00:00Henri-Marie Dondra, bonjour.
00:01Bonjour.
00:02Dans son interview à RFI le 24 novembre dernier, le président sortant, Faustin-Archange Touadéra,
00:08a mis en avant son bilan sécuritaire, notamment la signature de plusieurs accords avec de nombreux groupes rebelles
00:14et la pacification de tout le territoire centrafricain. Est-ce qu'il n'a pas raison ?
00:18Il faut être franc aussi et reconnaître qu'effectivement, il y a aujourd'hui une sécurité qui progressivement s'installe.
00:24Elle n'est pas totale, mais elle est aujourd'hui en train de s'installer. Mais à quel prix ?
00:28C'est-à-dire ?
00:28Écoutez, nous notons des exactions qui sont commises ça et là et je pense qu'il va falloir davantage que le pouvoir
00:34prendre ses responsabilités pour pouvoir justement réprimer toutes les bavures qui sont parfois commises
00:39autant par nos forces de défense et de sécurité que les autres forces alliées qui accompagnent nos soldats.
00:46Si vous êtes élu, M. le Premier ministre, quelles seront vos deux priorités ?
00:49Alors, d'abord, réconcilier les centrafricains par le grand pardon. Donc, j'envisage tout d'abord convoquer un grand débat national
00:56avec toutes les forces libres de la nation pour débattre des questions qui divisent nos compatriotes,
01:00notamment les questions liées à la Constitution, à la citoyenneté, au mandat présidentiel.
01:06Et je fais revenir à tous nos compatriotes qui sont aujourd'hui en exil.
01:09Et d'un. De deux. Vous savez que près de 70% de nos compatriotes vivent sous le seuil de pauvreté.
01:16Et nous nous attaquerons à la résolution de ces problèmes-là à travers des politiques sectorielles
01:21grâce à un plan d'urgence qui va s'articuler autour de l'agriculture, autour de l'éducation,
01:26la santé et les infrastructures de base.
01:30Nous allons nous attaquer au secteur de l'eau, au secteur de l'énergie,
01:34à l'autosuffisance alimentaire par une agriculture qui sera davantage mécanisée.
01:39Henri-Marie Dondra, vous avez été le ministre des Finances du président Touadera
01:43pendant tout son premier mandat.
01:45Vous avez même été son premier ministre au début de son deuxième mandat.
01:48Du coup, est-ce que le président sortant ne peut pas vous dire aujourd'hui,
01:51mais cher monsieur Dondra, mon bilan, c'est aussi le vôtre ?
01:54J'assume. J'ai travaillé avec le président Touadera pendant six ans.
01:59Et tout n'a pas été parfait.
02:01Mais au plan économique, nous avons atteint certains objectifs.
02:04Parce que durant les cinq premières années où j'étais encore au ministère des Finances,
02:08nous avons pu stabiliser l'économie avec une croissance qui était d'environ 4,5%.
02:13Un chiffreur record, d'ailleurs, enregistré depuis les indépendances.
02:17Mais aujourd'hui, quand on observe, les chiffres qui sont affichés en termes de croissance
02:21sont sillon autour de 1,4 ou 1,5.
02:24Mais depuis quatre ans, je ne suis plus avec lui.
02:26Donc vous assumez les six premières années, mais vous dénoncez les quatre dernières années.
02:31Même ces quatre dernières années, nous avons assisté à la mise en œuvre d'une nouvelle constitution.
02:37Et nous avons tous remarqué qu'effectivement, durant ces quatre dernières années,
02:40le pouvoir a cherché par tous les moyens à faire passer un troisième mandat.
02:44Et nous notons aussi que, bon, les priorités de nos compatriotes ont été reléguées au second plan.
02:49Depuis le départ des militaires français, les militaires russes occupent une très grande place
02:54dans le dispositif sécuritaire de votre pays.
02:57Si vous êtes élu, est-ce que vous leur demanderez de rester ou de partir ?
03:00Bon, il y a des conventions qui ont été signées.
03:03Si effectivement, dans le cadre des commissions mixtes,
03:05nous pouvons arriver à auditer justement les conventions signées,
03:09eh bien on aura l'occasion soit de les ajuster, à défaut de les revoir.
03:12Donc voilà ma position.
03:13Je ne veux pas faire de mon pays un théâtre de conflit géopolitique, en tout cas.
03:19Et si les audits ne signalent aucune infraction,
03:21vous êtes d'accord pour que les militaires russes restent dans votre pays ?
03:25Non, mais je ne demande pas à ce que telle force reste dans mon pays, forcément.
03:30Nous sommes un pays souverain.
03:33À l'occasion justement des échanges que nous aurons,
03:35dans le cadre des commissions mixtes, comme je le disais,
03:38nous aurons à ajuster les choses et nous aurons à viser.
03:41L'objectif du président sortant, c'est un coup KO,
03:44la victoire au premier tour, comme la dernière fois en 2020.
03:47Alors vu son bilan, qui n'est pas que négatif, comme vous le dites vous-même,
03:51est-ce qu'il n'a pas de bonne chance de réussir son coup ?
03:53Vous savez, la politique n'est pas un ring.
03:56Le peuple n'est pas un arbitre de boxe.
03:59Quand on parle d'un coup KO, on oublie la souffrance des Centrafricains,
04:02la déchirure qu'il y a dans le pays.
04:04Et je pense qu'il faut parfois être aussi sérieux.
04:07Le dire pour moi, de cette façon, c'est à la rigueur avoir aussi un peu de mépris
04:12pour cette population qui vit dans la misère totale aujourd'hui.
04:16Maintenant, s'il y a un coup KO avec les adversaires qu'il a aujourd'hui en face,
04:21ce sera forcément une fraude qui aura été bien planifiée.
04:25Donc moi, je ne pense pas à ce passage du président au premier tour.
04:29Henri-Marie Dondra, je vous remercie.
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