00:00Vous Marina.
00:02RTL, Le Monde en Marche.
00:05Le Monde en Marche avec William Galibert. Bonjour William.
00:07Bonjour.
00:07Et ce matin donc, la grande angoisse des vétérinaires.
00:10Ils sont les victimes collatérales de l'épidémie de dermatose bovine
00:13et de la colère des agriculteurs.
00:15Oui, quand on demande aux enfants ce qu'ils veulent faire plus tard,
00:18souvent ils répondent astronautes ou vétérinaires.
00:21Ils voient l'amour des animaux mais ils n'imaginent pas la colère des hommes.
00:25Ils n'imaginent pas être réquisitionnés pour abattre des troupeaux.
00:28Ils n'imaginent pas les escortes de gendarmerie
00:31ou porter une cagoule pour faire son travail anonymement.
00:34Ils ne pensent pas, disons les choses, à la peur de se faire casser la gueule.
00:38Et ils ne pensent pas qu'un jour, avant de rentrer chez eux,
00:40ils vérifieront si leur adresse ne circule pas sur les réseaux sociaux.
00:44Et pourtant, le quotidien de beaucoup de vétérinaires en milieu rural en ce moment, c'est ça.
00:49Hier, le président de la Fédération des syndicats vétérinaires, Jean-Yves Gauchot,
00:53a déposé une plainte chez lui en Dordogne.
00:55Il a reçu un courrier électronique dans son cabinet où il a lu
00:58« Dans un autre temps, votre tête aurait fini au bout d'un pic ».
01:02Est-ce que c'est un cas isolé ? Non.
01:04D'autres messages.
01:05Sortez les fusils et faites-en usage sur ceux qui veulent assassiner vos vaches.
01:09Il faut mettre la misère aux abatteurs, détruire leurs genoux
01:12et pas un seul ne doit tenir debout.
01:15Une vétérinaire témoigne.
01:17Dans le journal Libération, elle n'ose donner ni son nom, ni sa région.
01:21Mais raconte ce cheptel qu'elle a dû euthanasier.
01:24Son arrivée encadrée par cinq motos des forces de l'ordre.
01:27Un itinéraire fait de petits chemins parallèles à l'abri des regards.
01:31Et je cite « Un silence de mort dans la voiture ».
01:34J'étais très tendu.
01:35On avait tous peur de prendre des pierres.
01:37J'espère ne plus jamais avoir à faire une opération de dépeuplement.
01:40Dépeuplement, c'est l'autre mot pour abattage.
01:44Il y a un tel déferlement de haine.
01:45C'est devenu de la folie témoigne un autre vétérinaire
01:48qui raconte le cas d'une de ses collègues du département du Doubs.
01:52À la sortie d'une ferme, elle a été bousculée, menacée, insultée par des manifestants.
01:57On lui a même dit « On sait où t'habites. Fais bien gaffe à ta famille ».
02:01Et alors le patron du conseil de l'ordre des vétérinaires a lui aussi pris la parole.
02:05Vous avez des appels à brûler des cliniques sur les réseaux sociaux.
02:08Des vétérinaires agonies d'injures.
02:11Sur le standard du Conseil National de l'Ordre,
02:14nous sommes submergés d'appels de personnes complotistes, anti-vax, anti-tout,
02:18qui déversent des tombeaux de bêtises à l'encontre de la profession.
02:22Il rappelle que quand un vétérinaire quitte une ferme avec 80, 90 ou 100 vaches au sol,
02:27il ne rentre pas chez lui comme avant.
02:29Les images restent.
02:30Mais il rappelle aussi pourquoi ces abattages ont lieu.
02:32Dépeupler un troupeau est un acte traumatisant pour l'éleveur, je le conçois.
02:37Traumatisant aussi pour celui qui le réalise, mais indispensable.
02:39C'est à ce prix-là qu'on protège les 16 millions de bovins du pays.
02:43Sinon, les impacts pour la totalité des éleveurs seront terribles.
02:47Voilà donc deux mondes qui se font face sans jamais se comprendre.
02:50Les éleveurs qui perdent un troupeau, parfois le travail de plusieurs générations,
02:54et les vétérinaires chargés d'exécuter une décision qu'ils n'ont pas prise.
02:58Deux mondes frappés de plein fouet par la même crise
03:01et la même impression d'être abandonnés au milieu du chaos.
03:04Il ne faut jamais confondre le thermomètre et la maladie.
03:06Ne pas oublier que les vétérinaires aiment profondément et sincèrement les animaux.
03:10Merci beaucoup à vous, William Galibert.
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