00:00Il est 8h moins le quart, on reçoit ce matin un vétérinaire Périgourdin qui est aussi le président de la Fédération des syndicats vétérinaires de France et vice-président de l'Académie vétérinaire de France, Louis de Bergevin.
00:11Bonjour Jean-Yves Gauchot.
00:12Bonjour.
00:13Vous êtes aussi vétérinaire, donc praticien en Dordogne au Bug et on voulait entendre ce matin la voix d'un vétérinaire sur le sujet sensible de la dermatose nodulaire contagieuse et notamment le protocole à appliquer pour limiter la propagation de la maladie.
00:26Tous les syndicats ne sont pas d'accord sur ça.
00:28Juste avant, on va revenir sur les menaces que vous avez reçues.
00:33Après, vous avez exprimé sur le sujet, c'était samedi dernier sur BFM TV.
00:37Vous avez déjà porté plainte ?
00:39Oui, j'ai porté plainte hier soir, d'abord pour moi et puis pour la profession parce qu'il y a des menaces effectivement sur des vétérinaires qui vont dans les zones où il y a des dépeuplements à faire ou sur des discours qui sont portés.
00:51Donc ça, c'est inadmissible.
00:53Bon, ça reflète l'état de tension terrible sur ce sujet-là pour une population agricole qui souffre, pour des politiques publiques impensées sur les enjeux sociétaux.
01:04On voit bien que derrière, c'est le Mercosur, etc. C'est sans doute le problème des indemnisations.
01:09Et donc quand on arrive sur le sujet de l'abattage, nous, on en prend alors qu'on pense que scientifiquement, c'est la bonne méthode, même si on peut discuter peut-être.
01:16On va revenir là-dessus, justement, sur la méthode. Vous dites que la situation est très tendue, maintenant on en vient à des menaces. Vous êtes inquiet quand vous allez sur le terrain, quand vos collègues vont sur le terrain ?
01:27Ah oui, on est inquiet. On l'a dit à la ministre, on a dit que nous, il faudrait éventuellement réfléchir à de la protection et que la profession vétérinaire ne pourrait pas aller soigner ou faire de la politique sanitaire avec des menaces. Ce n'est pas possible.
01:41Une protection, il faudrait venir avec une protection policière, par exemple.
01:45Oui, oui. C'est pour ça que des gens comme moi montent au dialogue pour essayer de convaincre pourquoi on pense que nos choix scientifiques sont ceux-là.
01:56Justement, c'est ce que demandent les agriculteurs, c'est qu'on modifie le protocole de gestion de la dermatose nodulaire sur les bovins.
02:04Donc, qu'on arrête d'abattre les troupeaux quand il y a un cas et qu'on vaccine autour, c'est applicable, selon vous ?
02:13Alors, l'attention est telle qu'il faudra sans doute qu'on trouve des protocoles de recherche scientifique, qu'on commence à y réfléchir, notamment à l'académie, etc.
02:21Qu'est-ce qu'on pourrait avoir ?
02:22C'est-à-dire des protocoles de recherche ?
02:23En fait, ce qu'il faut comprendre, déjà sur la maladie, c'est que jusqu'à 50% des animaux n'expriment pas les symptômes.
02:32Vous leur faites des prises de sang, la virémie est négative.
02:35Donc, la politique vaccinale qui est la bonne, c'est de vacciner sur une population naïve.
02:39Si on vaccine un cheptel français qui est porteur de ce virus, si on court après le virus, notre vaccination va être en échec.
02:45Alors, on me dit, oui, en 92, la Réunion, ça a marché.
02:48Mais c'était en 92, c'était sans doute pas la même souche, on n'avait pas les mêmes classements.
02:53Si on ferme la ferme France, on n'aura plus d'export si on se met à vacciner tout le monde, etc.
02:58Donc, le fait de dire, on doit dépeupler, on doit 1, dépister, on doit 2, dépeupler, on doit 3, vacciner.
03:05Si on vaccine sur une population qui est atteinte, qu'on ne voit pas, les animaux sont sains.
03:10Et aujourd'hui, la problématique que l'on a, et je les entends, les agriculteurs qui sont sur les ronds-points,
03:15et la problématique que l'on a, c'est que ces animaux sont sains, et nous sont masqués.
03:19Si les éleveurs n'appellent plus le vétérinaire pour dire, oh, celle-là, elle a peut-être une maladie, etc.
03:23C'est la dermatose, et c'est ce qu'ils sont en train de faire.
03:25Et en plus, on a des déplacements, tous les cas, tous les cas.
03:27Quand je vous dis qu'on était presque en train de gagner, fin août, on disait, ça y est, c'était gagné, ce qu'on a fait en Savoie, ça a marché, dépeuplements.
03:33Mais il y a eu de nouveaux cas, en Ariège, par exemple, notamment ?
03:36Parce que ça a été des transports, soit des transports illégaux.
03:39– Vous dites que les règles n'ont pas été respectées, ou pas assez respectées, c'est pour ça que le protocole a échoué ?
