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Le philosophe et romancier Charles Pépin publie "Où trouver la force ?", chez Allary. C'est un recueil de questions existentielles auxquelles il répond depuis 30 ans maintenant à ses élèves, à ses lecteurs et aux auditeurs de France Inter.
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00:00Nous avons la joie de recevoir une voix du week-end que vous connaissez bien, chers auditeurs,
00:06philosophe de la joie justement, auteur de livres à succès sur les vertus de l'échec
00:11où la confiance en soi traduit dans plus de 20 langues.
00:15Il répond tous les samedis matins à votre question philo.
00:19Vous connaissez aussi le producteur de Sous le Soleil de Platon tous les étés sur notre antenne
00:24et il publie « Où trouver la force ? », un recueil de questions existentielles
00:30auxquelles il a répondu depuis 30 ans maintenant, à ses élèves, à ses lecteurs et aussi à vous, chers auditeurs.
00:38Vos questions, justement, au 0145 24 7000, je vais y arriver,
00:44c'est que vous êtes déjà très nombreux au standard pour dialoguer avec Charles Pépin
00:48ou sur l'application Radio France.
00:51Bonjour Charles Pépin.
00:52Bonjour.
00:52Bonjour.
00:52On va parler de ce livre « Où trouver la force ? »
00:55et on en a bien besoin par les temps qui courent.
00:58Mais un mot sur le soleil de Platon
01:00et puisque ce matin, les fans de rugby sont en joie rapide, tactique, efficace.
01:07Hier soir, on a vu Antoine Dupont acclamé par les supporters.
01:13Il revenait de neuf mois, neuf mois après une blessure au genou.
01:17Il a participé au triomphe de son club
01:20et vous l'aviez reçu dans le soleil de Platon.
01:24Pendant qu'il était blessé, oui.
01:25Pendant qu'il était blessé.
01:26Et de quoi vous aviez parlé ?
01:27Parce que c'était justement au cœur de votre préoccupation où trouver la force.
01:32Exactement.
01:32Où trouver la force et comment garder la motivation dans une période un peu difficile.
01:36Il l'a traversé puisqu'il était à l'écart des terrains.
01:39Et il avait répondu de façon très belle qu'il y avait une force en soi,
01:43ce qu'on appelle la motivation intrinsèque,
01:44c'est-à-dire le rapport aux valeurs, à la volonté propre, à l'instinct de survie personnelle,
01:49une forme de résilience qui serait à l'intérieur de soi.
01:52Et puis, il y a ce qu'on appelle la motivation extrinsèque,
01:55celle qui vient du dehors, de ses amis, de ses parents et de son coach évidemment,
01:59Fabien Galtier, que j'avais d'ailleurs aussi reçu sous le site de Platon.
02:01Mais le paradoxe, c'est que la force physique lui manquait à ce moment-là.
02:05Oui, alors franchement, la force physique, pour lui, c'était la conséquence du reste.
02:09Il y avait une très belle philosophie, une très belle sagesse.
02:11On sentait, et c'est aussi la thèse dans mon chapitre où trouver la force,
02:15que si on commence par répondre, il faut chercher la force en soi, on est mal barré.
02:19Il faut d'abord la chercher hors de soi, dans la qualité des relations,
02:23chez les autres qui vont nous porter, nous mettre en confiance, nous faire confiance.
02:27En l'occurrence, pour lui, c'est évidemment ses coéquipiers et leur amitié qui l'attendent.
02:31Et puis son coach, et puis plus encore que la relation humaine,
02:35il y a le monde, la beauté du monde, la vie elle-même.
02:38Et in fine, bien sûr, tout ça devient une force personnelle.
02:42Avant de rejoindre Chantal, qui est la première à avoir téléphoné,
02:46qui est déjà au standard, pourquoi les gens vous écrivent-ils, Charles Pépin ?
02:49Vous répondez à une cinquantaine de questions et vous en avez choisi 50 parmi les centaines,
02:55peut-être les milliers que vous avez reçus depuis que vous philosophez.
02:58Pourquoi les gens vous écrivent-ils ? Qu'est-ce qu'ils attendent de vous ?
03:01Après tout, vous n'êtes ni psy, ni coach personnel, coach de vie.
03:05J'essaye d'être au service de ces lecteurs, de ces auditeurs,
03:10avec les armes qui sont les miennes, c'est-à-dire essentiellement l'histoire des idées philosophiques.
03:15Et je me fais passeur, je me dis, voilà, si vous avez une question sur le fonctionnement de la démocratie,
03:19c'est davantage Aristote qui va être éclairant lorsqu'il nous parle du bien-vivre ensemble,
03:23de ce que c'est que prendre du temps et se rendre dans un espace qui est fait pour le bien-vivre ensemble.
