00:00Est-ce que vous voulez que je vous donne une information
00:04qui n'est jamais quasiment arrivée en France, madame, messieurs ?
00:09Allez-y.
00:11Le président Sarkozy vient de vendre 98 610 livres
00:17entre le 10 décembre et le 14 décembre, c'est le chiffre GFK.
00:2298 610 livres de Nicolas Sarkozy vendus.
00:27Et là, je me tourne vers un homme qui connaît particulièrement bien cela, Richard Millet.
00:32Le chiffre GFK, c'est le chiffre officiel.
00:36En quatre jours, ça montre d'ailleurs que la crise du livre en France, ça me fait sourire.
00:41Quand tu as un livre qui intéresse les gens, il l'achète.
00:47C'est que l'offre n'est peut-être pas bonne.
00:50J'entends bien, il ne peut pas avoir tous les jours un livre de Sarkozy qui sort.
00:54Mais Jean-Michel Apathy, je crois qu'il en a vendu, sa mère lui l'a acheté, son frère, il en a vendu 12.
01:02Mais c'est vrai.
01:04Mais c'est vrai.
01:05Il en a vendu combien ?
01:062000, je crois.
01:07Il en a vendu 2000.
01:08Il est passé partout.
01:10S'il a vendu 2000 Apathy alors qu'il a une surface quand même.
01:14Bien sûr.
01:16Imaginez les 800 écrivains qui ont publié un roman à la rentrée dernière, qui ont dû vendre trois exemplaires.
01:23Bah oui.
01:23Trois, ça existe vraiment.
01:24J'en ai vendu plus, moi.
01:26Oui.
01:26La vente moyenne d'un roman, à part les 20 dont on parle à la rentrée et qui ont des prix, c'est en gros 50 ou 100 exemplaires.
01:35Donc ça veut dire que c'est des pertes pour chaque éditeur.
01:37Oui, mais alors pourquoi ils vendent des livres ?
01:40Parce que c'est des machines.
01:41C'est des machines à publier.
01:42Donc si, par exemple, une grosse maison d'édition publie moins, on va dire, la maison va mal, etc.
01:49Moi j'ai trois, comment dire, il y a trois livres.
01:53Il y a trois livres qui sont les trois plus gros flops du livre de la rentrée.
01:58Jean-Michel Apathy, 2397 exemplaires.
02:01Ce qui est pas mal.
02:03C'est pas mal.
02:04Oui, avec une couverture médiatique.
02:06Non, c'est pas mal sans couverture médiatique.
02:08Voilà, avec une couverture médiatique qui est tous les soirs à l'antenne.
02:14L'ancienne patronne de France Inter, elle est passée également par Quotidien pour vendre son livre.
02:20Elle en a vendu 700.
02:22Comment s'appelle-t-elle ?
02:23La fameuse Laurence Bloch.
02:25Donc, c'est quand même extraordinaire.
02:29Et là, il en a vendu 100 000 en quatre jours.
02:32Avec une seule interview sur les gens.
02:34Il n'y a même pas eu de couverture médiatique.
02:36Oui, mais c'est parce que c'est un livre, si vous voulez, qui parle d'une expérience, disons, extraordinaire, qui est celle d'un président en prison.
02:44Voilà.
02:45Ça n'arrive pas tous les jours.
02:46Il n'y a pas que ça.
02:47À chaque fois qu'il sort un livre, il en vend.
02:48Le fait qu'il y a un attachement particulier des Français à Nicolas Sarkozy, et dès lors qu'il se manifeste, qu'il sort un livre, c'est un acte quasiment d'amour.
03:00Pas à ce point.
03:01Pas à ce point, quand même.
03:02Il faut croire que si, parce que tous ces livres se vendent comme ça.
03:05C'est le même niveau.
03:06Pas que 100 000 en quatre jours, je crois que ce n'est jamais arrivé.
03:09100 000 en quatre jours.
