00:00L'hiver de Milan-Cortina et ce record battu pour la France qui comptabilise désormais 16 médailles dont 5 en
00:06or du jamais vu.
00:08La dernière est historique. Elle a été gagnée hier par l'équipe masculine de biathlon en relais.
00:13Une course incroyable marquée par la remontada d'Emilien Jacquelin qui a fait de Quentin Fillon maillé par ailleurs l
00:19'athlète français le plus récompensé au jeudi vert.
00:22Bonjour Vincent Defrane.
00:25Bonjour.
00:25Merci de prendre quelques minutes pour nous répondre ce matin sur le plateau de France 24.
00:31Vous êtes celui qui a offert à la France son premier titre olympique en biathlon.
00:35C'était il y a 20 ans tout juste. Je crois qu'on vient de fêter l'anniversaire.
00:38C'était au jeu de Turin en poursuite.
00:41Comment est-ce que vous avez vécu cette course folle hier des garçons Fabien Claude, Emilien Jacquelin, Quentin Fillon maillé
00:47et Éric Perrault depuis le Jura ?
00:51Écoutez, je l'ai vécu avec un immense bonheur. Je pense comme beaucoup de Français et de fans de biathlon.
00:57C'est incroyable cette course qui a été faite.
00:59C'est le biathlon et c'est le biathlon français. Donc j'en suis très très fier et très très
01:04heureux.
01:04Et on a vibré, je crois, moi, mes collègues parce qu'on a regardé ça au bureau.
01:08Et c'était magnifique. Je suis vraiment ravi de voir l'équipe de France de biathlon se comporter comme ça.
01:15Ça faisait un moment que les Français couraient après cette médaille spécifique du relais masculin.
01:20On a vu Éric Perrault finir dans un état vraiment au bord de l'épuisement.
01:27Il a dépassé l'épuisement. Il s'est écroulé en passant la ligne d'arrivée.
01:31Ça dit beaucoup de l'effort surhumain qu'est le biathlon.
01:36C'est vrai qu'en biathlon et peut-être encore un petit peu plus aux Jeux olympiques, il faut tout
01:41donner.
01:41C'est sûr, il faut tout donner physiquement, dans la tête.
01:45Et il y a énormément de pression quand on se voit confier un des quatre postes d'un relais olympique.
01:52C'est fantastique, mais c'est aussi beaucoup de pression, parfois beaucoup de stress, parfois trop.
01:59Et en effet, quand on passe la ligne, et c'était le cas pour Éric en effet,
02:04c'est à la fois du soulagement, une énorme fatigue,
02:06mais quand même, je crois que le bonheur va l'aider à récupérer très vite.
02:09Oui, elle a récupéré très vite, effectivement.
02:12Et c'est vrai que la course a été incroyable.
02:14On est parti de loin, mais comme souvent en biathlon, on est revenu.
02:18Pourquoi précisément l'école française de biathlon,
02:20vous qui avez ouvert la voie il y a 20 ans avec ce titre au JO de Turin,
02:23pourquoi est-ce que l'équipe française de biathlon est si puissante ?
02:29À la fois, on peut l'expliquer et à la fois, on ne peut pas l'expliquer,
02:33parce que c'est quand même fou d'arriver à avoir autant de performances
02:36qui durent depuis tant d'années et puis autant de performances sur ces jeux de cette année.
02:42Et donc, moi, je l'explique par la compétence et la passion,
02:46parce qu'il y a ça dans l'équipe de France depuis des années.
02:49Et la compétence qui s'affine aussi et qui ne reste pas sur une compétence
02:52acquise il y a des années, elle se met au goût du jour,
02:55elle se réinvente régulièrement en étant curieuse.
02:57Les entraîneurs du biathlon français sont curieux,
03:00vont prendre des méthodes aussi dans d'autres disciplines.
03:03Et ça, c'est très marquant.
03:05Et c'est, je pense, une des explications de cette force de l'équipe de France.
03:09Et puis, au-delà de ça, il y a une passion profonde,
03:14l'amour de ce sport qui est vraiment ancré en profond dans les clubs,
03:18dans les entraîneurs de clubs, dans toutes les régions
03:20et dans le staff de l'équipe de France.
03:22Et au final, dans chaque athlète.
