00:00Le 19 décembre 1985, à Nantes, un procès banal s'est transformé en cauchemar.
00:10Un braqueur, un vrai, a décidé qu'il ne retournerait plus jamais en prison.
00:15Et pour ça, il était prêt à tout.
00:21Madame, Monsieur, bonsoir.
00:23À Nantes, une quinzaine de personnes sont encore sous la menace de trois hommes fortement armés.
00:28Cette prise d'otage très spectaculaire s'est déroulée ce matin en pleine audience de la cour d'assises de Nantes,
00:33où l'on jugait trois hommes et une femme accusés de plusieurs hold-up.
00:38Pendant plus de 34 heures, magistrats, jurés, étudiants sont devenus des otages enfermés dans une salle d'audience.
00:46C'est l'histoire d'un homme persuadé qu'il pouvait réécrire sa vie comme un film.
00:50C'est l'histoire d'une ville, d'un pays, qui va suivre minute par minute une prise d'otage totalement hors norme.
00:58Nous sommes le 18 décembre 1985, à Nantes.
01:15Le palais de justice est froid.
01:18Gris, un peu poussiéreux.
01:19Dans la vieille cour d'assises, ça sent le bois ciré, les dossiers empilés, et cette ambiance particulière des procès longs et monotones.
01:29À la barre, un homme, qui parle fort, trop fort pour un prévenu.
01:37Cheveux rejetés en arrière, regard sombre, insolent.
01:41C'est Georges Courtois, 38 ans, ancien plombier devenu braqueur, et avec plusieurs années de prison, à son actif.
01:48Dans un énième monologue, il dit à la cour,
01:50« Messieurs, vous ne me condamnerez pas une nouvelle fois. La prison, c'est terminé pour moi. »
01:57Tout le monde pense à une provocation, un numéro, de la mise en scène.
02:01Mais personne ne s'imagine que le lendemain, la justice française sera attaquée.
02:06Jeudi 19 décembre 1985, le procès reprend.
02:16Sur les bancs, Georges Courtois et Patrick Thiolet, 24 ans, braqueur.
02:23Face à eux, le président Dominique Bellache.
02:26Ses assesseurs, le procureur, le substitue.
02:29Dans la salle, une greffière, cinq policiers, des jurés tirés au sort,
02:33et une quinzaine d'étudiants en droit, venus assister au débat.
02:3810h45.
02:40C'est l'heure du réquisitoire de l'avocat général,
02:43quand soudain, une petite porte latérale s'ouvre,
02:46un homme entre, silence total.
02:49Dans la main droite, une grenade.
02:51Dans la main gauche, un revolver.
02:53C'est Abdelkarim, calqui, déjà condamné pour braquage,
02:57il vient de désarmer un policier dans le couloir,
02:59en lui collant sa grenade sous le nez.
03:01En quelques secondes, la scène devient irréelle.
03:08Les cinq policiers posent leurs armes,
03:10les magistrats restent figés,
03:12les jurés n'osent plus respirer,
03:14et le public comprend qu'un tournant vient de se produire.
03:17La justice vient de se faire braquer, littéralement.
03:20À 11h du matin, une équipe d'FR3 arrive à la demande du preneur d'otage.
03:26Les images tournées sont historiques.
03:30Courtois se lève, il n'est plus le prévenu dans son box.
03:33Il devient le meneur.
03:34Il sort un magnum 357, allume un cigare,
03:38et marche comme s'il était dans un film.
03:40Il montre son art.
03:41Cette opération est une opération ponctuelle,
03:46ainsi que je l'ai dit au procureur.
03:48Il sait ce que c'est une opération ponctuelle,
03:50il m'a accusé d'en avoir mené plusieurs.
03:53Elle a donc une entrée en matière,
03:55un développement,
03:57une conclusion.
03:59Cette affaire sera menée au bout,
04:01que les autorités le veuillent ou non.
04:03Courtois s'approche d'une jurée et lui demande.
04:07Quel effet ça vous fait d'être venu pour juger quelqu'un
04:10et finalement vous trouvez en position d'être jugé à votre tour ?
04:14Qu'est-ce que ça vous fait ?
04:17Très impressionnant.
04:18Madame ?
04:19Très impressionnant.
04:21Ce que je voudrais savoir,
04:24c'est le rapport que vous faites entre ce genre de choses.
04:28C'est-à-dire qu'on vient tranquillement condamner les gens
04:30et puis on s'aperçoit que ça ne se passe pas comme ça.
04:33Patrick Thiolet exhibe son arme,
04:36il la tapotera sur la tête du procureur de la République.
04:42Et nous partirons à partir du moment
04:45où on nous laissera partir.
04:48Mais attention, la sortie, ça va être chaud.
04:51Je pense d'ailleurs que nous jetterons une petite grenade
04:53dans la salle des pans perdus
04:54histoire de...
