04:37le dernier rempart, sans nous, sans les maires, et je ne veux pas être leur porte-parole,
04:40je ne me permettrai pas, mais je veux être l'un d'entre eux, sans nous les maires,
04:43il n'y a plus de France, il n'y a plus de République, et on revient à ce qu
04:46'on a connu,
04:47ce déclassement, vous savez, excusez-moi, je veux juste dire quelque chose pour ne pas oublier de le dire,
04:51qui me tient à cœur, je dis souvent depuis 10 ans, mais ma voix n'était pas tellement audible jusqu
04:54'à présent,
04:55si elle l'est un peu plus maintenant, j'aurais au moins gagné ça,
04:57c'est que 80% des Français habitent dans des territoires comme le mien,
05:01des villes à taille humaine, la ruralité, et à peine un peu plus de 20% dans les métropoles.
05:04On ne parle que des métropoles, et on ne parle pas des territoires,
05:07c'est ce qui a conduit au gilet jaune à une époque,
05:09et je souhaite que cette affaire permette aussi de dire que tous ces invisibles doivent être montés et assistés.
05:14Et je vais même vous dire que c'est une question qui, ici, en tout cas, moi, m'habite en
05:18permanence,
05:18et en particulier à l'aube de cette année démocratique si importante.
05:26Et je vais repartir de la métaphore du soldat qui est invoquée à l'instant,
05:29parce que vous disiez, j'ai été peut-être où j'étais inaudible avant,
05:32j'ai le souvenir, il y a deux ans, du ministre de l'Économie, M. Le Maire,
05:36qui est allé témoigner devant le Sénat, disant,
05:39nous sommes en face aujourd'hui d'organisations criminelles qui ont les moyens d'État
05:43et qui nous livrent une guerre.
05:45C'est d'ailleurs les mots qui sont aujourd'hui employés.
05:48On est en guerre contre les narcotrafiquants.
05:51Est-ce qu'on doit penser, si on est en guerre, aller au bout de la logique
05:54et mobiliser des moyens militaires pour faire face à la menace?
05:58Et j'ajoute, est-ce que dans un scénario où ce genre de menace sur des maires se multiplie,
06:04est-ce que nous aurons les moyens de tous les protéger?
06:06Parce qu'il y a, à terme, risque de débordement.
06:08Si c'est cinq maires, dix maires, vingt maires qui se retrouvent dans le collimateur
06:11comme vous l'avez été, bien, j'imagine qu'on sera impuissant aussi à les protéger.
06:15Et c'est à ce moment-là que la menace et que l'intimidation sera opérante.
06:20Écoutez, c'est vrai.
06:21Et le souci, c'est que c'est pour ça que je voudrais remercier aussi
06:24toutes celles et ceux qui se sont mobilisés dans cette affaire.
06:26Tous les ministres du Président de la République,
06:28à tous les ministres qui m'ont appelé, qui m'ont assuré leur soutien.
06:31L'État qui a été très présent, les protections qui m'ont été accordées,
06:34ça montre bien que l'État, et ça c'est une bonne chose aussi pour notre démocratie,
06:38pour notre République, l'État ne veut pas faillir dans cette affaire
06:41et veut taper un grand coup parce qu'à travers un maire, comme ça a été dit,
06:45à travers moi en l'occurrence, mais tous les maires qui peuvent être menacés,
06:47je ne suis pas le seul à être menacé à ce niveau-là sûrement,
06:50sont des représentants de l'État.
06:51C'est une guerre ?
06:52C'est une guerre.
06:53Alors, je ne veux pas embrouiller des grands mots,
06:54parce qu'en plus en campagne présidentielle, là, tous les sujets sont sur la table.
06:56En tout cas, c'est une lutte implacable que nous devons mener contre le narcotrafic
07:00pour deux raisons.
07:00Pour moi, la première, c'est que c'est le problème de santé publique déjà,
07:03au-delà même du problème, on va dire, des mafias qui s'installent.
07:08Et puis après, c'est à dire notre jeunesse.
07:10Parce que comme je dis souvent, on a des jeunes qui, pour certains,
07:12quand ils pensent qu'ils n'ont pas d'avenir dans ce pays,
07:15qui se tournent vers cet argent facile que peut représenter le trafic de drogue.
07:20Et c'est là-dessus où les maires que nous sommes,
07:22et c'est là où on a un rôle majeur dans ce pays,
07:23c'est pour ça que les territoires sont plutôt la solution que le problème,
07:26contrairement à ce que certains disent dans cette campagne présidentielle,
07:29ou même le président du MEDEF qui disait,
07:31il y a un problème sur les collectivités locales.