03:24Et je trouve que ce combo est vraiment nécessaire,
03:27parce qu'il faut se préparer avec de la compétence.
03:29Il faut être méthodique, il faut travailler.
03:31Et puis, quand arrivent les grands événements,
03:33il faut se lâcher, il faut être joueur.
03:36Et ce n'est pas un hasard si Emilien Jacqueline
03:38a fait un si beau relais aux Jeux Olympiques.
03:40Il faut jouer, il faut être joueur pour gagner.
03:43Et c'est ce qu'il a fait en étant complètement déraisonnable.
03:47On ne peut pas faire la performance qu'il a fait en se disant
03:49« je suis stratégique ».
03:50C'est le cœur qui parle,
03:52armé de toutes ces compétences et du travail qu'il y a derrière, bien sûr.
03:56Est-ce que vous pouvez expliquer aux malheureux
03:59qui nous regardent et qui ne sont pas encore amoureux du biathlon,
04:02pourquoi est-ce que le biathlon, c'est extraordinaire ?
04:06C'est extraordinaire parce que déjà, ça se passe dans des paysages magnifiques.
04:11C'est un sport de plein air.
04:12Et moi, c'est ce qui m'anime beaucoup.
04:13Et c'est grâce à cette…
04:15Moi, je suis un gars du Jura.
04:16Je suis né dans le Jura.
04:17Et j'ai eu la chance de côtoyer les montagnes du Jura,
04:20la belle nature et la neige très, très tôt.
04:22Et donc, il y a ça dans le biathlon.
04:23Il y a la grande et la belle nature du sport de plein air en hiver.
04:27Et puis, derrière, il y a un truc magique,
04:29c'est qu'il y a du physique avec la beauté du mouvement.
04:31Et puis, il y a ce truc incroyable, c'est le tir,
04:34où là, c'est simple, c'est touché ou raté.
04:38Et ça, évidemment, pour vivre une émotion hyper intense, très forte,
04:42au moment du tir, c'est magique parce qu'il n'y a pas de jugement,
04:46un peu de la performance avec une analyse.
04:49C'est juste l'intensité, l'émotion de « on a touché la cible »
04:52ou « on l'a manqué ».
04:53Et ça, c'est un des ingrédients qui fait que c'est si télévisuel
04:57et que les gens se prennent d'émotion pour ce sport.
05:00Oui, il y a cette cassure de rythme entre le sprint
05:03et puis le tir, effectivement, qui donne ces émotions.
05:06Il y aura les filles, cet après-midi,
05:08qui sont grandes favorites aussi du relais.
05:10On verra ça.
05:11Un mot de vous, Vincent Defrande,
05:13car on le disait, c'est un sport hyper exigeant.
05:15Et comme pour beaucoup d'athlètes de haut niveau,
05:17la retraite vient assez vite.
05:19Vous l'avez prise, je crois, en 2010.
05:22Vous avez raccroché et les skis et la carabine.
05:24Alors, je n'imagine pas pour les balades du dimanche.
05:26Mais vous avez monté votre marque de vêtements
05:29qui marche bien, je crois, et notamment au Japon.
05:32C'est la preuve qu'il y a une vie après le sport de haut niveau ?
05:36Ah oui, il y a une vie.
05:37Elle peut être fantastique,
05:39même si la vie avec un dossard, elle est magnifique,
05:41c'est intense et ça a été une grande période pour moi.
05:43C'est une grande chance de pouvoir faire une carrière de haut niveau.
05:47C'est une belle aventure avec soi-même et avec une équipe.
05:51Après, je n'ai pas pris de retraite.
05:53J'ai fait plutôt un plongeon vers une autre vie,
05:55vers d'autres choses.
05:56Et c'est ce qui m'a plu et c'est ce qui m'anime au quotidien,
06:00en effet, avec les vêtements qu'on développe,
06:02avec la marque qu'on développe.
06:03Et tout ça est lié à cet amour du plein air
06:05et du sport de plein air que j'ai depuis mon enfance.
06:08Donc, quelque part, c'est un chemin un peu différent,
06:11mais dans le même univers, c'est l'amour du sport de plein air.
06:14Merci beaucoup Vincent Defrane, champion olympique de Turin 2006
06:20et fondateur de la marque Ayac.
06:22Très belle journée.
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