03:10Dans l'histoire de la vente des livres français, je ne suis pas certain que vendre, c'est très dur de vendre des livres.
03:21C'est très très dur.
03:21C'est son record, c'est sûr que c'est son record.
03:23Parce que je crois que les présents cumulaient à 150 000 ou 200 000 exemplaires.
03:26Là, on parle de 100 000 exemplaires en quatre jours.
03:28Et je vous dis, ça m'amuse toujours.
03:30Vous savez, c'est comme le cinéma, on dit qu'il y a une crise du cinéma.
03:32Mais peut-être simplement que les films proposés ne répondent pas à la demande.
03:38Là, on dit souvent qu'il y a une crise du livre.
03:41Comme par hasard, il y a quelqu'un qui en vend 100 000.
03:43Il y a une crise du cinéma aussi, on le sait très bien.
03:44Oui, du livre aussi.
03:46Globalement, il y a moins de livres qui sont vendus chaque année.
03:48L'année dernière, tu as le compte de Monte Cristo, tu as un petit truc en plus.
03:51Non, pour le cinéma, j'entends, il y en a trois.
03:52Mais là, il n'y en a pas eu des gros succès.
03:54Non, cette année, non.
03:55Mais sans doute parce que, comme le dit Pascal, il n'y a pas l'offre.
03:57Il est possible que le cinéma français, ce que tu proposes, il n'y a pas que ça, bien sûr.
04:03Alors, évidemment que la multiplication des canaux, quand tu as Netflix, quand tu as My Canal, quand tu as des plateformes,
04:09première chose, le prix, et sans doute aussi un handicap, c'est cher.
04:13Une place de cinéma, notamment à Paris, 13 euros, 14 euros, 15 euros, même s'il y a quand même des cartes.
04:17Mais il faut faire des abonnements, parce que l'abonnement revient à 15 euros, et puis c'est imité.
04:20Mais pour le livre de Nicolas Sarkozy, on peut peut-être tirer le chapeau aussi à Alice Boel,
04:26qui est la dirigeante de Fayard, et qui a su, en un temps vraiment très très court...
04:31Oh, tu vas éditer chez Fayard, toi !
04:32Tu veux en égo ton cachet, ou... ?
04:36Non, mais oui, j'ai déjà signé le contrat.
04:39Le portrait de Pascal Proulx sortira...
04:41Ah oui, sort quand le portrait de Pascal Proulx ?
04:43Après ton mariage ?
04:45Vous savez, le délai court, parfois, il peut être intéressant dans plein de domaines.
04:50Le délai court en un mois, c'est quand même...
04:52Mais oui, mais regardez, 15 jours, pour me marier, c'est ça que vous voulez dire.
04:56Vous avez vu venir.
04:57Bon, en tout cas, bravo à Nicolas Sarkozy.
05:00Oui, vous allez écrire...
05:02Je vais me faire de l'argent.
05:04Jean-Michel Apathy pensait faire ça avec le nom de Cyril Adonat, il a vendu 2000 livres.
05:08Ça, c'est vrai.
05:10C'est une des raisons, c'est intéressant d'ailleurs,
05:12il y a beaucoup de gens, moi, qui me disent
05:15« Tu devrais écrire un livre, raconter ta vie... »
05:17Non, non, je...
05:19Ça serait un best-seller.
05:20Mais je crois pas.
05:22Je crois pas.
05:23Ça se vendrait bien, arrêtez.
05:24Faites pas le faux modeste.
05:25Mais pourquoi ça se vendrait mieux que à Bruce Toussaint ou à Jean-Michel Apathy ?
05:29Peut-être que ça a marché, Bruce Toussaint.
05:30Est-ce qu'on peut faire quand même une différence entre le sujet du livre de Nicolas Sarkozy
05:34et celui de M. Apathy que je n'ai pas lu et celui de Mme Blanc que je n'ai pas lu non plus ?
05:39Il y a une différence de nature entre ce livre.
05:42Ah ben ça, je vous le comprends.
05:44Bien sûr.
