00:00Je juge des gens qui ont la même tête que moi, je juge des gens qui ont grandi dans des immeubles comme moi,
00:05je juge des gens qui sont issus d'immigration comme moi, je juge des gens qui écoutent du rap comme moi,
00:10je juge des gens qui s'habillent comme moi, je m'habille le week-end.
00:13J'adore les airmacs, j'adore les TN, j'adore les survêtes, des gamins que je juge, ils me ressemblent en fait.
00:18L'égalité des chances c'est fondamental parce que ça fait des dizaines et des dizaines d'années qu'on en parle et que rien ne bouge.
00:23Tu m'as dit, ah je sais pas comment venir m'habiller demain, est-ce que je viens en costume ou est-ce que je viens des contracts ?
00:29Visiblement t'as fait ton choix, pourquoi t'hésitais d'ailleurs ?
00:32Parce qu'en fait je suis juge et c'est vrai que la figure du juge, je suis très attaché à l'image qu'on renvoie tous
00:37et comme j'ai une haute conception, très haute conception de mon métier, j'ai pas envie qu'on puisse se dire, il est habillé n'importe comment et tout.
00:44Et de l'autre côté je me suis dit que pour s'adresser à un jeune public aussi et leur donner envie, c'est de leur dire qu'on est aussi des gens comme les autres.
00:50Tu es né en France, tes parents arrivent du Maroc dans les années 70, tu grandis dans le Val d'Oise, elle ressemble à quoi ta jeunesse ?
00:59Franchement ma jeunesse elle ressemble à quelqu'un qui passe sa vie dehors, passe sa vie à courir, je pense que c'est de là l'endurance que j'ai vraiment, je pense qu'elle vient vraiment de là.
01:11Passe ma vie à courir, je pouvais faire des matchs de foot qui duraient 8 heures, tu vois on faisait des matchs, il n'y avait aucune règle, 20 contre 20,
01:18avec des règles que nous-mêmes on inventait, c'était vraiment sortir le matin et ensuite attendre que ma mère elle hurle par la fenêtre.
01:24Quand tu retournes au quartier que tu échanges avec tes potes d'enfance, c'est quoi votre discussion sur la justice ?
01:31Est-ce que tu leur dis que la justice est la même si tu t'appelles François que si tu t'appelles Youssef ?
01:37Je ne veux pas te faire un long monologue, c'est résumer en une phrase, c'est qu'en fait ils me disent toujours que c'est une justice de blanc,
01:45c'est toujours les mêmes quand tu rentres dans un tribunal.
01:47L'idée de ton livre pour une justice aux mille visages, c'est qu'il n'y en ait pas un seul des Youssef Badr, mais qu'il y en ait plein d'autres.
01:55Ces gamins des quartiers, des provinces, tu vois ils sont modestes, qui n'ont pas forcément la tête de l'emploi,
02:01ce que j'ai envie de leur dire aujourd'hui c'est qu'en fait on a besoin d'eux avec nous, avec nous, pas face à nous, avec nous tu vois.
02:08Et ça je pense que c'est hyper important de leur dire.
02:10Et que le tribunal, le commissariat, ce n'est pas des lieux hostiles en fait, ce n'est pas des lieux où ils doivent se sentir en insécurité,
02:16c'est des lieux où ils doivent se projeter, où ils doivent pouvoir s'identifier et ils doivent pouvoir emmener aussi des membres de leur famille
02:22en se disant tu vois plus tard j'exercerai un poste à responsabilité là-dedans.
02:26Et je pense que c'est hyper important, en fait c'est hyper important pour la jeune génération et pour l'avenir et la société tu vois qu'on va bâtir tous ensemble.
02:34Je n'ai pas envie tu vois de regarder la classe de mes enfants et de me dire dans la classe de mes enfants,
02:39il y a un tiers qui va s'en sortir parce qu'ils ont des parents, qui ont du réseau, qui ont ça.
02:42Eux ils vont être sacrifiés, ça va être au petit bonheur la chance.
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