00:00Bonjour Dizis, vous êtes d'abord un rappeur, un rimeur à gage repéré par Akhenaton grâce à votre maxi bête de bombe,
00:06ce qui vous a permis d'intégrer le collectif One Shot et de participer à la bande originale du film Taxi 2.
00:12Ça remonte, je vous vois me regarder en disant mais de quoi elle parle ?
00:16Les présentations avec les plus grands de ce métier, avec le public étant faites,
00:20vous avez décidé de vous lancer dans une carrière solo avec des albums qui vont marquer, créer du lien.
00:24Poisson Rouge sera le premier d'ailleurs d'une liste qui ne cessera de s'agrandir.
00:28Il y aura notamment Jeux de Société, les histoires extraordinaires d'un enfant de banlieue,
00:32avec des titres devenus des incontournables, je pense à Je pète les plombs, évidemment, ou Dans tes rêves,
00:36le titre phare du film du même nom de Denis Thibault, dans lequel vous incarnez X,
00:41un rappeur qui cherche à accomplir son rêve, un rôle semble-t-il taillé sur mesure.
00:45Aujourd'hui de rappeur, vous êtes devenu chanteur, une métamorphose a eu lieu,
00:49c'est ce qui saute aux oreilles quand on écoute votre quatorzième album fraîchement sorti,
00:54on ne s'en rappellera pas, c'est pop, si si, c'est pop, vous nous replongez même dans l'art de la proteste song,
00:59engagée mais douce, malgré les mots usités comme on dit, avec vos souvenirs, vos blessures, vos rêves, vos espoirs, désespoirs.
01:05Vous avez nourri l'encre de ces paroles franches, parfois tranchantes et non violentes.
01:09Vous avez pris soin d'ailleurs de désarmer les paroles, de les alléger, des propos souvent concernants et concernés.
01:15C'est cet album sorti après l'amour, votre opus scanner de vos histoires sentimentales.
01:20N'est-il pas finalement un deuxième pas vers une introspection presque vitale ?
01:24Démarré il y a quelques années, vous semblez avancer et vous appelez davantage, un peu plus chaque jour d'ailleurs.
01:29Oui, après je pense que l'introspection, je l'ai commencé il y a très longtemps.
01:33Dès mon premier album, je faisais toujours des pas de côté sur des thématiques qui n'étaient pas justement usitées.
01:40Mais c'est vrai que sur l'album d'avant, l'amour est celui-là, il y a quand même 25 ans de carrière.
01:47Donc il y a un peu plus d'aisance à parler de soi.
01:51En tout cas, l'apaisement, vous le ressentez vous aussi ou pas ?
01:53Parce que nous, c'est vraiment la première chose qu'on entend.
01:56C'est qu'on a l'impression effectivement que ce n'est plus le même homme.
02:00Oui, après c'est la même personne.
02:03C'est juste que je suis fort de tant d'années d'expérience et pour moi, en tout cas, je reste le même homme.
02:14Mais c'est comme si je le montrais de plus en plus, sans pour autant que ce soit de manière, de façon consciente.
02:20Pour la première fois, j'ai l'impression que vous avez décidé de convoquer l'enfant qui était en vous et qui finalement est toujours en vous.
02:26Et de lui apporter des réponses à des questions qui continuent à se poser.
02:30C'est très pertinent. C'est sur ça que c'est la première fois que je le fais.
02:35C'est que j'ai souvent convoqué l'enfant, mais sans le...
02:39Comme je le disais tout à l'heure, c'était inconscient, mais c'est juste que c'est un peu cliché.
02:42Mais l'artiste, c'est quelqu'un qui garde l'enfant qu'il a en lui et qui ne l'a pas fait passer trop vite à l'âge adulte.
02:50Donc il peut rêver, qu'il peut être naïf, qu'il peut avoir plein de candeur.
02:53Par contre, c'est la première fois que j'arrive à trouver quelques réponses.
02:58Et c'est peut-être ça la sensation d'apaisement qu'on a.
03:01C'est que c'est comme si ces blessures d'enfance ou ces blessures d'adolescence, à l'âge que j'ai, j'en parlais d'une manière beaucoup plus apaisée, avec beaucoup plus de recul.