05:45Mais il y avait...
05:46D'abord, la prison, ça fascine.
05:47Oui.
05:48Donc il y avait une appétence de dire comment a-t-il vécu ce moment-là ?
05:53Qu'a-t-il dit ? Que ressent-il ?
05:55Et comme le livre est très réussi, parce que Nicolas Sarkozy, il a quelque chose de formidable,
05:59c'est qu'il parle au plus grand nombre.
06:02Moi, je l'ai lu, le livre.
06:04C'est très émouvant.
06:05Il parle de sa famille.
06:07En fait, tu t'identifies quand tu lis Nicolas Sarkozy.
06:10Parce que tu te dis, ça pourrait être moi.
06:12Il parle de sa femme, il parle de sa famille, il parle de son fils, il parle de sa fille.
06:16Beaucoup.
06:16Il parle de la prière, il parle de la vie difficile, etc.
06:20Et il parle...
06:21C'est extraordinaire, son écriture, parce que c'est d'une simplicité,
06:25et en même temps, d'une intelligence et d'une sensibilité.
06:29Alors après, on va me dire, M. Bilger, l'autre jour, m'a dit, vous êtes sarkolâtre.
06:33J'avais envie de lui répondre, il faut mieux être sarkolâtre que Bilgerolâtre.
06:37Mais bon, je ne lui ai pas répondu.
06:41C'est vrai que c'est un livre, c'est un petch-turner.
06:44Tu lis cela et tu es embarqué.
06:47Moi, je l'ai lu très rapidement, comme tous ceux qui l'ont lu,
06:51parce que tu as envie de lire.
06:53Et ça touche les gens, et les gens, ils veulent être touchés.
06:55En fait, il nous prend par la main, il nous conduit jusque dans sa cellule,
06:59il décrit chronologiquement, pas à pas, tout ce qu'il est en train de vivre.
07:02Et ça, c'est très saisissant.
07:03Et vous avez vu la médiocrité des attaques contre ce livre.
07:07C'est très révélateur.
07:08Je suis d'accord avec vous.
07:09Très révélateur.
07:10C'est-à-dire qu'on attaque, certains disent, c'est pas bien écrit, c'est ça les attaques qui sont faites parfois.
07:15Oui, c'est du pathos à la petite semaine, enfin bon, c'est rien.
07:18Il en a vendu 100 millions en quatre jours, voilà la réponse.
07:20En fait, tous ces gens qui parlent toujours du peuple, au fond, ils le méprisent.
07:27C'est ça la réalité, ils n'aiment pas la...
07:29C'est les mêmes qui attaquaient la littérature populaire sans doute au 19e siècle,
07:34qui attaquaient Victor Hugo, qui attaquaient Alexandre Dumas.
07:37Alexandre Dumas, bon, je ne dis pas que ce qu'il a écrit, c'est du niveau d'Alexandre Dumas,
07:41mais écoutez, quand tu lis Alexandre Dumas, c'est pas le style d'Alexandre Dumas qui a passé la postérité.
07:47Excusez-moi, c'est l'histoire qui raconte.
07:49Je suis d'accord. Est-ce que je peux faire une petite comparaison ?
07:51Je ne vous en prie pas, Pascal.
07:53Non, vous le ferez après.
07:55Non, mais le style, c'est intéressant.
07:57En fait, tu as deux manières de juger un livre.
08:00Tu as capacité à inventer une histoire, une écriture,
08:04et ça, c'était la littérature française, Alexandre Dumas.
08:07Personne ne s'est demandé est-ce que c'est bien écrit ou pas, ce n'était pas le sujet.
08:10Mais tu crées des archétypes, tu crées des histoires.
08:13C'est l'appareil pour Marc Lévy plus récemment.
08:15Alors Marc Lévy, je ne connais pas, je n'ai pas lu.
08:17Et puis tu as une autre tendance très forte en France, c'est le style.
08:22Voilà.
08:2316h57, à tout de suite.
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