03:28Là, c'est Aristote. Si en revanche, vous avez une question existentielle sur la confiance,
03:32sur le rapport au monde, c'est plutôt le philosophe américain Emerson.
03:37Si vous vous demandez ce que c'est qu'être vraiment libre dans un monde fait de contraintes,
03:41il y a un philosophe qui s'appelle Bergson,
03:43qui dit que la liberté, ça ne sert à rien de fantasmer une absence de contraintes,
03:47mais que ça revient à essayer de trouver dans les contraintes
03:50une forme de mélodie personnelle qu'on arrive à exprimer et qui soit vraiment soi.
03:54Donc moi, mon rôle, en effet, je vous le confirme, je ne suis pas thérapeute,
03:58même si j'adore les thérapies et puis en tant que patient, j'en ai essayé pas mal,
04:02mais malgré tout, c'est en tant que prof de philo que je réponds
04:05et je fais un peu le tri au sein de tout ce que la majestueuse histoire des idées propose
04:10en fonction des questions qui me sont posées.
04:11Et il y en a une cinquantaine dans le livre, Charles Pépin,
04:14vous racontez justement que votre exercice préféré pendant vos années où vous étiez prof 25 ans,
04:20ça a toujours été de répondre aux questions.
04:21Et si on regarde au fil des années, il y a forcément des questions qui perdurent.
04:25Peut-on penser le mal ? Ou est-ce que la vie a un sens ?
04:28Et puis il y en a d'autres qui apparaissent et qui évoluent, non ?
04:30Exactement. Et ce qui est très intéressant, et c'est pour ça que j'ai fait ce livre,
04:33et ça, vous vous en rendez peut-être pas compte quand je travaille avec vous ici
04:36et que les questions arrivent, c'est que souvent, ce sont les mêmes,
04:39mais elles n'ont pas la même résonance.
04:40Et c'est ça qui est passionnant.
04:42Qu'est-ce que ça veut dire ?
04:42Par exemple, la question comment on fait pour avoir confiance,
04:45quand on me l'a posée il y a 20 ans,
04:47c'était surtout par rapport à la vie personnelle et aux blessures d'enfance.
04:51news, aux complotismes. Aujourd'hui, les gens, ils voient bien que l'IA est capable
04:55de leur montrer une vidéo de quelqu'un qu'ils connaissent et qu'ils leur parlent
04:59alors que cette scène n'a jamais existé.
05:01Donc ça vient saper les fondements de la confiance.
05:04Et moi, ce que j'ai adoré, c'est prendre les questions dont la résonance a justement changé
05:08parce qu'elles disent quelque chose de l'époque dans laquelle on vit
05:11et de vous, auditeurs, et de vous, lecteurs.
05:13Autre exemple, comment on fait pour défendre les valeurs démocratiques ?
05:17Ben, c'était pas pareil il y a 20 ans, aujourd'hui, en Europe,
05:19avec l'illibéralisme, avec nos libertés fondamentales qui sont menacées.
05:23La question ne résonne pas de la même façon.
05:26Et donc, dans ce livre, j'ai essayé de montrer ce que toutes ces questions récurrentes,
05:29au fond, disaient de l'époque aussi.
05:30Et c'est vrai que vous vous arrêtez sur des cas pratiques
05:33et l'actualité, elle est difficile et peut-être éprouvante moralement
05:37et on va y répondre.
05:39Peut-on être heureux dans un monde injuste ?
05:41Vous nous le direz.
05:42Mais on va d'abord rejoindre Chantal, comme je vous le disais, au Standard.
05:46Bonjour Chantal et bienvenue sur France Inter.
05:49Bonjour Ali et bonjour Charles, que je suis contente de rencontrer par la voix
05:55parce que je l'entends souvent et il est un petit chemin de vie pour moi.
06:01Voilà.
06:02Ça, c'est un beau compliment.
06:04Vous aviez une question pour lui ?
06:06Oui, oui, oui, parce que j'ai déjà fait un certain chemin, j'ai un certain âge
06:10et je m'aperçois que, philosophée aujourd'hui, je me demande comment, pourquoi,
06:18parce que toutes les, beaucoup de valeurs qui nous ont construites depuis,
06:22qui nous ont construites depuis des milliers d'années,
06:25semblent bouleversées, sont chahutées
06:27et on ne sait plus exactement comment se comporter avec soi
06:32et même avec le restant de l'humanité.
06:34Comment faire pour philosopher demain ?
