00:00Allez, 18h42 sur Europe 1 et sur CNews, on va changer de sujet.
00:04On va saluer Jean de Glynyasty, ancien ambassadeur de France en Russie.
00:08Merci, bonsoir d'avoir accepté notre invitation et surtout de réagir,
00:12puisque Vladimir Poutine s'est exprimé en longueur comme il en a l'habitude aujourd'hui.
00:18Je propose d'écouter un premier extrait où il dit clairement que la balle,
00:24il s'agit bien sûr du conflit entre l'Ukraine et la Russie,
00:26mais la balle est dans le camp de l'Occident.
00:29On l'écoute, on réagit et on ouvre le débat avec nos invités ce soir.
00:34La balle est entièrement dans le camp de nos adversaires occidentaux,
00:38les dirigeants du régime de Kiev et leurs sponsors européens en premier lieu.
00:42Nous sommes prêts à la fois pour des négociations
00:44et à mettre fin au conflit par des moyens pacifiques.
00:49Nous sommes prêts à travailler avec vous, avec le Royaume-Uni,
00:53avec l'Europe dans son ensemble et avec les Etats-Unis.
00:56mais sur un pied d'égalité et dans le respect mutuel.
01:03D'ailleurs, si nous y parvenons enfin, tout le monde en tirera profit.
01:06Jean de Glynyesti est avec nous, donc ancien ambassadeur de France en Russie.
01:15Comment avez-vous trouvé l'intervention de M. Poutine ?
01:19Quelle réaction ?
01:21Notamment quand il dit la balle est dans le camp de l'Occident.
01:24Quel est votre regard ?
01:25C'est la position russe classique, c'est de dire que les Russes sont prêts à la négociation
01:32et c'est les Européens qui empoisonnent, si je puis dire,
01:36l'accord qu'ils avaient passé avec les Américains.
01:39Donc il répète qu'il est prêt à négocier, qu'il est prêt à négocier avec les Américains.
01:44Il rappelle ce qu'il appelle l'entente d'encourage,
01:48les grands principes de la paix négociés avec les Américains.
01:52Et en gros, ce qu'il veut dire, c'est que les empêcheurs de négocier en rond,
01:56ce sont les Européens qui ont alourdi la barque
02:00alors que la Russie, a-t-il dit, a déjà fait des concessions importantes.
02:04Donc la balle est dans le camp des Européens.
02:07En fait, ça convainc peut-être l'opinion russe, mais personne d'autre en fait.
02:14Jean de Glynyesti, pour les auditeurs d'Europe 1 et les spectateurs de CNU,
02:17j'ai une seule question à vous poser.
02:19Enfin, j'en ai plusieurs évidemment, mais celle-là me paraît essentielle et si importante.
02:23Est-ce que vous avez le sentiment que Vladimir Poutine,
02:25en fonction de ce que vous avez pu entendre aujourd'hui, veut réellement la paix ?
02:31Mais il veut la paix à ses conditions.
02:33Il les a rappelées.
02:35Alors, il y a quand même un doute, mais disons, ses conditions telles qu'il les a posées,
02:39c'est la reconnaissance des quatre régions,
02:43qu'il n'a pas d'ailleurs complètement annexées,
02:45mais qu'il a inclus dans le territoire russe constitutionnellement,
02:50c'est-à-dire Lugansk, Donetsk, Zaporizhia, Kherson et la Crimée, bien sûr.
02:56Ensuite, et surtout, ce qui pose un problème, c'est toujours un peu flou,
03:01l'éradication des causes profondes de la guerre,
03:05dans lesquelles il inclut à la fois la langue russe,
03:09l'église orthodoxe russe, la neutralité vis-à-vis de l'OTAN,
03:15et, il l'a dit aussi, un changement de gouvernement en Ukraine,
03:19ce qui commence à charger la barque et à devenir difficile.
03:24Alors, ça, c'est ce qu'il dit.
03:25Alors, ensuite, s'il y a quand même un doute sur la tentation qu'il pourrait avoir d'aller plus loin,
03:33notamment s'il n'y a pas d'accord sur ce premier paquet, s'il ose dire.
03:37– Jean de Guignasti, quand Poutine dit, et c'est une phrase choc,
03:42il dit « je ne suis pas responsable des morts en Ukraine »,
03:45sincèrement, quand un chef d'État refuse même l'idée de responsabilité,
03:50est-ce que, quelque part, on ferme la porte à la paix, quoi ?
03:54– Ah, c'est le grand débat entre la paix et la justice.
04:02C'est sûr que si on fait la paix, on fera la paix avec Poutine,
04:06et donc ça supposera que Poutine ne soit soumis à aucune poursuite
04:10et qu'aucun des Russes ne soit soumis à une poursuite.
04:13D'ailleurs, dans le plan 28 points de Trump,
04:17qui a été négocié entre Wittkoff et Dmitriev, les deux envoyés spéciaux,
04:22il y avait une clause d'amnistie,
04:24et la clause d'amnistie est inséparable d'un accord de paix, bien évidemment.
