00:00Ressentez, évitez de grignoter.
00:02RTL Matin
00:03Il est 7h39, Langue Éco, François Langlais.
00:07La France s'opposera de manière très ferme au Mercosur si l'Europe veut passer en force.
00:11C'est Sébastien Lecornu qu'il a dit hier à l'Assemblée,
00:13Emmanuel Macron y est aussi allé de sa déclaration musclée.
00:17Et c'est vrai que sur le sujet, François, on a décidé de montrer nos muscles,
00:19mais la raison du plus fort est-elle toujours la meilleure ?
00:22Écoutez, vous savez que c'est la journée clé aujourd'hui pour ce traité commercial entre l'Europe et le Mercosur.
00:27Mercosur, c'est la zone regroupant plusieurs pays d'Amérique latine,
00:30notamment le Brésil et l'Argentine.
00:33Un accord qui abaisserait les droits de douane entre les deux zones pour développer le commerce.
00:38Aujourd'hui aura lieu un Conseil européen qui pourrait donner mandat à la présidente von der Leyen
00:43de signer cet accord au Brésil.
00:45Elle veut le faire samedi prochain.
00:46Alors, pour autant qu'on puisse comprendre ce que dit Emmanuel Macron,
00:50pas facile, hein, aux dernières nouvelles, la France est contre.
00:54Et elle tente de rallier à son refus, outre la Pologne et la Hongrie,
00:57l'Italie, ce qui ferait capoter l'affaire.
00:59Alors que l'Allemagne et l'Espagne sont, elles, au contraire, très très pressantes pour conclure.
01:04Bon, mais essayons de comprendre de quoi on parle.
01:06Qu'est-ce qui explique les réticences de Paris ?
01:08L'actuelle crise de l'élevage bovin, qui a chauffé à blanc nos éleveurs,
01:12n'ont pas que la menace soit considérable pour eux.
01:14Nos importations de viande d'Amérique du Sud,
01:17au plan européen, c'est 3% seulement.
01:19C'est pas beaucoup.
01:20Et en France, c'est beaucoup moins.
01:21Mais c'est une tuile de plus qui tombe sur les fermes.
01:25Après la dermatose, la chute de la consommation,
01:28le renchérissement de l'énergie,
01:29les normes, beaucoup plus exigeantes que chez les concurrents,
01:32les exploitations de taille trop modeste,
01:34et avant de nouvelles baisses des aides de la PAC.
01:37Ça va faire très mal, ça.
01:38Nous avons une agriculture mal en point.
01:41Son problème, c'est pas l'Amérique du Sud,
01:43mais c'est surtout la concurrence intra-européenne et celle de l'Ukraine.
01:46Le fait de ne pas signer cet accord
01:48laissera donc en l'état ces problèmes de compétitivité.
01:52C'est purement politique.
01:54Il y a un secteur, en revanche,
01:55qui pourrait vraiment morfler avec l'accord.
01:57C'est la filière sucrière française
01:58qui ferme déjà une usine par an
02:01et qui pourrait être ratatinée.
02:03Mais si on prend le problème dans l'autre sens,
02:04est-ce qu'il y a quelque chose à gagner avec cet accord pour nous ?
02:06Oui, oui, oui.
02:07La baisse des droits de douane sur les vins et spiritueux, par exemple.
02:10Sur l'aéronautique, sur le lait et le fromage aussi.
02:13Sur l'automobile, en fait, on n'est que peu concerné.
02:15Parce que Renault est très actif en Amérique du Sud,
02:17mais il produit là-bas...
02:18Plus les Allemands sur l'automobile.
02:19C'est ça.
02:20Vous savez, le libre-échange, c'est toujours la même histoire.
02:23Ça affaiblit les faibles et ça renforce l'effort.
02:26Bon, mais au total, il faut le signer
02:27ou il ne faut pas le signer, cet accord ?
02:29Écoutez, il y a un argument géostratégique.
02:32Dans le climat de guerre entre les grands blocs,
02:33l'Europe a quand même tout intérêt
02:35à se rapprocher de l'Amérique latine
02:36plutôt qu'à rester isolée
02:38et à laisser ses pays sous influence américaine ou chinoise.
02:41Ça, c'est vrai.
02:42Et ça milite plutôt pour signer.
02:43Maintenant, cet accord est un peu court.
02:46C'est un accord commercial comme on les faisait avant.
02:50Il gagnerait à être élargi
02:51en associant les aspects stratégiques,
02:53la défense,
02:54ou bien des engagements sur la fourniture de matières premières
02:57comme les terres rares,
02:58ou bien encore des investissements communs.
03:00Vous savez, c'est la grande leçon de Trump
03:02que l'Europe n'entend pas encore.
03:04L'accès au marché européen, ça vaut cher.
03:06Ça vaut plus cher
03:07que la simple ouverture commerciale réciproque.
03:10Et en tout cas, ça nous promet un Conseil européen
03:12assez musclé pour aujourd'hui.
03:13Merci.
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