04:55La prise d'otage est bel et bien lancée.
04:59À midi, la nouvelle se propage à l'extérieur de la cour d'assises,
05:03radio locale, policiers qui convergent, rue bloquée.
05:08Nantes retient son souffle.
05:13Le préfet déclenche une cellule de crise.
05:16On appelle alors une toute nouvelle unité créée quelques semaines plus tôt.
05:21Presque inconnu du grand public, le RAID.
05:23Recherche, assistance, intervention, dissuasion.
05:32Le RAID est une unité d'élite créée en octobre 85,
05:37quelques semaines avant cette prise d'otage.
05:40À sa tête, deux légendes de la police.
05:48Robert Broussard, le policier qui a battu Mérine,
05:52et Ange Mancini, stratège, calme et respecté.
05:57Pour eux, c'est un baptême du feu.
05:59Dans la salle, Courtois continue de parler, de provoquer,
06:05de jouer avec les nerfs de tout le monde.
06:07À la minute même que j'aurais fixée pour l'expiration de l'ultimatum,
06:11si cette exigence n'a pas été formulée,
06:14un individu sera exécuté ici.
06:17Par conséquent, il est inutile de penser que cette affaire-là
06:20va se terminer par une réédition pure et simple.
06:24Et c'est hors de question.
06:25À 13h, il tire un coup de feu en l'air.
06:28Une étudiante de 21 ans fait un malaise.
06:30Courtois la laisse sortir.
06:32Un sens tordu de la mise en scène.
06:36La nuit tombe sur le palais de justice.
06:39Les heures passent.
06:41Tous les étudiants ont été libérés.
06:44Il reste à l'intérieur les jurés et les magistrats.
06:49Et à l'extérieur, les hommes du RAID et du GIPN
06:51se positionnent dans la galerie des pas perdus,
06:54tapis dans l'ombre.
06:55À 20h30, Courtois exige un bus
06:58pour sortir avec les otages comme bouclier.
07:02Je voudrais que la police mette le car à notre disposition
07:05qu'on puisse sortir, c'est tout.
07:06Parce que c'est uniquement la police qui nous retient ici.
07:09C'est tout.
07:10C'est la police qui sera responsable
07:12si vous envoyez quelque chose que vous envoyez témoin.
07:14Si vous nous donnez quelque chose comme serpent vivant,
07:16que ce soit le capitaine Broussard ou je ne sais trop quoi
07:18qui est responsable de ça.
07:20Qu'est-ce qu'ils font parlementer
07:21pour ne rien leur donner de toute façon ?
07:24Moi, j'ai confiance en ces hommes.
07:25Jusqu'à présent, ils ont tenu leur parole.
07:27Et notre seule chance de salut, c'est de partir avec les caméros.
07:29Les otages sont épuisés.
07:30Les négociations tournent en rond.
07:33Calqui s'énerve et la tension monte.
07:35C'est une grenade découpillée
07:36que par conséquent, il n'y a aucune heure.
07:39Je lâche et puis c'est tout.
07:41Alors, écoutez, cette affaire est assez durée
07:43et ma patience, moi, personnelle,
07:45je ne parle pas de mes collègues,
07:47mais ma patience personnelle a des limites, croyez-moi.
07:50Et je vous jure que j'attends encore un peu
07:53et je ne prendrai la décision de personne ici.
07:56Je vais me flinguer et je vais jeter cette grenade.
07:59J'ai encore une autre ici, là.
08:01Je vais les découpiller tous.
08:03Je vais, regardez, ils sont là à côté de moi.
08:06Je préfère quand même ne pas partir tout seul,
08:08ne pas mourir tout seul.
08:09Au moins quatre personnes, ça ne fait du bien.
08:11D'accord ?
08:12Bon, ça a assez traîné, ça suffit.
08:14Parce que ma patience personnelle a des limites.
08:17C'est tout ce que j'ai à dire, messieurs.
08:20La nuit continue.
08:21Deux otages malades seront libérés.
08:24Je viens à l'instant de rendre la liberté
08:25à un homme qui était malade
08:27et dont le fils m'a fait passer un message
08:29pour me le faire connaître.
08:31Il sera procédé également à la libération
08:34d'une dame ici présente d'un certain âge
08:37et qui est également malade
08:39et qui pourra donc rejoindre ses foyers sans problème.
08:43La salle, elle, ne dormira pas.
08:49Vendredi 20 décembre, 5h du matin.
08:52Le bus demandé par Courtois est devant le palais.
08:55Les preneurs d'otages sortent,
08:59armes et grenades en main,
09:00entourant les otages.
09:02Ils avancent quelques mètres dans le hall
09:04et s'arrêtent.
09:06Ils sentent une présence,
09:08des ombres, des fusils.
