00:00Oui, puisque la décision, la terrible décision est tombée ce matin de la part du tribunal de commerce de Nanterre,
00:06Brant, l'un des fleurons de l'industrie française, a donc été mis en liquidation judiciaire.
00:11Je suis devant l'une des deux usines, celle près d'Orléans, de Saint-Jean-de-la-Ruelle.
00:16Vous voyez, c'est une usine de 55 000 mètres carrés.
00:20Il y a 700 emplois qui vont être supprimés d'ici le 1er janvier.
00:25Il y avait une réunion il y a quelques minutes entre des salariés, président de la région Centre-Val-de-Loire,
00:32le maire d'Orléans et de la métropole d'Orléans, qui étaient avec moi,
00:36et avec des liquidateurs qui étaient en visioconférence pour annoncer la procédure de façon à aider les salariés de ce fleuron de l'industrie française.
00:45Monsieur le maire, il s'agit d'une tragédie.
00:49C'est une tragédie, vous avez raison. Moi, je suis écœuré. Je suis en colère.
00:56Parce que le gâchis est immense. On a, vous l'avez dit, un fleuron.
01:00Je dis que cette boîte était viable. Je le dis, je le répète.
01:04Entre vous, la métropole et la région, vous aviez proposé de mettre près de 14 millions d'euros.
01:09On allait même à 15 millions et l'État venait également à hauteur de 5, 6 millions.
01:14Donc la force publique mettait plus de 20 millions. C'est énorme. C'est énorme.
01:20Il nous fallait quelques jours de plus. Et là, terminé. Et vous l'avez dit, au total, 700 personnes. Paf ! Sur le carreau.
01:29Qu'est-ce qui n'a pas marché ? Ce sont les banques ? C'est le privé qui n'a pas joué le jeu ?
01:33Je vais vous donner deux dates.
01:371er octobre, redressement judiciaire.
01:41Nous, nous sommes prévenus qu'il n'y a plus de repreneurs industriels le 27 novembre.
01:46Pour un jugement le 3 décembre. Quelques jours pour arriver à monter un dossier de reprise. Parce qu'il n'y avait plus personne.
01:57Ce qui s'est passé, évidemment, dans ces quelques jours, c'est qu'il est très difficile de faire le tour de table bancaire.
02:02Tout est très difficile. Voilà. On a perdu deux mois. C'est aberrant. C'est absurde. C'est scandaleux.
02:09C'est quoi la suite, monsieur le maire, pour tous ces employés, pour ce fleuron de l'industrie française ? Quel est votre sentiment ?
02:16Vous êtes en colère, ça se voit.
02:17Moi, je suis en colère. Je suis écœuré. J'en ai marre de ceux qui nous parlent de réindustrialiser la France.
02:23Je les invite à venir partager ce moment avec nous. Je les invite à voir à l'intérieur les salariés.
02:29Arrêtez de jouer. Arrêtez de déconner.
02:31Si vous avez un peu des tripes, montrez-les et faites en sorte que cette boîte, elle tourne.
02:39Mais là, maintenant, liquidation judiciaire, c'est terminé.
02:42Et les derniers salaires dans les prochains jours ?
02:43Les derniers salaires, les derniers touts. Voilà. On ferme.
02:47Vous voyez, il y a marqué là. Regardez bien. Il y a marqué Brandt. Et en dessous, qu'est-ce qu'il y a marqué ? France.
02:53On va fermer la France pendant qu'on y est. Parce que c'est de ça dont il s'agit.
02:57La part de l'industrie française dans l'économie de la France, c'était plus de 20% il y a 25 ans.
03:04C'est autour de 9% aujourd'hui. Et bien, on va arriver bientôt à zéro. C'est simple.
03:09Et derrière, il y a des drames. Il y a des compétences. Il y a un tissu industriel. Il y a un tissu commercial.
03:17Il y a des gens qui savent faire. Et là, on avait un projet. On avait un projet de scope.
03:22Et on avait un repreneur. Et on amenait l'argent public. Mais qu'est-ce qu'il faut de plus ?
03:29À qui vous voulez faire passer ce message-là ? Au gouvernement ? À Emmanuel Macron, le président de la République ?
03:33Alors, je vais vous dire une chose. Il y a quelqu'un qui a mouillé le maillot, il faut le dire.
03:37C'est le ministre de l'Industrie, Sébastien Martin. Il est venu. Il a fait, je le sais, dans la coulisse, nous le savons.
03:43Il a fait tout ce qu'il a pu. C'est un système qui déconne totalement, qui est à bout de souffle, qui ne fonctionne plus.
03:50Vous avez, par exemple, un règlement européen qui vous dit que BPI ne peut pas aider des boîtes de plus de 250 salariés.
03:58Mais les Chinois, ils font quoi pendant ce temps-là ?