06:37Merci Chantal pour votre question.
06:39Comment philosopher sur le sens de la vie alors que le sens de la vie nous échappe, Charles Pépard ?
06:43Merci Chantal, c'est une très belle question
06:44et merci de m'avoir appelé Petit Chemin.
06:46Et vous savez que dans votre question, il y a la réponse.
06:49Et en effet, souvent, on croit que les gens cherchent la réponse
06:53à la question du sens de la vie.
06:54Mais non.
06:55Moi, je l'observe aussi beaucoup dans mon séminaire,
06:57les lundis philo au MK2 à Paris,
06:59toutes les semaines, quand même depuis 13 ans,
07:00j'ai ce rendez-vous hebdomadaire.
07:01Et vous êtes sur scène devant des salles systématiquement pleines.
07:05Et je peux vous dire justement que ce que les gens recherchent,
07:09c'est une expérience intellectuelle,
07:10d'être traversé par la question du sens de la vie,
07:12de vivre une émotion en se posant cette question,
07:16quand bien même la réponse nous échapperait.
07:18Et c'est là qu'on arrive à quelque chose de très beau,
07:21et c'est ça aussi la fonction de la philosophie,
07:23c'est que souvent les gens, même s'ils ont des bons métiers,
07:25s'ils ont fait des bonnes études,
07:26souvent ils ont des métiers qui ne leur permettent pas assez de réfléchir.
07:28Il y a beaucoup de process, de répétition, de reporting, comme on dit,
07:32et ils sont en manque en fait de pensée, en manque de réflexion.
07:36Et bien voilà, Chantal, on n'est pas obligé de trouver la réponse,
07:38on peut la chercher.
07:39Et puis si les valeurs viennent à vaciller, comme vous l'avez dit,
07:42et bien le rôle de la philosophie, c'est de les questionner,
07:44et de dire voilà, est-ce que ce qui compte c'est la liberté,
07:46ou c'est surtout l'égalité ?
07:47Et ça, c'est aussi le métier du philosophe,
07:49de mettre en perspective les valeurs.
07:51Mais ce n'est pas une idéologie,
07:52on ne va pas nécessairement trancher et dire la bonne valeur, c'est ça.
07:54Mais alors justement, il y a des auditeurs qui se demandent
07:56comment vous, vous avez fait ce chemin-là,
07:59puisque vous êtes diplômé d'HEC,
08:01vous auriez pu faire une carrière totalement différente,
08:04dans la finance, le marketing, que sais-je,
08:06et puis vous avez passé l'agrégation de philosophie,
08:09et vous avez choisi de quitter donc cet univers
08:12qui vous était promis,
08:14pour aller vers un autre,
08:15bien moins rémunérateur,
08:17beaucoup plus ingrat,
08:18où les réponses ne sont pas données,
08:20je le dis en souriant,
08:21mais c'est vrai qu'il est rare de voir un diplômé d'HEC
08:25devenir prof de philo.
08:26Ce qui s'est passé, c'est que j'étais attendu
08:27à la Société Générale aux études économiques,
08:30c'était un métier qui m'attendait au sortir d'HEC,
08:32et c'est là que j'ai décidé de rompre avec cette perspective,
08:35pour devenir prof de philo à Cambrai, au lycée,
08:38mais j'avais toujours fait des études de philo
08:40parallèlement à HEC,
08:42et ça me démangeait depuis le début,
08:44et j'hésitais entre cette dimension économique
08:46et la dimension de philosophie,
08:47et puis j'ai tranché, c'était une décision,
08:50une belle décision,
08:51mais pour moi ce n'était pas du tout ingrat,
08:52je me sentais beaucoup plus utile
08:53sur l'estrade dans mon lycée de Cambrai,
08:55que là où j'étais destiné à aller.
08:57Mais c'était par pur jeu de la pensée ?
09:00C'était par vocation, en fait,
09:02je me disais au début,
09:03la philosophie était une passion,
09:04mais je n'en ferais pas un métier,
09:06et finalement ça m'a rattrapé,
09:07et je me suis dit,
09:07autant faire de son métier sa passion.
09:09Donc philosophe est un métier,
09:11et pour répondre...
09:11En tout cas, prof de philo est un métier.
09:13Prof de philo est un métier.
09:14Pour répondre aux questions,
09:15Charles, vous faites référence à Bergson,
09:17à Nietzsche, à Hegel,
09:18mais aussi par exemple à David Bowie,
09:20à Zlatan Ibrahimović,
09:21le footballeur.
09:22Oui, c'est vrai.