03:43– Exactement, mais est-ce que c'est la faute ?
03:45Il y a eu, il y a des instructions judiciaires en cours, il y a eu des commerçants malhonnêtes, etc.
03:51Le cas de Catalion, c'est sûrement ça, etc.
03:54Le marché au veau de Chamousset, je crois, dans le Rhône, c'est sans doute ça.
03:59Et puis après, il y a des éleveurs qui s'affolent, qui descendent des estives, etc.
04:03– Et justement, parce que pour que ce protocole réussisse, il y a les questions scientifiques,
04:07mais il faut aussi que les éleveurs adhèrent à ça, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
04:11Comment on fait là, dans la situation dans laquelle on est aujourd'hui ?
04:14– Exactement, la question est bonne.
04:16Scientifiquement, on pense que la solution actuelle, elle est bonne, sauf qu'elle n'est pas acceptée.
04:23Donc, and so what ?
04:24– Il n'y a pas de solution ? Là, on est dans une impasse ?
04:27– Non, il faut donner la perspective.
04:30On est en train de perdre, ce qui est terrible dans cette maladie-là,
04:33on est en train de perdre notre méthode de travail française,
04:36où on travaillait, la profession vétérinaire travaillait avec les agriculteurs,
04:39les groupements de défense sanitaire, avec les chambres d'agriculture, les syndicats, l'État.
04:43Ça, on est en train de le perdre.
04:45D'abord parce que c'est instrumentalisé par des débats économiques, etc.
04:50Et puis les syndicats, excusez-moi l'expression, se bouffent entre eux.
04:54Voilà, donc on ne dialogue plus, et ça, c'est terrible.
04:57Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ?
04:58Il faut leur essayer de donner de l'espoir aux éleveurs.
05:01Dire, bon, nous on pense qu'il faut continuer le dépeuplement,
05:04vous ne l'acceptez pas.
05:05Donc, c'est pour ça qu'il faut remonter au dialogue,
05:07leur expliquer, c'est ce qu'on fait, etc.
05:11Ce qui est mal fait, ce qui a sans doute mal été fait au niveau de l'État,
05:15l'indemnisation n'est pas bonne.
05:17Sans doute les 2100 euros, aujourd'hui les marchés ont monté.
05:20Et après, mettre en place des protocoles.
05:23Alors, les protocoles scientifiques, c'est trouver des tests.
05:25Trouver des tests, alors on nous reproche.
05:27Donc, des tests plus efficaces ?
05:28Plus efficaces, voilà.
05:29Des tests immunologiques, aujourd'hui on est sur des tests de PCR, etc.
05:32Des tests immunologiques beaucoup plus efficaces.
05:34Et puis, dire, on a vacciné, on ne fait plus d'abattage.
05:38Au bout de 40 jours, on est en hiver.
05:40Il faut en profiter, on est en hiver.
05:41Donc, le virus circule moins en hiver ?
05:43Les seringues volantes, qu'on appelle l'étang et l'estomax,
05:47l'étang, ils sont morts.
05:48L'estomax, c'est d'autres rouges.
05:50Ils vivent encore un peu l'hiver.
05:51Mais il y en a quand même beaucoup moins.
05:52Donc, on est dans le bon créneau pour faire tomber la pression.
05:57Donc, on dit, on vaccine, on vaccine, on vaccine.
05:59Dans les zones où il faut.
06:01Si par malheur, et ça nous est déjà arrivé,
06:04on a un cas, un échappement à la vaccination.
06:06Ça s'explique scientifiquement, ces échappements.
06:09Eh bien, on se remet à surveiller.
06:11On n'a pas tout.
06:11Il faut leur donner de l'espoir.
06:13Il y a un espoir économique et un espoir scientifique à leur donner.
06:16Et donc là, ce matin, vous dites aux agriculteurs,
06:18notamment avec l'arrivée de l'hiver,
06:20on va y arriver, on va s'en sortir.
06:22C'est sûr, vous êtes confiant ?
06:24On est un tournant.
06:25On est un tournant et la pression est telle,
06:28est telle, le mal-être est tel sur les agriculteurs
06:32que scientifiquement, on ne sait pas.
06:37On ne sait pas si on va y arriver.
06:38On pense qu'il faut tenir, qu'on est presque dans le bon.
06:41On avait presque gagné.
06:42Voilà, c'est la seule réponse que je peux vous faire,
06:44à la fois scientifique et à la fois, quelque part, un peu politique.
06:48Il faut leur donner aussi de l'espoir.
06:50Merci beaucoup, Jean-Yves Gauchot,
06:51vétérinaire au Buc,
06:53président de la Fédération des syndicats vétérinaires de France.
06:56Et vous nous dites ce matin qu'il y a beaucoup de tensions,
06:58mais qu'il faut poursuivre ces protocoles
07:00pour notamment arrêter la circulation de la dermatose nodulaire contagieuse.
07:04Merci beaucoup d'avoir répondu à nos questions.
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