04:00J'allais vous le dire, il y a la concurrence chinoise, coréenne, turque. C'est ça aussi.
04:04Et nous, on est comme des cons. C'est ça, la réalité. On est les imbéciles du village planétaire.
04:11C'est ça, la réalité. Au-delà même de l'exemple de Brandt. C'est tout notre système qui s'effondre.
04:17Il y en a un politique qui le dit. J'en connais qu'un, Jean-Louis Borloo. Il n'arrête pas de le dire.
04:22Il faut renverser la table et tout reconstruire. Et c'est possible. Parce que ce que je vois là, et ce qui m'écœure encore plus,
04:29c'est les gens qui sont là. C'est la dignité des gens tout à l'heure, quand l'annonce a été faite.
04:34Voilà, la dignité et les compétences. Dans ce pays, ce pays regorge de compétences.
04:39On ferme. C'est aberrant.
04:42Je vous sens ému, monsieur le maire.
04:43Mais oui, parce que... Parce qu'on y est tous les jours, quand on est maire.
04:48À deux pas d'ici, il y a une autre boîte.
04:50Duralex. Mais Duralex, elle tourne. On l'a sauvée, Duralex.
04:54Avec le même truc, la SCOP,
04:57des financements extérieurs,
04:59la part publique, de la part privée.
05:01On a mis tout ça. Duralex, ça tourne.
05:03Mais quand on a dit qu'on ne voulait pas que Duralex se ferme,
05:06moi, on m'a rigolé au nez.
05:08On m'a dit, mais non, tu te rends compte, ils font du verre, c'est pas viable.
05:11Ça tourne.
05:12Et il y a eu un engouement populaire,
05:14un engouement français. Il y a le même ici.
05:17Les Français, ils veulent sauver
05:18cette boîte. Vous avez donné
05:20les noms des marques. Voilà, ils veulent
05:22sauver ça. C'est un patrimoine.
05:24Mais quand je dis ça, ça fait presque...
05:25C'est vieillot, c'est un patrimoine, mais c'est terminé. Mais pas du tout.
05:28Pas du tout. C'est l'avenir qui est là.
05:31Mais Serge Gouar,
05:32je sais pas si vous m'entendez,
05:34on perçoit évidemment
05:36votre émotion, votre colère
05:38également. Vous avez évoqué
05:39Duralex. A force de combat, on a sauvé
05:42Duralex. Est-ce qu'il ne reste pas
05:43un petit espoir de sauver Brandt
05:45et toutes ces marques qui l'accompagnent ?
05:49Écoutez, vous savez, je retourne ça dans ma tête
05:52nuit et jour et avec les différents acteurs
05:53ici. Et si vous avez la solution, moi, je la prends.
05:56Le tribunal s'est prononcé
05:58et qu'est-ce qu'il pourrait y avoir ?
05:59Un appel
06:01du procureur du tribunal.
06:03D'accord. Et on repart pour un tour.
06:05Mais moi, je suis prêt à aller au bout de toutes les solutions.
06:09Voilà. Je crois qu'on a imaginé tout.
06:11Mais vraiment tout.
06:12Voilà. Mais il y a un moment où quand une liquidation
06:15est prononcée, elle est malheureusement prononcée.
06:17Et vous avez évoqué, monsieur le maire,
06:19avec beaucoup d'émotion également, le sort de ces
06:21700 salariés. Et quand on pense salarié,
06:23on pense aussi forcément
06:24famille, qui vont se retrouver
06:26sur le carreau. Bien sûr.
06:28Ils fabriquaient quoi, ces gens-là, par exemple,
06:30c'est bien pour Noël. Vous pouvez ajouter pour Noël.
06:34Pour Noël, ils se retrouvent sur le carreau.
06:35Oui, oui. C'est une super bonne nouvelle.
06:38Voilà. Nous, on va
06:39festoyer en famille, tout ça, avec les copains,
06:41les amis. Eux, ils sont sur le carreau.
06:44Donc ça, il faut le dire.
06:46Ce n'est pas des numéros.
06:47C'est des gens. Et des gens qui sont
06:49d'une dignité impressionnante.
06:52Impressionnante.
06:52Voilà. C'est ça, la réalité.
06:54Nous, on va faire, au plan local,
06:56avec les services de l'État
06:58déconcentrés, ceux qui fonctionnent.
07:01C'est les services déconcentrés
07:02de l'État qui fonctionnent.
07:03Pas les services centraux.
07:05Ils sont aux fraises.
07:05Non, il faut y aller.
07:06Ils sont aux fraises. D'accord ?
07:07Ça, avec la région, nous, avec la métropole,
07:10dès lundi matin, on va y être.
07:12On va y être pour essayer
07:14d'aider chaque cas particulier,
07:16chaque personne.
07:17Chaque personne.
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