09:10Ils comprennent qu'un assaut est possible.
09:13Paniquent.
09:14Ils retournent dans la salle.
09:17Et dans cette confusion,
09:18ils oublient la greffière
09:19qui, elle, est restée derrière eux dans le hall.
09:22Un otage de moins.
09:25À midi, Courtois exige la venue d'un journaliste de Radio France
09:28contre la libération d'otages.
09:30Et c'est Joël Bitoune, correspondant local,
09:33qui entre dans la salle.
09:34Il enregistre la déclaration de Courtois
09:36qui menace.
09:37Nous ne sommes pas des pantins
09:39ni des fumistes.
09:41Nous sommes des gens de parole.
09:43Nous n'avons aucun point commun
09:44avec les forces de police.
09:47Pas conséquent.
09:47Nous affronterons,
09:48je le redis ici,
09:50les forces de l'ordre
09:51sans reculer
09:53quand le moment sera venu.
09:56C'est-à-dire environ 45 à 60 minutes
09:58après notre départ d'ici
10:00et après la libération totale
10:03de tous les gens que nous avons retenus.
10:04Que cela réjouisse M. Broussard
10:07et ses tueurs patentés.
10:09Courtois libère les neuf jurés restants.
10:11Ne restent plus que les magistrats.
10:13Je vais appeler M. Broussard
10:15et lui faire connaître
10:16que les otages vont être libres
10:17de quitter cette salle.
10:19À 14h30,
10:20Courtois apparaît sur le perron du tribunal.
10:21Il tire un coup de feu
10:30en direction des médias
10:31et pulvérise l'objectif d'une caméra
10:35de la télévision américaine CBS.
10:38Devant le palais,
10:39les journalistes pris pour cible
10:40se jettent au sol.
10:42La tension est irréelle.
10:44Courtois comprend
10:45que ce n'est pas le moment d'une sortie.
10:47Il re-rentre dans le palais de justice
10:48avec le président Bellach.
10:50À 15h15,
10:52les portes s'ouvrent.
10:53Tout le monde comprend
10:54que cette fois-ci,
10:55c'est la vraie sortie.
10:59Les preneurs d'otages
11:00descendent les marches
11:01menottées au magistrat.
11:05La sortie est filmée
11:06par les caméras présentes à l'extérieur
11:08et on y voit
11:09les preneurs d'otages
11:11accompagnés
11:12d'Angelo Insigny,
11:14chef du raid.
11:17Ils montent dans un Renault-espace beige
11:19suivi d'un autre espace
11:25où se trouvent
11:26Broussard
11:27et les hommes du raid.
11:35Le convoi part en direction
11:36de l'aérodrome
11:37de Château-Bougon.
11:38L'aéroport se trouve
11:42à 13 kilomètres
11:43du palais de justice.
11:46Sur place,
11:47l'aéroport
11:48est totalement évacué.
11:49La piste est vidée,
11:50les vols sont annulés.
11:55Les hommes du raid
11:56se positionnent
11:57sur les toits,
11:58sur la piste.
11:59L'aéroport
12:00est quadrillé.
12:01Courtois demande
12:05un avion,
12:05un mystère vain.
12:07Il parle de partir
12:07au Liban,
12:08au Maroc.
12:09Mais peu importe,
12:11personne ne bougera.
12:13À 18h,
12:14les négociations avancent.
12:16Deux otages
12:17sont libérés.
12:19Et à 20h30,
12:20épuisés,
12:21conscients
12:21qu'il n'y aura
12:22ni avion,
12:23ni fuite,
12:24les trois hommes
12:24déposent les armes.
12:26Je vous annonce
12:27que nous considérons
12:28cette affaire
12:28comme un demi-échec,
12:30c'est-à-dire
12:31comme un demi-succès.
12:32Après 34 heures,
12:34la prise d'otage
12:35du palais de justice
12:36de Nantes
12:36se termine.
12:38Pas de fusillade,
12:39pas de mort.
12:42Le raid a réussi
12:43sa première grande opération.
12:46Pour un accord psychologique,
12:47il faut savoir
12:48parlementer,
12:50négocier,
12:51ne pas brusquer
12:52les événements,
12:53de savoir dédramatiser,
12:54obtenir progressivement
12:56que l'on relâche
12:58des otages.
13:01Quand tout est terminé,
13:03il est presque 21h.
13:04Les armes sont au sol,
13:06les otages sont vivants
13:07et la France vient de vivre
13:09un des épisodes
13:10les plus surréalistes
13:11de son histoire judiciaire.
13:14Les images tournées
13:15ce jour-là,
13:17les magistrats menottés,
13:18les coups de feu,
13:19les caméras brisées,
13:20tout ça restera gravé
13:22dans la mémoire
13:23collective française.
13:24et la cuirc,
13:55...
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