03:10Dans le casting sentimental, vous décidez de ne pas vous épargner.
03:13Vous dites effectivement, machine à désirer, des millions de cœurs dans les poches, Cupidon fonce des.
03:16Je passe un casting sentimental, je suis perdue.
03:19Il y a toujours ce sentiment de quête dans chacun de vos morceaux, quasiment.
03:24En l'impression que c'est le fil de l'Ariane, que c'est le fil rouge.
03:26Bah oui, moi je suis quelqu'un de curieux, je suis tout le temps en quête.
03:29La quête pour moi, c'est être en vie, parce que c'est ne pas être résigné.
03:32C'est surtout ne pas se figer dans je suis comme ça, la vie est comme ça.
03:36Pour moi, je ne juge pas les gens qui sont comme ça, mais pour moi, si je réfléchissais comme ça, ce serait le...
03:42Pour moi, se figer, se statifier, c'est mourir quelque part.
03:46Et donc je serai toujours en quête.
03:48J'espère en tout cas que je serai toujours curieux.
03:50Vous parlez d'addiction aussi dans Amsterdam.
03:51C'est important aussi de montrer les failles d'un individu, de dire qu'on n'est pas effectivement tous des surhommes, qu'on est constitué comme ça, finalement.
04:04Oui, après, c'est un rapport honnête.
04:05C'est aussi...
04:06Moi, je suis artiste depuis que j'ai 19 ans, donc j'ai forcément une vie qui est en marge.
04:10Je n'ai pas une vie marginale parce que je suis avant tout père de famille et que je m'occupe de mes enfants et que j'assume mes responsabilités.
04:18Mais à côté de ça, il y a la vie, les névroses, les traumas et puis parfois les fuites que l'on prend pour se soulager du monde.
04:29Mais ce n'est jamais un abandon total de soi.
04:32C'est une petite traversée en mer.
04:35Ça a été dur de prendre la décision de changer, de proposer autre chose par rapport à un public qui vous suit depuis si longtemps.
04:42Oui, mais ce n'est pas tant le public.
04:43Ce n'est pas le rapport au public qui a été dur parce que le public, il est honnête.
04:48J'aime, je n'aime pas.
04:49Ça me parle, ça ne me parle pas.
04:50C'est au bon moment, pas au bon moment dans ma vie.
04:53Je m'y retrouve ou je ne m'y retrouve pas.
04:54C'est plus l'interface avant le public et tout ce qui concerne le business, l'argent, la manière dont on prend un artiste au départ
05:03et qu'on fait rentrer dans une industrie du disque qui parfois peut ressembler à une moissonneuse batteuse plus qu'à une envie de développer de l'art.
05:13Donc du coup, c'est la vie de tout un chacun, comme tout le monde, avec son rapport au travail et c'est problématique.
05:21Pour terminer, la scène arrive.
05:23Pas mal de dates, c'est l'ère de jeu, la scène.
05:27C'est ce pour quoi vous avez voulu aussi faire ce métier ?
05:30Oui, c'est la scène.
05:32Je pense que c'est ce qui m'a donné la première fois envie vraiment de faire de la musique.
05:36C'est quand je suis allé à mon premier concert et que j'ai vu ce que ça donnait d'être sur scène.
05:44Et effectivement, depuis que j'ai fait du théâtre, la scène a pris une ampleur particulière
05:51parce que c'est vraiment des moments suspendus à la fois pour moi et pour le public
05:54et pour les musiciens avec lesquels je suis sur scène et toute l'équipe.
05:58C'est le seul endroit où je me dis que j'ai vraiment de la grâce et de la chance de pouvoir faire ça
06:07parce qu'il y a encore ce sentiment comme quand on est un jeune artiste et qu'on écrit une chanson dans son coin
06:13et puis qu'après on la présente et qu'elle fonctionne
06:15et que ce que tu as écrit avec toi-même dans ton intimité, ça touche les gens et qu'ils chantent le morceau.
06:21Ce sera toujours magique pour moi.
Commentaires