09:22Est-ce que ça aussi,
09:25pour moi, il y a un philosophe important ?
09:26Vous savez,
09:28c'est compliqué quand on est prof de philo
09:30de trouver les bons exemples.
09:32Et d'ailleurs,
09:32beaucoup de profs de philo
09:33savent très bien parler,
09:35mais au moment de l'exemple,
09:36ça pêche,
09:36parce que l'exemple,
09:37c'est la vraie vie.
09:38Et il se trouve que,
09:39pour prendre l'exemple que vous citez,
09:41Zlatan a marqué un but incroyable
09:43dans un match du PSG contre Bastia,
09:45une aile de pigeon retournée,
09:47un geste ahurissant,
09:48où il a la tête en bas,
09:49il est dans les airs,
09:49il tape le ballon du pied extérieur,
09:51et puis il met le but
09:52en échappant à trois défenseurs.
09:53Comme s'il faisait du taekwondo.
09:55Un mélange de taekwondo et de foot,
09:57et je montre que finalement,
09:59pour arriver à ça,
10:00il faut 30 ans de pratique,
10:02et c'est ce que Bergson appelle
10:03le grand geste de récapitulation créatrice.
10:07Quand vous prenez cet exemple,
10:08les gens comprennent le concept.
10:09Les élèves accrochent.
10:11Oui, les élèves,
10:11et puis c'est aussi un réflexe
10:12de prof de lycée.
10:13Mon prof était comme ça,
10:14il parlait autant de tennis,
10:16il lisait autant l'équipe
10:16que la phénoménologie de l'esprit de Wigel,
10:18donc je suis tombé
10:19dans cette marmite assez jeune.
10:20Et puis moi, je ne me force pas,
10:21je suis passionné,
10:22j'adore Bowie, j'adore Zatane,
10:23donc j'en parle.
10:25Et puis parfois,
10:26l'exemple, il est pédagogique à lui seul.
10:28Si on veut montrer
10:29que les choses sont mélangées,
10:30comme je le fais souvent,
10:31qu'il faut sortir de la pensée binaire,
10:33que l'échec et le succès sont entrelacés,
10:35que la vie c'est l'ambivalence,
10:37et qu'on parle de Bowie,
10:38tout le monde comprend.
10:39Il y a justement un étudiant,
10:41un élève de Terminel
10:42qui vient de découvrir
10:44dans un cours sur Platon
10:47que philosophie,
10:48c'était apprendre à mourir.
10:49Et vous, à vous écouter
10:52tous les samedis
10:52et à vous lire,
10:53Charles Pépin,
10:54on a l'impression que pour vous,
10:56philosophie,
10:57c'est apprendre à vivre.
10:58Oui, bien sûr.
10:59Et d'ailleurs,
10:59c'était aussi
10:59ce que pensait Platon quand même.
11:01Les grandes sagesses grecques,
11:03toutes les sagesses,
11:04qu'elles soient épicuriennes,
11:05stoïciennes,
11:07aristotéliciennes,
11:07platoniciennes, cyniques,
11:09elles sont des manières de vivre.
11:10Il y avait le grand héléniste
11:11Pierre Hadot
11:12qui a relu l'histoire
11:13de la philosophie grecque
11:14en nous montrant
11:15que ce n'était pas simplement
11:15une spéculation théorique,
11:17mais une manière de vivre
11:19au quotidien.
11:20Et moi, ça me parle beaucoup.
11:21J'ai reçu la philosophie
11:22comme ça
11:23quand j'étais lycéen.
11:24J'avais des soucis
11:25comme pas mal de gens
11:26à 16 ans.
11:27Et la philosophie,
11:27notamment à l'époque,
11:28celle de Hegel,
11:29m'a aidé à vivre,
11:30à aller dans l'action,
11:31à chercher la reconnaissance
11:32objective
11:32et à sortir
11:33de mon intériorité romantique.
11:35Et ça m'a donné envie
11:37de me confronter au monde
11:37et c'est resté.
11:39Mais ça n'empêche pas,
11:39évidemment,
11:40qu'il y a une spéculation théorique.
11:42Et d'ailleurs,
11:42pour vous répondre à Lee,
11:43la bonne façon de bien vivre,
11:45c'est quand même aussi
11:45de se poser la question
11:46de ce que c'est que mourir,
11:47évidemment.
11:48Les questions qu'on vous pose,
11:49Charles,
11:49en tout cas,
11:50celles que vous compilez
11:51dans ce livre,
11:51elles sont souvent intimes.
11:52Il y a effectivement
11:53où trouver la force,
11:54que faire quand on s'est mal comporté,
11:56à quoi bon les bonnes résolutions.