04:28– Petit tour de plateau, peut-être, François de Rougy,
04:31sur l'intervention de Poutine, qui est sans surprise, en fait.
04:36– Oui, je crois que…
04:36– Il n'y a pas de surprise, Poutine a fait du Poutine.
04:38– Voilà, comme l'a dit Jean de Glynyesti,
04:41l'ancien ambassadeur de France en Russie,
04:44c'est le discours récurrent de Vladimir Poutine.
04:46Il dit toujours que si ça n'avance pas, c'est de la faute des Occidentaux
04:50qui soutiennent l'Ukraine et du président Zelensky.
04:53On voit bien que, quand même, à plusieurs reprises,
04:55y compris quand le président des États-Unis a fait un peu pression
04:59sur Vladimir Poutine, bon, ça dépend un peu des moments,
05:02mais il y a eu des moments où il a fait un peu pression,
05:05Vladimir Poutine s'est un peu dérobé, quand même,
05:07c'est-à-dire qu'il n'est pas dans le côté,
05:09on va se mettre à la table des négociations,
05:11je vais rencontrer Zelensky ou ce genre de choses.
05:13Bon, c'est quand même une partie du problème,
05:16je ne dis pas que c'est la totalité du problème,
05:18c'est quand même une des grandes parties du problème,
05:19sachant que c'est quand même, il est à la tête de la Russie
05:21qui a agressé l'Ukraine.
05:23Et qu'on voit bien qu'aujourd'hui,
05:24même si Zelensky ne l'a pas dit ouvertement,
05:26parce que c'est très difficile à assumer en Ukraine,
05:28il est quand même prêt à faire, au moins,
05:31si ce n'est un accord de paix, en tout cas,
05:33un arrêt des combats en enterrinant
05:37les conquêtes territoriales russes sur l'Ukraine.
05:40Donc, il n'y a plus beaucoup de raisons pour Poutine
05:44de s'opposer à ce qu'une vraie négociation s'entame
05:47et qu'elle aboutisse à un accord de paix
05:49qui ne serait peut-être pas durable, d'ailleurs,
05:50mais qui, au moins, permettrait et à la Russie
05:53et à l'Ukraine de cesser cette guerre.
05:56Donc, on voit, moi, c'est mon analyse depuis le début,
05:59qu'elle risque d'être un peu comme la guerre
06:01entre l'Iran et l'Irak il y a 40 ans,
06:03une guerre qui a duré 8 ans et qui n'a servi à rien.
06:05C'est-à-dire qu'à la fin, l'Iran et l'Irak
06:07étaient à peu près sur les mêmes positions
06:08qu'après 8 ans de guerre,
06:10que quand la guerre a été déclenchée.
06:12Est-ce que la Russie et l'Ukraine ont envie de vivre cela
06:15pendant encore je ne sais combien d'années ?
06:18Ça va faire bientôt 4 ans quand on sera au début de l'année prochaine.
06:22Autre réaction de Poutine ou de prise de parole
06:25sur le gel des avoirs.
06:27Alors, c'est écouter ce qu'il dit.
06:30Le vol, c'est la soustraction furtive d'un bien.
06:34Mais dans ce cas, ils essaient de le faire au grand jour.
06:38C'est un braquage.
06:41Mais pourquoi ce n'est pas possible de commettre ce braquage ?
06:43Parce que les conséquences pour les braqueurs
06:45peuvent être très lourdes.
06:49Comment voyez-vous l'évolution de la chose
06:52après une telle prise de parole, Jean-Noglignasti ?
06:54Je crois qu'à l'époque,
06:57il n'était pas tout à fait au courant
06:59que finalement l'Union européenne
07:01avait décidé de ne pas confisquer les avoirs russes.
07:04Si elle l'a fait,
07:06c'est qu'elle a estimé
07:07que les inconvénients
07:09pour la stabilité financière de la zone euro
07:12et les risques juridiques
07:14étaient excessifs.
07:15Et donc, on a pris la deuxième option
07:18proposée par la Commission
07:19qui était un prêt à l'Ukraine
07:22garanti, un prêt européen en fait.
07:24en euro-obligation
07:26de 90 milliards.
07:29Mais évidemment,
07:30ça ne règle pas le problème
07:31de l'impécuniosité des Européens
07:33et de la difficulté
07:35que les Européens,
07:36tout seuls, sans les Américains,
07:38auront à financer
07:39l'effort de guerre ukrainien
07:41dans la durée.
07:42Donc, en fait,
07:44il pousse un cri de triomphe
07:46en disant « rara rara ».
07:47Mais en fait,
07:48l'Union européenne a pesé le pour et le contre
07:50et elle a décidé que finalement,
07:52c'était trop risqué
07:53de confisquer les avoirs russes.
07:56Merci pour votre regard
07:57et ce déclipe-tage,
07:58Jean-Luc Lignastie.
07:59Je rappelle que vous êtes
08:00un ancien ambassadeur
08:01de France en Russie.
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