07:32Je crois qu'il faut recentrer le débat,
07:34et que les maires peuvent être la solution à beaucoup de problèmes,
07:36parce que nous faisons de la prévention aussi.
07:37Moi, j'ai des organismes de prévention,
07:39parce que si on ne prévient pas, si on ne travaille pas sur le développement,
07:42sur l'enseignement supérieur, sur la formation auprès des jeunes,
07:44on va dériver vers ça.
07:46C'est comme ça que les pays dérivent.
07:47Quand on ne s'occupe plus de la jeunesse,
07:48la jeunesse va vers ce qui est le plus simple.
07:50Et ça, c'est le rôle aussi des maires.
07:52Christophe Rivanck, vous évoquiez aussi votre épouse,
07:54je voudrais quand même qu'on ait un mot.
07:56Comment va-t-elle, comment a-t-elle vécu ce moment ?
07:58Est-ce qu'elle a pu reprendre une vie normale ?
08:02Déjà, elle est merveilleuse, parce qu'elle m'a soutenue.
08:06Elle reprend une vie normale, elle a repris le travail,
08:09elle est courageuse, elle ne m'a aucun moment demandé
08:12de choisir entre elle et le boulot,
08:13parce qu'elle aurait pu, comme j'ai dit,
08:15je n'étais jamais question pour moi de démissionner,
08:17mais si elle m'avait dit, écoute, c'est pas possible,
08:19je ne peux pas vivre comme ça, qu'est-ce que j'aurais fait ?
08:21Et donc, voilà, non, elle est en grande souffrance encore,
08:24elle est suivie, et c'est pour moi, on va dire,
08:27ma principale avec mes proches en général,
08:29c'est ma principale préoccupation aujourd'hui,
08:30avec mes habitants qui sont mes proches quelque part,
08:33mais qui me renvoient aussi tellement d'amour en ce moment,
08:35tellement de soutien,
08:36que ça me donne peut-être une force aujourd'hui,
08:39et ça peut, et si je peux dire ça aussi à mes collègues,
08:42il ne faut pas lâcher,
08:44parce que les gens attendent de nous qu'on soit là-bas.
08:45Mais je suis frappée, monsieur le maire,
08:48vous êtes un battant,
08:50vous y êtes à fond, vous en faites un combat politique,
08:52et vous avez bien raison,
08:54mais lorsque je vous pose la question,
08:55effectivement, de la manière dont vous l'avez humainement vécu,
08:57ou votre épouse l'a humainement vécu,
08:59c'est là que je sens l'émotion qui reprend le dessus,
09:02parce que j'imagine effectivement que,
09:04parce que comme tout élu,
09:05vous vous dites tout ce qui m'arrive,
09:06de toute façon, c'est un combat politique,
09:09mais ce qui vous arrive n'est pas normal, monsieur le maire,
09:11ce qui vous est arrivé n'est pas normal.
09:13Non, je ne crois pas, effectivement.
09:14Ça n'est pas normal.
09:15Dans une démocratie, ce n'est pas normal,
09:17je ne m'y attendais pas,
09:18et effectivement,
09:21enfin, ce que je veux dire aussi,
09:22c'est que je suis protégé, vous l'avez dit.
09:24Vous continuez à l'être ?
09:24Je remercie, je continue à l'être, bien sûr,
09:26j'ai trois officiers de sécurité,
09:28une voiture blindée,
09:29mais c'est de l'enfer au quotidien.
09:30Ça veut dire que je suis victime,
09:32et c'est comme si j'avais un bras électronique au pied,
09:33tous mes déplacements doivent être organisés,
09:36où je vais, à quelle heure,
09:37on a un précurseur qui vient sur place,
09:40voilà, donc là-dessus, la République,
09:42mais je vis quelque part...
09:43Combien de temps ? Est-ce qu'on vous dit ?
09:45Eh bien non, mais je ne sais rien.
09:45Qu'est-ce qu'on vous dit ?
09:46Je rencontre Laurent Nunez tout à l'heure,
09:47qui me reçoit gentiment,
09:49après son retour de Mayotte,
09:50peut-être qu'on va en discuter,
09:51mais tant que l'affaire, me dit-on,
09:52on n'est pas réglé,
09:53qu'on n'a pas trouvé les coupables,
09:54c'est compliqué de diminuer une protection,
09:58tant qu'il y a un risque aussi minime soit-il,
10:00voilà, donc,
10:01et une fois de plus,
10:02parce que je crois qu'on ne remercie pas
10:03après ceux qui...
10:05suffisamment,
10:05j'ai des hommes formidables
10:06qui m'assistent,
10:07et je veux remercier vraiment tout ça.

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