11:57Mais il y en a,
11:58évidemment,
11:58et celles-ci parfois aussi le font,
12:01qui questionnent
12:01l'ensemble de la société.
12:02C'est vrai, par exemple,
12:04je pense à ce moment
12:05où l'audiovisuel public
12:06est questionné,
12:06vous répondez à une interrogation.
12:08Quelle est la différence
12:09entre une pensée
12:10et une opinion ?
12:11Réponse.
12:11Alors,
12:12Platon disait,
12:13c'est une belle phrase
12:14dans le phileb,
12:14l'opinion est du genre du cri.
12:16L'opinion,
12:17elle est carrément
12:17plugée sur votre affect,
12:19votre ressentiment
12:20et aussi votre déterminisme
12:21social ou familial.
12:22Donc,
12:23il n'y a pas de distance critique.
12:24Un argument,
12:25ça peut partir d'une opinion,
12:26mais on prend une distance critique,
12:28on prend des objections
12:29et on se fait
12:30et on argumente
12:31en essayant de prendre une distance
12:33et de ne pas être collé
12:34à son affect.
12:35Bref,
12:36l'opinion est du genre du cri
12:37et quand j'argumente,
12:38j'arrête de crier.
12:39Pourquoi aimons-nous tant danser ?
12:41C'est l'une des questions
12:42qu'on trouve dans ce livre.
12:44Alors,
12:44on peut être surpris
12:45en se disant
12:46est-ce que c'est une question existentielle ?
12:47Après tout,
12:48ça peut être uniquement
12:49pour se défouler
12:50ou être dans la superficialité.
12:52Et vous avez,
12:53vous,
12:54comme romancier,
12:55écrit sur des fêtes.
12:56Vous avez beaucoup travaillé
12:57sur la fête,
12:58en plus de faire la fête,
12:59je le dis à nos auditeurs,
13:01mais vous avez cette phrase
13:02sublime de Nietzsche
13:03dans Ainsi parlait Zaratustra,
13:04que soit perdu pour nous
13:06le jour
13:06où l'on n'aurait pas
13:07une fois dansé.
13:09Qu'est-ce que veut dire
13:10que cette phrase ?
13:12Vous savez,
13:12je trouve qu'il n'y a pas
13:13de question non philosophique.
13:14Pourquoi on est heureux
13:15à vélo ?
13:16C'est une question
13:16qui m'a été posée ici
13:17sur France Inter.
13:18Sauf si il pleut quand même.
13:19Même sous la pluie
13:19si on est bien équipé.
13:21Et quand on danse,
13:22d'abord on met en mouvement
13:23son corps,
13:24ensuite peut-être
13:24qu'on est traversé
13:25par des rythmes musicaux
13:26qui au fond rappellent
13:27d'autres rythmes,
13:28soit le rythme
13:28du battement du cœur
13:29intra-utérin,
13:30soit d'ailleurs
13:31comme le pensait Nietzsche,
13:32le rythme du battement
13:33originel du monde.
13:34Et puis souvent,
13:35on danse ensemble.
13:36Puis il y a une sublime idée aussi.
13:39Et ça,
13:39je l'emprunte d'ailleurs
13:40au philosophe Francis Wolff
13:41dans son livre,
13:42très beau livre
13:43Pourquoi la musique ?
13:44Parce que je cite aussi
13:45des philosophes contemporains.
13:46Il dit en fait...
13:47Formidable philosophe
13:48qui était longtemps
13:50à la tête du département
13:51de philosophie
13:51de l'école normale
13:52supérieure de la rue d'Ulme.
13:53Et il nous dit
13:53quelque chose de très beau.
13:54Il dit que
13:55quand on se met en mouvement
13:57sur une piste de danse,
13:58ça prouve bien
13:59qu'on n'a pas besoin
13:59de savoir où aller
14:00pour se mettre en mouvement.
14:02Alors on est ensemble,
14:03on retrouve son corps,
14:04on retrouve les rythmes du monde
14:05et on est sorti
14:07de l'absurdité
14:08du petit animal humain
14:09qui a besoin de savoir
14:10où il va
14:10pour se mettre en mouvement.
14:12Non,
14:12on se met en mouvement
14:13tout court
14:13et ça fait du bien.
14:14Question de Martial.
14:15Pourquoi les gens
14:16veulent-ils que tout ait un sens ?
14:19Eh bien justement,
14:19il y a beaucoup de questions
14:20dans mon livre
14:21sur la mystique,
14:22sur le fait
14:22qu'il ne faut pas chercher
14:23nécessairement à répondre
14:25à la question du sens.
14:26On peut soit se la poser,
14:28soit essayer de s'engager
14:29dans une réponse
14:30que je fais souvent
14:31sur la foi,
14:32sur la démocratie,
14:32soit s'en tenir
14:34sur le fil du mystère,
14:35ce que je fais aussi souvent
14:37en me référant
14:38à Christian Bobin
14:39ou à Christiane Singé.
14:40Et cette perspective mystique,
14:42elle donne lieu
14:42à trois, quatre questions.
14:43Donc à des écrivains.
14:44Oui.
14:44Et j'aime bien cette idée
14:46que parfois,
14:47l'expérience mystique,
14:49c'est l'expérience
14:50de ce dont on ne peut pas
14:51faire l'expérience.
14:52On sent qu'il y a un mystère
14:53et qu'il nous échappe.
14:54Souvent,
14:54dans la contemplation esthétique,
14:56c'est ce qui se passe.
14:57Et ça fait beaucoup de bien
14:58de ne pas s'empresser,
15:00de tomber dans une réponse.
15:01Et ça fait du bien
15:02d'accepter
15:03que les choses soient mystérieuses,
15:04au fond.
15:04Question de Sandrine.
15:06Bonjour Charles.
15:07J'aimerais offrir
15:08à mon fils 12 ans
15:09les moyens d'entrer
15:10dans le monde philosophique
15:11de manière accessible.
15:1312 ans,
15:13c'est jeune,
15:14très jeune.
15:15Et drôle,
15:16si possible.
15:17Moi,
15:17je n'y connais rien.
15:18Charles,
15:19avez-vous des conseils ?
15:20D'abord,
15:21c'est très bien
15:21que cet enfant de 12 ans
15:23ait déjà cette envie.
15:24Mon premier conseil,
15:25c'est peut-être de lui parler,
15:26tout simplement,
15:26à cet enfant.
15:27Mon livre,
15:28il est peut-être un peu jeune.
15:29Mais de lui parler
15:30et surtout de lui poser des questions
15:32et de le valoriser
15:33dans cet art
15:35qu'ont les enfants,
15:36de poser des questions,
15:37de cultiver ce sens
15:38de la question
15:38et de lui rappeler
15:40qu'il n'y a aucune
15:41mauvaise question.
15:41Il n'y a aucune mauvaise question.
15:43J'adore ça.
15:44Vous savez,
15:44le jour où quelqu'un a dit
15:45mais pourquoi y a-t-il
15:46quelque chose plutôt que rien,
15:48on lui a peut-être dit
15:49c'est une question
15:50qui n'a pas de sens,
15:51qui n'a pas de réponse.
15:53Et puis,
15:53pourquoi on est si heureux ?
15:53Personne n'aurait osé,
15:55c'était parménide,
15:55c'était il y a 2500 ans
15:56et en l'occurrence,
15:57on le regardait
15:59en se courbant.
16:00Mais même si on prend
16:01une question non métaphysique,
16:03qu'est-ce qu'une bonne vie ?
16:06Il n'y a aucune mauvaise question.
16:07Pourquoi est-ce qu'on est...
16:09Pourquoi est-ce qu'on se sent
16:10si souvent coupable ?
16:11Pourquoi tant de haine ?
16:12Toutes les questions sont légitimes.
16:13Et ça,
16:14je peux vous dire
16:14qu'après 25 ans
16:15devant des élèves de lycée,
16:17j'ai vu ce qui se passe
16:19quand ils se sentent autorisés
16:20à poser toutes les questions.
16:22Ça libère
16:23et on s'aperçoit
16:24que la question nous rapproche.
16:26Et ça,
16:26c'est aussi ce que j'ai voulu montrer
16:27avec ce livre.
16:28C'est qu'aujourd'hui,
16:29on souffre de beaucoup
16:29de dissensions,
16:30de polémiques,
16:31de clashes.
16:32Il y a des questions
16:33qu'on se pose tous.
16:34Alors qu'on soit,
16:35qu'on adore Mélenchon ou Macron,
16:36la question,
16:37peut-on changer les gens ?
16:39On se la pose tous.
16:39Oui.
16:40Et ça nous rapproche finalement.
16:41La réponse d'ailleurs,
16:42parce que vous la posez,
16:43peut-on changer ?
16:44Ma réponse est claire.
16:45La réponse,
16:46non.
16:46On ne peut pas changer.
16:47C'est bien parfois
16:48d'essayer d'aider les gens
16:49et de favoriser la rencontre
16:51entre quelqu'un
16:52et ce qui pourrait l'aider
16:53à changer.
16:54Mais c'est à lui
16:55qu'il appartient de se changer.
16:57On ne change pas quelqu'un
16:58comme si on déplaçait
16:58un objet sur une étagère.
17:00On ne change pas quelqu'un
17:01comme si on remodelait
17:02de la pâte à modeler.
17:03Mais on peut aider quelqu'un
17:05à marcher vers son autonomie
17:06et à se changer lui-même.
17:07Vous parliez du clash, Charles,
17:09et de la politique.
17:10Et on en parlait aussi
17:10tout à l'heure à ce micro
17:11à 7h50.
17:12Des réseaux sociaux,
17:13des plateformes,
17:14de leur influence aussi
17:14sur la pensée,
17:16la vie politique
17:17qui est réduite
17:18à des mises en scène
17:19et des petites phrases
17:19qui font le buzz.
17:20Ce contexte-là,
17:21Charles Pépin,
17:22il rend difficile
17:23votre exercice
17:24pour sortir
17:25de la caverne de plateau ?
17:26Je crois qu'il rend
17:27la philosophie nécessaire,
17:29salutaire,
17:30cette philosophie
17:31qui apporte aussi
17:31de la douceur.
17:32Ce que nous apprend
17:33la philosophie d'ailleurs
17:34souvent,
17:35c'est à réussir
17:35à argumenter
17:36sur un sujet
17:37sans mettre en avant
17:38toute son identité.
17:40Et j'argumente
17:40parce que j'ai une raison,
17:42parce que j'ai une parole
17:43et pas parce que je suis
17:44de droite, de gauche,
17:45hétéro, gay,
17:45socialiste, républicain.
17:47Voilà.
17:47Et on a besoin de ça.
17:49Presque, on pourrait dire,
17:50on a besoin d'être
17:50un peu sceptique.
17:51C'est-à-dire,
17:51je peux me prononcer
17:52sur un sujet
17:53sans être complètement sûr
17:54de moi
17:55et le fait que j'ai
17:56cette douceur en moi
17:59t'ouvrir à ta propre douceur.
18:00Vous êtes optimiste.
18:02Et la philosophie
18:02nous apprend aussi
18:03à dire je ne sais pas.
18:04Vous savez,
18:04dans un débat,
18:04quand ça commence
18:05à se crisper,
18:06vous avez des gens
18:06qui s'opposent,
18:07alors on se tourne vers vous,
18:07alors vous les philosophes,
18:08vous en pensez quoi ?
18:09Ou même vous les non-philosophes.
18:10Je vous donne un conseil,
18:11vous écoutez les gens,
18:12vous vous dites,
18:12écoutez toi,
18:13j'ai trouvé ça très intéressant.
18:14Après, vous regardez
18:15l'ennemi, l'autre
18:16qui s'est opposé.
18:17Toi aussi, je t'ai entendu,
18:18j'ai trouvé ça très intéressant.
18:20Ah bon ?
18:20Et toi, tu en penses quoi ?
18:21Eh bien, je ne sais pas.
18:23Et ça met de la douceur
18:24et ça relance la discussion.
18:26Et c'était la méthode
18:26de Socrate d'ailleurs.
18:27Voilà.
18:28Je ne sais qu'une chose,
18:29c'est que je ne sais pas.
18:30Il n'y a rien de plus libérateur
18:32que de poser
18:33qu'on ne sait pas tout.
18:34Et Socrate
18:35qui se présentait
18:36comme une sage-femme,
18:37fille de sage-femme,
18:38et la philosophie
18:39comme un art d'accoucher.
18:41Mais Catherine,
18:41vous dit quand même
18:42que c'est compliqué
18:43pour les femmes
18:44d'être mises sur le côté,
18:46sur la réflexion
18:46à propos de notre existence.
18:48Quand on ouvre,
18:49en général,
18:49les portes
18:51d'une bibliothèque
18:51de philosophie,
18:52les femmes sont
18:53très largement absentes
18:54et les hommes
18:55sont omniprésents.
18:57Bien sûr,
18:57c'est en train de changer.
18:58Moi, je parle beaucoup
18:58quand même de Hannah Arendt,
19:00de Simone Veil,
19:00même de Cynthia Fleury
19:01dans mon livre.
19:02Oui, mais il faut arriver
19:02au XXe siècle.
19:04Justement,
19:05aujourd'hui,
19:05Claire Marin,
19:06il y a beaucoup de femmes
19:06qui prennent la parole
19:07philosophiquement.
19:07Heureusement,
19:08il était temps.
19:09Et c'est sûr que...
19:09Sophie Galabru, d'autres...
19:10Voilà, et puis de toute façon,
19:11la philosophie n'est pas genrée.
19:13La philosophie n'est pas genrée ?
19:14Non, aujourd'hui,
19:19il faut bien expliquer aux gens
19:21que ce n'est pas naturel.
19:22C'est juste une production historique,
19:23une production de civilisation
19:24et qu'heureusement,
19:25les temps changent.
19:26Annick,
19:27bonjour à ce fantastique
19:29Charles Pépin
19:30avec lequel je m'endors le soir.
19:31Il met la philo
19:32au service de chacun,
19:33signe d'une grande intelligence
19:34et d'une grande humilité.
19:36Un grand, grand merci.
19:39C'est donc une auditrice
19:40qui vous écrit.
19:41Il y a plusieurs messages
19:42dans ce sens-là.
19:44Il y a une question
19:45que j'avais évoquée
19:46tout à l'heure
19:46et qui revient
19:48lorsqu'on a écouté
19:48les différents journaux
19:49depuis le début
19:50de cette matinée.
19:52Comment être heureux
19:53dans un monde aussi injuste ?
19:55Cette question-là,
19:56je me la suis posée
19:57en écoutant systématiquement
19:59depuis le début
20:00de la matinale
20:00les journaux
20:01depuis 6h, 6h30,
20:037h, 7h30 à chaque fois.
20:04C'est la question
20:05qui revient le plus.
20:06Comment aller bien
20:07dans un monde qui va mal ?
20:08Et vous voyez,
20:09c'est très intéressant
20:10parce que ce qui compte là,
20:11c'est la question
20:12plus que la réponse.
20:13Parce que que nous dit la question ?
20:15Que les hommes et les femmes
20:16qui posent cette question
20:17ne veulent pas aller bien
20:18en fermant les volets
20:20sur le fracas du monde
20:21et en reprenant l'idée
20:22des piqûres
20:22pour vivre heureux,
20:23vivons cachés.
20:24S'ils posent cette question,
20:26c'est qu'ils sentent bien
20:27que le vrai bonheur
20:28n'est pas le repli sur soi
20:30pour se mettre à l'abri
20:31de la violence du monde,
20:32ce qui est une tentation
20:33qui risquerait
20:34de briser l'audience
20:35des matinales d'ailleurs.
20:36Si les gens se disent
20:37qu'il faut se couper
20:37des infos le matin
20:38pour aller bien,
20:39c'est un problème pour vous.
20:41Et au fond,
20:41cette question,
20:42elle prouve
20:42qu'on veut être heureux
20:44dans le rapport au monde,
20:45en habitant un monde
20:46dont on prend soin,
20:48en étant à la hauteur
20:48de l'urgence écologique
20:49et climatique,
20:50en essayant de réparer le monde
20:52ou de faire ce que Camus
20:54nous invitait à faire
20:54dans son discours
20:55de réception du Nobel,
20:56d'empêcher que le monde
20:57se défasse.
20:59Et ça prouve bien
21:00à quel point
21:01la récurrence de cette question
21:02nous indique
21:03qu'une certaine idée
21:04du bonheur
21:04et une belle idée
21:05au fond très inspirante
21:06du bonheur
21:07qui n'est pas le repli privé.
21:08Non, au contraire.
21:09Et dans la rencontre,
21:10toujours,
21:11il y a une dimension
21:12très importante
21:12dans votre oeuvre
21:13sur la rencontre
21:15de l'autre
21:15et à partir du lundi
21:171er décembre.
21:19Donc, demain,
21:20se jouera au théâtre
21:21du Petit Saint-Martin
21:22à Paris
21:22un seul enseigne
21:23que vous avez écrit
21:24pour Thierry Lhermitte.
21:26C'est une autre drôle
21:27de rencontre
21:28adaptée de votre essai
21:29du même nom.
21:31Et Thierry Lhermitte
21:32donne voix
21:32à votre texte.
21:34Il raconte
21:35les rencontres
21:36qui ont marqué sa vie.
21:37Il lit des textes
21:38de philosophie
21:38et de littérature.
21:40Les places sont en vente
21:41sur le site du théâtre
21:42de la Porte Saint-Martin.
21:43Quant au livre
21:44Charles Pépin
21:45Où trouver la force ?
21:47Point d'interrogation
21:48et autres questions
21:49existentielles.
21:50Il est disponible
21:51aux éditions
21:52à la RIE.
21:53Merci d'avoir été
21:54avec nous ce matin.
21:55Merci.
21:55Et à samedi prochain.
21:57A samedi.
21:57Bonne journée.
21:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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